‹ Histoire du Long-ParlementChapitre 12 sur 36 · M HISTOIRE · texte numérisé non relu

M HISTOIRE

GependaDt, quelques-uns suspendirent leurs espérances ^ ne sachant ce qu'ils devaient penser d'un prince jusque-là si réservé ; il ne s'était en«core déclaré pour aucun parti , et n'était jamais intervenu dans les affaires de l'Etat ^ quoique > durant le règne de son père^ il se fût fait plusieurs choses très--dommageables à ses intérêts du moment et à ceux de l'avenir. Mais cette conduite avait été en général bien vue de la nation ^ et considérée comme un effet de sa piété et de son obéissance envers le Roi son père , et l'on en avait tiré ce favorable augure : « Que celui qui savait H si bien obéir saurait commander avec justice. >i

« qui, du vivant de son përe, a fait faire les premiers pas « vers une réconciliation ; ce qui a déjà valu aux sujets « plus de bien qu'aucun parlement ne leur en avait fait de- « puis cent ans. Que ne devons-nous donc pas attendre de « ce prince maintenant qu'il est Roi et tient tout le pouvoir « dans sa main? Son bon naturel , sa pureté , son goût pour M les parlemens , tout en lui est de bon augure. Je propose « donc qu'on prenne tous les moyens propres à rendre tout « facile entre le Roi et le peuple , de telle sorte qu'ils ne se « querellent plus désormais. » (^Histoire Parlementaire, par Gobbett, tom. 2^ col. 5 ; Londres 1807.) Déçu , comme toute l'Angleterre , dans ses espérances , sir Benjamin Rudyard fut , plus tard , un des membres les plus prononcés de l'opposition presbytérienne ; on en verra la preuve dans le discours qu'il prononça à l'ouverture du long parlement , et que May a inséré textuellement dans son ouvrage. *

( Note de l'Éditeur. )

On s'étonna de le voir se lier d'une si étroite amitié avec le duc de Buckingham; communément ceux qui jouissent auprès du souverain d'une si extraordinaire faveur , éclipsent et rabaissent beaucoup l'héritier présomptif : du moins suppose- t-on qu'il en est ainsi; et pour cette raison^ on les voit haïs et renversés par lui , lorsqu'il arrive au trône. Les histoires anciennes et modernes sont remplies d'exemples de ce genre.

Au commencement du règne du roi Charles , un parlement fut convoqué à Oxford , la peste régnant alors à Londres avec une grande foreur. Le duc de Buckingham y fot hautement accusé ; mais y au grand déplaisir de beaucoup de gens qui en conçurent la crainte de voir les affections privées l'emporter beaucoup trop en lui sur le bien public y le Roi le soutint contre le parlement ^ qui fut dissous pour cette seule cause , après avoir accordé deux subsides et avant que rien eût été fait pour le redressement des griefs du royaume , ainsi qu'il est exprimé dans la première et générale remontrance du parlement actuel (i), où

(i) Cette remontrance fut votée par la chambre des communes^ le mercredi i5 décembre i64i ; elle est intitulée , Remontrcaice des États du royaume , et s'exprime dans un langage clair et nourri , et offrant toutes les apparences de la vérité. Voyez la collection de toutes les Remontrances, Déclarations, etc., de ce parlement, publiées par Husbands en 1642, {Note de FAuieur,)

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soDt touchées en peu de mots plusieurs des malheureuses affaires de ces temps-là : par exemple^ la guerre contre l'Espagne ^ entreprise par le Roi immédiatement après la dissolution de ce parlement y sur des plans mal conçus , et tout-à-fait en opposition avec Favis des personnes sages qui lui conseillaient d'attaquer les Indes occidentales. Cette marche eût été, sans aucun doute ^ de beaucoup la plus facile et la plus propre à assurer les succès de l'Angleterre contre l'Espagne. Au lieu de cela , le Roi leva, avec de grandes dépenses, une armée navale pour assiéger Calais, et la mit sous les ordres du duc de Buckingham^ qui fut revêtu des doubles titres d'amiral et de général, bien qu'il he commandât pas en personne. L'expédition fut cbnduite de telle sorte qu'elle échoua tout-àfait, et fut aussi déshonorante que dispendieuse. Ce parlement se plaignit aussi d'un autre projet mis à exécution dans ce temps, et déploré par tout le peuple anglais, comme subversif du plus grand intérêt de la nation , le maintien de la religion protestante. Une flotte anglaise fut équipée et mise à la disposition des Français , qui s'en servirent pour disperser et anéantir toutes les forces maritimes des Rochellois; perte irréparable pour ces derniers , et qu'on put regarder comme le premier pas vers leur destruction (i).

(i) La cour de France avait promis , disent les Mémoires

Ceux qui étaient alors à la tête des affaires, furent soupçonnés et accusés par le peuple d'avoir consenti à ce prêt de vaisseaux, moins par affection pour la France, gue par un projet formé contre la religion. En effet , dans le même temps ,

royalistes , de ne se servir des vaisseaux anglais que contre les Génois , alliés de l'Espagne , et Charles P' ignorait qu'elle eût dessein de les employer contre la Rochelle. Il est difficile de croire que cette ignorance ait dure longtemps. Lorsque ces bâtimens arrivèrent à Dieppe , le bruit se répandit, parmi les équipages, qu'ils allaient servir contre les Rochellois. Les marins irrités adressèrent une remontrance à l'amiral sir John Pennington, y apposèrent tous leur signature , en forme circulaire , pour que rien ne fît reconnaître les meneurs , et la déposèrent sous son livre de prières. Pennington leur jura qu'il se ferait pendre en Angleterre pour fait de désobéissance , plutôt que de se battre en France contre ses frères les protestans. Toute l'escadre fit voile aussitôt pour les Dunes. Là , elle reçut de Buckingham l'ordre de retourner à Dieppe. Le dac, sachant bien que cet ordre ne suffirait pas , employa toutes sortes de ruses pour les déterminer à obéir ; et le bruit de la réconciliation du roi de France avec ses sujets huguenots vint favoriser ses desseins ; mais, en arrivant à Dieppe , la flotte reconnut qu'elle avait été trompée. Sir Ferdinand Gorges retourna soudain en Angleterre avec le vaisseau qu'il commandait. Presque tous les officiers^ et matelots des autres bâtimens désertèrent, malgré les offres que leur fit faire le roi de France. Un seul artilleur, dit-on, resta, et il fut tué en pointant sa pièce contre la Rochelle ; la nouvelle de sa mort fut, en Angleterre, un sujet de grande joie populaire.

( Note de V Éditeur, )

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le Roi rompit avec la France , sans que l'on pût en> comprendre la raison , et lui saisit des vaisseaux pour une yaleur considérable ^ sans donner aucune indemnité aux Anglais , dont ^ par suite de cette mesure^ les marchandises furent retenues et confisquées dans ce royaume.

L'Angleterre , pour s'en venger, leva une brave armée qui^ commandée par le duc de Buckinghani en personne, alla débarquer à l'île de Ré , et vainquit les Français dans la première rencontre; maAs, après quelques mois de séjour en ce lieu^ l'inexpérience du général fît prendre aux affaires na tour si malheureux que les Français eurent l'avautage, et nous firent éprouver une grande défaite , où plusieurs braves gentilshommes perdirent la vie , et la nation beaucoup de son ancienne gloire (i).

De là s'ensuivit une autre mesure qui contribua à la ruine des Rochellpis. Les Anglais malades et blessés fiirent envoyés dans leur ville , où, sur la promesse solennelle que leur fit l'Angleterre de les ravitailler, ils secoururent ces malheureux du peu de vivres qui leur restaient. Ces vivres étaient déjà insuffisans pour les Rochellois , et le roi de France avait beaucoup de moyens de faire durer long-temps le siège ; car il joignait alors aux richesses et à la puissance

(0 Voir les Mémoires de Warwick.

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de sa couronne , la force et la réputation qu'avaient données à ses armes leurs derniers succès contre les autres villes protestantes de la France.

Les Rochellois assièges y ne doutant pas qu'ils ne reçussent d'Angleterre les convois et vivres qui leur étaient dûs y et dont ils avaient besoin y envoyèrent leurs vaisseaux pour les chercher. Mais ces vaisseaux^ qu'on attendait si impatieni-* ment de voir revenir chargés de pain, Airent retenus en Angleterre par un embargo, et retenus si long-temps que cette malheureuse ville fut obligée de se rendre, vaincue par la famine, le plus cruel de tous les ennemis.

Dans le même temps qu'on retenait les vaisseaux chargés de porter des vivres à la Rochelle, on préparait en Angleterre un grand armement pour la secourir ; mais ces préparatifs traînèrent en longueur, jusqu'à ce qu'il ne fût plus temps de les employer, et l'armée fut à la fin dispersée par la mort funeste du duc de Buckingham , son général, poignardé à Portsmouth par un gentilhomme nommé John Felton.

Ce Felton était un militaire de petite taille et d'une figure peu prévenante, d'une disposition sérieuse et mélancolique , mais religieux dans toute la conduite de sa vie comme dans ses discours ; ce que je ne remarque pas pour donner crédit à cette action illégale , en supposant, comme le firent alors quelques-uns, une inspiration de Dieu.

Felton avoua à ses amis, soit publiquement, soit en particulier, qu'il s'était souvent senti secrètement poussé à cette action; qu'il avait résisté et prié pour s'en défendre, et avait presque surmonte ces mouvemens; mais qu'il avait été enfin déterminé en lisant les remontrances faites contre le duc par le parlement qui venait d'être dissous ; qu'alors sa conscience lui avait dit qu'il était juste et louable de se rendre l'exécuteur de la justice sur l'homme que la plus haute cour de judicature, le corps des représentans du royaume , avait condamné comme traître. Que la postérité en juge comme il lui plaira; il est certain que Felton montra un grand repentir sur l'illégalité de son action , et cela non par crainte de la mort et des châtimens d'ici bas , car il exprima le désir d'avoir la main coupée avant son exécution , ce que les lois d'Angleterre ne permirent pas aux juges d'ordonner (i).

Le Roi avait, peu de temps auparavant, dissous un autre parlement, convoqué dans la seconde année de son règne (2) , et durant lequel ,

(i) Voir, dans les Éclaircissemens et pihces historiques à la fin de ce volume, le récit détaillé de l'assassinat du duc de Buckingham , par Clarendon.

(2) Il y a ici une erreur qui se reproduit dans tout le paragraphe. Le parlement dans lequel fut accordée la pétition des droits, ne fut dissous qu'après la mort du duc de

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à la grande joie du peuple^ fut accordée la pétition des droits. Cependant cela ne procura ^ pour le moment^ aucun soulagement^ car le parlement fut aussitôt dissous ^ et le Roi persista dans la conduite qu'il avait tenue jusqu'alors. Ainsi cette conduite^ au lieu de fortifier la liberté du royaume^ la montra plus que jamais dépourvue de défense;

Buckingham , assassiné le 28 août 1628. May a voulu parler sans doute du second parlement de Charles I*' , convoque le 6 février 1626, dissous le i5 juin suivant, et dans lequel il ne fut nullement question de la pétition des droits. L'unique cause de sa dissolution fut , comme pour le premier , Fobstination très-légitime des communes à poursuivre le duc de Buckingham et à ne voter les subsides qu'après avoir obtenu le redressement des griefs publics. Le Roi adressa à la chambre les menaces les plus hautaines : « Si vous ne vous hâtez de voter les subsides qui vous sont demandés, écrivait-il à l'orateur, ce sera tant pis pour vous ; car ,~ s'il arrive quelque malheur , à coup sûr , je serai le dernier à m'en ressentir. » ( Mémoires de Whitelocke , pag. 3, édit. de 1682, in-folio.) Deux membres de l'opposition , sir Dudley Diggs et sir John Elliot furent arrêtés et mis à la Tour par ordre du Roi, à cause de leurs discours contre Buckingham y la chambre , irritée, déclara qu'elle ne s'occuperait d'aucune affaire avant qu'on eût fait droit à ses plaintes sur cette violation de ses privilèges. Sir Dudley Carleton , vice-chambellan de la maison du Roi , essaya de la calmer en l'intimidant : « Tous les royaumes « chrétiens, dit-il, ont eu jadis des parlemens, et leur « prospérité était grande alors; mais les rois ont ap- « pris à connaître leur propre force; ils ont vu l'esprit

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car on vit que les lois elles-mêmes n^ëtaient pas un obstacle à la volonté du Roi. Le parlement , dans l'espoir de quelques condescendances ^ avait déclaré l'intention de donner à Sa Majesté cinq subsides. Âpres la dissolution du parlement > le montant tout entier des cinq subsides fut exigé par un édit d'emprunt ^ et ceux qui ne se soumirent pas à cet emprunt^ furent mis en prison; de grosses sommes d'argent furent requises et levées

« turbulent de leurs parlemens; ils se sont peu à peu ap- « puyés sur leur seule prérogative y et enfin les parlemens « ont été détruits dans toute la chrétienté , excepté chez^ « nous. Si vous aviez vu comme moi les peuples étrangers , « vous seriez épouvantés d'un tel malheur ; là , les sujets ne « sont point, comme chez nous, ^as et frais, les épaules « bien garnies de chair; ce sont des spectres et non des « hommes ; ils n'ont que les os et la peau , quelques « haillons pour couvrir leur nudité , et des sabots aux pieds ; « ils ne peuvent ni manger de la viande ni porter de bons « habits; il faut qu'ils paient , et le Roi les taxe conmie il « lui plaît. C'est une misère au-delà de toute expression , « et nous en sommes encore exempts* Prenons donc bien « garde à maintenir le Roi en bonne humeur pour les par- « lemens , car de là dépend tout le bonheur de notre na-' « tion. » Mais les avis de sir Dudley irritèrent encore plus la chambre ; il fut interrompu par les cris à la barre ! à ta barre ! et malgré ses explications , ses amis eurent beaucoup de peine à empêcher qu'il ne fàt contraint de venir à la barre demander pardon de son discours. ( Histoire parlementaire , t. 2 , coL 120 ; Mémoires de Whitelocke , p. 6. )

(Note de r Éditeur.)

par lettres du sceau-privé. Il y eut un édit pour pressurer les sujets par voie d'excisé; on logea des soldats chez eux, et un projet fut formé pour mettre la nation aux fers , au moyen de la cavalerie allemande. On vit encore beaucoup d'autres choses de même nature.

La conduite des affaires de l'Etat , relativement à nos alliés y avait été aussi funeste à leurs intérêts que déshonorante pour l'Angleterre, et préjudiciable à la cause de la religion.

La paix fat faite avec l'Espagne , sans le consentement du parlement ; et , par là , fut perdue toute espérance de voir les plus proches parens du Roi rétablis dans leur légitime souveraineté; par là aussi > la religion protestante fut trèsafiaiblie en Allemagne. Nul ne peut considérer, sans étonnement , quelle sorte de conseils avait alors influence sur la cour d'Angleterre; et la postérité prendra peut-être pour un paradoxe cette simple vérité que , soit à l'intérieur, soit à l'extérieur , la religion protestante a reçu de grands dommages de la part de deux Rois, dont l'un l'a défendue en personne par de savans écrits, et dont l'autre, dans sa conduite particulière , en a observé les préceptes plus exactement qu'aucun autre prince contemporain. Mais les affaires civiles furent trop mal conduites pour donner les moyens de défendre la vraie religion, ou du moins pour laisser le pouvoir de la pro-

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pager. Il se peut aussi que rUidifférence pour la religion ait été la cause du malheur qui n'a pas permis qu'on obtînt , dans les affaires civiles y de plus favorables et plus glorieux résultats. Les droites voies par où la reine Elisabeth les avait si heureusement conduites , étaient depuis longtemps abandonnées; et la déviation devint tous les jours plus grande et plus fatale au royaume, qui fut dirigé dans un sens manifestement contraire aux principes de son gouvernement. La Reine avait rendu les titres d'honneur plus honorables , en les accordant avec réserve, et sans doute lorsqu'ils étaient bien mérités ; ils se trouvèrent tout à coup fort baissés de prix , non-seulement parce qu'ils avaient été donnés trop facilement , mais parce qu'ils furent ouvertement vendus, et devinrent l'acquisition de gens de bas étage , ou la .récompense d'hommes vicieux.

A la mort du duc de Buckingham le peuple fut transporté d'une joie extraordinaire, et en donna ouvertement des témoignages auxquels les gens sages trouvèrent qu'il n'était ni convenable ni décent de se livrer à l'occasion d'un événement si triste et si tragique , beaucoup plus propre à exciter la compassion de ceux qui pensent chrétien-^ nement , quelles que fussent d'ailleurs les fautes de l'homme.

On pourrait opposer aux transports de ce peuple le distique de Sénèque :

DU LONG PARLEMENT. 3x

Res est sacra miser; noli mea tangerefata; Sacriîegœ bustis abstinuêre manus (i).

Peut-être Dieu fut-il offensé de l'excès de leur joie, car il leur donna bientôt à connaître que l'avantage de cette mort n'était pas pour eux aussi grand qu'ils l'avaient attendu : mais ses jugemens sont élevés au-dessus de la connaissance des hommes. La vérité est que le peuple qui, en général, aimait le Roi et répugnait à mal penser de lui , considérait le duc comme le seul obstacle au bonheur du royaume; on pouvaitbien craindre qu'il ne s'élevât, par la suite, à la place du duc , d'autres ministres dont les intentions seraient aussi mauvaises ou pires; mais on ne supposait pas qu'aucun pût avoir au même point le pouvoir de les accomplir, ni qu'il se rencontrât un second génie capable d'acquérir un pareil ascendant sur celui du Roi. Il est certain que la joie qu'on éprouva de la mort du duc , vint surtout de ce qu'on redoutait beaucoup les malheurs auxquels pouvait être exposé un pays , où cet homme qui se savait haï du peuple , tenait entre ses mains les clefs du royaume. Il était en effet amiral et garde des cinq ports, avait le commandement

(i) Le malheureux est un être sacré; n'insultez point à pion sort; les mains sacrilèges elles-mêmes s'abstiennent de toucher aux loiiibeaux.

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des soldats et le pouvoir exclusif de leur accorder

des récompenses et de ravancement.

Mais ces joies et ces espérances ne furent pas de longue durée; dans la même année ^ la quatrième du roi Charles, et après la mort du duc de Buckingham, un autre parlement fut dissous (i); et alors les privilèges de cette haute cour furent plus violés que jamais. Six membres de la chambre des communes , qui s'étaient montrés ardens à soutenir les privilèges du parlement, furent renfermés durant plusieurs mois dans une étroite prison, sans pouvoir obtenir, pendant tout ce temps , la liberté d'avoir ni livres, ni plumes, ni encre, ni papier, et sans pouvoir être admis à caution , comme le prescrit la loi. Us furent aussi tour-

(i) C'est ici le troisième parlement oîi fut traitée l'affaire de la pétition des droits. Il siégea pendant deux sessions , la première du 17 mars au 26 }uin 1628, et la seconde du 21 janvier 1629 au 10 mars suivant , jour de sa dissolution. Ce jour-là , le Roi se rendit à la chambre des lords , mais sans faire appeler la chambre des communes et son orateur; il s'entretint gracieusement avec les lords, leur disant que la conduite séditieuse de quelques vipères, membres de la chambre^basse , était Tunique cause de la dissolution du parlement. Il ordonna ensuite au lord chanrcelier de faire son office ; et , malgré l'absence des communes, le chancelier dit : Mylords et messieurs de la «t chambre des communes , le Roi dissout ce parlement. >» {Mémoires de Whitelocke, pag. 12; Histoire parlemen-^ taire , tom. 2 , col. 492. ) ( Note de VÈdit. )

mentes de procédures devant des cours inférieures, condamnés et mis à l'amende pour des choses faites en parlement y et le paiement de ces amendes leur fut arraché plar la violence. Quelquesuns, avant d'être relâchés, furent obligés de donner caution de leur bonne conduite. Ceux qui la refusèrent furent détenus pendant plusieurs années. Un de ces derniers, sir JohnEUiot, mourut des rigueurs de sa captivité , n'ayant pu obtenir qu'elle fût adoucie, bien que, dans l'intérêt de sa santé, il présentât souvent à ce sujet des demandes appuyées des témoignages de ses médecins. C'était un gentilhomme d'une grande capacité, et qui s'était montré l'un des plus hardis dans ses discours pour la liberté de son pays et contre les iniquités du duc de Buckingham. Comme il n'avait été à cet égard que l'organe de ropinion.publique , la liberté dont il avait usé dans le parlement avait obtenu en général le suffrage de la nation j mais elle excita l'indignation des courtisans , et fut , à cause des circonstances, blâmée par les politiques réservés ; à la manière dont Tacite blâme Thrasea Pœtus , car on la regarda comme inutile et par conséquent insensée, là ou elle ne pouvait apporter aucun remède; aibi periculum ^ nec aliis libertatem.

Le peuple anglais, après la dissolution de ce parlement,fut plusieurs années sans jeter unr égard en arrière vers son ancienne liberté. Le Roi publia une I. 3

déclaration contenant des accusations contre plusieurs membres du parlement^ mais dirigée en fait contre le parlement lui-même. La nation abattue futforcëe de lire ces choses avec patience et même d'y accéder^ en dépit des jugemens de sa raison.

De ce moment le peuple anglais fut privé de toute espérance de parlement, et les affaires furent conduites par des officiers publics , comme si le jour de rendre compte n'eût jamais dû arriver (i).

Je vais, pour procéder avec méthode, et pour que

(i) Le Roi sembla lui<-méine s'appliquer à répandre chez le peuple la conviction qu'aucun parlement ne serait plus convoqué; il publia , peu après la dissolution du parlement de 1628, une déclaration portant: u Qu'on cherchait dans H de mauvais desseins à faire croire qu'un parlement serait « bientôt réuni ; que Sa Majesté avait prouvé , par sa conte duite précédente, qu'elle n'avait pour ces assemblées «c aucune aversion , mais que leurs derniers excès l'ayant « malgré elle détournée de ce système, elle regarderait « comme une insolence , toute démarche ou parole qui ten- «« drait à lui prescrire une époque quelconque pour la conte vocation de parlemens nouveaux. » — <« Je nepuism'em— pêcher , dit Clarendon en rapportant ce passage , de dire ici que ces imprudentes et précipitées dissolutions des parlemens ont été la' source de ces torrens de désastres qui nous inondent aujourd'hui. Quoique je n'aie été membre d'aucune de ces premières assemblées, je n'y suis point étranger; j'ai examiné avec soin les journaux des deux chambres , et causé familièrement avec les hommes qui y avaient .joué le principal rôle. On ne saurait nier qu'il n'y

le lecteur soit à portée d'apprécier la cause des troubl es qui survinrent ensui te^ présenter d'abord^ dans un exposé simple et fidèle, l'énumération abrégée de quelques-uns des griefs du peuple , et pareillement celle de quelques-uns des vices qui regnèrent dans la nation , durant Tespace de sept ou huit ans après la dissolution de ce parlement. Je rendrai compte ensuite des différentes dispositions du peuple d'Angleterre , et des divers jugemens des hommes sur le gouvernement durant cette période. Je dirai, en passant, quelque chose des mœurs et coutumes de la cour d'Angleterre , ainsi que de l'état des affaires ecclésiastiques, et de la manière dont on en jugeait généralement.

ait eu quelques discours peu conformes à la dignité du lieu , comme au respect d& k Sa Majesté et à ses conseils ; mais je ne connais aucan acte, aucune résolution de l'une ou de l'autre chambre» qui ne fût d'accerd avec la sagesse et la justice que doivent conserver, en de si grandes occasions , des cours supérieures. Quiconque réfléchira sur les actes arbitraires, et les iniquités de quelques-uns des ministres dans les intervalles de leurs réunions , ne sera plus scandalisé de la vivacité , et mémede ^'emportement (qu'elles ont ensuite laissé éclater. » ( Histoire de la Rébellion, tom. I , pag. 6 , édition de Bâle. ) ( Note de V Éditeur. )

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