CHAPITRE PREMIER
Lie prince Robert et le prince Maurice arrivent en ^ngleteterre. Le comte d^JSssex prend congé du parlement, pour se rendre à son comman-* demenU Ijss forces du Roi s'accrois^nt d Shrewshury. Rencontre d Worcester» Grande bataille de Keynton»
Vers le commencement, de septembre 1643, le |>rmce Robert, second fils de Frédéric, prince électeur palatiQ du Rhin , long-temps retenu prisonnier de guerre par Fempereur , et récemment mis en liberté, arriva en Angleterre, pour offrir ses ^rvices au Roi, son oncle, dans la guerre évidemment commencée au sein de ce malheureux royaume. Avec lui arriva son frère ,: le prince Maurice, tous deux jeunes soldats sans expérience, et apportant à larmée du Roi plus de valeur qu ils ne pouvaient ajouter à ses forces. Quoiqiie proches, par lesang, de la couronne d'Angleterre , ils ne Fétaieiit {^s non plus assez;
pour ajouter quelque chose à la fiecurite du Roi^ en attirant sur eux - mêmes la haine du peuple ^ quoique {rfosîeurs personnes ima^nasseat et dissent alors qu'on les avait fait venir dans cette intention. Leur frère aîné , Charles , prince électeur, aurait été plus propre à remplir un pareil . rôle ; mais, après avoir demeuré long-temps à la cour d'Angleterre > il aVail quitté te Roi deux mois environ avant l'arrivée de ses frères. Il ex- |)liqtm lui*métne , eni partie , les raisons de son dépairi , dans un message qu-'tl eb^oya (ensuite de Hollande aux deux chambres, et oti il exprimait Tâffliictiôn qull ressentait des troubles de ce royaume ^ et protastait que > tant qu'il avait été à la cour d'Angletekrc, il avait fait ce qu'il avait pu pour disposer le Roi en faveur de son parlement; il ajoutait qu'âpïès lapà^dt^tion de Bteu , rien au mondé ve lui pliraissait plus désirabte > pour se« propres intéi^èt^ et cefuï de la i^ligian protestante ea Aliemàgne , que de Ttoir prospérer ie pàrtenâent d'Angteté)^r6. tl est certain ffoe ce prihce ne quitta fe Roi qtiér lorsqu'il vit sa rupture dtee le parlenveût trop èé^ cidée pour qu^idh ptit les r^pptàch&t. Le Roi l'avait déjà exposé, jtt«,qu'à un certéin pokit> à la haine de& peu()les> en s'«n £àisatit accompagner k la chambre des cdiâiftiunei ^ lorsqu'il y vint potir «urptetidre le« dhq ^embt*es , et en Tassoci^âi à plusieurs autreè f)émàrëhes désagréables
bu LOKG PARLEMENT. 55
aa public; en sorte que, pensant comme il le faisait ^ le prince pat juger que le qieilleup parti à prendre était de s^ëloigner du Roi y tandis qu'il en était encore teipps.
Bientôt ^près leijir arrivée en Angleterre , les deux jeiines princes furent charges par le Roi , leur oncle ^ de comtnandemens <^ans lesquels ils se montrèrent très*ardens et très^act^fs. 8-ils y portèrent plus àft violence quHl ne convenait auic circonstances délicates d^in comaiénoement de guerre civile^ il feut en aocjusèr sans doute la chaleur de la jeunesseï et le grand désir qu'ils avaient d'acquérir les bonnes grâces du Rai^ doiit^ en qualité de soldats de fortime^ ils dépendaient entièrement pour leur avancement.
Le prince Roberf; , l'aii^e et le plus emporté des deux j fut mis , quinze jours après son ar^ rivée ^ à 1^ tête d^ip petit parti dçs troupes du Roi, trop peu coufidérfibles encore pour mériter le nom d'armée, il pârcout^ut diff^miis eomtés , essayant de se grossir, comm/s une bou^ déneige^ de tout ce qu'il pourrait raqi&â^ser '^en son chemin. Il traversa qinsi plusieurs parties ^lésqonités de Warvfick, l^ottingham , Lfoicester, Worooster et Chester, où sa conduite ^rpt avoir moins pour objet d'engager par douceur le peuple 4 se ranger de son par-ti, que de l'y c ontraindre pai* une extrême rigueur; c'est i»insi qijç Iç ?^«ppp4 en fut fait aux chambras. Il pilla plusieurs villes et
Tillages^ c'est-à-dire, qu'il les dépouilla de tout. Ce fut alors> pour la première fois, qu'on employa en Angleterre le mot plunder (piller) (i), né en Allemagne lorsque ce grand pays fut si mise'ra- Mement dëvasté et mis au pillage par des armées étrangères. Il exerça beaucoup d'autres yio-lences sur les partisans du parlement ; il en fit exécuter plusieurs , et fit pendre , à la porte de leurs maîtres, les domestiques qui refusèrent de iui découvrir la retraite de ceux-ci. Ces nouvelles excitèrent dans le parlement une sérieuse discussion , et il fut convenu qu'on intenterait contre lui une accusation de liante trahison, comme s'efiorçant ii détruire le gouvernenient ; ce qui fut déclaré un grand attentat aux lois du royaume^ et une violation des privilèges du grand conseil qui le représente tout entier.
Il ne sera pas hors de propos de rapporter ici un événement de ce temps , qui ne saurait être omis vu l'importance qu'obtint ensuite dans cette guerre la personne qu'il concerne.
Le colonel Goring avait, comme on l'a déjà dit, entrepris de défendre Contre le parlement la ville de PortsnpLouth. Ne pouvant tenir plus long-temps, il obtint du capitaine M errick , d'accord avec le comte de Warwick, la permission de quitter
(i) En allemsaid plûndem veut Aire piller.
{NotedeVEdit&ir.)
cette place et de se faire conduire à Britl en Hollande. Le parlement y consentit^ parce que' le capitaine avait été obligé d'accéder à cette convention pour conserver la ville et les partisans du parlement qui s'y trouvaient renfermés. Le colonel avait menacé de détruire la ville au moyen de matières inflammables^ s'il ne pouvait sauver sa vie par une composition amicale.
Tandis que le prince Robert agissait si activement avec un parti de troupes légères^ le Roi était aussi en mouvement à la tête de ce qu'il possédait de troupes ; mais il procédait avec plus de douceur et de calme , car le respect que les peuples portaient à sa personne lui faisait trouver moins de résistance; et le vent perd de sa fureur quand il ne rencontre pas d'obstacles. D'ailleurs, le Roi voulait agir de telle sorte qu'il pût se donner pour le père de son peuple et pour un prince injustement attaqué par le parlement. Il s'efforçait surtout d'attirer à lui, par des témoignages d'attachement, des discours persuasifs, des protestations d'affection pour le peuple, et des plaintes contre la conduite et les actes du parlement. Ce fut ainsi qu'il se conduisit dans sa marche vers Shrewsbury , dont il comptait faire son centre d'opérations -, attendu que ce lieu lui paraissait le plus convenable pour y recevoir et y mettre en quartier les troupes qui pourraient
lui Tanir du pays de Galles. Ses espérances ne fur^ot pas trompées 9 bien qu'il les pouss&t bèau-^ caup plus loin que le parlement ne croyait devoir porter s^s ceaintes. En se rendant à Shrewsbury à la tête d'une petite arm^e^ il s'arrâta le 19 $ep*<* teaibre entre Stafford et Wellington , prononça un discours , et fît lir^ à la tête de son armée une protestation où, pour encourager ses soldats par Tespërance de la victoire, il leur dit, entre autres choses , qu'ils n'auraient à combattre d'autres ennemis que des traîtres pour la plupart brownistes, anabaptistes et athées, qui voulaient détruire l'Église et l'État. Dans cette même protestation il exprime avec des sermens solennels et des imprécations sur lui-même et sa postérité, comme il avait coutume de le faire dans tous ses discours , l'intention où il est d'employer tous ses soins au maintien de la religion protestante , des lois et des propriétés de ses sujets , ainsi que des privilèges du parlement.
Le Roi, quelques jours auparavant, avait pris des ïtâoyeqs plus rudes et plus coercitifs,- car, en traversant les comtés de Derby, Leicester et Nottlngham , il avait ordonné aux milices de ces comtés de venir lui servir de gardes, et lorsqu'elles avaient été réunies, il en avait désarmé la plus grande partie. Il prit dans cette occasion ce qu'il fallait d'armes pour équiper deux mille
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hommes ^ et emporta ^ en outre , de bonnes sommes d'ai^ent empruntées au pays , non sans quelque contrainte.
Mais laissons un moment le Roi pour revenir au lord^nérâl du parlement et à l'arme'e qu'il avait été charge de lever et de commander. Au moment oik le pripce Robert s'était mis en mouvement^ cette artnëe s'élevait déjà à un corps considérable. On y comptait environ quatorze mille hommes tant cavalerie qu'infanterie. Le rendezr«vous général était à Northampton où plusieurs des principaux chefs comme lord Brook, lord Roberts , le colonel Hampden fet d'autres étaient déjà réunis avec les troupes^ attendant l'arrivée de son Excellence. Le 9 septembre, le comte d'Essex prit congé du parlement et de la cité de Londres, et se dirigea sur Northampton. Il fut accompagné jusqu'au bout de la ville avec beaucoup de solennité par la milice et par un grand nombre de gentilshommes armés , appartenant à la maison d'Essex (i). Mais raflfection et les vœux que formait pour lui ce peuple qui le suivait , pas^ - — ' ' ■■' ■■ I ■ .1 .1 .. ,. | .. ■ ■ j ■ .1 I l
(f) Le drapeau du comte d'Essex était jaune fonce. « Quelques uni, dit Whitelocko , pour avoir adopté une K av(r0 couleur , ftir^pt r^giirclés ç(u»me m&lvxîeniionnm « et contraires Ji la. cause du ptrlement, tant, ajoute^t^il, « au. milieu des méfiances que produit la guerre civile ou « fait attention à de petite^ choses. » ( Mémoires de Whitelocke , pag. 59. ) {Note de l'Editeur. )
saient de beaucoup ce que pouvaient exprimer tous les témoignages extérieurs , et ^ bien qu'il partît pour une guerre civile, il painit alors aux yeux de tous un aussi véritable Anglais , un aussi sincère patriote que s'il eût marché contre un ennemi étranger. Ses propres vertus et son honorable conduite avaient inspiré pour lui au peuple un amour et un respect fort augmentés encore par le souvenir de son noble père, le plus grand exemple que j'aie jamais vu d'un favori du prince qui fût aussi celui du peuple ; homme à qui peut s'appliquer, avec une entière vérité, ce que Velleius Paterculus a*dit de Séjan, avec la plus mensongère flatterie, in quo cum judicio principis certabant studiapopulij « en faveur de qui l'amour i< du peuple s'efforçait à égaler le jugement qu'en a portait le prince. » La cause où s'engageait le comte d'Essex était aux yeux du peuple une cause religieuse , et dont ses prières devaient demander au ciel le succès ; car le parlement , tout en levant une armée , exprimait le plus humble respect pour la personne du Roi, et, peu de jours après le départ du lord-général, une pétition fut rédigée du consentement des deux chambres, pour être portée au Roi par sir Philippe Stapleton, membre de la chambre des communes , et à cette époque colonel dans l'armée du lord - général . Il porta la pétition à Northampton au général , afin que , selon le désir du parlement , elle pût
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être présentée à Sa Majesté d'une manière sûre et convenable. Bans cette pétition, conformément aux premières déclarations du parlement y le parlement n'accusait de rien le Roi lui-même y mais rejetait sur ses pervers conseillers toutes les fautes du gouvernement , l'horrible rébellion et les massacres d'Irlande, la désunion du Roi et des chambres qui avait suspendu les secours des-* tinés à ce royaume, et enfin la guerre déclarée au parlement par Sa: Majesté , qu'on voyait se montrer en personne à la tête d'une armée, destinée à détruire son peuple , et à priver ainsi ses fidèles sujets de la protection royale , pour protéger des traîtres contre la justice du parlement. (c Nous, les lords et communes assemblés au w parlement pour la juste et nécessaire défense « de la religion protestante, de la personne, de (( la'couronne et de la dignité du Roi , des lois w et libertés du royaume, ainsi que des privi- (f léges et du pouvoir des chambres , nous avons « pris les armes et nommé Robert comte d'Ëssex, « capitaine-général des forces par nous levées , « le chargeant de les conduire contre ces rebelles t( et ces traîtres , pour les soumettre et leur faire (f subir un juste châtiment. Nous supplions donc « humblement Votre Majesté de retirer à ces (c ennemis publics l'appui de sa royale présence , « afin que, s'ils persistent dans leur coupable et « illégale tentative , Votre Majesté n'apporte au-
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a cun obstacle aux efforts que doivent faire u contre eux les troupes que nous venons d'as- « sembler. Nous supplions aussi Votre Majesté « de ne point partager volontairement leurs pé- « rils, mais de renvoyer ses troupes ^ de feve- (( nir tranquillement et en sûreté auprès de son ce parlement^ de mettre un terme ^ selon nos con- « seils y aux désordres qui tourmentent mainte- « nànt le royaume^ et de pourvoir, dans Faveuir, (f h l'honneur connue à la sécurité', tant de Votre « Majesté elle-même que de se» desceodans et « sujets. S'il plaît à Votre Majesté de céder à nos « humbles et ardens désirs, uous protestons, au w nom du Dieu tout - puissant , que nous rece- « vrons Votre Majesté avec tous les respects et u toute la soumission qui lui sont dûs , que nous c< nous efforcerons loyalement de mettre sa per-- H sonne et son trâoe à l'abri de tout danger , et 4c que nous emploierons tout notre pouvoir pour (( procurer à Votre Majesté, comme à ses peuples, a tous les biens d'un règne heureux et glorieux. » Les ordres du parlement au général portaient , conformément à cette pétition, l'injonction de faire tous ses efforts pour délivrer, par quelque combat ou ftutrement , la personne du Roi, celle du prince et du duc d'York, des mains des furieux qui les environnaient. Us lui prescrivaient aussi, dans le cas où Sa Majesté, d'après cette humble pétition , consentirait à se séparer de
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ceux qui l'entottraient et à revenir vers le parlement ^ de licenciiôr ses troupe^ et de ne conserrer qu'une force suffisante pour assister et protéger le retour de Sa Majesté* Enfin , le général reçut en^ core Tordre de proclamer un pardon général pour tous ceux que la séduction avait engagés à se séparer du parlement et du pays, si, dans les dix jours qui suivraient cette proclamation, ils rentraient dans leur devoir et n'avaient commis , dans cet intervalle, aucuh acte hostile. Ce pardon cependant ne donnait pas aux membres suspendtLs par le parlement la faculté d'y rentrer sans avoir satisfait , comme il convenait , à la chambre dont ils faisaiiént partie. En étaient aussi exceptés tous ceux qui avaient été accusés comme délinquans, par l'une ou l'autre chambre, et tous ceux que le parlement avait chargés de haute trahison , pour raison de leur active coopération dans les derniers actes de trahison. Ces personnes, dont les noms furent alors déclarés^ étaient les comtes de Bristol , Cumberland , Newcastie et Rivers , le secrétaire Nicholas , M. Endymion Porter, M. Edouard Hyde, le duc de Richmond , le Comte de Carnarvon , le vicomte Newark et le vicomte Falkiand. Tels étaient ceux qu'à cette époque le parlement avait dé*clarés traîtres. Il y en ajouta d'autres depuis , et aussi en retrancha quelques uns de la liste , selon qu'il y fut déterminé par les circonstances.
Le parlement donna aus^i plusieurs ordres en faveur de l'armée et pour l'avantage des provinces qu'elle devait traverser; mais surtout il ordonna au général de réprimer soigneusement dans ses troupes toute espèce de désordre^ d'impiété et d'irréligion.
Le général trouva^ à Northampton^ une nombreuse et vaillante armée , bien équipée de tout points au nombre d'environ 20^000 hommes^ en y comprenant tout ce qui devait rejoindra dans l'espace de peu de jours. Il n'y avait pas sur pied^ en Angleterre, de forces capables d'opposer quelque résistance à une pareille armée , car le Roi n'avait alors que peu de troupes. Ce qu'il en avait consistait en cavalerie, qui parcourait le pays , en partis peu considérables, pour trouver , des vivres et le mettre à contribution. Le prince Robert, en particulier, semblable au mouvement perpétuel , se faisait voir avec la cavalerie qu'il commandait, presque simultanément, en plusieurs endroits très-éloignés. Le comte d'Essex prit donc soin de diviser sa grande armée , en telle sorte qu'elle pût lui servir , en plusieurs endroits , à harceler les troupes légères de l'ennemi et k protéger les comtés attachés au parlement. Il tâcha aussi de s'emparer , soit en personne , soit par ses lieutenans , des villes qui , dans le cas où cette funeste guerre viendrait à se prolonger, pourraient lui devenir les plus importantes. De Nor-*
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thampton , il marcha sur G)ventry et mit dans cette grande ville une garnison pour le parlement. Il alla de là à Warwick, et, après Favoir fortifie , ayant appris que le Roi voulait se rendre à Worcester avec son armée , il se dirigea aussi de ce côté ; car il désirait beaucoup de rencontrer le Roi, et le parlement, auquel il fit part de son dessein par une lettre, approuva sa marche vers Worcester.
La ville dé Worcester , aussi bien que tout le comté, avait été le théâtre de beaucoup de troubles, causés non -seulement par la diversité d'opinion qui régnait entre les habitans, mais par les différentes sollicitations qu'ils avaient reçues des deux partis , si l'on peut appeler sollicitations ce qui se propose à main armée. Sir John Byron était d'abord entré à Worcester, pour gagner cette ville au Roi , et M. Fiennes , fils du lord Say , qui tenait pour le parlement , s'était opposé à ses desseins. Quelque temps après , le prince Robert , à la tête de cinq cents chevaux , eut , près de cette ville , une rencontre avec M. Fiennes , ^ui commandait un autre corps environ de la même force. Le combat fut peu de chose, et, selon le rapport qui en fut fait à Londres, il n'y eut pas plus de douze hommes tués. Avant que le comte d'Essex , alors en marche pour Worcester, y pût être arrivé, il s'en livra encore un autre ^ plus important par la
qualité quc^ par le nombre des personnes tuées ou blessées. Le prince Robert était h Worcester avec douze escadron^ y lorsque quelques troupes du parlement s'en approchèrent^ non pas en corps mais éparses; le prince sortit de la ville y et mit ses gens en bataille dans une prairie , pour attaquer ceux qu'il pourrait atteindre les premiers. A un demi mille de cette prairie y se trouvait 1^ cavalerie du parlement : le colonel Sandys avec son régiment > le capitaine Hal«9 et le capitaine Wingate marchèrent vero le prince ; mais le passage était dangereux pour eux 5 aymnt à traverser un chemin étroit y ou ils ne pouvaient marcher plus de quatre de front. Le colonel Sandys ^ emporté par son trop de courage^ chargea à travers ce chemin y avant que le reste des troupes du parlen:ient fût arrivé ; outre les capitaines Haies et Wingate ^ le capitaine Fiennes et le capitaine Austin y qui n'étaient pas éloignés y arrivèrent en toute hâte à son secoiu-s. Le co^ lonel Sandys tua cependant quelques hommes au prince 9 et soutint le combat jusqu^à et que les autres approchassent; mais alors le prince voyant les deux troupes 4 peu près égales en nombre y craignit peut-être de se trouver etigagé dans Uâ trop long combat^ qui do&nerait le temps à Far*mée du général d'arriver^ d'autant qti'vne partie de son a vant-^garde était déj à assez proche ; il se re«tira donc dans la ville de Woitîester ^ qu'il traversa
le plus rapidement qu'il lui fut possible. Les troupes du parlement la traversèrent après lui^ et le poursuivirent jusque sur un pont^ aux environs duquel étaient places quelques uns des dragons du parlement , qui coupèrent la cava-? lerie du prince et lui firent trente prisonniers (i). Il resta treize morts sur le premier* champ de bataille^ Les personnes de marque^ tuées du côté du parlement 9 furent le cornette du colonel. Sandys^ qui tomba le premier de tous^ et le.
sergent - major Douglas ; le colonel Sandys lui* même fut mortellement blessé ^ et mourut en^
(i) Whitelocke donne au contraire cette rencontre pour une défaîte des troupes parlementaires : «i Le colonel Nathaniel Fiennes , dit-il , à la tête de quelques troupes levées par lord Saj, et accompagné du colonel Sandjs, marcha à Worcester pour en chasser sir John Bjron. 11 s'attendait que le général Essex viendrait l'y soutenir^ mais au lieu de lui vint le prince Eohert qui défit et mit eg. déroute toute la troupe parlementaire ; Sandys fut fait prisonnier et mourut peu de temps après de ses blessures. » ( Mémoires de Whitelocke, pag. 6 1.) Ce fut , selon Whi— telocke, à l'arrivée seulement du cdmte d'Ëssex que le prînc9 Robert quitta Worcester. Au re^te, on voit déjà percer, dans ce premier récit , une accusation de lenteur contre le comte d'£ssex, qui se reproduit dans Whitelocke presque à chaque occasion. Ainsi quelques lignes plus bas il reproche au comte son trop long séjour à Worcester qui , donnant au Roi une journée d'avance y lui facilita sa marche sur Londres.
( Note de V Editeur, )
vtron un mois après. On dit que le colonel Wil-
mot y qui se fit ensuite distinguer dans le parti
du Roi, reçut, en cette occasion, une blessure
au travers du corps, de la main du colonel
Sandys.
Son Excellence arriva à Worcester avec son armée , înîftiédiatement après cette rencontre. Elle résolut d'y demeurer quelque temps , la situation de cette place lui étant favorable pour envoyer de côté et d'autre des partis , et pour surveiller les mouvemens de l'armée du Roi.
Nous l'y laisserons pour nous occuper de ce qui arriva aux autres armées.
Le prince Robert , après avoir quitté Worcester , marcha à la tête cle ses troupes sur Ludlow , Tille située à deux milles de distance, et le Roi , avec un petit corps de cavalerie , entra dans le pays de Galles, où il fit aux habitans des comtés de Denbîgh et de Flint un discours rempli de protestations , qui lui gagna quelques partisans. Le lendemain il marcha vers Shreswbury , où il avait le projet de demeurer quelquetemps , pour y attendre les troupes qui devaient lui arriver du pays de Galles et des autres contrées adjacentes.. Il se fit apporter à Shrewsbury un coin, et monnoya tout ce qu'il avait alors reçu de vaisselle, et ce qu'on lui en apporta bientôt après; car plusieurs nobles , gentilshommes et autres avaient fourni au Roi non-seulement des chevaux
et des armes ^ niais aussi de l'argent et de la vaisselle , comme en avaient fourni au parlement les citoyens de Londres et d'autres gentilshommes. Ce fut une chose surprenante que le subit accroissement des forces du Roi y durant le peu de temps qu'il séjourna à Shrewsbury ; il surpassa ses espérances comme les craintes du parlement. Feu de jours après son arrivée ^ il avait publiquement adressé aux gentilshommes y francs tenanciers et autres habitans du pays y un discouris persuasif et rempli d'art y dont les engageantes expressions répondaient parfaitement au dessein qu'il ayait formé de se présenter aux yeux du peuple^ comme un pripce injustement attaqué^ et de rémouvoîr en sa faveur d'une tendre compassion. J'insérerai ici ce discours tel qu'il a été connu et imprimera Londres.
Messieubs y
« Je reçois quelque dédommagement des ina solences et des malheurs qui me forcent à er- « rer ainsi dans mon royaume , lorsqu'ils me c( conduisent en aussi bon lieu^ et au milieu i< d'une si fidèle portion de mon peuple. J'espère « que ni vous ni moi n'aurons sujet de regretter K mon arrivée : j'y ferai de ma part tout ce qui « dépend de moi, et, en venant ici, j'étais sûr (f de vous. Le séjour d'une armée est rarement
sans aucune intention de perdre son temps à s'y arrêter^ à moins que la ville ne se rendit à lui librement; mais le gouverneur de Coventry refusa , bien qu'en paroles très-humbles , de lui en ouvrir les portes. Il continua sa route et campa à Southam , dont le lord-gënéral Essex n'était éloigné que de quelques milles. Les forces du Roi étaient tellement augmentées que , même à cette distance^ il répandit quelque terreur jusque dans la ville de Londres ^ qui prit alors activement des mesures pour se fortifier contre une approche qu'elle redoutait , bien que le lord-général Essex fût en campagne à la tête d'une grande armée pour surveiller la marche de celle du Roi. Le parlement s'occupa lui-même de ce soin avec la plus grande sollicitude^ et^ regardant la ville comme exposée à un danger imminent de la part des troupes du Roi, il ordonna de lever promptement des milices pour en former une garde , et d'entourer la ville de toutes les fortifications possibles à élever en peu de temps. Un comité fut chargé d'établir des postes et de faire exécuter les travaux nécessaires pour placer des canons en plusieurs endroits autour de la ville et des faubourgs. £q conséquence , plusieurs centaines d'hommes se mirent à l'ouvrage pour creuser des tranchées et d'autres moyens de défense (i). On ordonna aussi
) «« Ce fut , dit Whitelockc , une chose merveilleuse que
DU LONG PAKLEMEINT. 71
de mettre sur pied les inUices de Londres^ de Middlesex et de Surrey. Enfin ^ le comité secret eut mission de s'assurer promptement, avec l'aide du lord-maire^ de tous les citoyens malintentionnés^ ou y du moins y de ceux qu'on regardait comme le plus occupés et le plus en état de former un parti contre le parlement.
Douze compagnies de la milice de Londres furent envoyées à Windsot pour s'emparer de cette
de voir combien de femmes , d'enfans^ et quelle nombreuse foule de gens se mirent à l'ouvrage pour creuser et transporter la terre, comme il était nécessaire pour les nouyelles fortifications.» {Mémoires de Whitelocke, pag. 60.) Du reste, pour animer le zële, le parlement avait ordonné qu'on désarmât et mît en prison ceux qui se refuseraient aux charges imposées. Cet ordre fut exécuté sur plusieurs personnes, entre autres sur un M. Fountaine avocat , qui , interrogé à la chambre sur les raisons de son refus , après avoir prié inutilement qu'on le dispensât de répondre, dit enfin que c'était « parce qu'il jugeait ces démandes con- « traires à la pétition des droits. >» ( Histoire parlementaire ^ tom. 2, col. 1480.) M Mais, dit YHiitelocke, lui et beau- « coup d'autres, qui par la suite refusèrent , prêtèrent sucu cessivement secours aux deux partis , selon que tournait « lèvent. » {Mémoires de Whitelocke, pag. 60.) Selon Clarendon , l'ordre de désarmer les récalcitrans fut la source d'une multitude de vexations et d'abus; « les pauvres A se mirent à dénoncer les riches , et on enleva non-seu- « lement les armes , mais la vaisselle et beaucoup d'autres « meubles de grande valeur. » ( Histoire de la Rébellion , tom. 5, pag. 5i . ) ( Noie de l Editeur, )
place y et on leva un bon nombre de matelots
pour garder les passages de la Tamise.
Le parlement, voyant que les dissensions civiles s'étendaient sur tout le royaume, décréta qu'il était permis à tous les comtés de l'Angleterre de former entre eux une ligue pour la défense mutuelle de leur religion, de leurs lois et de leur liberté. Peu de temps après , les comtés de Buekingham, de Hereford et de Nottingham se confédérèrent d'après ce principe, levèrent des troupes pour le parlement, et avancèrent, sur sa demande^ de l'argent et de la vaisselle.
Le danger qui paraissait menacer Londres à cette époque, bien qu'éloigné sous le point de vue matériel, était prochain aux yeux de la raison. On croyait l'armée du Roi plus voisine de la ville que celle du lord-général , et il était assez probable qu'il ferait une tentative contre la cité plutôt que de s'engager contre les troupes du parlement. Quelques personnes disaient aussi que le Roi avait à Londres beaucoup d'amis qui , à son approche, feraient éclater leurs sentimens et rempliraient la cité de séditions et de tumultes pour lui faciliter le succès. Londres était d'ailleurs le seul lieu ou le parlement pût être détruit d'un seul coup, et l'armée royale enrichie au gré de ses désirs; mais d'autres pensaient qu'une telle tentative, déjà tardive, serait vaine ^ et que la cité ne pouvait être prise^ à moins que l'armée
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ne fût d'abord yaincue4 Le parti du Roi ^ à Lon-^ dres , ne paraissait pas assez fort pour réussir , et on ne pouvait croire qu'il lui fàt dévoué au point de s'exposer, pei^onnes et biens , à la fureur désordonnée d'une armée licencieuse; d'ailleurs, ajoutait-on, le lord-général Essex, avec une armée aussi forte que celle du Jloi , suivrait de près sa marche, et, soutenu par les troupes qui sortiraient en foule de la cité de Londres, il serait en état d'anéantir l'ennemi. Au milieu d'avis si divers, il plut à Dieu d'amener une bataille à laquelle le Roi se décida probablement dans l'espoir de profiter de l'absence d'une grande partie de l'armée parlementaire.
Cette fameuse bataille nommée par quelques uns la bataille d'Edgehill , par d'autres la bataille de Keynton ( Keynton est une petite ville du comté de Warwick située entre Stratford sur l'A von, et Banbury ), fut livrée le dimanche 2Î5 octobre. Le samedi 22, le Roi arriva à six milles de Keynton^ et la huit suivante, il établit à Cropredy et à Egdecot toutes ses troupes formant quatorze mille fantassins et quatre mille chevaux. C'était beaucoup plus que n'avait en ce moment le comte d'Essex, bien que la totalité de son armée, si elle eût été réunie, fût plus considérable. Cette même nuit, le comte d'Essex campa à Keynton avec douze régimens d'infanterie et quarante escadrons de cavalerie , en tout à peu près dix mille
hommes. Pressé de suiyre la marche de l'armée royale y il avait laissé eo arrière , sous les ordres des colonels Hampden et Grantham^ deux régimens d'infanterie et onze escadrons , qui devaient lui amener sept pièces de canon et beaucoup de munitions ; mais elles n'arrivèrent qu'après la ba<taille. Le général avait aussi laissé , pour la protection du pays environnant ^ un régiment d'infanterie et deux escadrons de cavalerie à Hereford^ sous les ordres du comte de Stamford y pour empêcher les troupes du pays de Galles d'entrer dans le comté de Glocester. Enfin un régiment était resté àWorcester,un autre à Coventry, pour la sûreté de cette place^ et un troisième se trouvait par hasard cantonné à Banbury.
Le général avait le projet dépasser le dimanche à Keynton^ pour attendre son artillerie et le reste de ses troupes; mais^ dans la matinée ^ l'ennemi fut aperçu à peu de distance , et lord Essex donna aussitôt des ordres pour mettre en bataille les forces qu'il avait sous la main. Les troupes du Roi avaient occupé une colline très-roide^ dite Edgehill ; près du pied de cette colline^ était une assez large plaine dite la vallée du cheval rouge, nom bien d'accord avec la couleur qu'elle devait recevoir ce jour-là , car. elle fut le principal théâtre de l'action. Le comte d'Essex fut forcé de se mettre soudain en marche pour cette plaine. U fit halte environ à un demi-mille d'Edgehill y
rangea son armée en bataille et Yit les troupes dn Roi descendre la colline pour venir à sa rencontre* Elles avaient le double avantage de la position et du vent. D'habiles officiers les com-»mandaient. Le principal corps de cavalerie était à Taile droite, sur l'aile gauche étaient jetés quelques escadrons dé dragons.
L'armée du parlement se forma sur un petit tertre, au milieu de la vallée. La plus grande partie de l'infanterie se trouvait assez loin de la cavalerie', lorsque la charge commença. Trois régimens de cavalerie étaient à l'aile droite; celui du lordgénéral , commandé par sir Philippe Stapleton ^ celui de sir William Balfour, lieutenant-général de la cavalerie , et celui de lord Fielding placé derrière les deux autres en guise de réserve. La brigade de sir John Meldrum formait l'avantgarde. Le colonel Essex était au centre. Le régiment du lord- général , celui de lord Brook et celui du colonel Hollis couvraient l'arrière-garde. A l'aile gauche étaient placés vingt escadrons de cavalerie sous les ordres de sir James Ramsey commissaire-général. Telle était la position des troupes du parlement, lorsque l'armée du Roi s'avança contre elles, ayant, comme je l'ai dit, sa principale force en cavalerie à son aile droite , en face de l'aile gauche du comte d'Essex (i).
(i) « La bataille commença vers deux heures, et Taprçs-
Le canon des deux côtes commença le combat avec de bruyans roulemens ^ mais non pas avec un succès égal; car le canon du parlement faisait un grand ravage parmi ses ennemis , tandis que le leur causait peu de dommage dans son armée.
Le comte de Lindsey , général pour le Roi, une pique à la main, conduisait son principal corps d'armée dans lequel était le régiment du Roi , et qui se trouvait en face du comte d'Essex. Celui-ci s'exposa à tous les dangers que peut faire courir une bataille. D'abord à la tête de sa cavalerie , puis de son régiment d'infanterie , inspirant le courage à tous , jusqu'à ce que, par l'avis de plusieurs personnes qui lui conseillaient de ne pas s'engager si avant , il retournât vers le corps d'armée pour le faire avancer. Les principaux régimens ayant commencé la bataille , sir Philippe Stapleton , à la tête d'un corps de cavalerie composé de gentilshommes et formant la garde personnelle du général , dont il avait le commandement , chargea sur le flanc droit le régiment du Roi , armé de piques, et se retira sans qu'il y eût beaucoup
midi ; les généraux des deux armées se conduisirent avec un courage trës-brillant; tous deux marchaient à la tête de leurs troupes la pique à la main } mais on leur conseilla de prendre une autre attitude, celle-là convenant mieux à de simples soldats qu'à des généraux. » {Mémoires de Whitelocke, pag. 61.) (Note de l'Editeur . )
de mal ^ quoique les piquiers se fussent courageasement défendus et que les mousquetaires ^ qui étaient bons tireurs , eussent rudement joué sur eux. La bataille fut chaude à cet endroit^ et la perte si grande du côté du Roi , que le parti du parlement eut d'abord le dessus. Sir Edmond Varney , porte-étendard du Roi , fut tué , et Fétendard royal tomba entre les mains des parlementaires. Le comte de Lindsey, général de Farmée du Roi , fut grièvement blessé et fait prisonnier. L'aile droite du Roi ^ conduite par le prince Robert, chargea avec force Faile gauche de l'armée du parlement, en partie composée de cavalerie, et obtint complètement l'avantage ; car presque toute la cavalerie du parlement, de ce côté, prit la fuite, et la plus grande partie de l'infanterie , effrayée de la voir si débandée , se mit à fuir aussi avant d'avoir soutenu une seule charge. Le colonel Essex , entièrement abandonné de la brigade qu'il commandait, se porta à la première ligne de l'armée où il rendit de grands services, soit par ses exploits personnels, soit par ses conseils, jusqu'à ce qu'enfin il reçut dans la cuisse un coup de feu, dont il mourut bientôt après. Ce qui avait le plus contribué à décourager l'armée parlementaire , c'était la trahison de sir Faithful Fortescue, qui, au commencement du combat, au lieu de charger l'ennemi, tira son pistolet contre terre, et, faisant volte-face
avec sa troupe j courut se ranger dans l'armée du Roi qu'il avait auparavant fait avertir de son projet par son cornette. L'armée du parlement aurait été^ sans aucun doute ^ entièrement détruite ce jour-là , et le parti du Roi aurait remporté une victoire définitive si le prince Robert et sa cavalerie 9 moins ardens à la poursuite et au pillage ^ fussent revenus sur leurs pas au secours de leurs amis^ qui n'avaient pas été si heureux dans les autres parties de l'armée; mais le prince Robert ayant suivi les fuyards jusqu'à Keynton. où étaient les bagages de l'armée ^ ses troupes les pillèrent et traitèrent avec une grande cruauté les voituriers et les hommes de peine. Un grand nombre des soldats du parlement furent tués dans leur fuite ; le prince Robert les poursuivit jusqu'à plus de deux milles au-delà de Keynton^ où il rencontra le colonel Hampden^ qui marchait pour rejoindre le lord-général à la tête de l'autre ïirigade de l'armée^ lui amenant l'artillerie et les munitions dont on a parlé. Le colonel déchargea contre lui et ses soldats cinq pièces de canon. Quelques-uns furent tués et le reste ^ cessant la poursuite j se retira en toute hâte vers le champ de bataille où ils trouvèrent toute leur infanterie^ excepté deux régimens ^ entièrement défaite; car^ dans le même temps ^ sir William Balfour, lieutenant-général de la cavalerie, chargea, à la tête d'un régiment de cavalerie, un régiment d'infan-
teriedii Roi^ et, avant que Tinfanterie de son parti pût être arrÎTee, il l'enfonça courageusement et lui tua beaucoup de monde; ensuite, aidé de l'infanterie qui Fayait rejoint, il défit un autre régiment et se rendit ainsi maître de la plus grande partie de Tartillerie du Roi, prenant plusieurs canons, coupant les jarrets des chevaux qui les traînaient, et tuant les canonniers; mais il fut ensuite obligé de les abandonner sur le champ de bataille, pour continuer ses efforts contre plusieurs régimens d'infanterie du Roi qui combattaient avec beaucoup de résolution, particulièrement celui de la g^rde, auquel était con« fié l'étendard de Sa Majesté. Le régiment de sir William Balfour, ayant passé à côté de celui-ci, après avoir pris les canons,' les soldats du Roi le prirent pour un régiment de leur parti; et, comme ils ne l'attaquèrent point , cela fut cause que, l'instant d'après, au mpment oh sir William s'approchait du régiment de cavalerie du lordgénéral Essex, ce régiment fit feu sur le sien , le prenant pour un régiment ennemi; mais ils se reconnurent bientôt, et, lorsqu'ils se furent rejoints, le général lui-même conduisit lé régiment de sir William et la moitié du sien contre le corps de bataille du Roi, où se livra un terrible et sanglant combat. En même temps, le colonel Ballard , qui conduisait une brigade des régimens du lord -général et du lord Brook,
8o HISTOIRE
força un poste des piquiers du Roi et enfonça
deux de ses regimens.
Ce fut en ce grand combat que , comme on l'a dit, l'étendard royal fut pris, sir Edmond Varney tue, et le comte de Lindsej fait prisonnier avec son fils, ainsi que le colonel Vayasor, lieutenant-colonel du régiment de la garde. Le colonel Monrbe fut aussi tué.
L'étendard fut remis entre les mains du lord-, général qui en chargea son secrétaire, M. Cham* bers. Le secrétaire, après l'avoir porté quelque temps, se le laissa enlever par un inconnu (i), et ainsi il fut secrètement emporté du champ de bataille. Lord Gray, fils du comte de Stamford , et sir Arthur Haslerig rendirent aussi de grands services et aidèrent beaucoup à ramener la for^ tune du jour, en défaisant un régiment appelé le régiment bleu.
L'infanterie du Roi, excepté deux regimens, avait été entièrement mise en fuite, et les parlementaires avaient gagné l'avantage du veqt et le champ de bataille. Les deux regimens du Roi se retirant et trouvant leur artillerie abandonnée^ firent halte et se servirent de leurs canons, dont ils firent plusieurs décharges contre leurs ennemis. L'infanterie du parlement commençait à
(i) Celui qui l'enleva se nommait Smith ^ Toir, sur ce fait, les Mémoires de Ludlow.
DU LONG PARLEMENT. 8l
manquer de poudre; autrement ^ comme l'a ob^ serve un des chefs de cette armée ^ on aurait pu charger ces deux régimens avec de la cavalerie et de l'infanterie ^ ce qui ^ probablement , aurait achevé de détruire l'infanterie du Roi ^ dont ils composaient alors ^ en quelque sorte j la tota-* lité.
Mais l'armée du parlement se trouvait arrêtée^ partie par défaut de munitions, et partie à cause de la fatigue d'un si long combat; car tout l'effort de la bataille avait été soutenu par deux de ses régimens de cavalerie et quatre ou cinq de son infanterie, en sorte' qu'elle ne s'empressa pas beaucoup à charger de. nouveau.
La cavalerie du Roi , après avoir long -temps pillé aux environs de Keynton, avait eu alors le temps de revenir sur les deux ailes , et de se rejoindre à son infanterie; mais au moment où elle tomba sur Taile gauche de l'armée parlementaire, sir Philippe Stapleton, à la tête de sa cavalerie, fit sur celle du Roi une si terrible charge qu'elle ne put la soutenir long-temps , s'enfuit à toute bride à travers un trou de haie, pour se rejoindre au reste des troupes royales alors en déroute, et vint enfin se réunir à l'infanterie autour des canons. Ainsi des deux côtés la cavalerie se trouva réunie à l'infanterie , et en cette situalion les deux armées demeurèrent en présence jusqu'à la nuit. L'armée du parlement en posses^ a. . 6
sion du champ de bataille^ y passa la nuit^ et sur le matin se retira près de Keynton, dansf un lieu plus abrité, où elle avait campé la nuit précédente ; car les soldats souffraient beaucoup du froid et d^une grande disette de vivres. L'armée du Roi s'était retirée sur le haut d'une colline où elle se jugeait plus en sûreté j on y fit du feu toute la nuit. Le lendemain matin, à neuf heures du matin, l'armée du parlement sortit en bataille et s'y tint trois heures jusqu'à ce que l'armée du Roi eut entièrement quitté la colline. Alors les parlementaires rentrèrent dans leurs quartiers près de Keynton et se rapprochèrent ainsi de leur autre brigade , de leur artillerie et de leurs munitions, qui, sous le commandement des colonels Hampden et Grantham^ étaient, comme on l'a dit, arrivées à Keynton et s'y étaient logées. Le Roi avait fait retirer sa cavalerie sur le revers de la colline. Il y demeura jusqu'à l'approche de la nuit, tandis que son infanterie s'éloignait par derrière. Un peu avant la nuit, la. cavalerie se mit aussi en marche pour se retirer, et environ une heure après , la cavalerie du parlement se retira de son côté et alla, avec le reste de l'armée, se reposer à Warwick.
Un noble gentilhomme du parlement a blâmé cette marche vers Warwick,* car, dit-il, si l'armée, au lieu d'aller à Warwick, eût marché à Banbury , nous aurions trouvé plus de vivres , et.
selon toute probabilité^ dispersé toute Finfanterie du Roi ^ pris ses canons et ses bagages ^ et forcé sa cavalerie à se retirer plus loin; au lieu cpe^ ne se voyant pas poursuivis , bien qu'ils eussent perdu le champ de bataille et abandonné leurs quartiers , ils commencèrent à mettre en doute à qui appartenait l'honneur de la journée (i). Quoi
(i) Selon Whitelocke, la marche du comte d'Essex , après la bataille d'Ëdgehill , fut désapprouvée par plusieurs de ses partisans ; et lord WiMouhgby , Holjis et Hampden ^ qui venaient de lui amener trois régimens frais , firent, ainsi que Stapleton, tous leurs efforts pour l'en dissuader; mais il préféra les avis de quelques autres , au nombre desquels se . trouvait le colonel Dalbier. Les premières nouvelles de cette bataille arrivèrent très-diversement à Londres, et, dans Teffroi qu'inspirait la marche du Roi sur cette ville , tous les bruits étaient accueillis avec une inquiète avidité. Le 24 octobre on reçut, de la route d'Uxbridge, la nouvelle que plusieurs officiers et soldats de l'armée du parlement , et , en particulier , sir James Ramsey , Écossais , qui commandait un régiment de cavalerie sous le comte d'Ëssex, avaient rapidement traversé Uxbridge , à cheval , ce matin même , et avaient pris la route de Londres , disant «< que l'armée du « parlement était battue et totalement défaite , et qu'il j «i avait eu beaucoup d'officiers tués et faits prisonniers* » D'autres messagers apportèrent des nouvelles entièrement contraires et beaucoup plus agréables. Ils les avaient reçues de plusieurs personnes qu'on avait rencontrées galoppant sur la route de Londres, oii elles arrivaient, disant « que « le comte d'Ëssex avait complètement mis en déroute l'ar- « mée du Roi , lui avait tué ou pris beaucoup de monde ,
qa il en soit de cette opinion , il est certain que le Koi, comme le parlement , pre'tendit à la victoire et se l'attribua si bien qu'on célébra à Oxford des prières d'actions de grâces. Le parlement fit aussi de son côté rendre des actions de grâces pour la victoire qu'il avait obtenue,' et, en effet, chacune des deux armées avait obtenu plusieurs gages de victoire. On avait pris des deux côtés des drapeaux et des canons à peu près en nombre égal ; et bien qu'ensuite les discours et les livres de chaque parti , loin de s'accorder sur le nombre
« et avait remporté une victoire complète. >» Mais , au fait , ajoute Whilelocke , le parlement obtint , en cette occasion , une grande délivrance et une petite victoire. (Mémoires de TVhiteL, pag. 6i.).Ce même jour, 24 octobre, Tordre fu donné à tous les habitans de Londres, Westminster, etc. , de fermer leurs boutiques et d'interrompre leur commerce pour vaquer uniquement à la défense commune. Ce fut aussi ce jour-là que la chambre des communes ordonna que tous ses membres fussent tenus nominativement à une déclaration d'adhésion au comte d'Ëssex, et à un prêt d'argent comme gage de cette adhésion. Quel qu'eût été , au reste , le succès de l'un ou de l'autre coté , ce fut en Angleterre un bien grand événement que cette première bataille rangée de deux armées anglaises, a Aux nouvelles de cette bataille^ M dit Whitelocke , toutes les provinces furent remplies d'a- » larme et d'effroi ; car c'était une chose étrange en Angle— « terre. » {Ibid.) C'est ainsi que les partis se précipitent vers l'action sans la connaître , saisis ensuite de terreur au moment oii elle commence à se montrer dans sa terrible réalités
[Note de VEditeur.)
des morts ^ aient yarié à cet égard ^ à tel point que l'histoire a presque honte de le rapporter , il est cependant certain que, d'après les calculs les plus sûrs, l'armée du Roi avait perdu plus de monde que celle du parlement. Les gens de qualité qui périrent des deux côtés furent, dans 1 armée du Roi, le comte de Lindsey son général, le lord Aubigny, frère du duc de Lenox, sir Edmond Varney, le colonel sir Edmond Monroy, gentilhomme écossais , et le colonel Lunsford son frère, avec d'autres gentilshommes et officiers, sans compter les soldats , sur le nombre desquels , comme je l'ai dit, on n'a pu s'accorder. Cependant j'ai ouï rapporter que les gens des environs qui enterrèrent les corps après qu'ils eurent été dépouillés, en trouvèrent en tout six mille des deux partis, sans compter ceux qui moururent ensuite de leurs blessures. Les prisonniers faits sur l'armée du Roi , furent le lord Willoughby, fils et héritier du comte de Lindsey, le colonel Vavasor, le colonel Lunsford, sir Edward Stradling et quelques autres de moindre rang. Outre le cordon des chevaliers de| la jarretière, que portait autour de son col le lord -général Lindsey, lorsqu'il fut tué, un soldat en trouva un autre sur le champ de bataille. Un capitaine le lui acheta et l'envoya au parlement , qui , après qu'il lui eut été présenté, le rendit au capitaine. Le piarlement ne perdit en personnes de mar-
que, que le lord Saint-John , fils aîné du comte de Bolingbroke, le colonel Charles Essex et le lieutenant colonel Ramsey. On ne lui fit aucun prisonnier considérable.
Le combat avait été soutenu des deux parts avec un très-grand courage, tant par les généraux et autres officiers, que par quelques régimens, tels que le régiment rouge du colonel Hollis et plusieurs autres trop nombreux pour être tous nommés dans un récit abrégé.
On ne peut s'empêcher d'observer que le ^5 octobre , jour de la fameuse bataille de Keynton , était l'anniversaire de celui où, l'année précédente, avait éclaté la sanglante rébellion de l'Irlande , et avait commencé le cruel massacre des protestans de ce royaume. Les pertes que la bataille venait de faire éprouver aux Anglais les avertirent tristement qu'ils avaient trop lonjgtemps différé la vengeance de leurs frères massacrés en Irlande.
Plusieurs des partisans du parlement, ne faisant aucun doute que la victoire ne leur appartînt , remarquèrent aussi , comme un surcroît de bénédictions de Dieu sur la cause protestante , que le même jour où cette bataille avait été gagnée en Angleterre , les Suédois avaient obtenu une grande et notable victoire en Allemagne sur les impériaux et les partisans de la religion romaine.
Mais le Roi, supposant qu'il avait été vainqueur
à KeyntOD^ publia aussitôt après une déclaration adressée à tous ses affectionnés sujets ( car il continuait à les appeler ainsi ) , après sa victoire sur les rebelles. Bien que cette déclaration soit sur un ton très-amer , il s'efforce de paraître diriger ses accusations non pas contre le parlement lui - même y mais contre quelques uns de ses membres^ qu'il qualifie de malveilians^ malintentionnés^ ou de plusieurs autres manières semblables^ et qui ont, dit -il, travaillé à lui imputer des choses dont il se déclare entièrement innocent. Ces impostures sont, dit- il, de deux sortes : la première est l'accusation de favoriser le papisme , et d'employer des papistes dans son armée ; la seconde est celle d'avoir levé une armée contre le parlement. Il s'efforce de les repousser toutes deux par des récriminations. Quant à la première, après de grandes protestations de la sincérité de sa religion , et de ses soins passés , présens et à venir, pour l'affermir dans ses états et en extirper le papisme , il ne peut s'empêcher d'avouer qu'il a reçu à son service quelques hommes considérables professant cette religion ; ce qu'il regarde comme excusable dans un danger et des besoins tels que ceux où il s'est trouvé; mais il soutient que l'armée du parlement contient^ tant parmi les officiers que parmi les soldats, plus de papistes que la sienne.
Quant à la seconde accusation , d'avoir levé une armée contre le parlement^ il semble espérer qu'aucun de ses bons sujets n'y croira ^ à moins de se résoudre à penser qu'une douzaine ou une vingtaine de factieux et de séditieux puissent être regardés comme la haute -cour. du parlement^ tella qu'elle doit être, composée du Roi, des lords et dea communes* Quant aux privilèges du parlement, il affirme qu'à moins de mettre au nombre des privilèges du parlement le droit de lever une armée pour tuer son Roi , celui de changer le gouvernement et les lois par des votes extravagans de l'une des chambres ou de toutes les deux^ celui de forcer les membres de la chambre à se soumettre aux volontés d'une faction , et de leur ôter toute liberté de discussion^ on doit avouer que l'armée levée par le Roi n'est pas moins nécessaire au maintien et à la conservation du parlement qu'à la défense du Roi lui-même.
Le Roi reproche au parlement d'avoir manqué de charité, en s'effo^çant d'élever une haine implacable entre la noblesse et le peuple du royaume , et de rendre tous les gens de qualité odieux au peuple , sous le nom de Cavaliers , et d'avoir voulu persuader au peuple^ que la commission d'enrôlement avait été formée dans l'intention de lui enlever une partie de ses propriétés.
ce que le Roi nie , en terminant sa déclaration par des protestations de la fausseté de cette accusation.
Le parlement répondit à cette déclaration en supposant y comme à l'ordinaire ^ qu'elle n'était pas du Roi y mais qu'elle venait de ces mauvais et pervers inventeurs de faussetés , qui , dit-il , à notre inexprimable douleur^ ont acquis assez de crédit sur Sa Majesté , pour publier de semblables choses sons son auguste nom.
^ Quant à la première objection , le parlement n'affirme pas que le Roi lui - même favorise le papisme ; mais il prouve que quelques uns de ceux qui l'environnent ont agi en sa faveur^ comme le manifestent en plusieui*s occasions leurs précédentes déclarations. Le parlement voit avec une grande surprise l'e'trange audace avec laquelle ceux qui ont forge cette déclaration soutiennent qu'il y a plus de papistes dans son armée que dans celle du Roi y tandis qu'ils n'en peuvent nommer^ ou du moins n'en nomment aucun. Le parlement désire , s'il y en a quelques uns, qu'on les lui indique, afin îju'il les éloigne; et en même temps il nomme, désigne par leurs noms un grand nombre de papiçtes du premier rang, qui servent dans l'armée du Roi, et ont levé pour lui, dans quelques comtés, la plus grande partie des troupes dont se compose cette armée. Il cite aussi plusieurs commissions ac-
go HISTOIRE
cordées par le Roi lui-même à des papistes reconnus pour tels. Il ne peut tomber sous le sens ^ ajoute-t-il ^ qu'aucun papiste soit favorable à la cause du parlement^ tandis que certainement il n'en est aucun qui , ouvertement ou secrètement^ ne seconde la cause du Roi.
Quant à la seconde objection , portant sur ce que les troupes du Roi ne sont pas levées contre le parlement^ mais contre un petit nombre de séditieux^ « le parlement croit impossible que i< douze ou vingt séditieux^ comme on les appelle^ « aient le pouvoir de forcer tout le reste de ce <c corps à obéir à leur faction y et de lui ôter la (c liberté de la discussion.
u La vérité y continue le parlement y c'est que (c ce n'est point un petit nombre de personnes y « mais le parlement tout entier qui gêne ces a hommes^ comme une épine enfoncée dans leurs H flancs. Jusqu'à présent y lorsqu'ils se sentaient (c piqués par cette épine , ils s'en délivraient face cilement au moyen d'une prompte dissolution; (( mais y maintenant que l'acte de continuité l'a i< plus profondément enracinée , ils veulent l'arec racher par la force des armes.
« Quiconque lira les discours et déclarations (( faits à l'occasion des dissolutions de parlement (( qui ont eu lieu depuis le commencement du (C règne actuel y trouvera ces injustes dissolutions « toujours fondées sur des mécontentemens par-
t< ticuliers contre quelques membres désignés (Y comme un petit nombre de factieux et de sétf ditieux^ et ainsi ce n'est pas une invention « nouvelle que de calomnier et d'atteindre le « parlement par les coups portés à quelques ,uns « de ses membres. »
On remarque ensuite que toutes ces déclarations faites jusqu'à présent au nom du Roi ne sont autre chose que des invectives sans fondement^ non pas contre tels ou tels membres^ mais contre les votes et procédés des deux chambres ; comme celle qui déclare traître le comte d'Essex , général des troupes levées par leurs ordres y et déclare également rebelles et coupables de haute trahison ceux qui lui prêteront assistance. Dans cette accusation sont nécessairement comprises les chambres ^ par le commandement et l'autorité desquelles le comte d'Essex a été revêtu de ces fonctions (i), preuve suffisante et
(i) Le 3 décembre suivant, sirSidney Montagae fut exclus du parlement et envoyé à la Tour» pour avDÎr refusé de souscrire à la déclaration d'adhésion au comte d'Essex, par la raison , dit-il , que le B.oi avait déclaré traîtres ceux qui prendraient parti avec le comte , et pour avoir tiré de sa poche un exemplaire de la déclaration , paraissant ainsi inculper ceux qui s'étaient déclarés pour lui. « La chambre regarda comme un grand crime à l'un de ses membres , de se laisser diriger dans son vote par des déclarations du dehors , et non par son propre jugement. » Du reste , on
bien claire que rarmée du Roi est levée contre le parlement , ou dans Fintention de le dépouil- ' 1er de ses privilèges.
Les privilèges du parlement sont de trois sortes : i<^. ceux d'un conseil chargé de donner son avis; 2**. ceux d'une cour de justice ; 5**. ceux du corps représentatif du royaume , ayant mission de faire l'évoquer ou changer les lois. Ces privilèges , conttnue-t-on dans la réponse , ont tous été, durant la session actuelle , évidemment violés , à la vue de tout le monde , par les pervers conseillers du Roi. Les avis du parlement ont été rarement écoutés. On leur a préféré les conseils de gens sans missioiï. Les personnes déclarées délinquantes par le parlement ont été protégées par le Roi ; de quoi Ton cite plusieurs exemples. Quant au troisième privilège , relatif à la confection des lois , le parlement donne pour exemple le refus fait par le Roi , d'accepter plusieurs bills salutaires à l'Église et à l'État. Outre les atteintes portées à ces privilèges, le parlement cite encore plusieurs tentatives faites pour le détruire ; comme les moyens essayés pour employer l'armée du nord
pourrait croire que , malgré l'éinigration 'des royalistes , la majorité du parti de la guerre n'était déjà plus bien forte dans la chambre des communes , car la* condamnation de sir S. Montague ne passa qu'à une majorité de ^8 contre 4^. {Histoire parlementaire y tom. 3 , col. 36.) [Note de l'Edita)
DU [,ONG PARLEMENT. qS
à lui imposer des lois , les lettres et ordres adres- - ses par le Roi à plusieurs membres des deux chambres 9 dans la vue de les obliger à quitter leurs ve'ritables et le'gitiraes fonctions pour se rendre près de lui à York, démarches que ceux qui ont obe'i à ces ordres ont prétendu justifier, en soutenant faussement qu'ils avaient été chassés du parlement par les tumultes populaires.
Le parlement nie absolument toute intention de violence envers la personne du Roi, et s'en réfère aux hommes impartiaux pour juger de sa sincérité d'après ses longues souffrances et les humbles pétitions qu'il a adressées au Roi , dans le désir de lui éviter ces dangers. Mais, quant à l'accusation de travailler à exciter une haine implacable entre la noblesse et le peuple , elle lui paraît bien étrange, puisque ce serait accuser le parlement de vouloir exciter la haine du peuple contre lui-même; « car ce serait là le sens de « cette accusation, à moins que ceux qui ont « forgé- la déclaration ne prétendent nier que le « parlement ne soit composé de gentilshommes. c{ Mais quoique nous sachions qu'il est parmi les « gentilshommes du royaume un trop grand u nombre d'hommes disposés à satisfaire l'aa -vidité de leur ambition , à vendre leurs droits
de naissance, à se livrer, eux et leurs descen-
(( dans, à un esclavage perpétuel, et à subir un a pouvoir illimité, pourvu qu'ils puissent le par-
94 HISTOIR
u tager durant leur ^ie , et le faire , à leur tour, <f subir à d'autres ; cependant nous sommes cer- (( tains qu'il y a aussi beaucoup de gentilshommes « pleins d'honneur qui sont prêts, comme ils (c l'ont récemment prouvé, à sacrifier leur force tune et leur yie pour l'intérêt de leur religion , « de leurs libertés et de leurs lois. C'est ayec et ceux-là et tous ceux qui partagent leurs réso- (< lutions, que nous serons toujours prêts à vivre « et à mourir. »
Enfin le parlement prouve , par plusieurs exemples, que, non-seulement la commission d'enrôlemens du Roi manifeste l'intention d'enlever aux citoyens une partie de leurs biens , mais que cela a été réellement exécuté en divers lieux. Il justifie aussi , à plusieurs égards , sa conduite et ses déclarations précédentes. Tel fut le résultat de ce combat de plume qui suivit immédiatement la grande et sanglante bataille de Keynton.
DD LOI*» PARLEMENT. qS