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CHAPITRE IV

Plusieurs membres des deux chambres quittent le parlem^ent, et se rendent auprès du Roi* Neuf des lords qui s^ étaient éloignés les pre^ miers^ sont accusés par les cojnjnunes et censures par les pairs. Le grand sceau est emporté de Londres à York* Quelques votes du parlement concernant les mesures prises par le Roi. Pétition du parlement au Roi^ contenant dixneuf propositions.

Le Roi^ sous prétexte de se former une garde^ poursuivit ayec activité son projet de lever des troupes, et il y parvint jusqu'à un certain point, soit par ses discours affectueux et les marques de bienveillance qu'il donna aux peuples des comtés septentrionaux, soit par ses protestations solennelles contre tout projet de violer les lois et les libertés du royaume, et de déclarer la guerre au parlement. Cependant le royaume n'avait pas grand'peur des troupes que le Roi pouvait lever de cette manière ; et aucune des tentatives qu'il avait faites dans le nord ne parais» sait donner lieu de craindre une guerre civile , jusqu'au moment de la grande défection qui s'opéra parmi les membres du parlement, à compter de la fin d'avril et pendant la plus grande partie

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du mois de mai. Durant cet intervalle ^ les lords l'un après l'autre , et quelquefois plusieurs ensemble^ abandonnèrent leurs sièges au parlement pour se rendre à York auprès du Roi ; en sorte que^ dans un très-court espace de temps ^ le plus grand nombre prit ce partie et le départ de ceux qui s'éloignaient commença à paraître moins étrange que la constance des autres à demeurer (i). Vers le même temps^ plusieurs membres de la chambre des communes y bien qu'en petit nombre compa'» rativement à celui des membres restans , oublièrent le dépôt qui leur avait été confié ^ au point de quitter leurs sièges au parlement; quelquesuns 9 ditH3n^ appelés par la lettre du Roi^ d'autres de leur propre mouvement (2).

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(i) Les lords qui quittèrent le parlement furent le duc de Bichmond , le marquis de Hertford , les comtes de Lindsey , Cumberland, Huntingdon., Bath, Southampton , Dorset, Salisbury, Northamplon, Devonshîre, Bristol , Westmoreland, Berkshire, Monmouth, Rivers^ Newcastle , Douvres , Carnarvon , Newport ; les lords Maultravers ^ Willoughby d'Ëresby , Rich , HoTjirard de Charletpp y Newark, Paget , Cbandoys , Faulconbridjge , Pawlet , Lovelace , Covenlry, Mobun , Dunsmore, Grey de Ruthen , Sey mour et Capell. Cependant Salisbury se repentit peu de jours après , et s'écbappant secrietement d'York , vint à Londres se rejoindre au parlement^ auquel il adhéra constamment depuis.

( Note de l'Auteur. )

(a) On a vu, dans une note précédente, quel fut le notnbre des pairs et des membres de la chambre des com*

54o HISTOIRE

Cette révolte de tant de membres du parlement commença à répandre dans le royaume un effroi général. Tous ceux qui désiraient la tranquillité publique ftirent consternés , et Ton n'entendit plus^ dans leurs réunions et leurs conversations 9 que de tristes prédictions sur les malheurs qui attendaient le royaume ^ si un miracle tout puissant ne venait les prévenir. Tous étaient d'avis que , sans cet événement ^ il aurait été impossible de mettre en danger le parlement , demeuré vainqueur jusqu'alors de tant d'entreprises ouvertes et de secrètes conspirations. De même^ disaient-ils^ que la ruine de l'Angleterre ne pouvait, selon toute probabilité, venir que d'elle-même, ainsi la chute du parlement, événement qui devait précéder l'autre , ne pouvait être opérée que par ses propres membres; en sorte qu'ils devaient vérifier cette sentence : Perditio tua ex te* Quelle que fàt la différence des opinions sur cette conduite dés membres du parlement que quelques-uns excusaient jusqu'à un certain point, tandis que d'autres les condamnaient, selon que leurs jugemens étaient

munes qui, à diverses époques, quittèrent le parlement pour aller rejoindre le Roi et former ensuite le contre-parlement d'Oxford. Il fut constate, par un appel nominal fait dans la chambre des communes le i6 juin 1642 , que le nombre de ces membres était, à cette époque , de soixante-cinq ; il s'accrut beaucoup dans la suite. {Histoire parlementaire^ tom. 2 , col. 1372. ) {Note de VEditeur. )

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déterminés par des affections et des intérêts particuliers^ tous les gens raisonnables étaient d'accord sur les effets probables de cette révolte , et n^en voyaient sortir que ruines et calamités. Que peut-il en résulter, disaient-ils, si ce n'est de nourrir et d'augmenter l'inimitié du Roi contre le parlement, de l'encourager à s'en éloigner et à l'attaquer, de donner confiance aux rebelles de l'Irlande, de nous mettre en danger de perdre ce royaume , de favoriser les papistes, d'empêcher le cours delà justice, et d'assurer l'impunité aux délinquans de toute espèce. Rien jusqu'alors n'avait pu saper ni ébranler la dignité de cette haute cour, et le respect qui lui était dû. Désormais, non-seulement le peuple, la voyant diminuer en nombre, allait être porté à la regarder comme un parlement imparfait; mais le Roi pouvait en prendre avantage pour lui donner les noms de faction , prétendu parlement, ou autres pareils. Ses déclarations et écrits subséquens justifièrent en effet cette crainte, par l'emploi d'expressions dont il ne s'était jamais servi auparavant. Le jugement du peuple sur cette désertion des lords et des membres de la chambre des communes offrit , comme on voit , des opinions fort diverses. Quelques-uns considérant leur grand nombre, la fortune, la réputation et les talens de la plupart d'entre eux, commencèrent à penser, ou du moins à dire, que le parlement n'était pas libre , et que ses membres, telle était

en effet l'excuse qu'ils donnaient , étaient opprime's par une faction qui dominait dans les chambres^ et, par la crainte que leur causaient les tumultes de la cité. En cette occasion , on rappelait de quelle manière on avait affiché ^ dans le marché, les noms des cinquante-neuf membres qui avaient refusé de condamner le comte de Strafford. On se prévalait aussi des menaces adressées par une populace grossière à quelques lords qu'elle croyait peu affectionnés au parlement.

D'autres répondaient que, malgré cette imprudente conduite de quelques gens mal conseillés , il n'y avait pas à craindre que les tumultes de la cité en vinssent à violer la liberté des séances du parlement ; que ce soulèvement de la multitude dans la cité avait plutôt pour objet de soutenir et de défendre le parlement contre les entreprises qu'on pouvait faire pour enchaîner sa juste liberté, et de le garantir des perfides conjurations que, selon le bruit public, tramaient contre lui ses ennemis. Le complot formé peu de temps auparavant pour tourner l'armée contre lui et le concours de gens armés qui avait eu lieu dernièrement aux environs de Whitehall, étaient, disait^on, pour le peuple de jxistes motifs de crainte. Aucun membre du parlement ne pouvait redouter, de la chambre elle-même, rien qu'il ne fût obligé de supporter plutôt que de manquera

la grande mission que lui avait confiée le peuple; et il y avait lieu de présumer qu'aucun membre du parlement, affectionné à son pays> n'aurait rien à souffrir de la chambre dont on devait croire que les vœux et les résolutions tendaient tous au bien public ; pour en juger autrement, il aurait fallu supposer que nos ancêtres , en constituant le gouvernement^ s'étaient grandement trompés; et il n'était pas probable ^ue la liberté des sujets pût être violée par cette cour, instituée pour être sa seule garantie , et sans laquelle elle aurait toujours souffert de la part des princes , même des princes les moins pervers.

On soutenait qu'il était honteux à la majorité des lords de déserter le parlement sous prétexte de crainte; que s'ils s'éloignaient par un véritable mécontentement de ce qui se passait , ils étaient assez nombreux pour espérer d'en empêcher les inconvéniens en restant, et pour n'avoir à craindre de caurir aucun danger pour la bonne cause ; que l'honneur, d'ailleurs, commandait à tout homme, fût-il seul , de soutenir , à tout risque , la vérité qu'il était légalement appelé à défendre. D'un autre côté , en fuyant en si grand nombre , ils encourageaient le Roi à se déclarer contre le parlement , et fomentaient ainsi des dissensions qui ne pouvaient avoir un bon effet. ^

Beaucoup de gens faisaient reriiarquer que plusieurs de ces lords étaient des hommes en ré-

putatîon d'honneur et de vertu ; mais bien que cela ne fût pas contesté^ la conduite précédente des lords en général n'avait fourni aucun signe certain à quoi l'on pût reconnaître ceux dont on devait espérer qu'ils continueraient d'adhérer au parlement 5 et ceux qui devaient l'abandonner; car on s'était trompé plus d'une fois à cet égard. Cependant il fut avéré que ceux des lords en qui le peuple s'était plus particulièrement confié^ comme en de vrais patriotes, furent de ceux qui demeurèrent fidèles à la chambre (i) , et que ceux pour qui le peuple , en général , te'-

(i) Cette assertion n'est pas exacte. Plusieurs des lords qui s'éloignèrent du parlement araient non-seulement appartenu dans l'origine à l'opposition , mais ne s'en étaient point séparés dans lesderniers temps, et avaient concouru à quelques-unes des mesures les plus décisives. Lord Paget , par exemple , après avoir voté pour l'ordonnance qui mettait la milice à la disposition du parlement , avait accepté la commission de lord -lieutenant dans le Bucksshire pour l'exécution de cette ordonnance , et s'était même occupé de l'organisation effective de la milice dans ce comté. Quand il vit le parti populaire décidément engagé dans les voies de la guerre civile , il s'en sépara et écrivit, en partant , à la cbambre des lords la lettre suivante. — « If pourra paraître « étrange que moi qui, dès le début de ce parlement, ai « poursuivi avec le zèle le plus prononcé la réforme de tous H les abus dans l'Eglise et dans l'Etat, j'abandonne mainte- « nant cette cause au milieu des troubles qui nous assiègent. « La vérité est que j'ai toujours eu pour but le bien public ; «i tant que j'ai cru qu'on y tendait , j'ai été prêt à risquer ma

moignait de l'ëloignement et de la me'fiance , se rangèrent tous , en cette occasion , au nombre des déserteurs.

On disait souvent aussi que les membres de la chambre des communes qui s'étaient retirés, étaient, en général, des hommes d'un esprit distingué, au moins autant qu'aucun de ceux qui restaient. Il n'est point étrange, répondait-on, qu'il en soit ainsi ; on pouvait même le présumer aisément : ce sont en effet des hommes qui ont ou croient avoir les talens nécessaires pour attirer les regards d'un prince ; et quand on attribuerait à tous les membres du parlement la même droi-

<( fortune et ma vie ; mais depuis que je vois que, sous une « fausse apparence de loyauté , on se prépare à faire la « guerre au Roi , j'aïme mieux obéir à ma conscience que « m'asservir à des intérêts particuliers. Je suis maintenant «t «n route pour me rendre auprès de Sa Majesté. Je vais « me jeter à ses pieds et mourir en fidèle sujet. Signé P a- « get. (il juin 1642. ) » On ne trouve sur les registres de la chambre des pairs aucune trace de cette lettre ; mais un nommé Hugh Perry l'ayant publiée , la chambre des communes le manda à la barre et l'envoya en prison. ( Histoire Parlementaire j tome 2 , col. i388. ) Il est hors de doute que les motifs d'un grand nombre des membres qui se retirèrent alors du parlement étaient les mêmes que ceux de lord Paget , et que beaucoup de patriotes sincères ne voulurent que se séparer d'un parti qui , à mesure qu'il avançait dans la' révolution, contractait des intérêts personnels étrangers et souvent opposés à l'intérêt public. ( Note de V Editeur. )

ture, il était probable que ceux-là se retireraient les premiers. Il y a une grande différence entre la vraie sagesse et les talens^ comme l-éloqi^nce, l'esprit, Tinstructiott , etc.; la sagesse qui n'est pas décorée de tous ces ornemens, est d'ordinaire la plus solide comme la plus incorruptible : elle ressemble à la beauté simple et sans parure, tandis que la beauté qui prend soin de ses vétemens^ en devient plus sujette à l'orgueil^ et plus exposée aux tentations. Un vieux membre du parlement &isait remarquer que c'étaient tous les hommes d'un esprit brillant qu'on avait vu abandonner la cause de leur pays aussitôt que le Roi avait pris la peine de les tenter ; tandis que des hommes , d'une sagesse plus simple , avaient eu l'honneur de persévérer dans leur dévouement à la chose publique. Outre ce danger des séductions d'un Roi, on a souvent vu de tels hommes prendre de l'humeur et s'irriter lorsqu'un de leurs discours n'a pas obtenu le succès qu'ils en espéraient , ou lorsqu'ils ont essuyé qtielque autre dégoût ; et de nombreux exemples , quelques-uns bien éclatans^ font voir jusqu'où cette colère peut porter des esprits fiers et anabitieux, même contre leur propre pays et ta voix de leur conscience. L'histoire a conservé , en ce genre , la mémoire du romain Coriolan et de l'espagnol Julien, à cause des immenses effets de leur conduite ; mais coombieii d'hommes plus obs^

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curs y et maintenant oublies ^ ont été poussés dans les. mêmes voies et par les mêmes motifs ! D'ailleurs^ parmi ces membres dissidens^ il y en a plusieurs qui , par leur profession ^ semblent appelés à rcceToir du Roi de faeiles et grandes faveurs. Tels sont les jurisconsultes et les théologiens : il est donc bien naturel qu'ils penchent du coté où les appelle leur avancement.

Tels étaient les propos que Ton tenait alors dans les diverses réunions, selon Fopinion ou le sentiment dont chacun était animé (i).

On verra bientôt , par une délibération de la chambre des communes, présentée aux lords par M. DenzilHoUis, ce que pensait ou redoutait le parlement de la retraite de tant de membres.

Le Roi , encouragé et foii:ifié par Faccroissement d'influence que cet événement apporta à son parti, poursuivit son dessein de lever des troupes dans le nord. Le parlement lui adressa le 2a mai une pétition pour lui demander de licencier ses troupes, de compter, pour sa sécurité, à l'exemple

(i) Clarendon , qu'on doit regarder comme l'organe de la portion édairee et modérée du parti royaliste , a discuté avec soin les motifs de cette retraite d'un grand nombre de membre» des deux chambres ; et ce qu'il en dit est nécessaire à connaître pour bien apprécier quel était alors l'état du parlement, de la cité et des partis. On trouvera ses réflexions à la fin de ce volume dans les Eclaircissemens histon'qjws. '{Note de l'Editeur. )

de ses prédécesseurs , sur les lois et Taffection de son peuple , et de se contenter de sa garde ordinaire. Les chambres déclarèrent que^ s'il en était autrement , elles se croiraient obligées , par leur devoir envers Dieu, par la confiance que leur accordait la nation , et par les lois fondamentales du royaume, d'employer tous leurs soins et tout leur pouvoir à assurer la liberté du parlement et la paix publique. Elles adoptèrent ensuite une déclaration portant qu'il paraissait que le Roi , séduit par de mauvais conseils , se disposait à faire la guerre au parlement, bien que, dans tous ses actes et avis , le parlement ne se fût proposé aucun autre but que le bien du royaume et l'accomplissement de tous ses devoirs envers Sa Majesté ,* il fut également voté que, si le Roi faisait la guerre, ce serait une violation de la foi jurée à son peuple , et un premier pas vers la dissolution du gouvernement ; que quiconque suivrait ou assisterait le Roi dans une telle guerre , serait coupable de trahison en vertu des lois du royaume , comme l'avaient décidé , sous Richard II et Henri IV, deux actes du parlement , et que ces coupables encourraient la peine portée contre les traîtres.

Cependant les lords qui avaient quitté le parlement continuant à siéger auprès du Roi dans les comtés du nord, le parlement, par un ordre du 5o mai , somma neuf d'entre eux qui étaient

partis les premiers , de comparaître à Westmiuster ; savoir, les comtes de Northampton, de Devonshire, de Douvres et de Monmouth, les lords Howard de Charleton , Rich , Grey de Ruthen , Covenlry et Capell ; mais ils refusèrent absolument de revenir , se contentant de répondre par écrit. Le parlement jugea leur lettre inconvenante et insultante, et la chambre des communes prit contre eux une résolution que M. Hollis présenta le i5 juin aux lords, en l'accompagnant d'un discours dont j'insérerai ici une grande partie, pour faire bien connaître au lecteur l'état du Royaume à cette époque , et le jugement qu'en portaient les chambres.

M. Hollis commença en ces termes :

i< Milords , par ordre des chevaliers , citoyens « et bourgeois de la chambre des communes, je i< viens vers vos seigneuries , au nom du parlement, » ou plutôt au nom de tout le royaume, tourmenté « de discordes, de craintes et de périls, que lut c( prépare un parti ardent à détruire notre reli- « gion , notre liberté et nos lois , ces biens pré- « cieux et cTiéris que le parlement est chargé de a garder.

« Les mauvais conseillers , nos plus grands en- « nemis, ont toujours eu pour politique d'écar- « ter , de frapper , de dissoudre ou de diviser les « parlemens, en faisant naître des factions, des « diversions ou des obstacles, pour troubler ou

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« arrêter leur marche^ et parvenir à les dë- <c traire.

(( Vos seigneuries ont déjà fait j depuis que « siège le parlement actuel , Texpérience de cette (( yëritë. Les manœuvres et les projets se sont a succëdës contre lui ; on a voulu d'abord Tinti- (( mider et lui enlever toute libertë^ en lui faisant (( peur d'une armëe ; ensuite on a essaye de lever « contre lui des forces , de l'attaquer et de court per avec le glaive le seul lien qui unisse ensema ble le Roi et les sujets , les sujets entre eux^ et « qui fasse de notre gouvernement tout entier w un corps solide, unique^ et, je l'espère, indis- (c soluble.

« Dieu a souffle sur ces desseins et les a fait (( ëchouer. On en a forme un autre; on a tenté « d'entraver nos dëlibërations et nos actes , afin a que dans l'intervalle le feu de la rëbellion pût (c consumer le royaume d'Irlande , et que le par- « lement, entoure d'obstacles , de dissensions et (( de méfiances , fomentées au milieu de nous , fût u hors d'état d'y porter remède. Entre tous ces « embarras , le plus grave , celui qui doit entrece tenir et accroître tous les autres, c'est l'absence « de Sa Majesté , qui cesse ainsi de concourir avec (( le parlement , et nous retire à la fois sa préce sence et son influence; de là suit que les re- <c mèdes ne peuvent être apportés oii ils sont « nécessaires , que tous ceux dont on essaie coû-

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H tent au parlement des peines infinies , et aux « sujets des charges doubles y triples de ce qui ce serait arrivé si le Roi ne nous eût point quittés. « Ainsi le peuple est écrasé ^ et tout le blâme «r retombe sur le parlement qui passe pour la n cause de tous ces maux , tandis que leurs réri- H tables auteurs , par les obstacles qu'ils ne ces- « sent de nous susciter^ nous empêchent de les H guérir promptement et sans trop de sacrifices.

c< Cest là ce qu'on a fait ^ milords ; et cepenc< dant 9 par l'infinie bénédiction de Dieu ^ le parer lement s'est vu en état de surmonter tant de cr périls; quoique la nuit eût été sombre et ora- H geuse y quelques heures de jour se sont faiten^ a trevoir ; nos armées ont miraculeusement réussi u en Irlande ; les méchantes pratiques de nos en* fc nemis intérieurs ont été déjouées à mesure u qu'elles se développaient; enfin le parlement « a commencé à régler les grandes affaires de u l'Église et de l'État ^ et à pourvoir à la sûreté t< du royaume y soit contre toute invasion étran- « gère^ soit contre les efforts du mauvais parti c( qui s'agite au milieu de nou&.

(c Alors on a essayé de trois moyens différens u pour affaiblir et paralyser la marche du pouce voir du parlement^ et arriver à le détruire t( complètement.

i< 1°. Sous prétexte déformer une garde perti sonnelle à Sa Majesté , on a rassemblé des

« troupes à York , afin de s'en servir contre le (( parlement et de protéger par la force les dé- « linquans ; en sorte que le parlement ne paisse « se faire obéir et que ses ordres soient mé- (( prisés^ afin de lui ôter tout crédit, et d'en w faire une imago parliamenti y une pure ombre « sans substance et sans réalité.

(( 2*'. On a adressé au parlement , au nom de « Sa Majesté, et sous la forme de déclarations et i< de messages venantdu Roi, d'amères invectives, « dont l'objet est de le mettre dans l'embarras, « et de l'obliger à perdre son temps en réponses, (c Outre cela on a répandu artificieusement dans i< le peuple, en donnant aux faits une couleur « trompeuse , des opinions et des sentimens dé- H savantageux au parlement , afin , s'il est pos- « sible , d'échauffer les esprits contre lui , et de « les exciter à le détruire, et, dans ce parlement, (c tous les parlemens à venir, ce qui entraînerait « la ruine de ceux qui auraient été séduits ainsi , « de leurs femmes et de leurs enfants.

(c 5**. Le troisième complot est d'éloigner du (( parlement plusieurs de ses membres , de leur (c persuader d'oublier leurs devoirs , et d'abann donner leurs sièges pour se rendre à York ; on esi< père jeter par là un déshonneur sur les actions (c des deux chambres, en les représentant comme w le fait d'un petit nombre d'hommes, et plutôt « d'un parti que d'un parlement; peut-être même

(( se propose-t-on d'élever un anti-parlement en « opposition à celui-ci.

« C'est là y milords^ en ce moment^ le grand des- (( sein au moyen duquel nosennemisespèrent peu à « peu déchirer à mort le parlement et le réduire à « rien , par l'abandon successif de tous ses mem- « bres; manoeuvres dangereuses et désespérées, et, « comme l'ont très-bien observé vos seigneuries « lorsqu'il vous plut de nous communiquer cette « affaire , qu'on doit regarder comme l'effet des « mauvais conseils auxquels appartient maintece nant l'influence. Ces mauvais conseils tendent <( tous à dissoudre le parlement , chargé, sous la « protectioi^ de Dieu, de la conservation des <( trois royaumes ; à lui seul a été rerais le H soin de les maintenir dans une ferme loyauté « envers le Roi , une fidèle soumission à sa couce ronne, et de les sauver ainsi du chaos et du « bouleversement qui les menacent et en feraient ce un sinistre spectacle de misère et de désolation. « Avec ce parlement périrait la dernière espèce rance de la religion protestante, si long-temps ce opprimée , et presque entièrement détruite c< dans les autres pays; avec lui s'évanouirait la ce seule ressource qui nous reste pour demeurer <e une nation d'hommes libres et non d'esclaves , ce pour conserver encore quelques propriétés. <e Ce parlement, en un mot, est le seul obstacle « opposé à la brèche par oii notre pays est me-

n nacé d'une inondation dé désordres et de cala- « mités.

M C'est ce parlement^ milords , qu'ils veulent « de'truire ; mais j'espère qu'il de'truira les des— u tructeurs eux-mêmes, et leur sei'a comme un « mur de feu pour les consumer, tandis que nous « y trouverons un mur d'airain pour de'fendre le « Roi , le royaume , nous-mêmes et tout ce que « nous possédons.

a La sagesse de vos seigneuries a prévu ce mala heur , et vous vous êtes efforcés de le prévenir w par les ordres que vous avez donnés pour re- « tenir les membres de votre chambre ; l'ordre « du 9 avril et plusieurs autres leur ont intimé « à tous de siéger, leur défendant de se rendre f{ à York , oîi l'on voit les nuages s'amonceler (c avec une rapidité qui annonce la tempête , M et où de tels préparatifs sont déjà faits contre « le parlement, que les deux chambres se sont if vues obligées de voter que le Roi, séduit par « des conseils pervers, projetait une guerre contre « le parlement , et que tous ceux qui le servit( raient et l'aideraient dans une pareille guerre, <r seraient déclarés traîtres. Ce vote , passé le « 20 mai , a marqué d'un signe de réprobation a la ville d'York, et manifesté l'opinion des chami< bres sur ceux qui s'y rendent.

« Cependant, en de telles circonstances, quand « le royaume a plus que jamais besoin d'un par-

u lement, et que le parlement a plus que jamais . u besoin de la présence , du secours y des efforts (c les plus efficaces et de l'avis de tous ses mema bres ; quand le salut de tous ^ quand celui de cf trois royaumes en dépend , après de tels ordres u de la part de tos seigpeuries , après le vote des (( deux chambres , on voit des lords s'eloignefi^ > (( malgré le devoir qui les oblige à siéger au cr parlement 9 où ils sont appelés par ordre scellé w du grand-sceau, c'est-à-dire, par le plus im-u périeux et le plus absolu des ordres du Roi , a celui auquel aucun autre commandement de (V Sa Majesté ne peut dispenser d'obéir; on les u voit délaisser la fonction qui leur a été donnée , « de traiter et délibérer de arduis regni y des a grandes , tirgentes et pressantes affaires du ce royaume, jamais plus urgentes, jamais plus a pressantes qu'en ce moment. Sans être retenus a par aucune de ce$ considérations, les lords « comtes de Northampton, Devonshire, Douvres , c( Monmouth , les lords Howrard de Charleton , a Rich , Grey, Coventry et Capell ont abandonné « leurs sièges, se sont retirés du parlement et c( rendus à York; et , sommés de paraître par un « ordre du 3o mai , au lieu d'obéir, ils ont ex^n primé leur refus dans une lettre que vos sei- « gneuries et la chambre des communes ont jugée a inconvenante et méprisante.

« Milords , la chambre des communes , eii

(c considération de Tiniportance de cette affaire , « pour le salut du royaume et Texistence même « du parlement y a voté y après délibération , (c qu'en quittant le parlement sans congés bien w qu'il eût été déclaré par les deux chambres que « le Roi , séduit par des conseils pervers , pro- (( jetait une guerre contre le parlement , et , en w continuant de demeurer à York malgré les « sommations et commandemens qu'ils ont re- (( eus , ces neuf lords ont hautement affronté et « méprisé les deux chambres, et que cesdits (( lords ont excité, autant qu'il est en- eux, la u désertion dans le parlement, et sont justement « soupçonnés de provoquer une gueA^ contre le H parlement.

« La chambre, en raison de son devoir en « pareille circonstance , et d'après la protestation H qui l'oblige à faire tous ses efforts pour livrer M au châtiment qu'ils méritent ceux qui offensent (I si grièvement les privilèges et l'essence même a du parlement , m'a envoyé pour accuser ces « lords et demander qu'il en soit fait prompte « et exemplaire justice.

(( En conséquence , au nom des citoyens che- « valiers et bourgeois de la chambre des comu munes rassemblés au parlement , et au nom de « toutes les communes d'Angleterre, j'accuse ici « Spencer, comte de Northampton, William, (c comte de Devonshire , Henri , comte de Dou-

DU LONG PARLEMENT. Soy

cr vres, Henri, comte de Monmouth, Charles, lord « Howard deCharlelon,Robert-Charles,lordGrey « de Ruthen , Thomas, lord Coventry, et Arthur, <( lord Capell, pour les hauts crimes et méfaits sui- « vans ; à savoir, que contre leur devoir de pairs (c du royaume, et sommes par iprit de siéger « au parlement, contre un ordre de la chambre w des pairs du 9 avril dernier, et plusieurs autres « ordres requérant la présence des membres de « cette chambre, et, après les votes des deux cham- « bres, en date du 20 mai dernier, portant que le ^< Roi,séduitpar desconseils pervers, projetait une « guerre contre le parlement, et que quiconque c< le servirait ou l'assisterait dans cette guerre , « serait déclaré traître , ces lords , dans le même a mois de mai , se sont , au mépris desdits ordres et « votes, et en ayant connaissance, retirés de ladite « chambre des pairs et rendus à la ville d'York , « où se faisaient et se font encore avec activité les <r préparatifs de ladite guerre , bien qu'ils ftissent « instruits de ces préparatifs , et , qu'ayant été , « par un ordre du 1 3 mai , dûment sommés par « la chambre des pairs de comparaître devant u elle le 8 juin dernier, ils ont refusé de compa- <( raître et répondu d'une manière méprisante, te par une lettre de leur main adressée à l'orateur « de la chambre des lords , «t qui demeure insérée ce dans les registres*

« Pour lesquels crimes et méfaits tendans à

ce mettre obstacle à la marche du parlement et K aux grandes affaires du royaume^ à amener la « dissolution du parlement et à troubler la paix (Y du royaume , j'ai reçu l'ordre de demander à « Yos seigneuries^ au nom desdites communes, i< que lesdits lords soient immédiatement jugés u sur leurs réponses , et reçoiyent ^ conformément c( ^ leur témérité > un prompt et exemplaire châ- (( timent^ les communes se réservant ultérieureff ment la liberté de porter en toute occasion (( contre lesdits lords ou quelques -« uns d'eux^ « telle autre accusation qu'elles jugeront à proie pos* »

Sur cette accusation contre les neuf lords y la chambre des pairs ^ siégeant en robe^ commença y environ un mois après ^ la discussion de l'affaire; après qu'en difierens d^^^^^^? plusieurs lords eurent fait ressortir la grandeur de l'offense^ les accuséâ furent déclarés ^ i"". incapables de siéger en qualité de membres de la chambre ; 2®. entièrement déchus de tous les bénéfices et privilèges du parlement; 3*". ils furent condamnés à demeurer en prison tant qu'il plairait à la chambre. Après quoi , il fut arrêté que lesdils lords seraient requis au nom des deux chambres de venir subir leur jugement.

A peu près vers ce même temps oh les membres des deux chambres abandonnaient journellement leurs sièges pour aller trouver le Roi à York, il

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arriva un autre événement bien fâcheux pour le parlement , et bien propre à encourager le Roi dans ses projets. Le grand-sceau d'Angleterre fut emporté de Londres à York.

Lôrs de la fuite du lord-garde-du-sceaa Finch ^ le Roi avait confié la garde du grand -sceau à Edouard 5 lord Littleton, grand -juge des plaids conoimuns^ et l'avait créé baron du royaume; après le départ des autres lords pour York , lord Littleton parut quelque temps ^ dans toute sa conduite extérieure, fermement attaché au par* lement, et, en toute occasion , il avait voté dans le sens de ceux qui lui étaient le plus fidèles. Il avait voté , entre autres choses^ pour l'organisation de la milice par ordonnance du parlement , en sorte qu'il ne paraissait pas qu'on pût former aucun doute sur sa constance (i); mais enfin,

(i) Le i4 juin ( 1642 ) on lut dans la chambre des pairs , la lettre suivante de lord Littleton , adressée d'York oii il avait rejoint le Roi , à lord Willoughby de Parhara :

« Milord, Sa Majesté a daigné me montrer aujourd'hui une « lettre oii votre seigneurie lui dit que j'ai voté dans fa cham-. « bredespairspourl'ordonnancerelativeàlamilice; elle m'a « demandé ce qui en était et je lui ai rendu compte de la vé- « rite qui est ceci : J'étais absent de la chambre lorsqu'on y « passa la première ordonnance sur ce sujet; je m'y trou- « vais pendant le débat de la seconde ordonnance, et j'ai « voté contre ; Sa Majesté m'a ordonné de vous en informer. « York, 7 juin 1642, ^/^ne Edward Littleton. » Ce dut être un fâcheux embarras pour lord Littleton que de recevoir du

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dans les derniers jours du mois de juin , un jeune gentilhomme^ M. Thomas EUiot^yalet-de-chambre du Roi , lui fut envoyé secrètement d'York , et le lord-garde-du-sceau l'ayant fait entrer dans sa chambre à coucher, où ils demeurèrent seuls , il ménagea tellement les choses , que , soit par persuasion , menaces ou promesses , il obtint , au bout de trois heures , que le grand-sceau lui fut remis , et l'emporta en toute hâte au Roi à York, Le lord-garde-du-sceau Littleton , considérant ensuite ce qu'il venait de faire ou plutôt de souffrir, et n'ayant aucun moyen de s'en justifier devant le parlement, partit lui-même le lendemain de bonne heure, à la suite du sceau, et se rendit auprès du Roi (i).

Roi l'ordre d'écrire une semblable lettre , car la dénégation qu'elle contient était fausse. La chambre des pairs ordonna aussitôt la vérification de ses registres , et il fut constaté que lord Littleton avait voté potr Tordonnance sur la milice , c( en cas d'extrême danger et de refus absolu du Roi ; » qu'il avait même approuvé tous les réglemens d'exécution. La cbambre fit imprimer et répandre cet extrait de ses procësverbaux. ( Histoire Parlementaire^ tome 2, col. 1367.) ( Note de F Éditeur, )

(i) Ce fut Clarendon , encore présent à Londres, qui détermina lord Littleton à envoyer le grand -sceau au Roi. Le récit qu'il fait de toute cette affaire est pleiA de détails si piquans et qui peignent si bien les angoisses et la conduite des hommes faibles dans les temps difficiles , que nous croyons devoir l'insérer en entier dans les Eclaircissemens historiques. ( Note de l'Editeur . )

DU LONG PARLEMENT. 36r

Cette action excita contre lui de grandes plaintes à Londres , et le Roi lui-même ne lui montra pas , depuis ce temps ^ beaucoup de considération. On a su de quelques-uns des amis de lord Littleton ^ qui le suivirent bientôt à York , la raison qu'il leur donna pour avoir ainsi laisse sortir le grandsceau de ses mains ; le Roi ^ leur dit-il ^ en le créant lord-garde-du-sceau , Tavait obligé , en particulier, à faire serment que, lorsqu'il lui enverrait demander le grand- sceau, il le livrerait aussitôt. Il assura ses amis qu'il n'avait pas cru, en conscience, devoir manquer à ce serment. Seulement, leur dit -il, il se repentait, mais trop tard , d'avoir accepté l'office de gardedu-sceau à de telles conditions (i).

Le parlement , pour prévenir une guerre si funeste , envoya ordre , d'une part , à tous les shérifFs, juges et autres officiers résidant dans le rayon de cent cinquante milles autour de la ville d'York , de prendre un soin particulier de faire arrêter toutes armes et munitions que l'on pourrait conduire vers York, jusqu'à ce qu'ils en

(i) Dans son Abrégé ^ M-^lj ajoute cette réflexion : « Le « sceau avait été confié à lord Littleton depuis la convo- « cation du parlement actuel ; ce qui fit bien connaître « quelles avaient été dès-lors les intentions du Roi à Té- « gard de ce parlement. » Il n'est nullement probable que Charles I"*^ prévit , en 1640 , les nécessités oii il fut réduit en 1642. ( Note de V Editeur,)

eussent donné avis aux deux chambres et reçu leurs directions à cet égai^ ; il leur fut ordonné , dans cette Yue^ de placer dans Fétendue de leurs juridictions respectives^ des sentinelles attentives, chargées d'examiner si on portait des armes et de saisir tontes les personnes sur qui on en trouverait. Le parlement ordonna , d'autre part, aux shériffs du comté de Lancaster et autres comtés adjacents, d'empêcher la levée et le rassemblement de tous soldats 5 soit à cheval , soit à pied , requis par ordre du Roi , sans le consentement des deux chambres y déclarant en même temps tous ceux qui exécuteraient de pareils ordres du Roi , perturbateurs de la paix publique, et enjoignant aux milices d'aider les shérifTs dans Texécution de cet ordre.

Le Roi répondit immédiatement à ces ordres du parlement , par une proclamation qui défendait à tous ceux de ses sujets faisant partie des milices du royaume , de se rassembler, marcher, se rendre à aucune revue ou exercice en vertu d'aucun ordre , ordonnance d'une ou des deux chambres du parlement , s'il n'était accompagné du consentement ou u^arrarU de Sa Majesté. Le parlement n'en continua pas moins à s'occuper de l'organisation de la milice. Par un ordre du 2 juin^ il enjoignit à ceux des miliciens qui s'étaient révoltés , de rentrer dans leur devoir avant le 1 6 du même mois , sous peine d'une amende de

100 liy. destinées à la guerre d'Irlande^ et d'encourir, en outre ^ tous les autres chàtimens que les deux chambres jugeraient à propos d'ordon^ner. lia milice commença , à cette époque ^ à se former en plusieurs lieui.

Ce même jour^ 2 juin^ les deux chambres envoyèrent au Roi une pétition accompagnée de dix-neuf propositions. Le Roi les reçut avec une grande indignation ^ comme on le vit par les reproches qu'il fit et sur l'ensemble et sur différens détails de ces propositions ^ les regardant comme une limitation injurieuse de son pouvoir et de sa prérogative. La pétition et les propositions étaient ainsi qu'il suit :

Humble pétition et avis des deux chambres du parlement, accompagnée de dix-neuf propositions et d*une conclusion , adressée d Sa Majesté le s juin 16^^^.

« Les très -humbles et fidèles sujets de Votre. u Majesté ^ les lords et communes du parlement ^ u n'ayant en leiir âme et pensée rien qui leur « S'oit plus précieux et qu'ils estiment plus im- « portant 5 après la gloire et le service de Dieu , w que le juste accomplissement de leurs devoirs cf envers Votre Majesté et ce royaume ; pénétrés i< en outre des maux et troubles actuels ^ ainsi « que des calamités et dangers imminens aux- « quels ces maux et troubles exposent Votre Maw jesté et ses sujets, toutes choses qui proviennent

u des coupables pratiques et mauvais conseils de « gens étrangers à toute aOection pour la yraie « religion ^ l'honneur de Votre Majesté et la paix « publique ; après avoir mûrement considéré ({ les causes de tant de désastres , lesdits lords et a communes présentent à Votre Majesté leur péu tition et leur ayis^ afin que^ dans votre sagesse (c royale et dans votre amour pour le bien de vos « sujets , il vous plaise accepter leurs propo- <( sitions^ comme le moyen le plus efficace de « dissiper^ avec Taide de Dieu, les dissensions et «. les méfiances qui se sont élevées entre Votre <c Majesté et son peuple^ et de procurer à tous « honneur^ paix et sûreté- »

Voici quelles étaient les propositions : (c i^. Les lords et autres membres du conseili( privé du Roi , ainsi que tous les grands-officiers « ou ministres d'Etat , soit dans l'intérieur du (c royaume ^ soit au-delà des mers , seront écartés « du conseil-privé et de leurs charges , à l'excep- « tion de ceux dont les deux chambres approui( veront le maintien. Les personnes mises à la « place des ministres révoqués ne seront noxa- (( mées qu'avec l'approbation du parlement , et « les conseillers-privés prêteront un serment dont « le parlement réglera la forme et les termes ;

« 2**. Les grandes affaires du royaume ne seront « point traitées ni décidées par les avisdesimu pies particuliers ou de conseillers inconnus et

« non assermentés; mais toutes les affaires qui * « intéressent le public et peuvent être portées « devant la haute-cour du parlement, qui est le « grand-conseil du Roi, y seront examinées, déw battues et décidées, et jamais ailleurs. Qui- « conqueosera agir contrairement à cette maxime, ce tombera sous la censure et la juridiction du parce lement. Toutes les affaires qui appartiennent « au conseil - privé du Roi seront traitées et « jugées par les gentilshommes ou autres, nom- (c mes , d'époque en époque , membres dudit conw seil, avec l'approbation du parlement. Aucun « acte public concernant les affaires du royaume « et dans les attributions du conseil - privé , ne (f sera présumé valable comme émanant de l'auf( torité royale , à moins qu'il ne soit rendu de « l'avis et avec le consentement de la majorité « des membres dudit conseil , ce qui devra être j< attesté par leur signature. Le conseil-privé ne « sera jamais formé de plus de vingt-cinq mera- « bres, ni de moins de quinze. Si une place de (( conseiller - privé vient à vaquer dans l'inter- « valle des sessions du parlement, elle ne sera « remplie qu'avec l'assentiment de la majorité (( de ce conseil, sauf l'approbation du parlement, « à sa plus prochaine réunion , sans quoi la noce mination sera nulle et non avenue;

c< 5". Le lord -grand -prévôt d'Angleterre, le « lord-grand-connétable , le lord-chancelier ou le

cr lord-^garde-du-grand-sceaa j le iord-trësorier^ « le lord-garde-du-sceau-privë y le comte-nmrëu chai y le lord-grand-amiral ^ le lord-des-cioqa ports ^ le gouverneur et chef de l'Irlande y le u chancelier de Féchiquier, les secrétaires d'État, a les deux grands-juges et le lord-premier-baron a ne seront nommés qu'avec Tapprobatioa du H parlement^ et dans l'interralle des sessions^ avec <c l'assentiment de la majorité du conseil^ selon H le mode prescrit pour le choix des conseillers-ç< privés;

H 4^. Celui ou ceux à qui sera cosafiée l'éduca- M tion des enfans du Roi^ seront nommés dans les il mêmes formes et aux mêmes conditions; et i< parmi les serviteurs et employés auprès d'eux , a ceux contre qui les chambres auraient de justes H sujets de plainte seront écartés à leur de* a mande.

u 5"*. Aucun mariage ne sera traité ou conclu (( pour aucun des enfans du Roi y avec aucun H prince étranger ou toute autre personne y soit « au dedans y soit au dehors de l'Angletere y sans « le consentement du parlement ^ sous peine d'un « writ de prœmunire contre tous ceux qui traies teraient ou concluraient un tel mariage > et cr ladite peine ne pourra être remise > si ce n'est ti du consentement des deux chambres.

i( &. Les lois en vigueur contre les jésuites , les (c prêtres et les récusans papistes ^ seront stricte-

DU LOJVG PARLEMIJJNT. S6j

a ment exécutées sans dispense ni tolérance au- « cune , et le parlement avisera à quelque moyen (I plus efficace pour les mettre hors d'état de trouce bler le royaume ou d'éluder les lois, de quel que « manière que ce soit.

<( 7*. Les lords papistes perdront la faculté de (( voter dans la chambre des pairs , aussi longw temps qu'ils persisteront dans le papisme , et t( le Roi consentira à ce qu'on dresse un bill pour (t faire élever les enfans des papistes par des pro- « testans , dans la religion protestante.

« 8**. Votre Majesté voudra bien consentit à « toutes les réformes que les deux chambres croi- « ront devoir faire dans le gouvernement de FE- « glise, après en avoir délibéré avec les théolo- « giens 5 ainsi qu'il est exprimé dans leurs décla- « rations sur cet objet. Votre Majesté voudra bien M les aider de tous ses efforts à établir un revenu « suffisant pour l'entretien des ministres chargés « de la prédication dans tout le royaume , et Votre a Majesté voudra bien aussi donner son consen- « tement à toutes les lois , ayant pour but d'ex- « tirper les innovations, la superstition, la pluor ralité des bénéfices et d'écarter les ministres c( scandaleux.

« 90. Votre Majesté voudra bien laisser sur le i( même pied tout ce que les deux chambres ont « réglé relativement à la milice jusqu'à ce que « leurs mesures aient été définitivement arrêtées

w par un bill. Votre Majesté voudra bien aussi « retirer ses déclarations et proclamations contre {< les ordonnances portées à cet égard par les deux (( chambres.

(( io°. Tout membre de Tune ou de l'autre « chambre^ qui, depuis l'ouverture du parle- « ment actuel, aura été privé d'une place ou (c oiEce quelconque, en sera remis en possession « ou recevra satisfaction d'une autre manière, (c sur la pétition de la chambre dont il se trouve (I membre.

« II*. Tous les conseillers privés et juges prê- « teront, dans la formerégléeet déterminée par un « acte du parlement , le serment de maintenir la « pétition des droits et plusieurs autres statuts du M parlement actuel , selon ce qui sera déterminé (( par les deux chambres; et il sera fait, à chaque w terme , par les juges du banc du Roi , par les i( juges d'assises dans l'étendue de leur juridic- « tion etspar les juges de paix dans leurs sessions, (( une enquête sur toutes les attaques et atteintes « portées contre ces lois, pour les punir con- « forméraent à la loi.

w 12**. Tous les juges et officiers placés par (C approbation des deux chambres ^ conserveront « leur place quàni diù benè se gesserint.

i< iS*". Tous les déiinquans seront soumis au « jugement du parlement, soit qu'ils se trouvent « dans le royaume ou aient pris la fuite,* et toute

DU LOIfC PARLEMENT. 369

c( persouae citée par l'une au l'autre des deux u chambres, sera teuue de comparaître, et de se « soumettre à la décii^ioa du parlement.

« i4**- Le pardon général offert par Votre Ma- (( jesté, subira telles exceptions que les deux « chambres croiront devoir y apporter.

« i-S"". Les forts et châteaux de ce royaume (c seront mis âous le commandement et la g^rde « des personnes nommées par Votre Majesté* avec « l'approbation djx parlement , et dans les inter- « valles des parlemens, avec l'approbation de la « majorité, du conseil ^ ainsi qu'il a été établi (( dans l'article rel^itif au choix des conseillei^s»,

« i6*. La garde extraordinaire et les forces mi- (( . litaires réunies mainteoant auprès de Votre Ma* « jesté, seront éloignées et licenciées, et à Fsrve* « nir Votre Majesté ne lèvera aucune garde ni (c troupes extraordinaires , si ce n'est conforméce ment à la loi, en -cas de rébellion ou d'invasion*

a I7°, Votre Majesté voudra bien s'allier plus (C intimement avec les Etats des Provinces-Unies (( et les autres Etats et princes voisins attachés « à la religion protestante, afin de la défendre « contre tous les projets et tentatives du pape et (C de ses adhérens pour la renverser et la dé- (c truire; ce qui procuriera à Votre Majesté un a grand accroissement de puissance et de ré-a pittation , et donnera à vos sujets le désir et « les moyeùs de vous aider, par les voies parle- I. 24

S70 HI&TOIRB

cr mentâîres y à rétablir votre royale sœur et leâ (c princes ses enfans dans les dignités et sau- « verainetés qui leur appartiennent^ et à secou-^ c( rir dans leur détresse les. autres princes pro- « testans qui ont souflert pour la même cause.

a i8*. Votre Majesté^ par acte du parlement^ « déchargera d'accusation \e lord Kimbokon et a les cinq nit^mbres de la chambre des cem- « muaes, en telle sorte que les parlemens à Tenir « soient à l'abri des conséqueaces d'an si siau* ce vais précédent.

« 19*. Votre Majesté voudra bien , par sa gra-a cieuse bontés passer un bill pour empéchei; que « les pairs qui seront créés à l'avenir ne puissent a siéger ni voter au parlement» sans y avoir été « admis du consentement des deux chambres.

a Lorsque selon nos humbles désirs» Votrç ff Majesté nous aura accordé ces demandes» nous « nous occuperons à régler votre revenu actuel^ « de la manière qui vous sera le plus avan<* a tageuse» et à l'établir de telle sorte que» par une (( augmentation qui sera rendue constante et à « demeure » il suffise à soutenir glorieusement et a largement votre royale dignité » et surpasse a tout ce qui a été accordé jusqu'ici par les « sujets de ce royaume aux prédécesseurs de (f Votre Majesté. Nous remettrons aussi la ville (c de HuU dans les mains de celui que désignera « VoUe Majesté» avec 1© consentement et l'ap-

DU LONG PARLEMENT. Zji

u probatlon du parlement. Nous lai remettrons (c un compte exact de tous les magasins ^ et nous '( ferons avec joie nos derniers efforts paur que « nos paroles et nos actions témoignent sincèi< renient à Votre Majesté l'attachement loyal et « soumis avec lequel nous Teillerons à la conser- « vation de la dignité royale ^ de la grandeur et a de la sécurité de Votre IVIajesté et de sa poste téritë. »

Le Roi répondit à ces propositions du parlement d'une manière qui prouvait combien la chose lui £tait désagréable ; avant de s'expliquer en particulier sur chacuqie des propositions, il se plaint en génér^al, %% entérines très- amers, de la manière dont on -procède contre lui. Il' remarque que la cabale (ce sont ses propres expressions) qui a préparé cette affaire, a employé contre lui beaucoup d'art et d'habileté, en ^'emparant d'abord d'un pouvoir illégitime , pour soutenir ensuite des demandes illégales. Il accuse les nouembres de cette cabale d'avoir écarté la loi comme un obstacle à leue3 desseins , d'ayoir donné, comme des lois, au peuple Içurs ordres ^ordonnaaces , dana la vue d'exercer un pouvoir purement arbitraire, et d'avoir exigé qu'on s'y soumit , sans attendre le consentement ou concours royal. Il reproche à ses adversaires de lui avoir enlevé le commandement de la n? ilice, prérogative inhérente à sa couronne , d'avoir soutenu contre lui

Sya HISTOIRE

Hotham dans sa trahison, et d'avoir répandu des invectives contre son gouvernement , pour affaiblir, dans Fesprit de ses sujets, Tautoritë et Festime qui lui sont dus, en Faccusant, par une étrange calomnie, de favoriser la révolte dans le sein de son royaume. Us ont, selon lui, propagé une nouvelle doctrine , enseignant que le Roi est obligé de passer toutes les lois qui lui seront présentées par les deux chambres ; maxime de gouvernement aussi favorable à leurs projets habituels que destructive de tous ses droits. Ils ont imposé silence à ses sujets, en condamnant toutes les pétitions qui ne leur plaisaient pas , et pour préparer convenablement Sa Majesté aux amères pilules qu41s lui présentent, ils ont rempli Fesprit des peuples de craintes et de méfiances vaines, et ont employé plusieurs autres moyens du même genre, w S^ils avaient eu, dit-il , l'imprudence u de me faire, avant le temps, des propositions « de ce genre , et telles que leurs sages et more destes prédécesseurs n'ont jamais imaginé d'en « présenter de semblables à aucun de nos ancê- « très, telles encore que notre honneur et la court sidération de Fautorité royale* que Dieu nous « a confiée pour le bien de notre peuple , ne nous « permettent pas de les recevoir dans une juste K indignation , leurs espérances auraient été « prompteraent détruites , et les personnes aux- « quelles ils destinent les emplois , les honneurs ,

DU LONG PARLEMENT. SyS

« le pouvoir et les commandemejis , auraient, ce dans un temps moins bien choisi, déçu leuj' « attente , et couvert de hontis leurs entreprises, » Voilà pourquoi, ajoute-J-il , ils ont eu soin de pre'parer la^chosô d'avance ; mais il semble craindre d'ailleurs que ces propositions , que le parlement ne lui pTCsente pas comme les seules choses qu'il de'sire, ne soient destinées seulement à servir de préliminaire à de nouvelles prétentions , beaucoup plus hautes encore ; et il remarque que, pour mieux parvenir à leur but, ceux qui ont combiné ces propositions ont déguisé leurs intentions véritables sous un mélange de plusieurs choses dignes de l'approbation de tout honnête homme , de quelques demandes spécieuses et populaires, et d'autrçs qu'il a déjà accordées ^^ les entrelaçant artifîcieuspment avec celles qui n'ont pour objet que le succès de leurs vues d'ambitiou et d'intérêt personnel.

Cependant le Roi ne veut pas qu'on le soupçonne d'attribuer ce dessein aux chambres ou à l'une des deiux chambres de son parlement. Il déclare, au contraire , avoir la plus grande cônfi^ce dans la loyauté, l'attachement et la droiture d'intention de ce grand corps, sachant trèsbien qu'un grand nombre de membres des deux chambres sont absens, ettjue plusieurs autres se sont montrés contraires aux choses dont il se plaint; mais il croit, et, en conséquence, dé-

clare à la face du monde que ce plan coupable procède des discours artificieux^ des pernicieuses manœuvres et des mauvais conseils de quelques esprits ambitieux et turbalens^ ennemis dç la vraie religion de Dieu, pour se servir de leur propre langage, de l'unité de l'Église, de son honneur et de sa sûreté, de la paix publique et de la prospérité du peuple.

^ Le Roi s'exprime , en particulier , avec une grande indignation contre dix des propositions^ les i^, 2% 3% 4% 5% 9% io% i5% i6*et 19% soutenant que si on avait eu envie, comme on le prétend, d'accorder son honneur et la sécurité du peuple, on ne lui aurait pas présenté de semblables propositions. Il ajoute que toute protestation en ce seiM , lorsqu'on y joint de telles demandes , ne peut lui paraître qu'une moquerie et une insulte. U soutient de plus qu'il se regarderait comme indigne du sang royal que lui ont transmis tant d'aïeux célèbres , et des hautes fonctions que lui ont confiées les lois, si, en accédant à de pareilles prétentions , il consentait à se dépouiller d'une si grande partie du pouvoir inhérent à sa couronne, et à y faire participer d'autres que lui. U proteste que , fût-il vaincu , prisonnier, et réduit en pire condition que ne l'a jamais été le plus malheureux de ses prédécesseurs , il ne s'abaisserait point à accorder de semblables demandes , et à changer la condition d'un Roi

DU LONG PARLEMENT. 5j5

^'Angleterre contre celle, d^un doge de Venise, Les diverses réponses du Roi et les argumens dont il s'est servi contre chacune des propositions^ sont trop étendus pour trouver place ici. Ceux qui les vealent connaître en détail peuvent les chercher dans le recueil imprimé des déclarations et ordonnances du parlement*.

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