‹ Histoire du Long-Parlement, convoquéChapitre 4 sur 26 · XX NOTICE · texte numérisé non relu

XX NOTICE

y eax des Anglais «Les ë vënemens ne se présentent point tout entiers, ni tek qu'ils se sont réellement accomplis , à Tesprit des générations Soignées de Tépoque ^i les a vus naître ^ elles n'y cherchent et n'y voient qne ce qui les intéresse encore elles-mêmes, ce qui a influé sur leur propre destinée , ce qui correspond à leurs propres impressions , à leurs opinions , à leurs besoins*. Le Long-Parlement et tous les partis qu'il a engendrés , malgré la justice primitive de leur cause, ont été violons, fourbes, injustes, tyrahniques ; l'Angleterre a souflert , de leur temps , tous les maux de la guerre civile et tous ceux de l'empire des faclions : ces souffrances ont amené des réactions, causes à leur tour de réactions nouvdles : durant cinquante ans , la &veur et l'espérance publiques ont passé d^s Rois aux parlemens , des parlemçns aux Rois , errant de nom en nom , de système en système et de pouvoir en pouvoir , sans se fixer ni se reposer nulle paru Tout cela n'est plus ; tout cela est oublié : il ne reste, de la révolution de 1640 , que les principes généraux qu'elle proclama et les résultats salutaires qu'elle a valus-au pays : c'est par là que maintenant le public s'y rattache et s'en souvient ; il s'inquiète peu d'en peser scrupuleusement tous les actes et de savoir avec exactitude comment se sont partagés les torts. Qu'on ne lui demande pas de ressentir , dans l'histoire de cette époque , toutes les impressions qu'en ont reçues les CQUtemporains , de se révolter , comme ils l'ont fait , contre des fraudes ou des injustices qu'il n'a point vues ni souffertes. Chaque génération a sa des-tiiiëe , sa vie ; rien ne la touche vivement que ce

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dont elle porte la peine ou reciœille le fruit ; et trèspeu d'hommes ont Fesprit assez ferme i assez désintéressé pour vouloir connaître et savoir démêler, ds^ns des faits qui ne pèsent point sur eux , la vérité toute entière.. Voilà pourquoi Thomas May est maintenant placé si haut dans l'estime des patriotes anglais ; il a présenté la révolution comme elle se présente en effet à eux , dans se6 intentions générales et ses causes légitimes* Ce qu'il en dit , ce qu'il s'applique à en faire valoir , c'est ce qui en subsiste encore , ce qui répond encore aux idées et aux sentimens de ses lecteurs actuels* Ce qu'il en a dissimulé ou omis , ils n'en sont point avertis par leurs émotions personnelles , et rien ne les provoque à le rechercher péniblement. Il est des vérités qui meurent avec la génération qui les a vues , et le monde serait trop sage s'il avait recueilli, sans en rien perdre , toutes celles qui s'y sont révélées depuis qu'il y a des hommes et des événemens«

Loin donc de s'étonner que les Whigs de nos jours soient si peu frappés de l'adroite partialité qui règne dans les écrits de Thomas May » et l'appellent un historien candide et sincère , il faut faire honneur , sinon k son caractère ^ du moins à son esprit, de ce qu'au milieu des événemens il a été à peu près aussi impartial que devait l'être, en Angleterre, la postérité ellemême. Il n'a poiiit insulté effrontément à la vérité; il n'a fait l'apologie d'aucun crime , d'aucun grand désordre ] il n'a point injurié bassement ses adversaires.: Omettre, pallier, dissimuler, insinuer, c'est là son art et son effort; sa raison ne lui permet guère d'eur treprendre davantage; et si, dans son Abrégé f il

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s'est plas complètemeiit asservi au joug d'une faction plos violente, je suis porté à croire qne ce ne fut pas sans embarras ni sans regret* Aussi , malgré les re-* proches qu'il mérite comme historien , son ouvrage ést-il au nombre des plus instructifs qu'on puisse lire sur cette époque. On n'y trouve point, il est vrai, cette liberté , cette variété , cet abandon qui régnent dans les Mémoires proprement dits. Mais c'est aussi un grand intérêt que celui d'une histoire presque officielle 9 écrite à mesure que se sont accomplis les événemens ^ sous l'inspiration de leurs auteurs , et dans le dessein de rétenir ou de rattacher le public à une cause qui , après tout , était la cause de la liberté et du pays contre le despotisme et la cour.

CeÂt été grossir fort inutilement cette collection que d'y insérer les deux ouvrages de May. On a traduit d'abord son Histoire du Long^Parlementj écrite avec beaucoup plus de détails et de soin que son Abrégé. Elle s'arrête , eomme je l'ai dît, en i643 , et

Y Abrégé se prolonge jusqu'en 1648. Nous avons fait traduire Y Abrégé y à partir de l'époque où s'arrête

Y Histoire; et quant à la première partie, nous avons indiqué, dans des notes, les principales différences qui se rencontrent entre les deux ouvrages , dans le récit des mêmes faits. Les rapprochemens que contiennent ces notes prouveront clairement que VHis^ toireet Y Abrégé n'ont été écrits ni dans le même esprit ni sous la même inspiration.

Nous avons aussi cru devoir joindre k cette traduction un assez grand nombre de notes , destinées à ^uppléer au silence de l'auteur sur le caractère des

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hommes importans , les menées secrètes des partis et ces faits anecdotiqnes qui abondent d'ordinaire dans les Mémoires ^ mais que le but particulier et la couleur seiui-offieielle des écrits de May ne lui ont pas permis d'y insérer.

Ainsi complétée , Y Histoire du Long-Parlement nous a paru l'ouvrage qu'il convenait le mieux de placer en tête de cette collection. Elle offre , plus complètement et plus simplement qu'aucun autre , le tableau de la marche des événemens et de la situation générale des partis ; tableau où les divers Mémoires viendront successivement occuper la place qui leur appartient.

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Ij'nTiLiTi de Thistoire et les règles de ce genr^ de composition ont ëtë si bien et si complètement expliquées par des écrivains judicieux que ce serait un travail perdu , et qui prolongerait fort inutilement cet ouvrage, que d'y revenir encore. Je désirerais être assez habile pour que le lecteur ^ au jugement duquel je me soumets, reconnût dans ma narration Tobservation de ces règles , au lieu d'en trouver l'exposition vainement étalée d'avance dans une préface.

Je n'ai d'autre prétention que de demeurer fidèle à la vérité , cette règle unique à Isiquelle toutes les autres doivent se rapportèir, comme toutes nos vertus morales doivent se rapporter à la justice. Un écrivain peut offenser la vérité par beaucoup d'autres moyens que par un pur mensonge. Quelques historiens , tout en exprimant une grande aversion pour le mensonge direct, ont cependant revêtu la vérité d'habits qui lui convenaient si peu qu'ils semblent lui donner le rôle de la fausseté à remplir, ils lui apprennent à séduire plutôt qu'à instruire les lecteurs par des artifices de rhétorique , d'injustes réticences et un ton d'invective propre à égarer le jugement de la postérité dans la fausse route où ils veulent le conduire. Un savant évêque d'Angleterre , mort il n'y a pas longtemps , regardait les annales du cardinal Baronius I. I

comme plus funestes à la cause du protestantisme que les controverses de Bellarmin 5 et cela peut être vrai, car on est bien moins en garde contre les coups d'une histoire partiale que contre ceux des écrits polémiques où l'hostilité se montre à visage découvert.

Je me suis eflbrcé d'échapper à cette faute ; mais j'entreprends malheureusement un sujet de telle nature qu'il n'est pas très-aisé de le traiter avec impartialité , et qu'il est presque impossible aut intentions les plus pures d'en éviter le soupçon oii le reproche. D'autres écrivains entreprendront , je le suppose , le même sujet , et comme aucun d'eux peut-être ne parviendra à satisfaire pleinement le lecteur , je demanderai pour nous tous cette faveur , qu'on nous traite comme on traite avec le genre humain , et qu'on déclare le meilleur ce qui paraîtra le moins mauvais.

Le sujet de cet otivrage est une guerre civile , une guerre on peut dire plus que civile , et remplie de choses miraculeuses, tant dans ses causes que dans ses effets , au moins autant qu'aucune de celles que nous ont représentées tous les siècles ; une guerre aussi cruelle que dénaturée , et où les fureurs de Tépée, l'aigreur des écrits , tant publics que particuliers , ont atteint tout ce qu'on a jamais vu en ce genre. Elle a tellement partagé les opinions et les affections des hommes , qu'à peine a-t-on pu voir une vertu recevoir des éloges , un argument opérer la conviction ou un récit obtenir la confiance , si ce n'est dans un seul et mônie. parti. Ce serait donc une folie présomptueuse que d'espérer des deu*x partis , même l'indulgence pour un pauvre et faible écrit , incapable de mériter

Tapplaudissement d'aucun des deux, ou de se flatter que des personnes qui n'ont jamais pu s'accorder en rien s'accorderont dans le jugement qu'elles seront disposées à en porter.

Je ne puis donc être stupide au poiat de ne pas sentir la difficulté de la tâche qui m'est imposée et tous les mécontenfetnens auxquels elle m'expose. D'autres faistoriens, qui avaient beaucoup moins de sujet que moi de le faire , se sont, dans leur préface, longuement étendus sur ce péril. Tacite lui-même s'afflige des temps désastreux qui font le sojet de ses annales , bien qu'il n'écrivît pas sous le règne des mêmes princes où s'étaient passées les choâes qu'il raconte; mais seulement parciaïque les familles de beaucoup d'hommes, qui s'étaient alors couverts d'infamie , subsistaient encore ] et il ne peut s'empêcher d'envier le bonheur de ces écrivains qui avaient pris pour texte de leurs ouvrages des temps pitis anciens et plus prospères ; des temps , dit-il , remplis du récit des grandes et glorieuses actions des anciens Romains, de leurs honorables exploits et de leurs vertus exemplaires.

J'aurais donné ma vie, n'ayant par moi-même aucune importance, pour que le bonheur public me permît de raconter la prospérité de la nation , la gloire et le bonheur4u Roi , et une situation tellement heureuse qu'elle eût atteint le but pour lequel tout gouvernement a été institué dans ce monde, au lieu d'avoir à décrire des naufrages , des ruines et des désolations. Cependant l'exacte observation et le fidèle récit de ces tristes choses peuvent aussi être utiles à la posté-

rite ; les actions ou plutôt les souffrances actuelles de ces royaumes , autrefois^ heureux , sont , il est vrai , d'une si haute et si importante nature qu'elles pourront bien d'elles-mêmes et parle poids de leur propre renommée , arriver , par tradition , à la connaissance de la postérité ^ cependant cette connaissance sera pfus profitable lorsque les causes, l'origine et le progrès dés événemens seront représentés par une plume sincère. Quant à la sincérité , j'offre ici au public un simple récit des troubles survenus parmi nous , durant la session du parlement actuel, ainsi que de quelques mesures et actes du gouvernement précédent ; le lecteur jugera si c'est là qu'on doit placer la source des calamités qui pèsent aujourd'hui sur nous ] j'en appelle seulement à la mémoire de tout Anglais, assez âgé pour avoir eu connaissance de ces faits et ayant assez vécu dans le monde pour être informé de l'opinion commune et des discours dont ils devinrent le sujet. C'est à la mémoire , je le répète, que j'en appelle pour dire s'il n'est pas vrai que toutes ces actions et les jugemens auxquels elles donnèrent lieu sont tels que je les rapporte. Peut-être mon récit rappellera-t-il à l'esprit de quelques-uns de mes lecteurs des pensées qui , comme le songe de Nabuchodonosor, s'étaient effacées de leur souvenir. Un gentilhomme anglais parti pour voyager au moment de la convocation du parlement actuel , et revenu lorsque nos différens avaient éclaté , affirmait , en écoutant les discours qu^on tenait devant lui à son retour , que le parlement d'Angleterre était plus mal compris en Angleterre qu'à Rome , et que nos compatriotes avaient

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plus besoin que les étrangers d'être informés de ce qui s'était passé parmi nous ; tant , disait-il , ils paraissaient oublier et les choses elles-mêmes , et les idées qu'ils s*en étaient formées d'abord.

La durée de la guerre disperse les hommes en différentes parties du pays , et il en arrive que les notions qu'ils reçoivent varient selon la situation et la disposition du lieu où ils se trouvent. De là résultent nonseulement une grande diversité , mais souvent encore de grandes contradictions entre les écrits de ceux. qui rapportent les événemens de ces temps 5 en sorte qu'il est bien rare que , dans ces époques de calamité et de guerre , les historiens n'aient pas été en grand désaccord. François Aarssen a compilé les annales de la sanglante guerre des Pays-Bas, lorsque quelques-unes de ses provinces échappèrent à la domination de Philippe II , roi d'Espagne ; et son récit est tel que , selon touteprobabilité,leslecteursserontportés à croire le Roi et ses officiers parfaitement innoceus des calamités de ce pays , et à en accuser seulement le peuple qui les a subies. Meteren a également écrit l'histoire de cette époque , et , en le lisant, on doit. porter un jugement tout opposé sur les causes de cette guerre. La même contradiction s'est rencontrée entre les historiens de tous les siècles et de toutes les nations. On ne doit donc pas s'étonner de la retrouver ici.

Mais ce qui sera probablement raconté de plus de diverses manières , l'éloignement ne permettant pas aux récits de s'accorder , c'est ce qui concerne la guerre et Farméé. Dans le cours de cette guerre, il a été extrêmement difficile, je puis dire impossible aux

gens d^un parti , d^être exactement informes de tous les projets ou même de toutes les actions des chefs et soldats du parti contraire. Le monde a su par la renommée combien d actes de valeur la nation anglaise, dans les deux partis, avait eu à se reprocher dans cette lutte dénaturée. Mais on ne saura jamais parfaitement tout ce qu'ont montré de vertu , de mérite et de courage , tels ou tels lords , gentilshommes ou autres, à moins que ces choses ne soient rapportées par les écrivains des deux partis. Tai résidé pendant tout le cours de la guerre dans les quartiers , et sous la protection du parlement 5 ainsi ce que je rapporte en peu de mots , vers la fin de ce volume , des affaires militaires, est conforme au point de vue d'où j'ai pu les apercevoir. Quaut à ce que je puis avoir omis des actions du parti opposé , je n'ai à offrir d'autre apologie qup celle dont se sert Meteren dans la préface de son histoire de JSelgis tumultibus. Voici ses expressions : quod plura de Reformatorum et patriœ defensorum quam de partis ad^ersce rébus gesUs eœposuerim^ mirum haud quaquam est , quoniam plus commerça et familiaritatis mihi cum ipsis et rnajor indagandi opportunitas fuit ; si pars ads^ersa idem tali probitate prœstiterit et ediderit , posteritas gesta omnia légère et liquida cognascere magno cum fructu poterit. Je puis de même affirmer que si, dans oe discours, j'ai rapporté plus en détail les actions de ceux qui défendaient le parlement que celles des hommes qui lui faisaient la guerre, c'est parce que le genre de société où je vivais m'a mis plus à portée de les connaître 5 et de même que je me

suis efforcé de ne pas leur rendre plus qu'il ne leur est dû , je n^ai jamais cherché à noircir les autres et n'ai donné à personne plus de réputation que ne le permet la vérité de l'histoire. Si les écrivains de l'autre parti observent la même franchise , il n^ a pas lieu de craindre que la postérité ne soit pas bien instruite des malheureux discords qui ont agité ce royaume.

Pour mettre le public à portée de juger de la vraie nature , des causes et de la marche de ces discords , je serai obligé de faire remonter mon récit à des temps antérieurs , d'où je tâcherai d'arriver à l'époque actuelle aussi rapidement que le permettra l'obligation d'exposer la vérité dans toute son étendue.

Il ne me sera pas d'ailleurs nécessaire de reprendre les événemens de très-haut , ni de rappeler le gouvernement de nos premiers princes : ce coup d'œil en arrière n'ira pas plus loin que la souveraine encore présente à la mémoire de plusieurs personnes vivantes, cette Reine à qui nous devons l'établissement en ce royaume de la religion réformée , et qui par là y a fondé de nouveaux intérêts que l'avantage et le devoir de ses successeurs auraient été de soutenir; outre la gloire du Tout-Puissant , ils y auraient trouvé, pour eux-mêmes , accroissement de dignité , de pouvoir et de grandeur.

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