CHAPITRE IX
Argent accordé aux Ecossais par le parlement d* Angleterre.Grande dépense du licenciement des deux armées. Fortes taxes pour y subue^ nir. Capitation. Le peuple fait une protesta^ tion. Acte pour la suppression de la cour de Haute-Commission , et de la chambre Étoilée.
^ Autres épénemens de ce temps, ha Reine-mère de France quitte V Angleterre. Le Roi va en Ecosse. -
Le parlement, après avoir obtenu l'acte de continuation, se sentant un peu plus fort et plus assuré, commença à s'occuper des grandes affaires de l'État ; mais son premier soin fut de se délivrer de l'insupportable charge de maintenir deux armées sur pied. Il fut donc décidé que les armées seraient immédiatement licenciées.
Le comte de HoUand fiit nommé par le Roi, à la grande approbation du parlement , pour aller, en qualité de général, licencier l'armée anglaise, et l'argent nécessaire fut assigné sur la capitation (i) dont je parlerai ci-après , et sur les six subsides ; mais , pour se procurer promptement
(i) PoU-^monej-y poll-tax.
une aossi forte somme ^ oa fit fondre et frapper en monnaie^ avec une célérité extraordinaire, une grande quantité de Taisselle d'argent.
Le lecteur désirera peut-être qu'on lui explique ici comment l'armée écossaise dont îè Roi ^ au commencement du parlement y airait si vive- I meiit demandé l'expulsion en la traitant de rebelle ^ avait pu demeurer su* pied jusqu'à cette époque.
La suispension d'annes qui avait dû d*abord expirer à la fin de décembre, avait été prolongée d'un mois par les chambres , qui prirent | ensuite en considération la demande faite par les \ Écossais d'être indemnisés des charges etdes pertes qu'ils avaient supportées depuis le commencement de la malheureuse guerre que leur avait suscitée le Koi«
En février suivant , après avoir sérieusement j discuté cette affaire , pesé soigneusement les be- i soins des Écossais, et exiaminé leurs demandes, on | convint non -seulement qu'on leur restituerait I leurs vaisseaux pris durant cette guerre, et, de | plus, 4,000 livres d'argent comptaut, pour les remettre en état; mais, délibérant sur le fond de l'afTaire , les deux chambres décidèrent de don- j ner la somme considérable de 5oo,ooo livres ^pour I subvenir aux besoins , ce furent leurs expressions, ; et réparet les pertes de nos frères d^ Ecosse. Le | parlement se réserva de délibérer 'en temps op- |
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portan sur la manière de leyer cette somme et sur les époques du paiement.
Les commissaires écossais , trois jours après , présentèrent leurs remercîmens au parlement , non ' seulement pour cette grosse somme de Sooyooo livres 9 mais pour le titre de frères qu'il leur avait donné.
Dans la même semaine^ pour maintenir et f<Hrtifier Tunioa des deux nations , le parlement ordonna la suppression de tous les livres , libelles et proclamations publiées contre les Ecossais ^ et fit rendre des actions de grâces dans toutes les églises d'Angleterre , pour l'heureuse conclusion de cette paix.
Mais il arriva ensuite que le parlement^ pressé de tant de grandes et importantes affaires y ne put, jusqu'au 19 juin suivant, trouver le moment de discuter et de déterminer positivement les époques où serait payée aux Écossais la forte somme qu'il leur avait accordée; il fut alors décidé qu'ils recevraient ï 00,000 livres à la miété de l'année suivante, et les autres 200,000 un an après , à la même époque. Les Écossais présentèrent à diverses reprises au parlement des demandes d'argent qui furent amicalement reçues et prises en considération par les chambres ; elles avaient pourobjet l'entretien de leur armée qui demeura fort long-temps sur pied : en sorte que, vers la fin du mois de mai suiviant^ il était dû à l'armée
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écossaise y outre le don de Soo^ooo liyrcs, un ar-
rie'ré de 120^000 livres.
Le parlement d'Angleterre supportait volontiers cette charge pesante plutôt que de laisser partir les Écossais , avant que les affaires eussent pris une tournure plus stable (i). Aussi plusieurs personnes du clergé et autres, qui n'aimaient pas le parlement , lui en firent-elles reproche, non-seulement dans leurs discours , mais aussi dans plusieurs libelles, et lui imputèrent à crime cette méfiance contre le Roi , qui lui faisait conserver à son service des troupes étran-
(i) On a vu , dans la Notice sur Thomas May, quelle différence de ton, et mêaie d'intentions , se fait remarquer entre son Histoire du long Parlement et V Abrégé qu'il en publia trois ans plus tard ; on a vu aussi quelle en était la cause, du moins probable. Nous rencontrons ici un premier exemple de cette infidélité morale qui consiste à présenter les mêmes faits sous un jour difiFérent , selon le public auquel on s'adresse et l'impression qu'on veut produire. Dans le passage de son Histoire^ qui est l'objet de cette note, May ne dissimule point que ce fut le parlement lui-même qui retint en Angleterre l'armée écossaise et imposa ainsi cette charge à son pays ; il se contente de l'en justifier par la nécessité : justification qui ne s'adresse évidemment qu'à la classe des hommes éclairés, la seule qu'en 1647 ( époque de Ja publication de cette histoire ) il fût nécessaire de convaincre de la légitimité de la résistance du parlement au Roi. Mais en i65o, époque de la publication de V Abrégé ^ c'était surtout chez le peuple, plus mobile dans se§ affections et plus désintéressé dans ses sentimens , qu'il fallait effacer
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gères ^ pour tenir eu respect son propre souverain.
Il estcertain^ en effets que du moment où eurent éclate les conspirations dont on a parlé ^ les chambres ne se croyant pas très-sûres du Roi , et ne se fiant pas non plus entièrement à l'armée^ désirèrent que les Écossais demeurassent en armes aussi long-temps que les autres ne seraient pas licenciés; d'autant qu'elles se méfiaient aussi de cette armée irlandaise que le Roi ^ comme on Ta déjà^it^ avait déclaré ne pas vouloir congédier par des raisons que lui seul connaissait.
L'armée ^'cossaise ne fut pas licenciée avantle
les impressions douloureuses qu'avait causç'es la mort de Charles I". ; et le meilleur moyen d'y réussir était, sans doute, de rejeter sur le Roi en personne la responsabilité de tout ce qu'on avait souffert. Aussi May y prend -il soin d'attribuer à Charles seul cette onéreuse prolongation du séjour des Écossais, dont il cherche ici à justifier le parlement : « Le paiement de deux armées pendant un si long in- « tervalle , dit-il , fut une grande charge pour le pauvre « peuple d'Angleterre qui, dans l'espoir de gagner quelque «« chose à force de temps, la supporta avec une patience « excessive , sans murmures et sans aigreur contre le Roi « qui la lui avait occasionnée. » ( Abrégé de V Histoire du long Parlement dans la Collection d! Ecrits relatifs aux guerres civiles du règne de Charles /*', publiée par M. F. Mazeres, t. i , pag. 23. — Londres i8i5. ) Nous rencontrerons plusieurs autres exemples de ce genre d'infidélité-
( Note de V Editeur. )
mois d'août , époque à laquelle le comte de Hol- Und, nommé général à cet effet, licencia aussi i'armée anglaise. Les deux armées se séparèrent tranquillement y et les soldats s'en retournèrent dans leurs foyers scflon des étapes réglées par les juges de paix des difTérens comtés qu'ils avaient à traverser.
Four subvenir à une dépense aussi forte que le paiement de deux grandes armées y le parlement, outre le vote des six subsides , imposa une taxe nouvelle, ou du moins peu connue jusqu'à ce jour; ce fut la capitation , à laquelle tout le royaume devait être soumis. Chaque duc fut taxé à loo livres y les marquis à 80 livres , le^ comtes à 60 livres^ les vicomtes et barons à 40 livres^ les chevaliers de l'ordre du Bain à 3o livres, les autres chevaliers à aïo livres, les écuyers à 10 livres; toute personne dépensant loa livres par an , fut taxée à 5 livres; tous ceux qui possédaient quelquelque chose, durent payer en proportion de leurs facultés , et les plus pauvres n'en furent pas quittes à moins de 6 pence.
. Ce bill de capitation fut présenté au Roi par les chambres avec deux autres bills d'une grande importance , l'un portant la suppression de la cour de Haute-Commission, et l'autre celle de la chambre Étoilée (i).
(i) Voir , sur Torigine et la nature de ces deux cours , si
Mai$ le Roi moatra ea cette occasioa quelque répugnance , et voulait pour le momeut n'accepter qua le bill de capitation , $e reservant de délibérer $ur les dexKS. autres, La chambre des coin* manes^ înÎQvmé^ par les lords de cette résolution^ s'en montrfi lïieeQntente ^ et déclara que Sa Ma-* jesté le^ accepterait tous trois ou point du tout. Le Roin^nmains accepta le a juillet^ comme il l'ayait annonqé^ le bill pour la capitation^ et laissa les deux autres m suspens. Mais apprenant à quel point la chose était mal prise ^ et jugeant après mure délibération qu'il ne fallait pas alors mé-» contenter le paya» il revint le mardi suivant 5 juillet, et accepta les deux bills pour la sup^ pression de la cour de Haute^Commission , et de la chanAbre Étoilée.
Plusieurs des eourtisans et de& plus proches serviteurs du Roi furent très-fàchés que Sa Majesté > puisqu'elle devait sitôt après accepter ces deux bills > ne les eût pas acceptés franchement comme on le lui avait demandé » en même temps que cetni pour la capitation. £n effet, cela pou^ vait faire penser qfte Sa Majesté ne s'y était pas portée de bon cœur , et que, comme on le crai^ goait alor&, ses sentimens ne s'accorda^nt pas
légitimement l'objet de Tammad version publique , les Me^ moires de Warwick , et divers autres mémoilres,
{Noted^rÈditeur.)
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pleinement avec les désirs de son peuple , d'où il résulta que là reconnaissance à laquelle aurait ea droit un si grand bienfait librementet promptement accordé , lui fut en partie refusée.
Le Roi donc^ en acceptant ces deux bills , dit au parlement : « Qu'il ne pouvait se montrer in- « sensible à ce qui lui avait été dit du mécon- « tentement excité par son refus de les accepter « plus tôt , et qu'il trouvait fort étrange qu'on lui ^ « demandât d'adopter des mesures si importe tantes sans se donner le temps de les examiner ; « qu'il s'étonnait qu'on pût nourrir quelques a mécontentemens , quand on devait se rappeler « combien «il avait déjà fait dans ce parlement; H la concession que les juges conserveraient leurs « places, guàm diù se bene gesserint y la limitation « des lois sur les forêts , l'abolition de la taxe des « vaisseaux , la reconnaissance du droit des suce jets sur l'impôt du tonnage et pesage , les parte lemens triennaux , le libre cours de la justice u contre les délinquans, etc., etc. » Il conclut par sa gracieuse promesse qu'il ne négligerait rien de tout ce qui pouvait procurer à ses sujets une juste satisfaction.
Lorsqu'il eut accepté les bills ci -dessus mentionnés, et api'ès quelques mots sur le voyage qu'il avait intention de faire en Ecosse , il fit au parlement une proposition fort raisonnable au sujet de son neveu, le prince électeur palatin. Il
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ne pouvait, dit-il, se dispenser d'accéder au désir de ce prince , et d'envoyer un ambassadeur qui lui prêtât son appui dans la diète de Ratisbonne, auprès de Tempereur; mais, craignant que cet ambassadeur n'obtînt pas une réponse aussi favorable que selon la justice on devait Tespérer, et pour donner plus de poids à cette démarche, il avait l'intention de publier en son propre nom un manifeste , et il ne voulait le faire que du consentement et selon l'avis du parlement, convaincu que , sans cela, ce serait un acte de peu de valeur- Ce manifeste fut rédigé avec la pleine approbation des deux chambres, et sir Thomas Rowe, membre des communes , homme d'une grande capacité , fut envoyé à Ratisbonne, mais sa mis-^ sion n'obtint aucun succès.
Vers le même temps , la Reine -mère de France (i), d'après le désir manifesté par le parlement, se disposa à quitter l'Angleterre. Le Roi consentit à son départ; mais l'argent manquant pour son voyage , le parlement lui accorda 10,000 livres sterling , à prendre sur le produit de la capitation. Cette Reine était arrivée en Angleterre trois ans auparavant, et le Roi son gen^dre l'avait reçue avec de grands respects , lui allouant, pour soutenir son rang, 1 00 livres par jour.
. (i) Marie de Médicis.
Digiti^ed by VjOOQ IC
aïo HISTOIRE
Pour le malheur de cette Reine ( je ne puis dire si ce fut par sa faute ), pendant son séjour ici , FAngleterre et ITÊcosse avaient été en proie à de grands troubles , que le peuple imputa en partie à ses conseils , sachant quel pouvoir la Reine sa fille avait auprès du Roi.
D'autres ne s'en prenaient nullement à elle^ et attribuaient tout le niai aux conseillers qui ^ longtemps avant son arrivée y avaient déjà tourmenté l'Angleterre. Mais le peuple fondait son jugement sur les actions ou les démarches par lesquelles cette Reine s'était déjà fait connaître ailleurs.
Quoi qu'il en soit^ elle redoutait beaucoup le peuple anglais , et avait peu auparavant demandé une garde , témoignant des craintes pour sa vie y à raison^ disait-elle, de quelques tentatives déjà dirigées contre elle (i). Une garde fut en effet placée autour de sa maison.
(i) Les craintes de Marie de Medicis pour sa sûreté personnelle étaient très-légitimes , et May ne pouvait en douter , car les chambres elles-mêmes l'avaient reconnu. Lord Holland déclara un jour à la chambre des pairs , qu'en sa qualité de lord-lieutenant du comté de Middlesex , il avait ordonné à cent fosiliers de servir de garde à la Reine-mëre dont le palais avait été insulté par la populace , mais que plusieurs d'entre eux avaient montré beaucoup d'hiimeur d'être employés à ce service , disant qu'ils avaient mieux à faire que de garder des étrangers. Il savait de plus , ajoutat-il , qu'un attroupement, tumultueux devait se former le
Sa régence en France n'avait point été heureuse^ ni conforme aux intérêts du pays. Peutêtre faut-il moins lui en attribuer le tort , que Fimputer au sort commun de toutes les régences de Reines-mères dans ce royaume. Aussi de Thou approuve-t-il cette parole de Charles IX ( prince que d^ailleurs il ne loue guère ) , qui disait sur son lit de mort , que puisqu'il devait mourir si jeune, il remerciait Dieu de n'avoir point de fils , ce qui épargnerait à la France une régence dont il avait vu les tristes effets. Il avait pour mère Catherine de Médicis , de la même famille que la veuve de Henri IV. .
Après la régence , la conduite de cette dernière Reine avait été telle que le Roi son fils ne voulut pas la garder dans son royaume» Elle ne fut pas bien reçue non plus chez son gendre le roi d'Espagne y et le peuple y témoigna autant d'impa-
lendemain autour de Saint-James , et il réclama l'intervention de la chambre pour faire cesser de tels désordres et mettre la Reine-mëre à l'abri de tout outrage. Une conférence eut lieu à ce sujet entre les deux chambres ( 1 1 mai 164 1 ) ; et elles ordonnèrent que la milice de Londres fournirait une garde à la Reine-mère. Mais l'exaspération populaire contre les jMrêtres et les catholiques qui se réunissaient chez Marie de Médicis , était au comble ; et six jours après la chambre des communes sollicita son départ, afin de prévenir , est-il dit , le blâme qui ne manquerait pas de tomber sur la nation en cas d'un fâcheux accident. ( Histoire Parlementaire, t. 2, col. 788, 793. ) ( Note de l'Editeur, )
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tience de la voir partir, que firent ensuite les Anglais* En sorte qu'on yit là un étrange exemple de l'instabilité des fortunes humaines ; car une si grande Reine, mère de tant depuissans princes, ne put trouver un asile sûr pour sa vieillesse.
Peu de temps après son de'part d'Angleterre , elle mourut à Cologne, comme pour faire naître l'idée de la comparer à la fameuse impératrice de Rome qui fonda cette ville et y établit une colonie romaine, Agrippine, femme de Claude et mère de Néron. L'une et l'autre avaient manié le pouvoir, et s'y étaient montrées actives, mais désagréables aux peuples ; l'une et l'autre reconnurent que la grandeur de leur fils n'était pas aussi favorable à leur empire qu'elles l'avaient espéré, et elles apprirent que tout pouvoir qui dépend d'un autre est faible et peu sûr, comme dit Tacite , en parlant de cette même Agrippine : Nihil rerum mortalium tam instabile et fluxum est quamfama potentiœ ^ non sua vi nixœ.
Environ deux mois avant le départ de cette Reine, la princesse Marie, fille aînée du Roi, à peine âgée de dix ans , fut mariée , avec grande pompe, à Wliitehall, au jeune prince d'Orange (Guillaume) ; l'évêque Wren , alors doyen de la chapelle du Roi, accomplit la cérémonie le 2 mai 1641.
Ce mariage , débattu d'abord dans le parlement , avait reçu son approbation ; le 9 février ,
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le Roi lui-même avait fait connaître à la chambre des lords les brillantes propositions que lui faisaient à ce sujet les ambassadeurs des Provinces- Unies.
Le peuple fut, en général , charmé de ce mariage, et très-content que le Roi eût choisi pour gendre un prince protestant , au service d'un État si long-temps allié de FAngleterre , engagé dans la même foi , dans les mêmes intérêts , et gou-» vemé par la discipline religieuse que la plupart des Anglais désiraient introduire dans leur Église, comme elle avait déjà été introduite dans l'Église d'Ecosse : intention qui , du reste , n'était pas alors aussi hautement déclarée qu'elle le fut plus tard. En voyant que le Roi avait lui-même choisi pour sa fille ce mariage, le peuple commença à croire que la faction espagnole avait perdu tout crédit à la cour, et que les affaires seraient désormais conduites selon le goût vraiment anglais.
Ce qui confirma cette espérance , ce fut de voir que le parlement avançait, sans essuyer, de la part du Roi , aucune opposition. Nulle dissension , en effet, n'avait encore éclaté, et ne semblait probable; car le complot des hommes qui voulaient soulever l'armée contre le parlement, n'était pas encore découvert, et ce ne fut que quelques jours après cette union qu'on en soupçonna l'existence.
Mais il y avait des gens qui suspendaient leur
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joie , et se promettaient , de ce mariage , peu de bonheur pour l'Angleterre , k moins que le Roi ne tût parfaitement sincère avec son peuple , et ne prît des intentions conformes aux désirs publics. Ceux-là considéraient, d'une part, la situation du prince d'Orange , et cra^ignaienit que pour acquérir plus de pouvoir qu'il n'^n 4^vait posséder , il ne soutînt le Roi dans sa lutte contre le peuple , à charge de revanche en cas de besoin. D'autre part , ils pensaient que les États-généraux de Hollande étaient des politiques auoûdains , qui avaient en vue de bien autres intérêts que ceux de la religion ; si la discorde éclatait ea Angleterre entre le prince et le peuple , ce qu'on ne cessa jamais absolument de redouter, on disait que ces politiques- pourraient fort bien se raager du parti du Roi , contre la juste liberté des sujets, afin d'abattre la force de l'Anglfetferre , et de prévenir un agrandissement qui pourrait nuire à leur propre fortune. Le roi d'Espagne était alors si faible, que les Provinces-Unies n'avaient plus besoin, comme auparavant, d'iuvoquer contre lui le secours de l'Angleterre,
A dater de ce mois de juillet , le parlemest fut occupé d'un si grand nombre d'affaires , pour la réforme des abus intérieurs , que cesserait une fatigante et inutile tâche de les rapporter toutes avec détail. On peut les chercher dans les registres parlementaires , et je me contenterai d'in-
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diquer les principaux eTénemens qui précédèrent le départ du Roi pour TÉcoss^.
Le 5 juillet 1641^ la chambre des communes reçut le rapport de son comité sur l'accusation de Matthieu Wren , évêque de Norwich et ensuite d'Ély. Tous les articles se rapportaient à l'introduction de pratiques superstitieuses , trop semblables à la religion romaine.
Après un débat , la chambre vota que Févêque Wren lui paraissait indigne d'occuper aucune charge dans l'Église ou dans l'Etat , et qu'elle en* Terrait un message aux lords ^ pour les prier de demander aussi au Roi que ledit évéque fiiït éloigné de sa personne et de son serrice.
Vers le même temps, la chambre des communes entendit la lecture des charges dressées contre les juges qui avaient émis une opinion illégale dans l'affaire de la taxe des vaisseaux ; ils étaient au nombre de cinq : le juge Bramston, le baron Trevor, le baron Weston, le baron Davenport, et le juge Crawley. Plusieurs membres se chargèrent d'appuyer l'accusation spéciale contre chacun d'eux , et firent à ce sujet de grands discours, apportant de nouvelles preuves du crime. Les charges dressées contre le juge Berkley étaient plus graves , et l'accusaient de haute trahison.
Le Roi ne s'occupait absolument que de son voyage d'Ecosse, dont il avait fixé l'époque au lO août. Les deux chambres y avaient d'abord
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consenti; mais^ après un mûr examen, elles désirèrent que le Roi voulût bien différer son départ de quinze jours. Les maux du royaume , disaiton , né pouvaient recevoir un remède suffisant , à moins que le Roi ne se prêtât à ce délai, car il y avait beaucoup d'affaires pressantes à terminer, et rien n'était encore réglé, pour assurer la marche du gouvernement en son absence.
Le Roi , malgré ces sollicitations souvent répétées , tint fermement au jour qu'il avait fixé, alléguant que les affaires d'Ecosse exigeaient absolument sa présence (i); qu'il adopterait, avant de de partir, toutes les résolutions importantes, et que déjà , plusieurs fois , il avait engagé le parlement à se hâter dans ses travaux , pour que tout fût accompli avant cette époque.
En conséquence, le lo août^ le Roi partit de Londres pour l'Ecosse (2). Mais, le même jour.
(i) Il y a ici une erreur qu'il est difficile de ne pas attribuer à une secrète intention de présenter toujours le Roi comme opposé aux désirs du parlement. Charles avait déjà consenti , sur la demande des chambres , à retarder d'un mois son départ pour l'Ecosse, et les chambres s'étaient engagées alors à ne plus lui demander de nouveaux délais. ( Histoire parlementaire , lom. 2 , col. 899; Clarendon, Histoire de la Rébellion, tom. 2, pag. 189.)
(Note de V Editeur,)
(2) Dans son Abrégé^ May ajoute ou insinue, à propos de ce voyage, des faits et des réflexions propres à présenter la
ayant de se mettre en route ^ il se rendit à la chambre des lords , et adopta divers bills que les chambres avaient préparés; quelqueé-uns d'un
conduite de Charles sous un jour beaucoup plus défavorable. «Le Roi, dit-il, partit de Londres le 10 août, et se dirigea en toute hâte vers l'Ecosse. Il traversa les armées qu'on licenciait; et, s'il en faut croire un écrivain écossais, il tenta sousmain toutes sortes de moyens pour engager l'armée écossaise à le servir contre le parlement d'Angleterre , essayant de la séduire par la promesse d'un riche butin , et offrant des bijoux de grande valeur pour gage de l'accomplissement de cette promesse. Je ne prétends point affirmer la vérité de ce fait; c'est au lecteur à en juger d'après ce qui s'est passé depuis. Mais si la chose a eu lieu comme on le dit , ce fui une grande fausseté de la part du Roi , qui n'avait pas encore déclaré ses intentions hostiles contre le parlement. On ne sut pas en Angleterre dans quel dessein le Roi était allé en Ecosse. Le même auteur dit que ce fut pour s'assurer de ceux des nobles sur lesquels il croyait ne pas pouvoir compter, pour concourir à l'exécution de ses projets en Angleterre. Ce qu'il y a de sûr , c'est que vers le mois de septembre, le comité permanent de Westminster apprit par des lettres d'Ecosse , la découverte d'un complot formé contre la vie de quelques-uns des premiers pairs de ce royaume ; sur quoi le comité craignit quelque attentat de la même source , et plaça de fortes gardes en difierens endroits de la cité de Londres. » {Abrégé^ etc. dans la Collection de M. Mazeres, t. i , p. 33.)
Du reste , May parle de ce dernier complot dans son Histoire même (liv. 2, chap. i ) , mais avec le ton du doute. Nous joindrons k ce passage des éclaircissemens historiques importans. ( Note de V Éditeur. )
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intérêt public, comme le bill sur la cheralerie^ ie biil pour la libre &brication de la poudre et du salpêtre , etc« , et d'autres qui n'étaient relatifs qu'à des intérêts privés.
Il désigna également la commission revêtue du pouvoir d'adopter les bills en son absence ; les commissaires nommés furent le lord-chancelier^ le lord garde«du-sceau privé , le comte de Lindsey, le comte d'Esseî, le marquis de Hertford, le comte de Bath et le comte de Dorset.
Il leur signa aussi un autre bill, par lequel il nommait le comte d'Essex général de toutes les armées en deçà de la Trent , et lui donnait pouvoir de lever des troupes en cas de nécessité.
Quant à une autre requête que les deux chambres lui avaient présentée , le jour précédent , pour que le comte de Pembroke fôt fait lordgrand-maitre de la maison du Roi (i), à la place du comte d'Arundel , durant l'absence de celui-ci, qui était alors allé accompagner la reine-mère , avec le comte de Salisbury , il dit qu'il examinerait la chose à loisir.
Il commença, en ce temps, à s'élever dans le sein du peuple beaucoup de méfiances , de divisions et de différences d'opinions concernant le parlement; elles furent successivement fomentées par les personnes que leurs intérêts particuliers I t '
(i) Lord Steward,
et les pertes qu'elles avaient subies rendaient contraires au parlement , et dont le nombre ne pouvait être petit. Ainsi sWvrit une voie funeste aux déplorables désordres qui suivirent. Les évêques, bien qu'ils ce Aissent pas encore entièrement dépouillés 5 avaient été fort réduits ; un grand nombre de personnes dont Feiistence et la fortune dépendaient de la leur y et surtout ceux qui avaient tourné leurs espérances de ce côté y entre autres beaucoup de membres du clergé et des deux universités y commencèrent à se déclarer tous les jours davantage contre le parlement , se plaignant qu'on enlevait à la science toutes ses récompenses; ce qui agit puissamment sur Tesprit des jeunes gens et des ambitieux de cette robe. Une autre chose qui sembla inquiéter plusieurs personnes d'un caractère honivéte y fut Textrême licence à laqueUe s'était livrée la multitude , presque dès le commencement du parlement; on voyait le peuple s'ingérer^ sans ordre et sans décence , de travailler par lui-même à la réformatipn ; troubler le service public par des violences pendant la lecture des prières; déchirer les livres, surplis et autres clioses de ce genre; et le parlement , soit qu'il fût trop occupé par la variété de ses affaires , ou qu'il craignit peut-être de perdre un parti considérable^ dont il pouvait avoir besoin contre un ennemi puissant , ne réprimait
aao HISTOIRE
pas ces désordres y autant que l'auraient désiré
les personnes dont je parle.
Joignez à cela ce qu'on entendait rapporter journellement de conventicules et de ridicules prédications faites par des artisans et des hommes illétrés de la dernière classe du peuple, au grand scandale et mécontentement de beaucoup de gens. Quelques-uns les excusaient en plaisantant, et, faisant allusion au temps qui avait précédé, disaient (( que ces. artisans ne faisaient que se charger « d'un devoir négligé par les prélats et les grands « docteurs, la prédication de V Évangile; que ce « n'était qu'une invasion réciproque de leurs mu- « tuelles fonctions, et qu'il était juste que les mar- ^c chauds de chandelle , de sel , les tisserands et « autres de celte sorte montassent en chaire, quand « l'archevêque lui-même , au lieu de prêcher, « s'occupait chaque jour à faire des projets con- <( cernant le cuir, le sel , le savon et autres dente rées du ressort de ces marchands. »
Beaucoup de gens s'éloignèrent insensiblement du parlement , séduits par les discours empoisonnés dont les entretenaient les amis , parens et partisans de tant de grands coupables , à qui un tel parlement ne pouvait qu'inspirer beaucoup .de craintes. Ces hommes formaient un parti peii nombreux en proportion du peuple entier ; mais ils poursuivaient leurs intérêts particuliers avec
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' plus de chaleur que l^on n^en met d'ordinaire à j soutenir ceux du public. Quelques-uns des partisans du parlement furent découragés par le I tempset leur propre inconstance , et parce quHls ' avaient compté que le redressement des griefs marcherait plus vite que cela n'était possible à espérer d'un parlement, quelque actif qu'il put être; ils oubliaient que, rassemblé après une si longue interruption , celui-ci était obligé de travailler à la réforme , au milieu d'une immense variété d'affaires; ces hommes donc, au bout de. quelque temps , se lassèrent de ce qu'ils avaient si long-temps désiré, ne faisant pas attention qu'un prince, lorsqu'un parlement lui déplaît, trouve facilement le moyen d'entraver sa marche ât de retarder la guérison de l'État, Quand cela arrive , le peuple , fatigué de l'attente d'une telle guérison , oublie ordinairement par degrés l'amertume des mauï qui la rendaient nécessaire ; ou bien, comme pour guérir tant et de si longues maladies et en prévenir le retour , on se trouve presque toujours dans la nécessité d'imposer des taxes pesantes et d'épuiser j usqu'à un certain point l'argent du peuple, il devient extrêmement sensible à cette nouvelle souffrance; et recevant, pour un temps , plus de douleur de la guérison qu'il n'en avait ressenti auparavant du mal qui le consumait, il ne songe pas que les causes de ce qu'il endure sont toutes dans le passé , et que
ses souffrances présentes sont nécessaires pour sa
sûreté à venir.
Les hommes éclairés de ce temps avaient cm qu'un parlement tant et aussi long-temps désiré que l'avait été celui-ci , un parlement assemblé après de si manifestes et constantes violations des lois et libertés de l'Angleterre, ne pourrait jamais devenir odieux au peuple. Ils ne pensaient pas, du moins, qu'il pût déplaire à une assez grande partie du peuple pour courir le risque d'en être attaqué , et peut-être détruit et chassé. C'est ce qui arriva, cependant, en moins d^une année; j'ai déjà indiqué quelques-unes des causes qui durent engager, contre le parlement, cette portion de la nation dont les intérêts particuliers et l'existence s'étaient trouvés compromis. Je ne saurais bien expliquer comment il se fit que quelques personnes entièrement désintéressées, et dans leur fortune , et dans leur état , se trouvèrent tellement blessées de quelques actes du pariement , qu'elles abandonnèrent son parti ; mais je me rappelle, qu'à peine un aiï écoulé, et lorsque la guerre civile commença à éclater dans tout le royaume, chacun, dans les sociétés, commença aussi à exprimer son opinion , et à raisonner, soit pour , soit contre le parlement. On publia, des deux côtés, divers traités, et plusieurs gentilshommes abandonnèrent alors le parlement , se prononçant amèrement contre la ma-
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sière dont il &'était conduit dans les ajBTaires de religion. Us lui reprochaient^ surtout^ d'avoir encourage , ou de n'avoir pas réprimé les violences commises^ comme je Fai dit, par le peuple, dans les églises ^ et de l'avoir laissé se porter à des actions qui leur paraissaient contraires à la discipline de l'Église anglicane , et dont l'effet devait êtred'introduire toutes sortes de sectes et de schismes* Ceux qui tenaient le parti du parlement ne s'accordaient pas non plus sur ce point. Quelquesuns disaient qu'il était sage au parlement de ne pas procéder contre les auteurs de ces violences ; ce qu aurait pu, comme on l'a déjà observé^ lui &ire perdre un parti considérable. D'autres pensaient et disaient, qu'en souffrant ces choses, il perdait plus de partisans dans les classes élevées , qu'il ne pouvait en acquérir de l'autre côté. Us soutenaient aussi que les lois et les libertés avaient été tellement violées par le Roi , qu'il aurait mieux valu qu'on n'entreprit pas d'intéresser à ce point la religion dans la cause de la réforme des abus ; car il était fréquent, à cette époque^ dans les discours parlementaires destinés à relever l'injustice^ la tyrannie et la corruption des hommes en place ^ de placer le papisme , ou le soupçon de papisme , en tête des accusations qu'on portait contre eux. Je me rappelle quse, lorsque la guerre fut commencée, parmi les petits
traités publies alors ^ quelques-uns sans nom d^auteur, j'en trouvai un ou cette opinion était exprimée en des termes que je rapporterai ici : (c Peut-être, dit-on, en insistant trop vivement a sur la religion , et en accusant le Roi d'aSection « pour le papisme, est-il arrivé qu'on a affaibli « le parlement et donné au Roi des partisans. H II semble que soit ce un grand paradoxe de u dire que la meilleure de toutes les choses , et la (( seule nécessaire , la religion , lorsqu'on la met tf dans la même balance que les lois et la li- « berté, en puisse rendre le poids plus léger ; cece pendant il se peut faire que cela arrive. On a ne saurait nier que les étranges relations étai< blies entre Rome et la cour d'Angleterre, les « lettres écrites au pape par le Roi lui-même , la « faveur qu'il a montrée aux prêtres et autres « choses de ce genre , ne puissent donner au i( peuple de justes raisons de craindre qu'on ne (( travaille à saper les fondemens de sa religion. « Cependant, comme la bienveillance du Roi pour (c le papisme ne peut être aussi clairement prou- « vée^ aux yeux de tous, que la violation des lois a et des libertés du royaume, ce qui concerne la i( religion demeure, selon le jugement du peuple, « une chose en question ; d'autant plus que le Roi « proteste toujours de son attachement à la reli- (c gion,etlepublic,amusépar cesdisputes, oublie
(( insensiblement le érime évident dont le Roi (( s'est rendu coupable , la violation des lois et de (( la liberté. Il y a plus ; quelques-uns supposant (( que le parlement a été injuste à Tgard du Roi (( sous le rapport de la religion, finissent par (( supposer que , sous d'autres rapports. Sa Mate jesté n'est pas aussi coupable qu'on voudrait (( le faire croire : c'est ce que j'ai dernière- (( ment entendu soutenir à quelques personnes. ti II en résulte une étrange chose; c'est que les « négociations du Roi avec Rome, au détriment « de la religion protestante , finiront peut-être , w dans un pays protestant^ par tourner au profit (k de la couronne; et nous pouvons ajoutera cela (( une supposition tout aussi paradoxale; c'est « que si le Roi n'avait jamais rien fait de préju- « diciable à la religion protestante , il n'aurait ff pas trouvé, dans le parlement, tant de pro- « testans prêts à prendre son parti ; car, comme « il n'y aurait eu aucune dispute sur la religion , (( les crimes de son mauvais gouvernement danâ M les affaires civiles auraient paru, aux yeux de « tous, clairs et inexcusables; nous avons tu « quelques-uns des Rois précédens, lorsqu'il n'y <( avait qu'une seule religion , et , par conséquent , (( aucune dispute à cet égard, sévèrement censurés (( dans le parlement pour de semblables violations « des lois et de la liberté , sans que personne se mît I. i5
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u en ayant pour les justifier. Et pourquoi un c( parlement ne regarderait-il pas ces choses c( comme suffisantes pour mériter son attention a et légitimer sa cause devant Dieu ? est-ce que « par tout pays oii la religion n'est pas entière- (( ment dépravée, le Tout- Puissant n'abhorre • (( pas l'injustice , l'oppression , la tyrannie et i< autres choses de ce genre ? il les abhorre encore (( bien plus dans les lieux ou la religion est proa fessée plus purement.
(c II est arrivé, de plus^ qu'en nommant si soute vent la religion , comme si elle était le seul u objet de querelle, on a placé la question dans u un jour très-faux; en sorte que quelques-uns « par ignorance , d'autres par adresse et par un « mépris volontaire dont ils se servent pour at- « taquer la cause du parlement, écrivent des i( volumes entiers sur une question mal po-» u sée; au lieu de demander si le parlement^ (( d'Angleterre , légalement assemblé , le Roi w censé présent , peut défendre par les armes la u religion établie, les lois et les libertés de « la nation contre les sujets coupables qui re- ((tiennent au milieu d'eux le Roi égaré; ils i< demandent si, généralement parlant, lès suce jets peuvent faire la guerre à leur Roi pour « cause de religion. » Telle était à cette époque l'opinion d'un grand nombre des partisans du
parlement. Mais poursuivons notre narration. Le parlement s'était aperçu de la de'fection de quelques-uns de ses adhërens ; il avait aussi découvert plusieurs conspirations et machinations tramées par ses ennemis, et en craignait encore davantage. Il avait donc , dans le mois de mai pre'cédent , dressé ui;e protestation qui fut adoptée solennellement par tous les membres des deux chambres , et envoyée dans toute l'Angleterre , pour que le peuple l'adoptât également.
Elle était conçue en ces termes :
« Moi, A. B., en présence du Dieu tout-pi^is- « sant, je promets , jure et proteste , de mainte- « nir et défendre, entant que je le pourrai légale- (( ment, de ma vie, de mon pouvoir et de mes (( biens , la Traie religion protestante réformée , « telle qu'elle est contenue dans la doctrine de « l'Église d'Angleterre , contre tout papisme et « innovation papiste qu'on voudrait introduire « dans ce royaume contre ladite doctrine; et (( conformément aux devoirs de mon allégeance , tf je maintiendrai et défendrai la royale personne (( de Sa Majesté, son honneur et ses prérogatives, « comme aussi le pouvoir et le privilège des « parlemens, les libertés et droits légaux des su- ^^ j^ts; je soutiendrai de même toute personne « ayant pris part à cette protestation , en tout ce « qu'elle fera pour la soutenir par les voies lé-
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c< gales , et je m'opposerai de tout mon pouvoir « à tous ceux qui, par force, artifices , çonjura- (c tiens, complots, conspirations ou autrement, ce feraient quelque chose de contraire à ce que i( contient la présente protestation; m'efForçant, u par toutes les yoies et moyens honnêtes qui se « trouveront en mon pouvoir, de les livrer aux (f châtimens qu'ils méritent. En outre, je m'efforce cerai , autant que je le pourrai, par tous les (c moyens justes et honorables, de maintenir Turc nion et la paix entre les trois royaumes d'Ance gleterre , d'Ecosse et d'Irlande , et nulle espèce rance , crainte ou quelque autre considération ce que ce soit , ne me fera manquer à cette proee messe , à ce vœu , à cette protestation. »
Il n'est pas hors de propos de faire connaître ici en peu de mots quelques changemens qui avaient eu lieu avant le départ du roi pour l'Ecosse^ bien qu'ils ne se rapportent pas immédiatement à cette époque , mais à quelques semaines ou à quelques mois auparavant. Ils tombèrent sur des hommes dont nous aurons occasion de reparler dans le cours de cette histoire.
Le lord Cottington avait, le 17 mai 17411 donné sa démission de la place de maître de la cour des tutelles , et le lord vicomte Say et Sele lui succéda dans ces fonctions. Peu de jours après, le docteur Juxon, évêque de Londres ^ rendit son
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bâton de lord-trésorier, et cette charge fut remise entre les mains de cinq commissaires. Vers cette époque le comte de Leicester ^ dernièrement revenu de l'ambassade de France, fut nommé par le Roi lord-lieutenant d'Irlande. Le comte deNcfwcastle, gouverneur du prince de Galles, fut écarté y et le marquis de Hertford nommé à sa place.
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