CHAPITRE V
Ordre du parlement pour faire apporter à Gmldrhall de ^^ argent et de la ifaisselle. Déclaration du Roi aux lords qui s étaient renduaprès de lui^ Profession, et protestation de cas lords <uù Roi. Le Roi met le siège dei^ant Hull , mais il le lève aussitôt. Le comte de Jf^arwich prend possession de la flotte en qualité de lord-ami* rai. Le comte d^JEssex est nommé par le parlement général de toutes ses troupes.
Le 10 juin suivant , les deux chambres donnèrent ordre qu'on apportât l'argent et la vaisselle pour servir à l'entretien des chevaux, cavaliers , et armes destine's à maintenir la tranquillité publique , à défendre la personne du roi ( dont Je parlement, dans ses expressions , montrait autant de soin que de sa propre sûreté), et à garantir la sûreté des deux chambres. On promettait à tous ceux qui apporteraient de l'argent monnoyé ou de la vaisselle, ou fourniraient des cavaliers et des armes , de leur rendre leur argent avec un intérêt de huit pour cent. Le parlement engageait
la foi publique à ce paiement (i).' '
I II ^^— ^ ■ III «»^i^^ Il II
(i) Avant de décréter cet ordre, et le même jour cependant , les deux chambres ouvrirent , dans leur propre sein , une souscription pour subvenir aux frais de la guerre en
On nomma quatre trésoriers, dont les reçus devenaient pour les prêteurs un titane qui les autorisait à réclamer la restitution de leur argent , avec Tintérêt promis. Les trésoriers étaient sir
fournissant aussi soit de Targènt^ soit des cavaliers armes et équipés. Quand cette souscription fftt proposée dans la chambre haute', dix-huk pairs présens souscrivirent aussitôt pour une somme de io,3oo livres sterling, et l'équipement de 196 chevaux. D^aulres pairs s'engagèrent à servir en personne. ( Histoire Parlementaire , tome 2 ; col . 1 36a . ) Dans la chambre des confmunes oii cette. motion était née , on fit un appel nominal pour demander à chaque membre ce qu'il voulait faire ; la plupart d'entre eux souscrivirent. Sir Henri KilHgrew, appelé à son tour, se leva et dit : « Si l'ocdasion « s'en présente , je me procurerai un bon cheval , une bonne « cotte de bufHe, une Bonne paire de pistolets, et je ne « serai pas cntbarraafié à trouver une bonne cause. » Il sortit aussitôt de la chambre , prit la poste p(^nr le comté de Cornouailles oii étaient ses terres, et se déclara en faveur du Roi. ( Clarendon , Hist. de la RébelL , tome 8 , page 2go. ) Plusieurs imitèrent son exemple. D'autres , après avoir réfusé aussi , restèrent à Londres ; mais Tanimosité de leurs co4iëgiies et les insultes de la populace leur prouvèrent bientôt qu'ils n'y étaient pas en sûreté. « Un gentilhomme di^ « tingué m'a raconté, dit Clarendon , que, peu de jours « après son refus de souscrire , un homme de la faction , M qui lui portait quelque bienveillance , lui conseilla de s'en « aller de Londres , de peur , lui dit^il , que les petits gar- « çons ne lui fissent sauter la tervelle dans les rues , à coups « de pierres. Be^iucoup de membres de la chambre , qui' « faisaient de vains efforts pour éviter le renom de malin- X tentionnés, avaient souscrit en disant qu'ils voulaient que
SyS HISTOIRE
John WoUaston^ chevalier et alderman de Lob-^ dres 9 Falderoian To^es^ Talderman Warner et l'alderman Andrews. Des commissaires furent aussi nommés pour estimer la yaieur des chevaux et des armes qui seraient fournis.
On demandait, dans cet ordre, que toutes les personnes résidant à Londres où aux environs , à la distance de quatre-vingts milles, envoyassent Targent , la vaisselle ou les chevaux qu'elles voudraient fournir, dans l'espacé de qmnze jours à compter de cet avertissement , et que celles qui habitaient plus loin les envoyassent dans les trois semaines. Celles qui avaient intention de contribuer, mais n'étaient pas pour lé moment pour* vues d'argent ou de chevaux , étaient engagées à souscrire dans le temps prescrit, afin qu'on fût à portée de connaître prompteinent le montant des fonds qu'on pourrait appliquer à cet important service ; enfin on déclarait que tout ce qui serait fourni, serait employé uniquement, comme on l'avait promis, au maintien de la religion protestante ,'cb la sûreté, de la dignité et de l'autorité du Roi, des lois du pays , de la tranquillité
« leur argent fût employé à la défense de la personne du « Roi; mais on les contraignît bientôt k verser les sommas « promises pour recevoir l'emploi qu'il plairait aux seuls M meneurs du parti de qualifier défense du Roi« s* ( Ibid.^ tome 4 9 page 1 36. ) ( ^ole d€ VEdit. y
du royaume et des privilèges du parlement (i)* Tandis qu'on rédigeait cet ordre, il fut donne' , par lettres , avi^ au parlement que les joyaux de la couronne avaient été mis en gage à Amsterdam et dans plusieurs autres endroits des Pays-Bas^ et que sur l'argent qu'on en retirait , on se feurnissaît^ 4ans ce même pays, de munitions de guerre , telles que pièces d^ siège, coulevrines, pièces de campagne , mortiers à grenades, et d'une grande quantité de poudre , de pistolets , de carabines , de seller et autres objets de même nature. D'après quoi le parlement sentit qu'il lui était impossible de douter que le Roi n'eût le projet de lui ifcire la guerre , et ne s'y fût préparé depuis
long-temps.
(i) « C'est une chose à peine croyable, dit Glarendon^ lui-même y que la quantité de vaisselle qui fut apportée en dix jours aux trésoriers du parti ; on manqua d'hommes pour la recevoir et de place pour la déposer ; la foule des gens qui en apportaient était si grande qu'au bout de deux jours , plusieurs étaient eocore à attendre qu'on les déchargeât de leurs séditieuses offrandes. » (Histoire de la Rébellion^ tome 4 9 p^gc i36. ) M Les efforts des prédicateurs, dit Whi- « telocke , eurent tant de succès qu'on vit de pauvres femmes « apporter leurs anneaux de mariage et les épingles d*or ou « d'argent qui retenaient leurs cheveux. » ( Mémoires de Tinùtelocke , page 58i. ) Le parti royaliste , comme le ra|>porte Mày à la fin de ce chapitre , se moquait de ces dons en disant que les troupes du parlement étaient une levée de dés et d^ aiguilles ; mais ils n'en prouvaient pas moins la direction et la vivacité de l'esprit public. {Note de V Éditeur,)
38o HISTOIRE
Il apprit en même temps que le Roi avait envoyé dans le comté de Leicester une commission de recrutement au comte de Huntington, au comt^ de Devonshire et à M. Henri Hastings , second fils du comte de Huntington; lord Hastings ^ fils aine de ce comte, était alors dans le parti du parlement ; outre ces trois principaux commissaires^ la commission contenait le nom de plusieurs ajutres chevaliers et gentilshommes de ce comté. Le Roi accompagna cette commission d'une lettre où il expliquait les motifs qui l'avaient engagé à la donner, et se plaignait de ce que le parlement, par son ordonnance sur la milice , voulait le dépouiller d'un droit inhérent à sa couronne. Quant aux motifs qui autorisaient, selon lui^ la commission de recrutement , il se fonde , dans sa lettre , sur une déclaration du parlement, dont il emploie les expressions textuelles , disant que , puisqu'il a été déclaré par un vote des deux chambres , du i5 mars dernier, que le royaume avait été et était encore dans un danger évident et imminent de la part de ses ennemis extérieurs et de celle du parti papiste dans l'intérieur, il était, pour la sûreté de sa personne et de son peuple , dans l'urgente et inévitable nécessité de mettre son royaume en état de défense. Ainsi, le préli-*m inaire de l'ordonnance du parlement sur la milice devint , pour le roi , totidem ver bis ^ le texte de la commission de recrutement; la copie de
DU LONG PARLEMENT. 58l
cette commission et de cette lettre étant tombées entre les mains du parlement , il fut arrêté par les deux chambres assemblées ^ « que cette coni-« « mission de i^crutement, pour le comté de Leicc cester, était contraire à la loi ^ à la liberté et à « la propriété des sujets, m II fiit arrêté, déplus , deux jours après , « que tous ceux qui agiraient « en vue d'exécuter la présente commission , se- « riaient regardés comme perturbateurs de la « paix du, royaume et traîtres envers la liberté « des sujets. » Les deux chambres ordonnèrent aussi que cette commission et les votes susdits seraient imprimés et publiés dans tout le royaume. Le Roi, c^ependant, nWbliait rien de ce qui pouvait contribuer au succès de ses projets et de lentreprise qu'il avait formée. Il adressa une courte déclaration aux lords qui s'étaient rendus prèd de lui à York et aux membres de son conseil privé. En voici le texte.
« Nous déclarons que nous ne requerrons vo- « tre obéissance que dans la limite des lois reu connues, de même que nous attendons de vous « de ne point obéir à des commandemens qui ne ce seraient point fondés sur les lois , ou vous se- « raient imposés par d'autres personnes. Nous « vous protégerons, vous et tous ceux qui se refu- « seront à cette sorte de commandement^ soit t< qu'ils proviennent de votes et ordres des deux « chambres, ou de toute autre source, contre tous
« les dangers que pourrait vous faire courir « ce refus. Nous défendrons la vraie religion ce protestante établie par les lois y les^ libertés c( légales des sujets d'Angleterre et les justes pri- (( yiléges des trois ordres du parlement ^ et nous » ne requerrons de vous obéissance qu'autant que « nous exécuterons cet engagement. Notre intenc< tion n'est points comme on le prétend faussecc ment , de vous engager en aucune guerre contre « le parlement^ à moins que cela ne devînt néces- 1 saîre pour notre défense contre ceux qui nous « attaqueraient insolemment, dans notre parer sonne ou nos droits et ceux de nos adhérens. »
Les lords et les membres du conseil répondirent à cette déclaration du Roi, par une promesse signée de leur main et conçue ainsi qu'il suit.
« Nous nous engageons à n'obéir à aucun ordre t( ou commandement qui ne serait pas con- « forme aux lois reconnues du pays. Nous nous « engageons à défeidre la personne de Votre Ma- « jesté, sa couronne, sa dignité, ainsi que sa juste « et légale prérogative, contre toute personne et (( pouvoir quelconques. Nous défendrons la vraie (c religion protestante «tablie parla loi du pays, « les libertés légales des sujets de l'Angleterre, et « les privilèges de Votre Maj esté et des deux cha m- « bres du parlement. Enfin nôiis nous engageons « à n'obéir à aucun règlement, or,dre.ou ordona nance quelconque, relatif à aucune espèce de
« milice^ qui n'aaraitpasrassentimentroyal(i).» Le roi écrivit aussitôt une lettre au lord-maire^ aux aldermen et aux shérifTs de Londres pour dë^ fendree^ressëment toute contribution d'argent ou de vaisselle dans la vue de fournir des armes au parlement. Il interdit tout prêt d'argent, excepté celui qui serait destiné à secourir l'Irlande ou à payer les Scossais. Il publia ensuite une déclara^ tioa adressée à tous ses sujets où il s'élève avec amertume contre le parlement popr lui avoir faus^ sèment et scandaleusement imputé le projet de faire la guerre au parlement, ou de lever des troupes dans cette intention. En même temps, afin de pourvoir aux dangers dont un parti malintentionné, dit-il en empruntant les expressions du
(i) Cet engagement fut signé par le lord-garde^du-sceau^ le diic de Richmond, le marquis de Hertford ; les comtes de JLindsey , de Gufnberland , de Huntington , de Bath , de SbuthamptoB , de D^rset , de Salisbur^ , de Northampton , dç Devonshire , de Bristol , de Westmoreland , de Berkshire , de Monmouth , de Eivers , de Newcastle , de Douvres , de Carnarvon, de Nevrport ; les lords Mowbraj et Mau!travers, Willougby-d'Eresby , Rich, Charles Howard de Charleton , Newark , Paget , Chandoys , Faulconbridge , Pawlet , Lovelace , Coveatry, Saville , Mohtin , Dunsmore , Seymour , Grey de Ruthen , Falkland ; le contrôleur , le secrétaire ]!ïichola$, sir John Colepepper ; le lord-grand-juge Banks. — May a omis , dans cette liste ^ les comtes de Cambridge et de Clare , dont les noms se trouvent sur ^ liste originale, imprimée à Vork en 1642 , par Robert Barker. {Histoire parlementfiire , tom. 121., col. i374- )
parlement y menace sa personne et te royaume^ il invite ses affectionnes sujets à l'aider de lenr argent et de leur vaisselle^ dont il promet le paiement avec un intérêt de huit pour cent(i). Aussi-
■ ■ ■ ■ Il . ■ ■ ■ ■ I 1^ I ■ ■ ■
(i) Cet appel du Roi à la libéralité et au zële de son parti n'obtint pas , à beaucoup près , le même succès que celtii du parlement au partipopulaire. Clarendon , qui s'en plaint y en rapporte deux preuves assez piquantes : « Dans le voisinage de Nottingham vivaient , dit-il , deux hommes considérables , très - riches , trës-avftres, et qu'on suivait munis de beaucoup d'argent comptant. Lord Gipell fut envoyé à l'un , et M. Ashbumham , gentilhomme de la chambre du Roi et qui avait toute sa confiance , k l'autre ; ils étaient tous deux porteurs d'une lettre de la main du Roi , et qui demandait un emprunt de i o^ooo ou 5,ooo livres sterling. Lord CapçU fut trës-bien reçu par son h^te , et traité aussi bien que le comportait le petit état de la maison : « Je suis « désolé , lui dit celui-ci avec toutes sortes de protestations « de dévouement, de ne pouvoir complaire aux ordres de « Sa Majesté ; tout le monde sait que je n'ai et n'ai jaaaais « eu d'argent comptant. Depuis dix on douze ans , j'achëtC M chaque année des terres pour un millier délivres ; l'argent « ne reste donc jamais dans mes mains , ce dont j% ne me « soucierais point d'ailleurs. Mais j'ai, à quelques milles « d'ici , un voisin qui n'est bon à rien , vit comme un pour- M ceau , se refuse les choses les plus nécessaires , et ne peut « pas avoir moins de 20,000 livres dans la misérable maison u qu'il habite ; envoyez chez lui ; il ne saurait nier qn'il a de « l'argent. » Il conclut en protestant de sa fidélité au Roi , de sa haine pour^e parlement, et parut même promettre de travailler à procurer de l'argent au Roi ; il n'en fit rien , et cependant ses seutimens étaient sincëres, car il fut tné dans Ik suite au service de Sa Majesté.
Dû LONG PARLEMENT. 385
tôt après ^ par uae déclaration faite devant les lord9 et les membres de son conseil y il désavoua y
« M; Asbburnbam n'obtint ni plus d'argent ni tant ^e bonnes paroles. Le lord auquel il était adressé avait si peu de reUtioni avec la cour , qu'il n'avait jamais entendu prononcer son nom , et qu'après avoir lu la lettre du Roi , il lui demanda de qui elle était. -^ « Du Roi ; vous le voyez M bieq^ lui ditM. Ashburnham. -^ Je ne suis pas, re- « prit l'autre, assez sot pour le croire ; j!ai reçu des letties « du Roi et.de son père. » £t courant à son cabinet , il en revint avec une demi-douzaine de lettres , disant : « Voici « des lettres du Roi ; elles commencent toutes par : Très-' H J4^al et bien aimé (Right trustjy and well behved) et le nom « du Roi est toujours au haiit ; cette lettre-ci commence « par mon nom tout du loQg , et finjt par : Votre affectionné K G. R. ; je suis sâr qu'elle n'est pas de la main du Roi. >» En conséquence il donna à M, Ashburnham un mauvais souper et un mauvais lit, ajoutant qu'il conférerait de nou* veau avec lui le lendemain matin. Sur ce, il dépecba sur-lechamp un domestique avec une lettre à lord Falkland qui était neveu de sa femme , et n'avait preâquç jamais vu son oncle. Le messager arriva à Nottingham vers minuit , et trouva lord Falkland au lit. Le lord lui mandait qu'un certain Asbburnbam était venu Iq trouver et lui avait remis une lettre en disant qu'elle était du Roi ; mais qu'il était , lui 9 bien sûr qu'il n'en était rien; qu'il le priait doqc de lui faire savoir ce que c'était que cet Ashburnham , et qu'il le retiendrait chez lui jusqu'au retour de son messager. Tout en éclatant de rire , lord Falkland se bâta d'informer le lord du rang de M. Ashburnham , lui garantissant sur sa parole que la lettre était bien du Roi. Le messager étant de retour chez son maître , sa seigneurie traita M. Ashburnham avec I. 25
planant Dieu à témoin de la sincérité de ses paroles^ tout préparatif ou intention de guerre contre le parlement; sur quoi les lords et tous ceux qui
des égards si nouveaux , que çelui^i qui en ignorait la cause s'imagina qu'il repartirait avec tout l'argent qu'il était venu chercher. Mais le lord , d'un air aussi gracieux qu'il le put prendre , ce qui ne lui était pas ordinaire, lui dit : « J'ai si « peu d'argent que j'en manque pour moi-même ; mais j'ai , « à quatre ou cinq milles d'ici , un voisin qui n'a jamais « fait de bien à personne , n'aime que lui seul , et possède « un monde d'argent; il pourrait fournir au Roi tout ce dont « Sa Majesté a besoin ; envoyez chez lui , et s'il vous refuse , <f je sais en quel endroit il a caché un tonneau plein de pièces M d'or; je vous le découvrirai; il a si peu d'admis que le Rot « peut le traiter comme il lui plaira sans que personne s'en « soucie. « Ce fut là tout ce que M. Ashburnham en put tirer. Cependant ce misérable homme était si loin de vouloir du bien au parlement, que , lorsque le parti se fut emparé du comté de Nottingham comme de tout le royaume , il ne voulut jamais lui donner un sou , ni même entrer en composition , à titre de délinquant , comme on y contraignait tous ceux qui avaient vécu dans les quartiers de l'armée du Roi. -^
« Un autre gentilhomme, qu'on savait fort riche, sollicité pareillement de prêter au Roi 5oo livres sterling, lui envoya un présent de cent pièces d'or , déclarant qu'il avait eu beaucoup de peine à se le^ procurer , et jurant , avec les plus violentes imprécations^ m^^y jamais dans sa vie , il ne s'était vu en possession de 5oo livres à la fois. Cependant , nn mois après le départ du Roi , les troupes du parlement , qui avaient une bien autre façon d'emprunter, lui prirent 5,000 livres sterling qu'on trouva cachées dans la chambre
se trouvaient alors à York^ signèrent la décla«« ration et profession suivante :
ce Nous soussignés , par égard pour le désir de « Sa Majesté, pour la vérité^ et fidèles à nos de- « voirs envers l'honneur de sa personne , étant « ici présens et témoins des déclarations fré- « queutes et sincères, où Sa Majesté a exprimé
où il couchait. » ( Histoire de la RébelUon , tome 5 , pages 54 — 57.)
L'Université d'Oxford envoya au Roi toute sa vaisselle , avec une somme d'argent considérable , fruit des souscriptions volontaires de ses principaux membres. Quelques étudians se chargèrent d'en effectuer le transport, et se rendirent en personne auprès du Roi. Quant à l'Université de Cambridge , Glarendon affirme qu'elle envoya également à Charles I*'. sa vaisselle et de l'argent. {Histoire de la /î^bellion^ tome 5, page 53.) Mais May rapporte, comme on le verra plus tard , que Cromwell empêcha cet envoi ; et son récit est confirmé par V Histoire parlementaire , 011 on lit : ( 19 août 1642 ) que « M. Cromwell , alors député de Cam- «t bridge , s'empara , d'après les ordres du parlement, du « château de celte ville , et prévint l'enlèvement de la vais- « selle de FUniversité , pour une valeur de 20,000 livres « sterling. Le jour suivant , une ordonnance de la chambre « des communes déchargea M. Cromwell de toute respon- « sabilité pour cet acte , et lui enjoignit de veiller à l'avenir « à ce qu'aucune somme ou vaisselle , appartenant aux di- « vers collèges de l'Université de Cambridge , ne fût en- « voyée au Roi pour l'aider dans sa guerre contre le parle*- « ment. » {Histoire parlementaire ^ tomes, col. i453.)
^ ( Note de V Editeur, )
u soa aversion pour tout projet de iTaire laguierre (( au parlement 9 ne voyant aucun preparatif ni « conseil qui puisse raisonnablement faire croii^ (/ à un. tel dessein , nous déclarons déviant Dieu a et attestons au monde que nous sommes pleineu ment persuades que Sa Majesté n'a point d'inten- » tion semblable ^ et que tous* se» efforts tendent (( à l'affermissement de la religion protestante, « des justes privilèges du parlement , de la li- « berté des sujets , des lois , de la paix et de la « prospérité de ce royaume. »
Le Roi 9 fortifié par les secours d'armes et de munitions qu'il avait reçus de Hollande^ et plus encore par cette protestation des lords qui, en aflirmant qu'il n'avait point l'intention de faire la guerre au parlement, lui fournissaient les moyens d'attirer plus aisément le peuple dans son parti, commença à s'occù{)er de ses affaires avee beaucoup d'adresse et un soin infatigable. Il repondit sans retard à toutes les pétitions pu déclarations des chambres; il repoussa entre autres par un manifeste fort bien rédigé, en date du 7 juin, et plein de récriminations amères, une pétition qui lui avait été présentée à York , au nom du parlement, par lord Howard, sir Hugh Cholmley et sir Philippe Stapleton , pour le supplier de ne pas placer ses sujets entre leur devoir envers lui et leur .devoir envers les chambres. Enfin , daps l'espace de trois semaines, soit par lui-même, soit
DU LONG PARLEMENT. SSq
par ses messagers ^ et à force de discours ^ proclamations et déclarations, il avaDça merveilleusement ses affaires. ANewark, il adressa un discours aux gentilshommes du comté de Nottingham j de la façon la plus aimable et la plus persuasive^ se louant beaucoup de leur affection pour lui j éloge qui , reçu ô» la bouche du Roi , les engageait pour l'avenir. Â Lincoln, il parla de la même manière aux gentilshommes de eè comté 9 protestant de ses bonnes intentions , nbn- ^seulement à leur égard , mais pour les lois et libertés de tout lé royaume. A' la même époque, et avec l'aide d'habiles jurisconsultes qu'il avait près de lui, il repoussa de tout point, dans une l<mgue réplique, une déclaration que le parlement avait publiée contre la isommission de recrutement, et oîi l'on discutait le statut de Henri IV, qui avait servi de base à cette commission. Le Roi publia aussi une proclamation contre tous ceux qui tenteraient de levet des troupes sans ses ordres, allouant tous les statuts qui condamnaient de pareils desseins ; dans une autre , il prit soin de prouver au peuple la lé^lité de sescommisstonsde recrutement , et y prescrivit la plus stricte obéissance. 11 défendit de même tout enlèvemeilt ou déplacement des magasins de munitions situés dans les divers comtés , et toute tentative peur secourir ou ravitailler contre lui la TilledeHufl.
Sgo HISTOIRE
Le parlement déclara, de son côte, qne cespro*clamatioDS faites sans son ayeu étaient illégales ; il défendit à tous les shérifis , maires , etc., de les publier, ainsi qu'aux curés et vicaires de les lire dans les églises.
D'York, le roi se rendit à Beverley , et envoya de là un message aux chambres , annonçant son dessein de marcher yers HuU pour s'en emparer^ si ayant son départ on ne lui remettait cette place. Quand ce message arriya à la chambre des pairs ^ elle yenait d'arrêter une pétition , pour engager le Roi à s'entendre ayec son parlement , afin d'éyiter une guerre civile. Le comte de Holland , sir John Holland, et sir Philippe Stapleton, furent chargés de la lui présenter à Beverley. Cette pétition parut contenir une réponse si satisfaisante au message du Roi, que les deux chambres ne jugèrent pas à propos d'en faire une autre ; mais aussitôt après , elles publièrent ime déclaration pour la défense du royaume et de la ville de HuU, s'engageant à indemniser quiconque souffrirait quelque perte , soit en accourant à la défense de cette place, soit par l'ouverture des digues dont elle était entourée.
Le Roi persista dans son dessein de s'emparer de Hull ; et comme cette ville , déjà très-importante en qualité de place forte maritime, fut la cause ou le théâtre de beaucoup d'événemens
DU LONG PARLEMENT. SQi
considérables dans le cours de la guerre civile, j'entrerai dans quelques détails sur tout ce qui s'y rapporte.
Comme il y avait à Hull de riches arsenaux , ce iurent probablement les avantages que lui offrait oatte place 9 qui engagèrent le Roi à quitter un parlement établi k Londres^ et à se rendre dans le nord. Ce fut là que le Roi vit pour la première fois ses ordres désobéis , et ses tentatives repoussées par la force; aussi ce fut contre Hull que se dirigea la première explosion de sa colère et de ses armes. Le Roi marcha d'York à Beverley , ville située à six milles de Hull , avec une armée de trois mille hommes de pied et de mille chevaux. U espérait que sir John Pennington y avec quelquesuns de ses vaisseaux ^ fermerait les passages de la mer et empêcherait que Hull ne Ait ravitaillé par cette voie. Le comte de Warwick , en s'emparant de la flotte , déjoua cette espérance ; mais le Roi , qui n'en était pas informé , résolut d'assiéger Hull par terre y et défendit^ sous peine de mort y qu'on y fît passer aucun convoi. U employa beaucoup de soldats à ouvrir dès tranchées pour détourner les courans d^eau vive qui se rendaient à Hull y et envoya deux cents chevaux dans le comté de Lincoln , sous les qrdres de lord Willoughby^ fils du comte de Lindsey, et de sir Thomas Glenham y pour arrêter tous les secours qui pouvaient venir de Burton sur l'Humber.
Sir John Ilotham y voyant les mesures du Roi f et informe qu'il était eu persomie à une heure eV demie de marche de la viile^ lui adressa d'abord d'humbles pétitions^ par trois messagers successifs que le Roi fit arrêter. Il ceiàvoqua ensuite un con* seil de guerre ^ où l'on débattit la question de savoir si on ne laisserait pas l'ennemi s'approcher de la place avec ses troupes $ en s'abstenant de l'écarter par les batteries des remparts ^ jusqu'au moment où la marée serait parvenue à toute «sa hauteur y pour lâcher alors les écluses et noyer l'armée qu'on redoutait. On se décida pour le parti plus doux y d'ouvrir sur^e-champ les écluses , à la faveur d'une marée de printemps ^ et d'inonder ainsi d'avance tous les «n virons de HuU. Mais sir John Hoiham y avant d'exécuter cette mesure y en fit avertir les propriétaires d'alentour y et leur douna le temps de mettre à l'abri leurs bestiaux et leurs meubles y les assurant que le parletn^it les indemniserait de toute autre perte y «ur les biens des personnes qui avaient activement se* condé le Roi dans ses desseins.
Sir John écrivit au parlement pour l'informer de la situation où se trouvait la ville ^ demandant seulement y afin qu'on pdt lui accorder promptement sa demande y un secours d'argent et de vi-^ vres y et 5oo hommes. Le parlement fit battre le tambour k Londres et dans les lieux adjacens y pour rassembler les soldats et les envoyer par mer
DU LONG PARLEMENT. SqS
à Hull. Ijes chambres demandèrent au comte de Warwîck d'envoyer, des Dunes à Hull, deux vais^ seaux du Roi , pour ies mettre aux ordres de sir John, dfin cfu'il s'en senrilde la manière qui serait le plus utile, et'sir John. Meldrum, gentilhomme écossais , officier plein deeourage.etd'exipérience^ fut nomme pour seconder sir John 'Hothaxa dans cette partie à^ mtvice.
L'armée du Rot n'espérait pas emporter la place de vive force ; elle ne faisait ses approches qu'ayec de grandes difficultés et beaucoup de désavantages, et {^esque toujours la nuit. Ce fut dans l'obscurité qu'elle brûla deux moulins aux envi-^ rons de la ville. Les assiégeans eurent enfin re* cours à la ruse , et , uyant dans Hull des gens prêts à seconder leurs desseins, ils les enga*gèrent à mettre le feu en quatre endroits , et pendant que les soldats et les habitans iseraient occupés À l'éteindre , ^eux mille hommes de l'armée du Roi devaient attaqiser les remparts. Les gens de la ville qui étaient entrés dans le complot, devaient être avertis, du dehors , par un feu allumé sur ie couinent de Beverley, du moment oit tout serait préparé pour l'assaut , «t c'était alors qu'ils devaient commencer l'incendie. La trahison fut découTerte par un des icomplices qui l'avoua à sir John Hotham* Les barques et les bateaux placés sur la rivière d'Humber, rendirent de nombreux services.
Les habitans de la banlieue de Hull fuceot si irrités de la trahison qu'avaient voulu entreprendre contre eux leurs ennemis y que, toaiours plus animes ^ ils s'enrôlèrent tons dans l'armée de déiG^se ; en sorte que les murs de la ville ne pouvaient plus les contenir. Cinq caits bommes ^ conduits par sir John Meldrum ^ firent ^ à la fin de juillet^ une sortie contre les assiégeans, qui y les voyant approcher ^ se préparèrent à les recevoir courageusement; mais il n'y avait qu'une petite partie des troupes du Roi qui fussent décidées à se battre ; le reste j composé de la milice du pays^ n'était pas disposé à en venir aux mains avec des voisins. La cavalerie du Roi et les plus déterminés de ses partisans ^ se voyant abandonnés par les gens de pied y se retirèrent aussi vite qu'ils le purent à fieveiv ley ; . sir John Meldrum les poursuivit y en tua deux 9 et leur fit trente prisonniers. Peu de temps après y quand les secours de Londres furent arrivés à Hull y sir John Meldrum ^ à la tête d'une troupe plus considérable y fit ime si terrible sortie sur les assiégeans y qu'une grande partie se retira en désordre avec une perte de vingt-un hommes tués et quinze prisonniers. Sir John Meldrum poursuivit son avantage avec tant de célérité y qu'il tomba tout à coup sur une ville ennemie appelée Alby y à trois ou quatre milles de Hull y où les magasins du Roi étaient déposés
DU LOIfG PARLEMENT. SgS
dans une grange qui renfermait une grande quantité de munitions > de poudre , de balles et plusieurs machines employées à des ouvrages d'artifice. Sir John l'attaqua à l'improTiste au milieu de la nuit ^ chassa la garnison ^ composée ^ pour la plus grande partie , de milices et d'autres habitans du comté d'York qui ^ ne se portant pas avec beaucoup de zèle à cette guerre , s'enfuirent le plus vite qu'ils purent, laissant leurs armes derrière eux. Sir John emporta avec lui une partie des munitions et les armes, et, mettant le feu à ]a grange , consuma la poudre , les ouvrages d'artifice et tout ce qu'il ne put emporter. Après quoi , il rentra à HuU sans accident.
Le Roi assembla un conseil de guerre qui, considérant le mauvais succès de ses premièi^es démarches et l'importance de ne pas perdre de temps, décida qu'on lèverait le siège de HuU , et qu'on continuerait à marcher en avant. Les principaux de ceux qui entouraient le Roi , rejetèrent leur défaite sur l'inhabileté de leurs capitaines campagnards et la lâcheté des milices. Le Roi aurait probablement obtenu de meilleurs succès , si sir John Pennington avait pu amener à son secours une partie de la flotte; mais le comte de Warwick s'en était emparé , comme il est temps de le rapporter en détail.
Le comte de Warwick avait toujours eu tant de goût pour le service maritime, et montrait
3g6 HISTOIRE
tant d'expérience dans cette partie^ ^[ue, comme c'était; d'ailleurs un homme de courage^ d'une vie religieuse (i) et d'une fidélité éprouvée aux intérêts de son pays , le parlement l'avait jugé y entre tous les nobles de son temps , le plus pro-pre à commander la flotte en qualité de lordamiral ; il l'avait donc chargé , en cette qualité , de l'importante affaire de l'organisation de la milice de terre et de mer.
Le Roi y de son côté , avait donné cet empl oi à sir John Pennington, long-temps vice-amiral, et qui avait obtenu des succès silr mer. 11 avait écrit au comte de Warwick y lui ordonnant expressément de quitter le commandement. Lie comte de WarWick , qui était déjà venu prendre possession de la flotte , se trouva fort embarrassé entre ces deux ordres super ieurs. Il assembla donc un conseil de guerre auquel il communiqua l'ordonnance du parlement et la lettre du Roi ; mais la conscience du comte lui ordonnait d'obéir plutôt au parle ment , et il donna lui-même, dans une lettre à un membre de la chambre des
(i) Ce que dit ici May, du caractère de lord Warwick , a déjà Qté révoqué en doute dans une note précédente , d'après Clarendon, assez juste en général envers les personnes, qui connaissait lui-même le comte, et dont le témoignage est confirmé , en ceci , par plasieurs autres écrivains du temps.
( Note de l'Éditeur. )
lords, les motifs de cette détermination. « En cou- « sidérant, dit-il, la sollicitude que j'ai remar- « quée dans les parlemens de ce royaume pour le u bien et la sécurité du Roi , du pays et de chacun <( de ses habitans, songeant de plus que les par-* K lemens sont le grand - conseil par l'autorité (( duquel les rois d'Angleterre se sont toujours « adressés à leurs sujets, je me suis déterminé à i( demeurer en possession de mon emploi jusqu'à (( ce qu'il me soit ôté par l'autorité qui me Ta <c confié. »
La plupart des capitaines prirent unanimement la même résolution que le comte ; cinq seulement , savoir , le contre-amiral , le. capitaine^ Fogge , le capitaine Baily, le capitaine Slingsby, et le capitaine Wake s'y refusèrent, alléguant l'ordre qu'ils avaient reçu du Roi d'obéir à sir John Pennington, qu'il avait nomméamiralau lieu ducomte de Northumberland. Ces cinq capitaines avaient réuni leurs vaisseaux en cercle pour se défendre contre le comte; mais il les fit environner, et, mettant à l'ancre autour d'eux, les somma de nouveau de se rendre. Trois amenèrent et se rendirent; deux seulement , le capitaine Slingsby et le capitaine Wake, tinrent ferme dans leur première résolution. Le comte fit pointer un canon contre eux, et, leur montrant le sablier, leur envoya sa chaloupe et la plupart des chaloupes de la flotte , pour leur faire connaître le danger
3g8 HISTOIRE
qu'ils coaraient s'ils n'amenaient pas dans l'interralle marqué par l'écoulement du sable. Mais ils refusèrent si péremptoirement ^ue les pilotes et les matelots^ s'échaufTant contre eux^ montèrent à l'abordage ^ et y quoiqu'ils n'eussent pas . d'armes y saisirent ces deux capitaines armés d'épées et de pistolets /abattirent leurs mâts et leurs vergues ) et les amenèrent tous deux au comte. Ainsi^ par le surprenant courage de ces hommes sans armes 9 la chose se trouva finie sans aucune effusion de sang ^ au moment où le comte se préparait à tirer.
Peu de jours après ^ le comte reçut ^ par hasard^ une nouvelle augmentation de forces ; un grand et fort vaisseau du Roi^ appelé le Lion, qui venait de Hollande et faisait voile vers Newcastle , ayant été mis en danger par la tempête^ fut poussé dans les dunes. Le capitaine Fox y qui commandait ce vaisseau ^ salua le comte de Wanvick, qui lui fit connaître l'ordonnance du parlement^ en vertu de laquelle sa seigneurie devait prendre le commandement de tous les vaisseaux , et le requit de s'y soumettre. Le capitaine refusa d'abord d'obéir à l'ordonnance, et fut, en conséquence, entouré de tous côtés ; mais tous les officiers de son vaisseau se soumirent , et abaissèrent leurs mâts et leurs voiles en signe d'obéissance. Ce vaisseau était très-considérable, et portait quarantedeux grands canons de bronze. On prit, en même
DU LONG PARLEMENT. 5g9
temps y un petit yaisseau chargé d'excellente poudre. Le comte apprit y par quelques hommes de l'équipage du lâony que le jeune prince Robert^ le prince Maurice y et plusieurs autres généraux y avaient eu le projet de venir de Hollande sur ce vaisseau; mais^ qu'après avoir essuyé à la mer trois jours et trois nuits de tempête y ces deux princes malades et épuisés s'étaient fait remettre à terre en Hollande.
Lorsque le Roi fut instruit de la prise du Lion y il envoya demander au comte de Warwick^ par un message y de le lui rendre avec tout ce qu'il contenait^ et de le faire conduire à Scarborough. Mais le comte répondit que le parlement lui avait confié le commandement de la flotte^ et que ce vaisseau en faisait partie. Il suppliait donc humblement Sa Majesté de lui pardonner^ s'il ne pouvait le lui rendre sans le consentement des chambres. Il ajouta qu'il n'avait pas connaissance qu'il y eût sur ce vaisseau rien qui appartînt à Sa Majesté.
Il est temps de laisser le comte de Warwick à ses travaux maritimes^ pour revenir aux le^ vées et aux préparatifs militaires qui se faisaient sur terre ; c:ar le moment fatal était venu où ce long et ennuyeux combat de déclarations^ de pétitions et de proclamations 9 allait se changer en une guerre réelle et sanglante^ et où la plume allait être secondée par l'épée.
Le 12 juillet 1642 , le parlement vota qu'il se-
4o6 HISTOIRE
raît leyé une armée pour la sûreté de la personne du Roi et la défense du parlement. Ge fut ainsi qu'il s'exprima y désirant unir toujours ce qui semblait être séparé par tant d'éloignement et d'inimitié.
Le comte d'Esses fut nommée par l'honorable et unanime consentement des deux chambres , général de ces armées et de toutes les troupes levées; par le parlement. Il jura de vivre et de mourir pour cette cause.
Le comte d'Essex était un gentilhomme d'une réputation honorable et sans tache ^ d'une fidélité envers son pays et son prince au dessus de tout soupçon. Quel que fût^dans les divers temps, l'esprit de la cour^ il avait toujours servi honorablement les véritables intérêts du peuple anglais et de la religion protestante, et c'étaitdans cette vuequ'il avait pris parti dans la guerre palatine et s'était mis au service des Provinces-Unies ; de telle sorte que lorsqu'on chercha un lord auquel on pût confier le commandement en chef, il ne parut pas qu'il pût y avoir la moindre incertitude; on peut dire de ce choix y comme Velleius Paterculus l'a dit d'un autre^ non qaœrenduB erat quem elige^ rent aed eligendus qui eminebat*
Le parlement était alors fort en état de lever les troupes et de les bien équiper, au moyen des monceauxd'argentet de vaisseU€,entasséspour cet objet à Guildhall, où ils s'augmentaient tous les jours
DU LONG PARLEMENT. 4ot
des libres contributions des amis du parlement. Ge n'étaient pas seulement les riches habitans de la cité et les gentilshommes voisins de Londres qu^on voyait apporter leurs gros sacs et leurs grandes pièces de vaisselle; mais les plus pauvres^ comme la veuve de FEvangile^ apportaient aussi leur obole ; si bien que les ennemis de la cause avaient coutume de dire, par moquerie, que c'était une levée de dés et d'aiguilles.
Le comte d'Esses s'occupait , avec beaucoup de soin et d'habileté , à lever son armée. Il voulut avoir autant dé cavalerie qu'on en pourrait former, sentant bien que ce qu'il y avait de plus important pour lui, c'était d'aller à la recherche des troupes du Roi, de les empêcherde piller le pays et de désarmer les comtés pour s'équiper. Si l'on considère la longue paix qui avait régné en Angleterre , et le peu d'armes alors en état , on peut dire que cette armée fut , non-seulement levée , mais équipée en très-peu de temps. Outre les lords envoyés en différens comtés pour organiser la milice , et qui levaient des troupes pour la défense des lieux où. ils se trouvaient, plusieurs de ceux qui siégeaient à la chambre des pairs s'enrôlèrent dans l'armée du lord-général , et prirent des commissions de colonel. Le lord Roberts , le lord Saint-John , fils aîné du comte de Bolingbroke , le lord de Rochford , fils aîné du comte de Douvres, et plusieurs gentilshommes I. 26
409 mSTOIE£
du premier rang dans la chambre des commîmes ^ prirent desf commissions pour serTir, soit à pied, soit à cheval* Parmi eux se trouvaient sir John Merric^ qui fut fait sergeat-major-gënërai de l'armëe > le lord Grey de Grooby , fils du conate de Stamfqrd ^ M, DenEÎl Hollis^ M. Hampden $ sir Philippe Stapleton^ sir William Waller, sir Jame» Luke y sir Henry Cbolmley , M. Grantham y M. Whitelocke , et plusieurs autres. Deux jours après que le QQmte d'Ëssex eut été nommé généralissime , 1q Qomte de Bedfbrd fut fait général de lacataleri<i(i)«
(i) Ce fut le 2,5 aoAt (1642) , selon CUrendon , et le 22, selon Ili^sbwortb , que le Roi planta son étendard k^ Not— tinghan^ , et que fut ainsi déclarée la guerre civile. Les dé« tails de cette cérémonie sont fort diversement racontés.; A en croire Rushworth , elle fut brillante ; un nombreux cortège de lords , de gentilshommes ^t plus de 2,000 homme» de troupes y assistèrent. « Aussitôt que Tétendard fut « dressé , dit-il , un bér^i^t d'arabes s'iippréta $ lire une tt proclamation pu le Eoi exposait les nécessités qui l^ conte traignaient à cette démarchç décisive Sfaîs av^ntque
« les trompettes eussent sonné , le Roi demanda à revoir « cette proclamation et la lut à part ; quelques passages pa- « raissant lui déplaire , il demanda une plume et de l'en-' a cre y r^^y^ de s^ xQaîn plusieurs mots et la réagit ensuite • au héraut qui )a lut ^yec qi^el^ye peine , à cause dçs ra- « tures de Sa Majesté.» {Histoirci parlementaire ^ tome 2 , col. 1437. ) « L'étendard fut dressé, dît Clarendon, à six <• heures du soir , après une journée sombre et orageuse , <( sans autre cérémonie que le roulement de quelques tam-
« bours et le son de quelques trompettes. Les assistans ob- « servaient tristement de siniiitres présages. II n'y avait pas « là un seul régiment d'infanterie ; les milices du comté , « convoquées par le shériff, étaient les seules troupes qui « gardassent la personne et Fétendard du Roi. La procla- « mation n'avait point attiré un grahd concours de volon- « taires ; les armes et les munitions n'étaient pas encore u arrivées d'York ; une mélancolie générale enveloppait « toute la ville. L'étendard fut renversé dans la nuit même « par un furieux ouragan , et il ne put être relevé qu'un « ou deux jours après. » ( Histoire de la Rébellion , tome 4 y page 258. ) William Lillj , dans ses Observations sur la vie et la mort du roi Charles , donne encore quelques détails nouveaux ou différens : « Les héraults qui se trouvaient auprès du Roi , dit-ii 9 ignorant de quelle manière devait être dressé l'étendard royal , le suspendirent à une des tours du château de Nottingham , dans l'intérieur des remparts ; c'était là que le roi Richard III avait jadis planté le sien. Une violente tempête abattit pendant la nuit celui de Charles ; le Roi trouva mauvais qu'on l'eût placé en dedans du château, «t II fallait le mettre, dit-il , dans un « lieu ouvert pii chacun pût en approcher , et non dans une u prison. » Il le fit donc enlever et transporter hors du château y près du parc. Mais quand les hérauts voulurent l'en-* foncer en terre , ils s'aperçurent que le terrain n'était qu'un roc très-dur. Avec leurs poignards et leurs couteaux, ils creusèrent un petit trou pour y fixer le pied de l'étendard ; mais il ne tint pas, et on fut obligé^ pendant quelques heures, de le soutenir à bras. Toutes ces circonstances frappèrent dès-lors l'imagination des assistans, et ils en tirèrent de sinistres présages sur le sort de la guerre qui allait commencer. » ( Obsen^ations sur la vie et la mort du roi- Charles y par Will. Lilly, dans la Collection de M. Mazeçes , etc. ,, tome i , page 176. ) ( Note de V Editeur,)
ET
ECLAIRCISSEMENS
ET
Sur t assassinat du duc de Buckingham. (^3 àSut lGï9.)
« JLl y avait un nommé John F«lfon , hémaie obscur ^ èleyii dans le métî^i* de soldèt et nomiJÀé réceminent lieulèiiaQl d'une compagoîè de gens de pied* Son capitaine ajant été tué lors de la retraite de File dé Ré , il pensa que le côn»* Hiandeaiènt de la compagnie lui reveÉait de droit , et le duc de Buckingham » géoéfai de Tartnée, ayant réibsé de là lui donner , il i-ebdît sa eomsiiissioti de lieutenant et quitta le service. Il était d'un Caractère méUncolique $ et no faisait guère société avec personiie : il était cependant d'une fa-* mille estimée dans le comté de Suffolk ^ et j<>uis6ait d^Me fortune honnête. Depuis le moment qu'il avait quitté l'iipmée 9 il avait habité Loildfes ; c'était alors que la chambf&des coitiniunes , emportée par sa haine é% ses préventions contre le duc de Backingham, l'avait aeeusé, devant la chàâabre des p&irs ^ de plusieurs aetions coupables et iriipriidentés^ et, dans un discours tenu à la chaitabre y il avait étédé^giié comme la cause de toiis lès ndfeiix ^ée souffrait le rojoîhnè et comme ènneâai pid>liG.
« Il se répandit quelques copiée de ce passage : car oii ne se permettait pas e»Qor6 1 M^i qi^'en l'a fait depuis ^eu ,
4o8 ÉGLAIRGISSEMEINS
d'imprimer tons ces discours séditieux. Celui-ci , et quelques accusations violentes répandues contre le duc de Bue— kingham dans le public , qui n'aimait pas ce grand personnage, produisirent beaucoup d'effet sur l'esprit du mélancolique Felton. Il fréquentait aussi habituellement les sermons de quelques prédicateurs populaires dans la cité ; et bien qu'ils ne fussent pas encore arrivés à ce degré de présomption et d'impudence qu'ils ont atteint depuis fleurs prédications^^ réunies à ces autres causes, conduisirent par degrés Felton , comme il Va déclaré dans un de ses interrogatoires, à croire que ce serait servir Dieu que de tuer le duc ,^ ce à quoi il se résolut bientôt.
« Il se munit simplement , pour ce meurtre , d'un couteau commun qu'il acheta chez le premier coutelier pour un.shelling, et ain^i armé, il se mit en route pour Ports— mouth où il arriva la veille de la Saint-Barthélemj; Le duc j était occupé à faire préparer la flotte et l'armée avec lesquelles il comptait, peu de jours après, alleren personne an secours de La Rochelle, alors étroitement assiégée par le cardinal de Richelieu. Le duo était d'autant plus obligé de secourir La Rochelle, que , lors de son séjour à l'ile de Ré, il en. avait reçu d'abondans secours de vivres , que les Rochellois lui avaient même envoyé quelques compagnies de soldats , ce qui les affaiblissait alors de toute manière et leur était fort préjudiciable.
<c Le matin de ce jour de la Saint*Bàrthélemy, le duc avait reçu de& lettres quihii apprenaient que La Rochelle s'était délivrée par ses propres forces ; sur quoi il ordonna qu'on lé fît déjeuner pronqptement , voulant se hâter d'aller porter ces bonnes nouvelles au Roi , alorà à Southwick chez sir Daniel Morton , à cinq milles de Portsmoutb. La chambre oii il s'habillait était remplie de monde , de gens de qualité et d'officiers de la flotte et de l'armée.
H Dans le nombre étaient M. de Seabise, frère du duc de
Rohan, et plusieurs autres gentilshoxnoies français, qui attendaient avec un empressenaent inquiet rembarquement de Tardée et le départ de la flotte. Ils étaient fort troublés et agités de la crainte que les nouvelles reçues le matin ne retardassent les préparatifs du voyage , que, dans leur impatience et leur intérêt , ils trouvaient conduits avec beaucoup de lenteur. Ils avaient donné beaucoup de raisons au duc pour le convaincre que cette nouvelle ne pouvait être vraie , et que c'était certainement un artifice des ennemis , dont l'objet était de refroidir la cbaleur et le zèle qu'on pouvait mettre à l'envoi des secours dont ils avaient tout lieu de craindre l'arrivée ; il n'était pas douteux qu'un retard ne les délivrât de la terrible appréhension qu'ils en avaient, en leur donnant le temps d!achever les forts et les ouvrages entrepris du c6té de la mer et dans le port, et qui étaient déjà presque finis.
« Ils parlaient , comme c'est la coutume des Français et l'accent de leur langue , avec un tel ton de vivacité et de véhémence , que ceux des spectateurs qui ne comprenaient pas le français , croyaient qu'ils étaient très en colère et maltraitaient le duc de paroles. Lorsqu'il fut habillé et qu'on l'eut averti que son déjeûner était prêt, il s'achemina vers la porte , et tandis qu'il marchait , au moment oii il s'était tourné pour répondre à sir Thomas Frier , colonel de l'année, qui lui parlait à l'oreille, il fut soudainement frappé par-dessu9 l'épaule d'un coup de couteau dans le sein. Il ne dit que ces mots : «le scélérat m'a tué ; » et aussitôt, arrachant lui-même le couteau, il tomba mort. Le coup lui avait percé le cœur.
Personne n'avait vu ni le coup , ni l'homme qui l'avait porté; mais, dans le désordre oii l'on était, chacun formait sa conjecture et la'donnait pour réelle. La plupart se réunissant à pçnser que le coup avait été fait par les Français qu'on croyait avoir entendu parler au duc avec beaucoup
4iO ÉCLAIRGISSEMENS
de colère ^ ce fut une sorte de miracle qu'on ne les tait pas tous sur-le-champ. Ils furent sauvés par quelques personnes plus calmes, également persuadées de lear crime 9 mais qui les réservaient pour un procès et une punition judiciaire*
« On trouva k terre , près de la porte et au tniltea de la foule , un chapeau , dans l'intérieur duquel était consu â la forme un papier sur lequel étaient écrites quatre on cinq lignes de cette déclaration de la chambre des communes dans laquelle on désignait le duc comme un ennemi du Jt>yaume; au-dessdus, étaient écrites une ou deux excla* mations dévotes en forme de prière. Il fut aisé de conclure que le chapeau appartenait au meurtrier ; mais il n'en était pas plus aisé de deviner qui ce pouvait être , car l'écrit n'apprenait rien à cet égard , et qui que ce fût, on devait croire qu'il s'était éloigné le plus vite qu'il avait pu pour n'être pas trouvé sans chapeau.
« Dans ce désordre , tandis que Vnh courait d'an câté et l'autre d'un autre , on vit un homme se promener sans chapeau et d'un air trës-calme devant la porte ; sur quoi quelqu'un cria , « voilà celui qui a tué le duc ; » et d'autres personnes accoururent au^sitét 9 demandant : Qui est-ce ? qui est-ce ? L'homme sans chapeau répondit très-tranquil«lement : « c'est moi. » Alors quelques*uns des plus furieuK se jetèrent sur lui ', l'épée nue , pour le tuer ; mais d'autres , au moins aussi a£3igés de cette perte , et précisément en raison de cela , songèrent à sa défense» Quant à lui , les bras ouverts et l'air calme et serein , il offrait sa poitrine à la fureur et aux coups des plus enragés « aimant mieui tomber, sur-le-champ, victime de leiir colère, que d'être réservé à une sentence judiciaire qu'il se voyait destiné à subir.
u On le Méconnut bientât pour ce Felton dont nous avons parlé; les plus considérables de ceux qui se trouvaient là, dont quelqnes<»uns étaient chargés de fonctioàs publiques^
ET PIÈCES HISTORIQUES. 4il
le conduisirent dans nne cbaml>re particulière y et , jugeant à propos de dissimuler d'abord, ils lui dirent que le due était seulement dangereusement blessé , mais non pas sans espoir de guérison. Sur quoi Felton sourit , et dit qu'il savait bien que le coup qu'il avait donné devait avoir terminé toutes leurs espérances. On lui demanda ensuite , <ïar c'était là surtout ce qu'on voulait découvrir , par quelle instigation il avait commis cette action borrible et maudite. Il répondit, avec une assurance surprenante, qu'on pouvait s'épargner la peine d'une pareille recherche ; que personne au monde n'avait assez de pouvoir ou de crédit sur lui , pour être en état de l'engager , ou de le disposer à une action de ce genre ; qu'il ne s'était confié de son projet ni de sa résolution à personne ; qu'il s'y était porté de son propre mouvement et d'après l'impulsion de sa conscience; que l'on connaîtrait ses motifs , si l'on trouvait son chapeau dans lequel il les avait écrits, pensant qu'il périrait probablement dans cette entreprise. Il avoua n'être arrivé à la ville que le soir précédent, et avoir gardé la chambre afin de n'être vu ni remarqué de personne. Il s'était rendu le matin à la demeure du duc oii il avait attendu qu'il sortit , et ayant reconnu , par le mouvement qui se faisait au dedans , qu'il allait sortir , il s'approcha de la porte comme pour lever la portière , et comme sir Thomas Frier s'étant mis à parler au duc ^ ainsi qu'on l'a dit , le duc, qui était beaucoup plus grand que lui , se pencha de son coté , Felton saisit ce moment pour le frapper par-dessus l'épaule.
« Il parlait très-librement de ce qu'il avait fait , et supportait les reproches qui lui étaient adressés avec la tranquillité d'un homme qui croit n'avoir rien à se reprocher ; mais après avoir été quelque temps en prison , oii il fut traité, non-seulement sans aucune rigueur, mais même avec beaucoup d'humanité , il parut changer de sentiment , et se conduisit avant et pendant son procès , qui eut lieu
EGLAIRCISSEMENS
quatre mois après , à la cour du banc du Roi , avec beaucoup de modestie et de singulières marques de repentir ; disant qu'il était convaincu en conscience que son action était criminelle , et demandant pardon au Roi , à la duchesse et à tous les serviteurs du duc qu'il reconnaissait avoir offensés* Il demanda instamment aux juges, qu'avant de le mettre à mort on lui coupât la main qui avait exécuté cette action impie. » ^Histoire de la Rébellion , par Clarendon , tome i , pages 45*-^ I. )
Sur le procès et l'exécution du comte de Strqffbrd* (22 mars
— 12 mai 1641.)
« On désigna le temps et les lieux du procès du comte , et la salle de Wesminster fut préparée pour cet objet. On n'a jamais vu , ni là ni ailleurs , un tribunal plus solennel et pins majestueux. Au milieu de l'amphithéâtre , vers le bas f sur des bancs couverts de drap écarlate , siégeaient les lords, vétns de leur robe de pairs, le visage levé. A leur tête et en face d'eux, était assis sur son siège le comte d'Arundel , fait, à cette occasion , lord grand-mattre de la maison du Roi. Le comte de Lindsey , orateur de la chambre des pairs , fut fait , pour le temps du procès, iord grandconnétable d'Angleterre, et chargé des dispositions nécessaires*
« On éleva , des deux c6tés de la salle , des échafauds , au bas descjuels s'assirent les membres des communes , découverts , comme formant le comité général de la chambre , et parmi eux s'assirent plusieurs centaines de spec- •tateurs.
Derrière les pairs et vers l'extrémité la plus élevée , on avait placé , pour le Roi , un siège couvert d'un drap royal , élevé sur un degré ; de chaque c6té de ce siège , sous un dais , était une galerie fermée , pour que le Roi , la reine et le prince pussent y être en particulier.
« A l'extrémité inférieure du dais était un échafaud sur lequel se plaçaient ordinairement les dames de qualité, et à dfoite vers lé bas , à la même hauteur que les lords , était un espace réservé avec' des séparations pour le comité du parlement. Derrière, était une porte conduisant à une
4^4 ÉCLAIRCISSEMEIH8
chambre où le comité pût se retirer pour conférer quand l'occasion l'exigerait.
tf Près de la place réservée au comité , était celle du comte de Strafibrd , et à côté de lui un siège pour le lieutenant de la Tour. Il y avait aussi des places pour les secrétaires du comte et pour ses cpnseik y afin qu'ils pussent *etre près de lui.
<( Les canons de l'Église interdisant fiux évéques Passis-^ tance en cas de scmg ou de nwrtf ils ne parurent point au procès.
w Ce fut le lundi , as mars i64i > que Iç comte comparut pour la première fois. Le Roi , ta Reine çt le prince étaient présens y ainsi qu'un grand nombre de lords étrangers à la chambre , et beaucoup de dames. Les pairs étaient vêtus de leur robe et sur leur siège ; et les échafauds étaient couverts des membres dé la chambre des communes et d'un grand nombre de spectateurs confondus avec eux.
« Le comte fut conduit k la barre par le lieutenant de la Tour. Il était vêtu ^e noir, et portait son St. Georges attaché il son cou par une'chatne d'or j ^ans son niaifitieii paraissait une mâle tristesse ; son extérieur était convenable ; il était un peu courbé par l'effet de la mauvais $anté ont, l'habitude de son corps. Toutes ses actions avaient de la grâce, et ses discours étaient remplis de force et d'agrément.
u Le lord grand-maître lui déclara qu'il ét^it appelé pour répondre à l'accusation de haute tra)iison portée contre lui par les communes d'Angleterre et d'Irlande. Alors po lot son accusation , et ensuite sa réponse ; puis | cpifimela journée était avancée , la cour se répara.
« Le lendemain, M. Pym fît un discours plein d'ei^prit et de rhétorique pour servir de préliminaire aui^ articles de l'ac*cusation, M. Glynnfqt chargé de soutenir le^ sept premiers, et de prouver que le comte avait voulu renverser le$ loi& fondamentales d'Angleterre et d'Irlande.
ET PIÈCES JQI6TOIIIQ0ES. 4i5
« On produisit ensuite un papier cacheter qui, ayant été ouvert et lu , fut reconnu pour un écrit envoyé du par-* lement d'Irlande , et portant que les communes de c« royaume avaient déclaré le comte coMpable de liante %ra* hison.
« Le comte alors s'écria avec emportement qu'il y aTait une conspiration contre lui pour lui ôter la vie.
« Le comité de la chambre des communes prit acte de ces paroles , et demanda aux lords qu'il leur fût fait justice du comte , qui , chargé de haute trahison , accusait le parlement des deux royaumes d'une conspiration contre \m.
« Sur quoi le comte , tombant à genoux , demanda humblement pardon de cette expression inconsidérée , protes<tant sincèrement qu'il n'avait poiqt entendu parler de l'iixi ni de l'autre parlement , mais seulement de quelques per* sonnes en particulier. Ainsi la chose fut laissée de coté.
« Ensuite , le comité présenta aux lords trois nouveaux articles à ajouter à l'accusation , et demanda que le comte y répondit immédia tendent ; à quoi le comte fit observer que la poursuite étant clo^e , il espérait qu'on ne l'obligerait pas à répondre ainsi à des charges incidentes et inattendues y sans avoir eu un temps convenable pour s* y préparer. Mais les lords ayi^nt trouvé que les articles n'étaient pas d'une grande importance, le pressèrent de répondre sur-lei-çhamp, ce qu'il fît aussitôt.
« Le 24 mars, le comité continua k soutenir les articles de l'accusation, et lorsque Glynn eut soutenu ceux dont il était chargé, Maynard procéda'auK articles suivants ; et, après lui, M. Palmer fut chargé de soutenir ceux qui venaient ensuite, d'appuyer sur les causes aggravantes , et de faire ressortir les preuves; ce qu'il poursuivit jusqu'aux sept derniers articles exclusivement , que Whitelocke devait soutenir.
« Les articles dont fut chargé Whitelocke étaient d'une haute importance ; quelques uns, particulièrement le vingt*
4i6 ËGLAIRGISSEMENS
■ .quatrième, avaient rapport au projet de faire passer en Ecosse
Y armée alors en Irlande, pour la conduire de là en Angleterre, afin de soumettre ce royaume.
« Whîlelocke ayant conféré avec sir Henri Vane le père, et quelques autres témoins , relativement à cet article , et jugeant que les témoignages qu'ils avaient à produire n'étaient pas sufKsans pour fournir la preuve de cette accusation , pensa qu'il n'était pas honorable pour la chambre des communes de soutenir un article dont on ne pouvait fournir clairement la preuve. Il proposa donc au comité de l'écarter de la procédure.
« Le comité fut de son avis; mais sir Walter Earle ayant entrepris de le soutenir, on le lui abandonna. En conséquence , Whitelocke , [après avoir j soutenu le vingttroisième article, s'assit , et sir Walter E^rle commença , avec beaucoup de gravité et de confiance , à appuyer sur le contenu du vingt-quatrième article , sur les dangereuses conséquences et la haute criminalité des faits qui y étaient renfermés , et il fit appeler les témoins pour prouver les détails de l'accusation qu'il avait amplement développée.
« Quelques-uns des témoins ne se trouvaient pas alors en Angleterre. Ceux qui comparurent, après avoir été admis au serment , parlèrent d'autres choses que de ce dont il s'agissait, et ne prouvèrent nullement les faits contenus dans l'article ; en sorte que le chevalier devint fort pâle , et perdit tout-à-fait contenance. Mais le comte de Strafford qui ne négligeait rien de ce qui pouvait servir à sa défense, s'étant levé de son siège, fit une profonde révérence aux lords, comme il avait coutume , et parla en ces termes.
« MlLORDS,
tt Je suis un pauvre gentilhomme, prisonnier à votre u barre ; l'accusation portée contre moi a été soutenue par « plusieurs personnes versées dans la science des lois, très-
« iiabîles àplaMer, puissantes en raisonnemens, etpar plu- « sieurs autres nobles personnes douées de beaucoup de ta- « lens et d'éloquence. J*avaisbien espéré que les choses ti- « raient'à leur fin. Mais voilà , maintenant, milords, que , « déjà fatigué , je vois tomber sur moi un nouveau et puissant « orateur, et que cMoble chevalier vient m'accabler d'un « fardeau, en vérité , bien pesant, et exposera ma charge M des crimes plus odieux qu'aucun de ceux dont m'ont «c accusé tous les gentilshommes venus avant lui. • u Le savant gentilhomme qui a soutenu contre moi les « derniers article^ s'est assis, lorsqu'il est arrivé à cet ar- « ticlé vingt-quatrième , et a paru le rejeter ; et cependant il « n'a rien laissé à dire de ce qui pouvait être dit d'important. « Mais le noble chevalier va plus loin que tous les autres, « plus loin que l'article même; il me reproche des 'choses « qui n'y sont pas contenues, des choses impossibles; c'eût « été vraiment un miracle qu'il parvînt à les prouver. Mais « j'en demande humblement pardon à vos seigneuries, ic comme je ne veux pas prendre mal à propos votre temps, « je vous dirai seulement que lorsqu'on ne prouve rien « contre moi, la sagesse et la justice de vos seigneuries « n'exigeront certainement pas que je me défende. »
Lorsque le comte se fut rassis, le lord Digby se leva, et, dans un discours ingénieux et plein d'éloquence, désavoua sir Walter Earle , priant leurs seigneuries de pardonner cette méprise , et disant qu'on n'avait pas eu l'intention de soutenir cet article ; ce qui était évident , puisque le gentilhomme qui avait soutenu les précédens s'était abstenu de parler sur celui-ci.
tt II demanda que ce vingt-quatriëme article fut mis de côté, et que leurs seigneuries «'eussent pi us à s'occuper , sur ce point , de l'attaque ni de la défense , mais qu'elles voulussent bien regarder ce qu'avait dit le noble chevalier comme une pure superfétation.