‹ Histoire du Long-Parlement, convoquéChapitre 20 sur 26 · IV · texte numérisé non relu

IV

4l8 ËCLAIRCISSEMENS

« Lorsque lord Digby eut cessé de parler, Whîtelocke se leva ; et après que les sourires eurent cessé, il procéda à soutenir le vingt-cinquième article. La Reine, qui était pré* sente au procès , demanda le nom de ce chevalier qu'avait relevé lord Digby, et comme on lui eut appris qu'il s'appelait sir Walter Earle, elle dit que le chien d'eau (i) aboyait et ne mordait pas , mais qu^es autres mordaient serré.

M Le comte de Strafford , en parlant des commissaires qui avaient soutenu l'accusation contre lui , et particulièrement des jurisconsultes, dit à un de ses amis que Glynn et Maynard s'étaient conduits avec lui en avocats; mais Palmer et Whitelocke , en gentilshommes ; et que cependant ils n'avaient rien omis d'important de ce qui pouvait être dit contre lui.

« Lorsque les commissaires eurent épuisé les articles de l'accusation , ils demandèrent que si le comte avait quelque chose de plus à dire pour sa défense , il eût la liberté de parler. Le comte obtint avec peine jusqu'au lendemain matin.

« Le lendemain , les deux chambres étant réunies , le lieutenant de la Tour les informa que le comte avait été extrêmement mal la nuit précédente , d'une violente attaque de la pierre; et n'était pas en état de sortir ce jour-là; il priait donc humblement leurs seigneuries de le dispenser de comparaître.

« En conséquence, on s'ajourna au lendemain matin; et dans l'après-midi, quelques lords furent envoyés par la chambre , pour savoir dans quel état se trouvait le comte. Ils le trouvèrent un peu remis, et espérant pouvoir se rendre à la chambre le lendemain.

« La chambre se réunit donc de nouveau le lo avril, et

(i) Jeu de mots sur le nom da chevalier Walter, ffTatfir^Dof^^

les communes demandèrent la permission de produire de HOuveauK témoignages à Tappui du vingt-troisième article. Le comte demanda la même permission pour lui-même , et pria qu'on reçût quelques témoignages en sa faveur, qui n'avaient pas encore été produits. Le comité s'y opposa ; mais les lords ayant trouvé la chose juste, après une chaude discussion , les communes se levèrent mécontentes , sans même assigner un jour pour une nouvelle réunion.

« Le 12 avril, à la chambre des comn^unes, M. Pym prodaîsit un écrit contenant quelques notes prises par le secrétaire d'État Yane , relativement à quelques-unes des opinions émises au conseil du Roi.

« Voici comment cet écrit avait été découvert :

« Le secrétaire d'Etat Yane, étant à la campagne, écrivit à son fils, sir Henri Yane, alors à Londres, et lui envoya la clef de son cabinet , pour que son fils cherchât dans son bureau et lui fit passer quelques papiers dont • il avait besoin.

a Le fils , cherchant parmi les papiers de son père, tomba sur ces notes , qui lui parurent d'une telle importance pour le public , et tellement à la charge du comte de StrafFord , qu'il se crut, en son devoir et conscience, obligé de les faire connaître. ^

« Il les montra à M. Pym, qui le pressa vivement et obtint de lui d'en faire usage contre le comte de Strafford , comme d'upe pièce m^^térielie et de la plus grande conséquence dans cette affaire.

<c Les notes furent donc produites à la chambre des com« munes, et le furent également dans l'après-midi, à une conférence avec les lords. Le lendemain, le comte ayant été amené à Westminster, et les deux chambres réunies, les notes furent lues publiquement. Le titre en était : Point de danger à faire la guerre à V Ecosse, si on la fait offensive et non défensive.

4^0 ÊCLAIRCISSEMENS

Suivaient les opinions des interlocutears.

t< L. R. C, (Le roi Charles.) Comment pouvons-nons entreprendre une guerre offensive ^ si nous n'avons pas plus d'argent ?

u Le L, lieutenant d*!. (Le comte de Strafford. ) Empruntez cent mille livres à la cité y poussez vigoureusement la levée de la taxe des vaisseaux; Votre Majesté a éprouvé l'afTection de son peuple, elle est mahressede se délivrer de toutes les règles prescrites au gouvernement. Votre Majesté a essayé de tous les moyens ; elle a été refusée ; elle est absoute devant Dieu et les hommes ; vous avez d'ailleurs une armée en Irlande que vous pouvez employer à soumettre ce royaume (i) , car je suis sûr que les Écossais ne peuvent tenir cinq mois.

<c Le L. A. (L'archevêque Laud.) Vous avez essayé de tout ; on vous a tout refusé ; n'est*il pas légitime d'employer la force?...

« L, Cot. (Lord Cottington.) Il faudra faire des alliances dans l'étranger pour la défense du royaume. La chambre basse est lasse du Roi et de l'Église ; dans cette inévitable nécessité , tous les moyens sont bons pour lever de l'argent^ et il faut les employer, car ils sont légitimes.

« Le L, A. Seulement pour une guerre o£Eensive; mais non pas pour une guerre défensive.

« Le L. lieutenant d*L La ville est pleine de lords, organisez la commission d'enrôlement , et si quelqu'un d'eux s'avise de bouger , nous l'en ferons jrepentir. n

« A la lecture de ce papier le comte répondit : « qu'il était « bien rigoureux de poursuivre comme trahison les opi-

(i) And y ou haue an army in Ireland ihatyou may employ to reduce this Kingdom to obédience, La phrase qui suit, qellc-cî et l'objet de la discassion indiquent que ces mots, this Kingdom, s'appliquaient ^ l'Ecosse et non à l'AugUierre. (iVote de V Éditeur.)

« nions et les discours proférés par les conseillers privés ^ « dans une discussion du conseil.

« Quant à ces mots , que le Roi a une armée en Irlander a pour soumettre ce royaume , i®. Ils ne sont prouvés , dit « le comte , que par le témoignage d'un seul homme , le se- « crétaîre Vane ; ce qui ne suffit pas devant les tribunaux « en matière de dette ; à plus forte raison ^ lorsqu'il s'agit « de la vie et de la mort.

« 2®. La déposition du secrétaire est extrêmement douft teuse. Dans ses deux premiers interrogatoires, il n'a pu se a rappeler aucune parole de ce genre. Dans le troisième, il u n'a rien pu affirmer de positif, si ce n'est qu'on avait dit ces M mots , ou quelque chose de pareil ; mais les mots peuvent « se ressembler par le son et avoir un sens très-différent.

<c 3®. Il n'y avait de présens au débat que huit conseillers « privés; deux d'entre eux, le secrétaire d'Etat Win- « debank et l'archevêque Laud , ne peuvent être produits tf comme témoins. Le secrétaire Yane affirme que j'ai dit « ces parbles ; je le nie. Il reste donc quatre témoins, le « marquis de Hamilton , le comte de Northumberland , le « lord trésorier et le lord Cottington. Ils.ont tous déclaré sur « leur honneur qu'ils n'avaient jamais entendu proférer « ces^aroles ni rien de pareil.

« 4**' Supposé que je les aie dites,, ce dont je ne conviens « pas, le mot, ce royaume, ne peut raisonnablement s'ap- « pliquer à l'Angleterre ; tout le monde en convient, car tt l'Angleterre , ainsi que l'a déclaré le comte de Clare, n'é- « tait pas en état de désobéissance , et d'ailleurs Içs lordg tt du conseil peuvent attester qu'on n'a jamais eu l'intentt tion de faire entrer l'armée en Angleterre. »

u Ce papier , d'une si grande importance , disparut peu après du comité des communes ; et d'après la réponse du comte on avait lieu de supposer qu'il lui avait été envoyé par quelqu'un des commissaires. Whitelocke étant alors

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président du comité et chargé de la garde des papiers , le soupçon de cette trahison tomha particulièrement sur lui.

u Quelques recherches que Ton put faire , le papier ne put se retrouver. Whitelocke, averti du moment où il avait manqué, fit ohserver qpe dans la multitude des papiers qu'il avait en garde, il ne lui était pas aisé de s'assurer s'ils avaient toujours été rendus, lorsqu'on en avait retiré quelqu'un pour le produire ou pour s'en servir.

« Il ajouts^ qu'il n'avait jamais montré ce papier k personne , si ce n'est aux commissaires , et qu'il ne savait pas entre les mains de qui il était, ni ce qu'il était devenu; que ce n'était pas lui qui l'avait soustrait , qu'il ne savait nullement qui avait pu le soustraire. Cela ne servit de rien, et il fallut informer la chamhre de la disparition du papier. Elle ordonna que chacun des memhres du comité fût sommé de protester solennellement devant la chambre qu'il n'était point l'auteur de la soustraction , et ne savait ce que la pièce était devenue.

« Tous le protestèrent , et lord Dîghy plus fortement et avec plus de violentes affirmations que les autres. Cependant ensuite, à la bataille de "Naseby , les papiers du Roi ayant été pris , on y trouva une copie de ces notes , écrite de la main du lord Digby ; en sorte que Whitelocke fut justifié et q^ie l'on sut par qui le papier avait été envoyé au Roi et de là au comte de StrafFord.

« Lorsque le comte eut répondu aux preuves additionnelles , le lord grand-maître lui dit « que s'il avait quelque chose de plus à ajouter pour sa défense , il fallait qu'il le dît de suite ,* parce que la cour entendait disposer les choses pour un prompt jugement. »

« Sur quoi le comte résuma en peu de mots les différentes parties de sa défense et termina ainsi :

«' Il est dur de se voir poursuivi d'après une loi qu'on ne

« peut vous montrer nulle part ; où donc s'est caché tant de

ET PiftCES HISTORIQUES. 425

¥ sîëcles ce feu étouffé sous la cendre, sans qu'aucune tt fumée le fit découvrir , et qui éclate tout à coup pour « me consumer moi et mes enfans?

« Il est extrêmement dur de voir la punition précéder la « promulgation de la loi, et d'être puni d'après une loi « postérieure au fait qu'elle condamne. Quel homme peut « se croire en sûreté , si l'on admet un pareil exemple?

« Milords, il est bien dur encore, sous un autre point « de vue , de n'avoir reçu aucun signe à quoi nous pussions « reconnaître cette offense, aucun avertissement qui pût « nous servir à l'éviter. Si un homme passe la Tamise dans « un bateau et se brise sur une ancre qui ne lui a été indi- « quée par aucune bbuée flottante à fa surface de l'eau , ce- « lui à qui l'ancre appartient sera puni ; mais s^ii a fait « flotter une bouée, chacun passera à ses risques et périls.

« Milords, veuillez avoir cet égard pour la pairie d'An- « gleterre, de ne point vous exposer vous-mêmes à ces ac- « cusalions hypothétiques, à ces interprétations construc- « tives de la loi ; si l'on veut faire d'un procès un exercice <c d'esprit , qu'on lui donne quelque autre sujet que la vie et « l'honneur des pairs.

« Ce sera sagesse à l'égard de vous-mêmes , de votre pos- « térité et de tout le royaume , de jeter au feu ces sanglans « et mystérieux recueils de trahisons coustructives et arbi- « trairés , comme les premiers chrétiens brûlèrent les livres « relatifs aux arts dépure curiosité, et de vous en tenir à « la simple lettre de la loi et des statuts , oii nous appre- <( nons ce qui est trahison et ce qui ne l'est pas , sans avoir « l'ambition de devenir , dans l'art de tuer , plus savans que M nos ancêtres.

«« Voilà !i4<^ ^^^ entiers qu'aucun homme n'avait été at- « teint avant moi par le crime de trahison à ce degré. « N'éveillons pas , pour notre perte , ces lions endormis , $ en tirant de la poussière ce petit nombre de registres

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t< moisis, oubliés , ou négligés le loug des. murailles pendâikt M si grand nombre de générations,

« Qu'il plaise à vos seigneuries de ne point ajouter à mes « autres malheurs , celui de donner un précédent aussi fâ- « cbeux que le serait celui-ci par ses conséquences à l'é- <i gard de tout le royaume. Ne blessez pas, àtravers mon K corps, les intérêts de la chose publique; bien que. ces u messieurs assurent qu'ils parlent pour la chose publique, « c*est moi qui, dans cette occasion, parle véritablement (1 pour elle, et vous fais connaître les inconvénient et. les « maux auxquels on va l'exposer.

u Car , comme il est dit dans le statut du roi Henri IV , u nul ne saura plus que dire ou que faire , s'il a à craindre u de tels châtimens.

« N'embarrassez pas, milords, les ministres du gouveme- (i ment dans de telles' difficultés , que lés hommes sages , les « hommes d'honneur et de fortune ne puissent, en sûreté « et tranquillité , s'efnployer aux affaires publiques. Si vous u pesez et mesurez leur conduite jusqu'au moindre grain u et au moindre scrupule , les intérêts du royaume seront « livrés à l'abandon; nul homme, ayant quelque chose à « perdre , ne voudra s'en charger.

«c Milords', je vous ai importunés plus long-temps que ye

« ne l'aurais fait , n'était ce que je dois à ces chers gagçs

« que m'a laissés une Sainte, aujourd'hui dans le ciel (i)..»

a A ces mots il s'arrêta un moment , laissa couler quel-

qùes larmes que lui arrachait ce souvenir , puis il reprit :

« Me pérdre'moi-même m'est indifférent; mais que les

' « suites de mon imprudence s'étendent jusque sur mes en-

u fans, c'est là ce qui me déchire jusqu'au fond de l'âme.

« Pardonnez ma faiblesse; j'aurais eu quelque chose en-»

(x) t.cs cnfaus ^u'U ayait eus de sa première femme Arabella HoÙîs.

iJfQte de V Editeur*)

ET PIÈCES HISTORIQUES. 4a5

« core à ajouter , mais cela m'est impossible ; qu'il n'en soit tt donc plus question.

tt Quant à moi , milords , j'ai été , par la grâce de Dieu , m instruit à penser que les afflictions de cette vie présente (t ne sont rien , comparées à cette éternelle masse de gloire « q^i doit nous être révélée ensuite.

« Ainsi , milords , c'est en toute tranquillité d'esprit que n je me soumets volontiers à votre jugement , que ce soit un ^ jugement de vie ou un jugement de mort ; Te Deum lau" « damus. »

«1 Jamais, certainement, personne n'a joué un tel rôle et sur un tel théâtre, avec plus de sagesse, de constance et .d'éloquence , avec une plus grande force de raison , de jugement et d'empire sur soi-même , avec plus de grâce dans ses paroles et son maintien, que ne le fit ce grand et excellent homme ; tous ceux qni l'entendirent, si l'on en excepte un petit nombre , se sentirent le cœur touché de tristesse et .de pitié, v ;

« Lorsqu'il ent fini , Pym et Glynn s'appliquèrent à faire ressortir les circonstances aggravantes de ses offenses , et les chambres se séparèrent.

«c Les communes jugèrent à propos de justifier, en point de droit , l'accusation de trahison ; M. Saint-John , l'un des membres du comité , fit à cet effet un discours savant et travaillé.

w II insista , entre beaucoup d'autres choses , sur ce que", datis le statut de la vingt -cinquième année du règne d'Edouard III ^ le titre Trahison contient cette réserve, que , comme tous les genres de trahison ne peuvent être définis dans la loi , tout ce qu'à l'avenir le parlement déclarerait trahison , serait puni comme tel.

« Le point de droit fut discuté pour le comte , par M. Xane; étaient aussi présens , M. Loe, M< Gardiner^t M. Lightfoot ; également ses conseils. i

436 ËCLAIRCISSEMENS

« M. Lane repondit sur le statut d'Edouard III , que c'était une loi déclarative et^qui ne pouvait être appliquée par voie d'équité , de conséquence , ou de construction , mais fteulement selon ]a lettre expresse; que, comme c'était une loi pénale, elle n'admettait point la méthode d'induction; que le but des châtimens élait de contraindre aux lois connues , non pas aux lois douteuses ou conjecturales.

<c Quant à la réserve, il dit que, dans la sixième année du règne de Henri VIII , les lords avaient présenté une pétition pour demander que les cas de trahison fussent tous déterminés par un statut ; et que , dans le parlement de cette année , un acte avait été fait , révoquant la réserve du statut d'Edouard III, et déclarant que rien ne serait tenu pour trahison quecequi était littéralement comprisdans ce statut.

« A la suite de ce débat , on introduisit , dans la chambre des communes , un biil dî' attainder contre le comte pour crime de haute trahison ; et, le bill discuté, on le vota coupable de haute trahison. Le 19 avril , ce bill devint l'occasion de très-vifs débats.

« Lord Digby et plusieurs autres se prononcèrent hautement en faveur du comte et contre le bill; mais la chambre s'étant divisée le bill passa : cependant il j eut Sg voix contre. Cela arriva le 21 avril, et le même jour, dans l'après-'midi, le bill fut envoyé à la chambre des lords.

« Le 24 avril , les lords jugèrent à propos de désigner un jour pour la lecture du bill d'attainder; et le 29 , par ordre de la chambre des communes , lord StrafTord présent , M. Saint-John soutint , devant les lords, le bill en point de droit , l'appuyant d'argumeus et d'autorités.

« Le I*'. mai , le Roi réunit les deux chambres du parlement , et leur demanda avec ardeur de ne pas procéder sévèrement contre le comte, disant qu'il répondait de lui, quant à la plus grande partie des points principaux de l'accusation ; qu*on ne pouvait, en conscience , le condamner

pour haute trahison, et que, ni crainte, ni aucune autre considération quelconque, ne pourrait le forcer à agir contre sa conscience.

Il li ajouta que, quant à la mauvaise conduite du comte, il en ëtait si convaincu, qu'il ne le croyait pas susceptible d'être employé , par lui ou par l'Etat , dans aucune place de confiance , pas même celle de constable.

« Le 2 mai, qui était un dimanche, on prêcha, dans quelques chaires, la nécessité de faire actuellement justice de quelque grand délinquant ; et , le lendemain 3 mai , la populace, au nombre d'environ six mille, s'en vint en foule à Wesminster , armée d'épées , de bâtons et de marteaux , criant pour avoir justice du comte de StrafFord , et prétextant la ruine du commerce et le manque de pain.

« La multitude s'adressa au comte de Mont,gommery qui lui donna de bonnes paroles et s'efforça de l'apaiser , ce qui est le meilleur parti à prendre dans les émeutes populaires. Cependant le peuple maltraita beaucoup quelquesuns des lords ; on afficha à Westminster les noms de tous ceux des membres des communes qui avaient voté pour le comté, et on lés appela Straffbrdiens,

« Quelques-uns de ceux qui étaient nommés dans cette liste en informèrent la chambre comme d'une haute violation des privilèges du parlement ; mais , là chose étant regardée comme le fait de la multitude , on ne songea point à la punir. En même temps que ces émeutes avaient lieu , on reçut la nouvelle de quelques manœuvres dans le nord pour débaucher l'armée anglaise , et la tourner contre le parlement.

« Sur quarante -cinq lords , vingt-six votèrent le comte coupable de haute trahison , sur le i5*. article , pour avoir levé de l'argent en Irlande , par force , et militairement ; et sur le 19*^. article, pour avoir soumis les sujets d'Irlande à un serment.

4^8 ËCLAIRGISSEMEIVS

«i Lorsque ce bill eut été passé par les lords , ils eurent une conférence avec la chambre des communes , et quelques lords envoyèrent un message au Roi pour lui demander sa réponse à cet égard, ainsi qu'à l'égard du bill pour la continuation du parlement , également passé par les deux chambres. Le Roi promit de répondre dans les deux jours.

u La présentation de ces deux biils mit le Roi dans une grande anxiété entre les clameurs d'un peuple mécontent et les troubles d'une conscience inquiète. Quelques-uns disent qu'il prit conseil de plusieurs des évêques et de se& autres conseillers intimes sur ce qu'il y avait à faire dans une situation si délicate , et que la plupart le pressèrent de consentir , d'après l'opinion des juges qu'il y avait trahison ^ et que le bill était légal.

a Ils insistèrent aussi sur les votes du parlement et dirent qu'après tout Strafiford n'était qu'un homme , qu'il n'y avait pas d'autre expédient pour apaiser la rage du peuple, et qu'on avait tout à craindre d'une multitude furieuse.

<( D'après tout cela , ils lui conseillèrent de passer les

bilh (i).

« Mais le motif principal qui détermina le Roi fut , diton , une lettre du comte de Strafford , dans laquelle ce noble comte , examinant tontes ces choses et ce qu'il y avait de plus avantageux dans ces circonstances difficiles , mettait la conscience du Roi à l'aise , le suppliant humblement de prévenir les maux que pourrait causer son refus^ et d'accepter le bill. n Ne permettez pas , disait-il , que je sois « un obstacle à Theuréux accord que Dieu , j'en ai la conu fiance , veut établir pour toujours entre vos sujets et « yous. Sire , mon consentement en ceci vous acquitte plus « que ne pourrait le faire le monde entier. Toute injustice

(i) L'eTéqne de Londres , Juxon , conscillii seul au Roi de n^ccouter que sa conscience. ( J^fotc de ^Editeur* )

« est effacée par le consentement de celui qui Ta subie (i). »> « Par tous ces moyens, et par quelques autres plus se-* crets , on persuada au Roi de signer une commission par laquelle il chargeait trois lords d'accepter le bill. La plu-* part de ses sujets et des étrangers s'étonnèrent meryeil-> lensement qu'on eût pu le porter à y consentir.

« Apres ayoir signé les bill s , le Roi envoya au comte son secrétaire Carleton pour l'informer de ce qui s'était passé ^

(i) Voici la dernière partie de cette lettre yraiment admirable :

<c Si je vous disais , Sire , qne je n'e'prouve aucun combat , je m» ferais moins homme que je ne le suis. Dieu connaît ma faiblesse j eft lors^e avec un cœur innocent , il s'agit d'appeler la destruction sut ma télé et sur celle de mes jeunes enfans , on peut croire qu^il n'est pas facile au moins d'obtenir , pour un tel sacrifice , le consentement dé la chair et du sang.

« Je me suis décidé cependant, et pour le parti que je crois le plu» noble, et pour l'intérêt qui est incontestablement le plus grand; car que devient un particulier mis en balance avec votre personne sacrée et l'État tout entier?

« En deux mots , sire, je rends à votre conscience sa liberté. ïe stip* plie humblement Votre Majesté de prévenir, en signant mon arrêt de mort , tous les maux que pourrait entraîner un refus \ et cet obstacle ( que je ne veux pas même maudire , mais que je puis au moins dé<* plorer ) étant une fois écarté du chemin qui peut vous conduire aux bé*nédictions de la paix, j'espère que le ciel la maintiendra pour toitjours entre vous et vos sujets.

' « Sire, mon consentement vous acquittera plus devant Dieti que tout «e que pourrait faire le monde entier. Nul traitement n'est injuste envers celui qui veut le subir. Je pardonne à tout le monde , non-seulement avec calme, mais avec la douceur d'une satisfaction infinie pour mon ftme prête à quitter sa dépouille mortelle; et pour vous, Sire, je donne ma vie périssable avec toute la joie possible, comme un juste retour pour vos excessives faveurs. Qu'il vous plaise seulcmettK jeter un regard de bonté sur mon pauvre fils et sur ses trois sœurs, mais seulement en raison de ce que leur père , aujourd'hui si infortuné ^ .çsuraUrs^ dans 1^ suite avoir été innocent ou coupable. »

[JYot9 de PEdiUur.)

et lui en donner les raisons, qu'il fonda principalement sur le consentement du comte. Celui-ci demanda au secrétaire si réellement le Roi avait ou non passé le bill, comme ne pouvant croire, sans quelque étonnement, que le Roi l'eÂt fait; et lorsqu'il fut assuré qu'il l'avait passé , il se leva de son siège, leva les yeu^ au ciel, posa sa main sur son cœur, et dit : « Ne M mettez pas votre confiance dans les princes ni dans les M enfans des hommes ; car il n'y a point en eux de salut. »

<t 11 arriva, comme dans toutes les grandes affaires, que le Roi fut fort blâmé pour avoir passé ces deur bills , l'un contre son plus iîdële serviteur , et l'autre contre luimême.

« 11 en eut certainement de grands remords , et le lendemain , il envoya aux lords , par le prince , une lettre écrite en entier de sa main, les priant de conférer avec la chambre des communes pour épargner la vie du comte , ce qui lui serait une haute satisfaction.

« (Quelques-uns n'ont pas hésité à dire que cela lui avait été promis avant qu'il signât le bill à^attainder , et pour l'engager à le. signer. Mais la chambre des lords ne jugea pas à propos de se rendre aux désirs de Sa Majesté.

« Le 12 mai , le comte fut conduit à l'échafaud , dressé sur Tov^er-Hîll. Il leva , eq passant, les yeux vers la fenêtre de la prison oii se tenait l'archevêque Laud qui' lui donna des parol^es de courage et de consolation*

« Le discours et les prières qu'il fît sur l'échafaud , furent remplis d'esprit de charité et de piété. Il donna quelques ordres relatifs à ses enfans, et mourut avec douceur , avec courage , et avec un deuil général.

<t Ainsi tomba ce noble comte , laissant peu d'honpmes capables de l'égaler pour les facultés et l'habileté naturelles ^ pour les talens acquis par l'étude et l'expérience des plus grandes affaires , pour la sagesse j la fidélité et la noblesse de l'esprit.

ET PIECES HISTORIQUES. 4'Sï

« On dît qu'un projet qui avait été formé pour l'évasion du comte fut découvert par trois femmes , qui regardaient et écoutaient à travers le trou de la serrure de la galerie du comte^ tandis qu'il s'entretenait avec le capitaine Biilingsley ; elles les entendirent parler de faire descendre le vaisseau qui devait prendre le comte à bord , et Billingsley vint avec un ordre du Roi demander au lieutenant de la Tour, sir William Balfonr , d'y recevoir deux cents hommes qu'il amenait pour sa sûreté; mais sir William refusa de les laisser entrer, soupçonnant qu'ils venaient pour favoriser l'évasion du comte.

« Balfour avoua qu'on lui avait offert deux mille livres pour consentir à l'évasion du comte ; et le comte , lui-même, ne nia point un dessein, qui n'avait, dit-il, d'autre objet que de le transporter dans un autre château. Mais Balfour de* meura fidèle à la cause de ses compatriotes les covenantaires et de leurs amis dans le parlement (i).

<c Plusieurs grands officiers de TÉtat se démirent de leurs places, soit qu'ils ne se jugeassent pi us en sûreté, soit pour sa«* tisfairelesmécontens. (ilfi^icMre^de Whitelocke,p.4o"440 **

Tel est le récit que fait , du procès et de la mort du comte de Strafibrd , un homme qui porta la parole contre lui et fut constamment engagé dans le parti contraire. Nous aurions pu y insérer de bien plus longs développemens, mais nous ne nous sommes point proposé de reproduire dans toute sou étendue le procès de Strafibrd , tel qu'on le trouve dans la collection des procès politiques d'Angleterre ( State

' (i) Des presbytériens puissans , parmi lesquels était lord Lowden y firent parviçnir à Strafibrd , dans sa prison , qu'ils lui repondaient de «a ▼ie et de sa liberté s'il voulait promettre de se ranger avec eux ; il n© daigna pas m^e écouter jusqu'au bout cette proposition. {Essai sur^ im vie de Strafford, par M. de Lalli-Tolendal , pag. 47^*)

{JYotc de l'Editeur.)

432 ÉCL^IRCISSEMENS

Triais) ; nous avons voulu seulement faire bien connaître ce qu'avaient été en cette grande occasion les accusateurs , l'accusé , le Roi , le parlement et Strafiford. Dans ce but , il était indispensable de conserver à la narration de Wbilelocke toute son originalité. On trouvera dans d'autres il/emoires quelques détails de plus. Nous croyons cependant devoir ajouter ici les dernières pages de Y Essai historique de M. de Lalli-Tollendal sur la vie de Strafford. Les faits relatifs aux derniers momens du comte y sont recueillis avec une exactitude pleine du plus vif intérêt ; le récit de Wbi* telocke est très-incomplet à cet égard •

tt Quand sa mort fut certaine , Strafford fit venir le lieutenant delà Tour, et lui demanda s'il ne serait pas possible qu'il pût parler un instant à l'archevêque de Cantorbéry. Balfour répondit qu'il ne pouvait pas le permettre sans un ordre du parlement. « M. le lieutenant, dit le comte , vous « serez présent , et vous nous entendrez ; croyez-vous que w l'archevêque et moi ayons le temps de tramer, lui une t< hérésie*, et moi une trahison ? » Balfour continuant à s'excuser, proposa au comte de présenter une pétition au parlement ; Non, dit Strafford , j'ai fini avec eux, et ne ix les importunerai pas davantage ; je vais adresser mes u prières à un tribunal au'^dessus du leur, dont il n'y a ni « prévention ni erreur à redouter. « Puis , se tournant vers l'archevêque d'Armagh , qui était présent : « Milord , « poursuivit-il, ce que j'avais à demander au primat de « Cantorbéry, c'était de m'accorder cette nuit le secours M de ses prières ; c'était encore , lorsque je passerai demain <i sous sa fenêtre , pour aller à la myt , de s'y présenter « pour me donner sa bénédiction , et pour recevoir mon « dernier adieu. Daigneriez-vous , mylord, vous charger de (S ce message auprès de lui ? »

«c L'archevêque d'Ar^nagh alla sur-le-champremplir les ia

tentions du comte; Laud lui répondit que les prières que lui demandait son ami étaient un devoir , mais qu'il doutait que sa douleur et sa faiblesse lui permissent d'être témoin de ce funeste départ.

tt Le lendemain i avant qu'on se mit en marche pour le lieu de l'exécution , le primat d'Irlande annonça au comte, de la part du Roi , que toutes les demandes qu'il avait faites pour son fils, pour ses amis , et ses compagnons d'infortune, lui étaient accordées. « Répétez- lui surtout » avait dit « Charles à Usher, que s'il n'avait été question *quede nui « vie , jamais on ne m'eût arraché cet horrible consente^ «( ment* »

« Strafford fut reconnaissant : il se rappela encore un ami à recommander au Roi; il en chargea Usher et lui dit: « Partons. »

« En sortant de la Tour, il s'arrêta près de la chambre ou était le prélat de Cantorbéry. Laud , averti par le bruit , restait immobile et saisi dans le fond de son appartement , lorsqu'il entendit la voix de son malheureux ami, qui lui criait : « Milord , votre bénédiction et vos prières. »> Il ne put résister, s'avança en tremblant vers ses fenêtres, vit le comte qui attendait à genoux ce qu'il avait demandé , et tendit ses mains à travers les barreaux de sa prison ; mais, au milieu de sa prière , la voix lui manque , les forces l'abandonnent, et ce respectable vieillard tombe en arrière sans connaissance. Strafford , après avoir fait quelques pas , se retourne encore vers, cette chambre qui renfermait une victime dévouée ainsi quelui, et, fléchissant encore le genou; «Adieu, M milord , dit-il , que Dieu protège votre innocence ! » et il marche au supplice.

« Le lieutenant de la Tour lui offrit un carrosse pour arriver sur la place de l'exécution ; il voulait lui faire craindre que le peuple ne se jetât sur lui et ne le mît en pièces. Ce que Balfour craignait réellement, c'était la pitié, c'était I. 28

4H ÉCLAIRCISS£MENS

^admiration que pouvaient inspirer le malheur et le courage d'un gràhd homme. « M. lé lieutenant , lui répondit Straf- N ford , j^ose regarder en face la mort , et par conséquent « le peuple ; votre affaire est que je n'échappe point. Quant M à moi 9 il m'est égal de mourir de la ihain de l'exécuf eur « ou par la Furie de ce peuple ;' laissez-le faire ce qui lui « lui conviendra. »

w Le pHniat d'Irïande , sir Georges Wëntworth , le comte de CleVéland , et nombre d'amis lui fornlâient un cortège. Il était vétu dé noir ^ tenant à sa main dés gants blatics , et ressemblait plus à tin général conduisàiit son ai^mée h la victoire , qu'à un homme condamné qui allait subir sa sentence. Centihille hommes étaient accourus à ce spectacle cruel ; la plupart avec la soif de son sang ; et tel fut l'ascendant de sa vertu sur leur fureur , que non-seulement ils le voyaient passer dans un profond silence , mais que beaucoup se découvraient avec respect quand il passait près d'eux; il leur rendait à tous leur salut ; son aine était à ce degré dé sublimité d'avoir bien plus; de pitié pour leur aveuglement que de ressentiment contre leur injustice.

« Monté sur l'échafàud , environne d'u lioble cortège que la religion, la nature étl'àiùitîé avaient réuni àutotïrdè lui, il proféra un discours dont il avait noté par écrit les chefs prîncijpàux. Il protestait de son innocence , maïs en pardonnant du fond de son coéiir à tous ceux ^ui l'avaient calomnié. A sa profession de ïbi religieuse , il joignait encore sa procession politique , et il était en mourant ce que nous l'avons vu toute sa vie, ennerbi de tous lés excès, voulant lé mélangé dés trois foi'mes de gouvernemeklt connues , et croyant la constitution d'Angleterre , lorsqu'elle serai tsèlidémént fixée , la x!niéu*x calculée pour le bonheur àe l'espèce ^humaine, tl plaignait, il justifiait le Roi de Faffrèûsé tiécessîté à laquelle un si bon prince iavaitété réduit; il le remerciait d'avoir voulu empêcher, puis adoucir la

sentejice qui allait s^exëciit6r : il priait le ciel -dé Ven récompenser. Il déclarait enfin qu'il mourait comme il avait Tecu ) souhaitant à son prince et à son "pays tout le bonheur dont on pouvait jouir sur la terre. « Cependant, disait-il , ' « et ce fut sa seule plainte, que chacun mette la main sur « son cœur, et se demande si c'est un commencement deBon- « heur public qu'une réforme écrite en caractères de sang. « Je crains qu'ils n'aient pris un bien mauvais chemin ; xnais « ' jeprie le Dieu tout-puissant qu'il n'y ait pas une seule goutte «c de mon sang qui s'élève contre eux le jour de leut* j ugement'. » « Il fit alors le tour de l'échafaud, donnant la main à tous ceux qui l'avaient accompagné , en leur disant un adieu so*lennel. A^rès avoir prié pendant environ une demi-heure , à genoux , et son chapelain auprès de lui , il appela sir Georges WentWorth« m Mon fi'ère , lui dit«il , il faut nous « séparer. Parlez de moi à ma soeur, à ma femme ; portée M ma dernière bénédiction à mon fils; dites «-lui, de ma tt part, qu'il vive craignant Dieu et fidèle au Eoi ; qu'il « pardonne à nos ennemis : il voit ce que sont les grandeurs ; « s'il m'en croit, il vivra tranquille dans ses terres, servant « son comté dans le modeste emploi de juge de paix, n'as- H pirant pas à de plus hautes places . Donnez aussi ma béné- « diction à mes filles , Anne et Arabella , et n'oubliez pas « leur petite sœur. Pauvre enfant , qui est malheureuse tt avant de savoir discerner le malheur! Dieu la prott tège ! >' Ici le comte s'arrêta une minute ; puis , pressant encore' la main de son frère : « J'ai presque fini , dit-il ; « un seul coup va ravir à ma femme son époux, à mes « enfans leur père, à mes pauvres serviteurs leur bon « maître, à vous un frère tendre, à tous mes amis un u ami reconnaissant ; Dieu vous console tous ! »

« Il se^ déshabilla tranquillement, remerciant le ciel de n'éprouver aucune terreur à l'approche de la mort. « En « vérité , dit-il , je quitte mes vétemensavec autant de sé-

436 ÉGLAIRGISSEMENS

« rénité que quand je les quittais pour me reposer dans Yes « bras du sommeil. »

u Lui-même releva ses cheveux , découvrit son cou et appela rexëeuteur qui n'avait pas encore osé se montrer. « Milord, pardonnes-moi 9 s'écria le bourreau en tom— « bant à genoux. -<- A vous et à tout le monde , répondît « Straffoi'd. J'ai encore quelques prières à adresser au ciel ^ H et je poserai ensuite ma tête sur le billot pour l'essayer , « je la relèverai un instant; je l'y replacerai,' j'étendrai les it mains , et ce sera pour vous le signal de frapper. » Il s'agenouilla y ayant à sa droite l'archevêque et à sa gauche son chapelain; après quelques prières proférées à haute .voix , et les ipains levées vers le ciel , il dit à l'oreille du chapelain , les derniers mots qu'il dût . proférer , se plaça sur le billot et donna le signal. Sa tête fut abattue d*un seul coup» L'exécuteur la montra au peuple y en criant : Dieu sauve le Roi ! » ( Essai sur la vie du comte de Str€0brdy par M. dé Lalli-Tolendal , pag. 478—485. )

Sur le complot imputé à Charles I^, contre les principaux chefs du parti presbytérien pendant son voyage en Ecosse^ e/t i64i»

m^Les écrivains des deux partis ont attribué les mesures illégales qui ont signalé la première partie du règne de Charles , les uns à son caractère impérieux , les autres à Turgence des nécessités oii il s'est trouvé. De même, ils ont donné pour cause à la conduite violente que tinrent ensuite les communes, les uns une juste méfiance de la sincérité du JEloi , tirée de la , connaissance intime de son caractère , les autres un projet factieux de renverser |a constitution et d'usurper la domination suprême de l'Etat. La méfiance des communes, eût-elle été mal fondée , pouvait n'en être pas moins sincère ; mais on doit observer que le Roi avait donné lieu de soupçonner justement sa sincérité en refusant une administration populaire au parlement anglais, en même temps qu'il l'accordait aux Écossais. Le refus fait aux Anglais avait pour motif le désir du B.oi de 9e réserver les moyens de ressaisir dans un temps plus favorable l'autorité absolue. La concession faite aux Ecossais était ^évidemment destinée à s'assurer leur neutralité, et en cas de rupture , leur appui. Mais ce ne fut pas là le seul but secret du voyage de Cbarles en Ecosse. Il arriva , pendant son séjour en ce pays, un événement désigné dans l'histoire d'Ecosse , sous le nom de Vincident , comme si c'eût été un événement fortuit. Mais, lorsqu'on le rapproche de ce qui se passa ensuite en Angleterre , peutêtre en (peut-on tirer laj plus juste explication des desseins du Roi.

438 ÉGLAIRGISSEMENS

« Argyle et Hamilton avaient acquis la prépondérance dans le parlement écossais ; mais le dernier avait perdu dans la même proportion la confiance du Roi , et on l'a accusé de s'être montré trop inquiet du soin de sa propre conservation. Un colonel Hurry découvrit , dit-on , sur Tavis de Stewart, officier sa balteme , un complot formé pour les perdre. Ils devaient dans la soirée , en se rendant à une conférence à la cour, être arrêtés comme traîtres par le comte de Grawfurd , et par Gocbrane qui avait son régiïicient dans le voisinage. On devait les conduire sur une frégate en fade oii ils seraient étroitement gardés, ou les as— sassiner s'its essayaient de faire résistance. Ils se tinrent ea garde cette nuit- là contre toute surprise ; mais l'alarme redoubla le lendemain, lorsqu'on vit le Roi se rendre au parlement) accompagné de cinq cents soldats, on hoaime» armés. Argyle, Hamilton et Lanerk , frère de celui-ci , se retirèrent à sa résidence de Kinneil , disant , que , comme leurs partisans étaient nombreux et irrités , ils avaient , san» cela , tout Heu de craindre qu^il ne s'élevât quelque désordre. Le Roi se plaignit des sonpçoo$ injurieux que faisait nattre leur fuite i voulut que son bonneur fÂt publiquement rétabli, et que jusque-là Hamilton ttii exclu du parlement; mais les Etats , plus modérés et plus prudens , disculpèrent leur souverain par un examen secret et un rapport public ^é l'affaire ; et les trois nobles lords furent promptement rappelés.

i« Uinciâent peut , au premier coup d'oeil , se présenter sous faspect d'un complot supposé ; mais les aveux et les déclarations contradictoire^ de Crtwfurd et de Gocbrane ne permettent pas de douter qu*on n'eût formé le projet d'arrêter Argyle et Hamilton. On Pavait communiqué aux lordl Ogîlvy , Gray et Almond ; ce fut par eux que !e se<l^ret tfanspira. Il était su aussi de Murray, valet de cbambre du Roi, qui avait introduit ches lui Gocbrane en audience

particulière , et avait été chargé de remettre à Charles trois lettres de Moutrose, dans lesquelles celui-ci disait avoir à informer Sa Majesté d'upe affaire de la plus haute importance, non-seulement pour son liqnneur, ipais^pour le maintien et la solidité de sa couroi^ne. Hamilton et Argyle avaient été dénoncés tQus depx , comme traîtres, par Montrose ; et ce que gisait celui-ci , d'une affaire relative a l'honneur et la stabilité d^ la courbnpe > nç peut s'entendre que des relations de ces deux i^qbles avec les puritains politiques de l'Angleterre , origin£|irement la cau^e de la i-écente ii^v^siqn des Écossais. Le Roi avait déjà découvert et était extrêmement empressé de se procurer l'invîta-r tion forgée par lord Saville , qui avait été déposée entre les mains de Wariston; et nous devoiis penser, d'après l'autorité de C|ar4ndon , que les renseignémens qu'il mettait tant de prix a obtenir , sur les relations coupables des chefs populaires des deuK royaumes , lu i parvinrent par les communications qu'il conserva avec Montrose alors en prison. Selon Glarendon , Montrose fut introduit secrètement par Murraj chez le Roi, et l'informa de plusieurs particularités relatives au commencement de la rébellion, pi dont, comme membre du comité des États, il avait été nécessairement instruit. Il affirma , et offrit de prouver , en parlement, que Hao^ilton n'était pas moins coupable qu'Argyle. Mais il conseilla de les assassiner plutôt tous les deux , et , avec sa résolution ordinaire , proposa de s'en charger. Comme Monlrose était alors en prison , l'entrevue fuf obtenue indirectement par l'intervention de Cochrane; mais les détails donpé^ par CJ^rendoQ sont exacte spu^ tp}|S les autres rapports. La proposition d'assassiner Ai^yle et Hamilton était tout- à-fait dans le caractère de Montrose, et le projet de leur arrestation peut être attribué au zèle importun de leurs accusateurs. On ne donne aucune explication satisfaisante sur les lettres , et nous devons conclure

que le Roi reçut de Montrose les renseîgnemens qui lui avaient été refusés par Warîston , et que lors de la fuite d'Argyle et d'Hamilton , il les réserva pour s'en servir à accuser leurs confédérés d'Angleterre.

« A la première nouvelle de V incident, les membres dirigeans du parlement d'Angleterre laissèrent assez voir leurs craintes ; par l'accusation subite de StrafFord , îAs avaient prévenu l'accusation qui devait être portée contre eux; mais ils se trouvaient exposés aux mêmes dangers, maintenant que le Roi avait découvert les détails de leurs relations et de leur correspondance avec les Écossais. Ils se sentirent aussitôt, ou affectèrent de se montrer alarmés, comme si leur sûreté personnelle eût été en danger; et on crut savoir que , dans leurs secrètes conférences , ils avaient fait la proposition désespérée de s^assurer de l$t Reine et de son enfant pour leur servir d'otages (i). Ils préparèrent cette mémorable remontrance qu'ils présentèrent ensuite à Charles, lors de son retour. Ils y récapitulèrent minutieusement toutes les erreurs et les infortunes de son règne, et recommandèrent le choix de ministres qui ne fussent , ni suspects, ni désagréables aux communes , et aux conseils de qui le parlement eût lieu de se fier. Si l'acrimonie qui règne dans cette remontrance décèle leur extrême irritation, la Conclusion fait suffisamment connaître qu'il restait encore un remède facile, encore inusité, il est vrai, mais rigoureu-

(i) Il paraît, diaprés cela, et diaprés la conversation de Clarendon avec Essex et avec HoUand , cpie leur alarme fut sérieuse j or , Ton ne peut guère supposer que , sans la crainte de Taccusation , ces pairs eussent forme un misérable contplot pour amuser le peuple de leurs terreurs personnelles. Ce que déclara CromwelL à Falkland , que lui et plusieurs autres de son parti auraient tout vendu et quitte le royaume, si la fameuse remontrance eût été rejetée , est une preuve de plus de Falarme que leur causa Vincident , et de la méfiance que leur inspirait Charles.

sèment constitutionnel, et que la confiance refusée à ceux qui avaient déserte la cause publique, cette confiance que né pouvaient plus obtenir l'insolence de l'archevêque Williams, la légèreté de Digby et l'infamie de Saville, était réservée aux modestes , mais inflexibles vertus de Hampden , à la douce intégrité de Kimbolton , au génie sincère et ardent de Hollis, et à la froide sagacité du vieux Pym. Depuis cette époque, leurs mesures devinrent plus audacieuses , plus déterminées , plus violentes , et leur méfiance fut incurable; ils prévirent leur perte, si le parlement était dissous, ou là ruine de leur popularité , si l'autorité royale demeurait entière. Et comme le bruit et les clameurs sont les principaux moyens d^une assemblée populaire pour obtenir le pouvoir, on tint le peuple agité par de constantes alarmes. Les lords papistes spirituels furent exclus du parlement comme obstacle à toute réforme ; mais leur expulsion fut le résultat des pétitions tumultueuses des citoyens, de l'imprudence des préfats eux-mêmes, et de l'attaque que les têtes rondes, populace désarmée , eurent à soutenir de la part des cai^a- Uers, ou des officiers licenciés attachés à la cour. La protestation des évêques , qui devint l'occasion de les accuser et de les exclure du parlement, a été attribuée à la violence de l'archevêque Williams ; et on a dit que le Roi ne l'avait approuvée que par précipitation et par surprise. La pratestation , cependant , était au fond la même que celle que les prélats écossais avaient*précédemment préparée par ses ordres ; et comme toutes les deux étaient dirigées contre l'autorité de l'assemblée ou du parlement , d'oii étaient exclus les prélats , l'une était calculée pour insinuer secrètement , l'autre pour établir publiquement une cause de nullité , et donner lieu à une dissolution. Si les fonctions des pairs temporels eussent été suspendues par l'absence des pairs spirituels , les pouvoirs des communes eussent été également interrompus et le parlement dissous. On ne sera pas

44^ ÉCLÂIRCISSEMBNS

surpris qae Charles, instruit de l'inefficacité de la première protestation , espérât quelque succès de la seconde y si Ton songe qu'elle fut suivie par une mesure intempestive et fatale au dernier point, suite naturelle de la conduite qu'il avait tenue en Ecosse, et que le parlement regarda conune donnant la mesure de sa sincérité.

« Lorsque les communes redemandèrent au Roi leur ancienne garde , il les assura , sur sa parole de Roi , sa protestation favorite, qu'elles n'^ivaient nullement lieu de craindre ou de s'alarmer, puisqu'il leur promettait de veiller à la sûreté de chaque membre avec autant de soin qu'à sa propre conservation oi| à celle de ses enfans. Ce fut ce même jour qu'il choisit pour porter une accusation de tra«<hison contre lord KimhcJton et les cinq membres des communes , Hampden, Pym , Hollis , llaslerig et Strode. On les fit d'abord demander par ui| seul gendarme; et le lendemain, le Roi, accompagné de sa garde et de sii ^nite, les rédam^ en persopue dans la chambre des communes; puis il alla exposer sa.digoité au mépris de la cité, en essayant inutilement la même dén^arche à GuildhaU. Une mesure si imprudente , prise dans qn moment oii l'on commençai! à désapprouver généralement la violence du parlement , et oii le flux de la faveur populaire retournait vers le souverain , ne peut être attribuée qu'aux suggestions" dû vain et vindicatif Digby, et aux conseils, ou plutôt aux ordres de l'impérieuse rein^. On ne peut douter, cependant, que le caractère et les dispositions particulières de Charles n'y aient eu beaucoup de part. I) supportait impatiempienjt la délibération ; il était facile à se laisser persuader , et ardent dans ses résolutipns ; il sç trouvait exposé sans relâche aux attaques des communes, et déjà irrité de leurs efforts pour limiter sa prérogative, il ressentait par^ ticqlièrement l'acH^tion contre les prélats; cependant, après toutes ces explications atténuantes, il en reste assez pour

nous convaincre que si rexécution de cetle mesure a été dé* termine^ et accélérée par Ja Reine et par Digby , le projet en était formé depuis long*temps. Les principaux articles d'accusation étaient d'avoir invité et encouragé les Ecossais à envahir l'Angleterre , daxts l'intention de renverser les Icûs fondamentales et l'autorité du souverain et d'ériger à la place un pouvoir tyrannique.. Nous sommes assurés, qu'on s'était procuré , en Ecosse ^ les matériaux de cetle accusa** tion , et nous avens tout lieu de conclure que c'était de Montrose qu'on les avait obtenues» Le redressement - des griefs, dans la précédente session, avait excité un profond ressentiment, et on était depuis long*temps dans la résolution de faire subir , malgré l'amnistie générale , à ceux qui l'avaient arraché , un châtiment exemplaire, aussitôt qu'oil rentrerait en possession du pouvoir. Ainsi donc le dernier voyage du Roi en Ecosse, outre le désir de s'assurer \^ neutralité ou le secours des Écossais , avait aicore pour objet , selon toute apparence , celui de découvrir et de pouvoir accuser leurs confédérés d'Angleterre.

f$ Lorsqu'une fois on a reconnu la trace des renseignemens donnés par Montrose , l'arrestation projetée d'Argy le et d'Hamilton , leur fuite du parlement , l'alarme prise par les communes d'Angleterre , et la violence qu'elles mani* festent ensuite, l'accusation portée contre leurs chefs et la tentative faite pour s'en saisir, se lient intimement et apparaissent comme une série de faits qui procèdent évidemment de la mémo cause. La dernière tentative du Roi pour se saisir des^inq membres du parlement est presque la contrcfpartie exacts dé Vînoident d'£cosse. Ces deux démarches étaient également la suite des révélatioas de Montrxise , et furea^t inspirées par le m^me espril; d'irréflexion. Quand on; compare la violence où se jetèrent tout à coup les communes, et la résolution désespérée qu'elles prirent de désarmer leur souverain , avec la conduite modérée et constitutionrtelte

444 ËGLAIRGISSEMÇNS

qui avait marqué la session précédente , on ne peut attribuer ce changement qu'aux alarmes que leur causa la découverte de leur correspondance , et à la confirmation du' soupçon qu'elles avaient déjà formé , que le projet momen* tané de s'emparer d'Argyle n'avait été que le prélude de l'accusation et du châtiment qu'on voulait leur faire subir. A la suite d'un des précédens parlemens, HolUs et Strode avaient été emprisonnés au mépris de la récente pétition des droits ; une rigoureuse amende avait été imposée au premier. Les mêmes hommes n'avaient guère lieu d'attendre du Roi plus de douceur , de modération et de justice, s'ils se trouvaient de nouveau exposés à son ressentiment ; n'ignorant pas que leurs rapports avec les Écossais avaient été découverts , ilsue pouvaient douter qu'on ne se réservât à les punir aussitôt qu'on aurait eu soin de les dépouiller de leurs fonctions , et ils pensèrent qu'il n'y avait pour eux ni ressource ni sûreté , s'ils ne parvenaient à diminuer le pouvoir de 1» couronne , et à en prévenir l'abus.

« U incident est la seule clef qu'on puisse avoir de la conduite des deux partis , la seule qui puisse nous initier dans les secrets motifs du parlement et du Roi, Le monarque qui , après un acte d'oubli , descend jusqu'à la recherche des trahisons amnistiées de ses sujets, a certainement eu intention , dès le commencement, de se prévaloir, comme il l'a fait ensuite, de ces découvertes. Charles avait donc déjà prémédité sa vengeance , les moyens de reconquérir le pouvoir absolu , et embrassait avec précipitation l'occasion favorable qu'il croyait avoir trouvée d'écraser ses adversaires. S'il eût pu s^emparer d'eux , la faveur . populaire , qui s'attache rarement aux malheureux , eût cédé peut-être aux preuves qu'il aurait données de leur crime : mais le coup dirigé contre les communes retomba sur Charles lui-même; l'opposition profita , avec une habileté supérieure, de la rupture qu'il avait cherchée ; le parlement , la cité , la nation toute en-

tiëre retentirent de la violation des privilèges ; le Roi , désappointé et inconsolable^ quitta Whiteliall oii il ne revint plus que captif, tandis que les membres accusés furent réellement conduits en triomphe hors de l'asile qu'ils avaient pris dans la cité, et rétablis dans leurs sièges. » {Histoire d'Ecosse, par BAalcolm Laing , tome 3, pages 227--* 237. )

446 ËDLAmOlSSBilBNS

Remontrance du Long^Parlemènt à Charles /«» , sur Vétat du royaumcy présentée au Roipar un comité de la chambre des communes le i*^ décembre 1641, et publiée , par ordre de la chambre , le iS décembre suwant.

Les communes assemblées ea ce présent parlement , après avpir, pendant l'espace d^une année ^ avec beaucoup d'ardeur, de fidélité , d'affection et de zële pour le bien public de ce royaume et pour l'honneur et le service de Sa Majesté , combattu les grands dangers et causes d'alarmes , les pressantes misères et les calamités , les divers maux et désordres qui avaient non-seulement attaqué , mais entièrement détruit et anéanti la liberté , la paix et la prospérité de ce royaume, ainsi que le bonheur et les espérances de tous les bons sujets de Sa Majesté , et excessivement affaibli et miné les fondemens et la force de son trône royal , ont reconnu , dans les partis et faction^ qui ont été la cause de ces maux , une foule de mauvaises intentions , une opposition toujours subsistante et une application continuelle à s'efforcer de décrédiler ce qui a été fait, d'élever une multitude d'obstacles pour empêcher ce qui reste à faire , et de fomenter des méfiances entre le B.oi et le parlement , afin de le priver ainsi , lui et son peuple , du fruit de ses gracieuses intentions et de l'humble désir qu'ont formé les communes de rendre à ce royaume la paix, la sûreté et le bonheur. Pour prévenir les misérables effets de ces efforts malveillans , nous avons cru devoir exposer :

i®. La racine et l'accroissement de ces pernicieux desseins ; 2*». La maturité à laquelle ils sont parvenus avant l'ouverture du présient parlement ;

3®. Les moyens efficaces employés pour extirper ces maux dangereux , et les progrès qui ont été faits dans ce sens par la bonté de Sa Majesté et la sagesse de son parle* ment ;

4°. Les obstacles et oppositions qu'on a apportés à ces pro» grès , et qui I«s ont interrompus ;

5®. Les moyens à prendre poilr écarteV ces obstacles , ac» compHr nos honnêtes et fidèles intentions , et réussit dans les efforts que nous faisons pour rétablir et affermi t , comme par le passé , Thônneur , la grandeur et la sécurité de cette couronne et de cette nation.

Nous avons trouvé que la racine de tous Clés maux résidait dans un projet pernicieux et mal intentionné de ren* verser les lois fondamentales et les principes de goùverhement, sur lesquels sont solidement établis la sùi^eté et la justice du royaume. Les fauteurs et exécuteurs de ces desseins ont été :

I*. Les papistes^ diisciples des jésuites et qui haïssent les. lois , comme obstacles au changement et renversement de la religion , objet de leurs plus ardens désirs ;

2^. Les évéques et la partie la plus corrompue du clergé , qui nourrissent le penchant aux pompes extérieures et à la superstition, comme les effets naturels et les appuis les plus probables de la tyrannie et de l'usurpation ecclésiastique ;

3^. Les conseillers et les courtisans qui , dans des vues particulières , ont entrepris de faire prévaloir dans ce pays les intérêts de quelques princes ou États étrangers, au préjudice de Sa Majesté et de l'État.

Voici les principes généraux d'après lesquels ils ont réglé et gouverné toutes leurs actions et résolutions particulières :

I**. Entretenir de continuels différends et mécontentemens entre le Boi et le peuple, sur les questions de prérogative et de liberté, aBnd'en tirer, auprès de lui, et par des apparences de dévouement à son service , des avantages pour

eux et pour leur parti , et d'en obtenir les places les plus importantes et celles qui donnent le plus de pouvoir dans le royaume ;

2^. Oter à la religion sa pureté et son pouvoir, et opprimer quiconque s'y est montré attaché , comme opposé au but qu'ils se proposent , et comme le plus grand obstacle au changement qu'ils veulent introduire ;

3^. Rallier ensemble les portions.du royaume les plus favorables à leurs desseins , et diviser celles qui y sont les plus contraires. Ceci s'est manifesté en plusieurs manières ; savoir, dans le soin qu'ils ont eu d'encourager le parti arminien sur les points à l'égard desquels il s'accorde avec les papistes ; de multiplier et d'élargir les causes de désaccord qui pouvaient se trouver entre les protestans ordinaires et ceux qu'ils a^feWent puritains ; d'introduire et de soutenir les opinions et les cérémonies le^ plus propres à faciliter un accommodement avec les papistes ; d'accroître et de maintenir l'ignorance , le relâchement et l'impiété parmi le peuple , afin de pouvoir, de ces trois partis, les papistes, les arminiens et les libertins , composer un corps en état d'exécuter les projets et les résolutions les plus propres à les conduire à leur but ;

4°. Dégoûter le Roi des parlemens , par des calomniés et de fausses imputations, en lui offrant, pour obtenir les fonds dont il avait besoin , des moyens plus avantageux en apparence que -ceux qu'il pouvait trouver par la voie ordinaire des subsides; moyens qui , au fait , ont apporté au Roi et au peuple, plus de perte que de gain^ et ont causé les désordres dont nous souffrons tous maintenant. ,

Comme les opérations de tout corps composé prennent la couleur de l'élément prédominant , ainsi dans ce parti , formé de plusieurs , on peut aisément apercevoir les intérêts jésuitiques comme les plus actifs, ceux qui ont exercé le plus d'empire , et ont le plus constamment dirigé la con-

ET PIEGES HISTORIQOES. 4%

duite du parti; si Ton n'y met obstacle , ils doivent , selo,n toute apparence , dévorer le reste , ou le convertir en leur propre nature.

Au commencement du règne de Sa Majesté , on vit re*« vivre et refleurir de nouveau ce parti , un moment aâaibli par la rupture de l'Angleterre avec l'Espagne , dans la der-* nière année du roi Jacques , et par le mariage de Sa Majesté avec une princesse de France. Les intérêts et les conseils de la France n'étaient pas aussi Contraires que ceux de l'Espagne au bien de notre religion et à la prospérité de ce royaume ^ et les papistes d'Angleterre avaient plus adhéré à l'Espagne qu'à la France. Cependant ils conservaient le projet et la résolution d'affaiblir le parti protestant en tout pays , même en France , afin d'ouvrir la route âU cban-» gement de religion qu'ils voulaient amener eu Angleterre.

Le premier effet et le premier témoignage de la renais^-' sance de leurs forces, fut la dissolution du parlement tenu à Oxford , après qu'il eut donné deux subsides à Sa Majesté y et avant qu'il eût reçu satisfaction sur aucun de ses griefs. Nous en avons vu depuis d'autres résultats encore plus funestes.

La destruction de la flotte de La Kochelle , opérée par le moyen de nos vaisseanx mis en mer et livrés aux mains des Français , contre l'avis du parlement ; événement qui laissa cette ville sans défense par mer^ et fut , non-seulement -une des premières causes de la.perte.de celte importante place , mais amena aussi , en France , la ruine de toutes les forces et de toutes les garanties que pouvait conserver la religion protestante.

La guerre, détournée ensuite des Indes orientales, pii nous

pouvions attaquer les Espagnols avec plus de facilité et d!es-

poir de vaincre, pour aller çohouer coutre.Calais , dans nue

ent|repri^e dispendieuse, combii^ée de telle sorte qu'elle

45o ÉCLAXRGISSEMENS

semble avoir ea plutôt pour objet dé nous dëgoÛter de là guerre que de tious y donner l'avantage.

La rupture soudaine avec la France , à qui l'on prit des vaisseaux pour une valeur considérable , sans dédommager les Anglais , dont les propriétés furent , en raison de cette mesure , séquestrées et confisquées en France.

La paix faite avec l'Espagne , sans le consentement du parlement, au mépris des promesses du roi Jacques auxdeux chambres ; et , par suite , l'abandon de la cause du prince Palatin, qu'on laissa à la merci de négociations coûteuses et sans espoir, confiées , pour la plupart , à des hommes qu'on pouvait justement soupçonner de peu d'attachement à cette cause.

Le royaume accablé, sur toute sa surface, de logemens de soldats, et le projet formé, d'accord avec cette mesure, d'introduire en Angleterre la cavalerie allemande , afin que le pays se soumît par crainte, ou se vit forcé, par des rigueurs , à toutes les contributions arbitraires qu'on voudrait * lui demander.

La dissolution du parlement , dans la seconde année du règne de Sa Majesté, après qu'il eut déclaré l'intention d'accorder cinq subsides.

La valeur de ces cinq subsides imposée aux sujets après la dissolution du parlement, par une commission d'emprunt; et nombre de gentilshommes et autres , pour n'avoir pas voulu payer cet emprunt, enfermés dans des prisons, oii plusieurs d'entre eux ont contracté des maladies qui leur ont coûté la vie ; de grosses sommes d'argent requises et levées par des ordres sous le sceau-privé ; une injuste et pernicieuse tentative poux extorquer aux sujets des paiemens considérables par voie d'excisé , et une commission pour cet objet investie du sceau de Sa Majesté ; la pétition des droits, naguères accordée en plein parlement, invalidée par une déclaration illégale, imprimée avec cette pétition pour la tour-

ET PIÈCES HISTORIQUES. 45ï

ner contre elle-même et contre le pouvoir du parlement, et la pétition devenue inutile, si ce n'est qu'elle a servi à manifester l'audacieuse et présomptueuse injustice de ces ministres qui osaient violer les lois et anéantir la liberté du royaume, si clairement et si solennellement déclarées.

Un autre parlement dissous dans la quatrième année dn règne de Sa Majesté, et le privilège du parlement violé par l'emprisonnement de plusieurs membres de la chambre^ détenus durant un grand nombre de mois dans une étroite détention , privés de livres , d'encre , de papier, de toutes les douceurs de la vie , de tout moyen de conserver leur santé , et de la permission d'écrire à leurs femmes , même lorsqu'ils étaient malades ; et , pour que rien ne manquât à cette cruauté, après des années passées dans cette situation misérable , on leur refusait les moyens de recevoir les consolations spirituelles dont ils avaient besoin , ne permettant pas qu'ils sortissent pour jouir du service divin ^ dans la maison de Dieu, ni que les ministres de Dieu pussent venir. les trouver et leur administrer , dans leur chambre , des con-^ solations particulières ; et , pour les tenir dans cet état d'oppression, on ne les admettait point à donner caution conformément à la loi, mais on les vexait par des procès devant des cours inférieures ; on lés condamnait et on les mettait à l'amende pour des choses faites en parlement ; on extorquait d'eux le paiement de ces amendes, et on en forçait d'autres à donner , pour être relâchés , caution de leur bonne conduite.

L'emprisonnement de ceux qui ont refusé d^ donner caution a été prolongé , et n'eût point eu de terme , si la nécessité n'eût , l'année dernière , forcé de convoquer un autre parlement qui les a délivrés. Un d'eux est mort , par suite de la cruauté et des souffrances de son emprisonnement , dont on n'a rien voulu relâcher , quoique les déclarations de ses médecins eussent fait connaître que sa vie

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