CHAPITRE V
Ordre du parlement pour faire apporter à Guildhall de V argent et de la vaisselle. Déclaration du Roi aux lords qui s^ étaient rendus près de lui. Profession et protestation de ces lords au Roi. Le Roi met le siège devant Huit , jnais il le lève aussitôt. Le comte de ff^arwich prend possession de la flotte en qualité de lord'ami' rai. Le comte d^Essex est nommé par le parlement général de toutes ses troupes.
Le 10 juin suivant , les deux chambres donnèrent ordre qu'on apportât l'argent et la vaisselle pour servir à l'entretien des chevaux, cavaliers 9 et armes destines à maintenir la tranquillité publique , à défendre la personne du roi ( dont le parlement, dans ses expressions , montrait autant de soin que de sa propre sûreté) , et à garantir la sûreté des deux chambres. On promettait à tous ceux qui apporteraient de l'argent monnoyé ou de la vaisselle, ou fourniraient des cavaliers et des armes , de leur rendre leur argent avec un intérêt de huit pour cent. Le parlement engageait la foi publique à ce paiement (i).
(i) Avant de décréter cet ordre, et le même jour cependant , les deux chambres ouvrirent , dans leur propre sein , ttne souscription pour subvenir aux frais de la guerre en
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On nomma quatre trésoriers, dont les reçus devenaient pour les prêteurs un titre qui les autorisait à réclamer la restitution de leur argent, avec Tintérêt promis. Les trésoriers étaient sir
fournissant aussi soit de l'argent , soit des cavaliers armés et équipés. Quand cette souscription fut proposée dans la chambre haute , dix-huit pairs présens souscrivirent aussitôt pour une somme de io,3oo livres sterling , et l'équipement de ig6 chevaux. D'autres pairs s'engagèrent à servir en personne. ( Histoire Parlementaire , tome 2 , col . 1 302. ) Dans la chambre des communes oii cette motion était née , on fit un appel nominal pour demander à chaque membre ce qu'il voulait faire ; la plupart d'entre eux spuscrivirent. Sir Henri Killigrew, appelé à son totir , se leva et dit : « Si l'occasion « s'en présente , je me procurerai un bon cheval , une bonne « cotte de buffle , une bonne paire de pistolets , et je ne « serai pas embarrassé à trouver une bonne cause. » Il sortit aussitôt de la chambre , prit la poste pour le comté de Cornouailles ou étaient ses terres , et se déclara en faveur du Roi. ( Clarendon , Uist, de la RébelL , tome 8, page 290. ) Plusieurs imitèrent son exemple. D'autres , après avoir refusé aussi , restèrent à Londres ; mais l'animosité de leurs collègues et les insultes de la populace leur prouvèrent bientôt qu'ils n'y étaient pas en sûreté. « Un gentilhomme dis- « tingué m'a raconté , dit Clarendon , que , peu de jours « après son refus de souscrire , un homme de la faction , M qui lui portait quelque bienveillance , lui conseilla de s'en M aller de Londres , de peur , lui dit-il , que les petits gar- M çons ne lui fissent sauter la cervelle dans les rues , à coups «< de pierres. Beaucoup de membres de la chambre , qui u faisaient de vains efforts pour éviter le renom de malin- « tentionnés, avaient souscrit en disant qu'ils voulaient que
John Wollaston, chevalier et alderman de Londres^ Talderman Towes, l'aldermaii Warner et Talderman Andrews. Des commissaires tarent aussi nommés pour estimer la valeur des che- Taux et des armes qui seraient fournis.
On demandait^ dans cet ordre^ que toutes les personnes résidant à Londres ou aux environs , à la distance de quatre-vingts milles^ envoyassent l'argent , la vaisselle ou les chevaux qu'elles voudraient fournir^ dans l'espace de quinze jours à compter de cet avertissement , et que celles qui habitaient plus loin les envoyassent dans les trois semaines. Celles qui avaient intention de contribuer^ mais n'étaient pas pour le moment pourvues d'ai^ent ou de chevaux , étaient engagées à souscrire dans le temps prescrit^ afin qu'on fîit à portée de connaître promptement le montant des fonds qu'on pourrait appliquer à cet important service ; enfin on déclarait que tout ce qui serait fourni, serait employé uniquement, comme on l'avait promis, au maintien de la religion protestante , de la sûreté , de la dignité et de l'autorité du Roi, des lois du pays, de la tranquillité
«c leur argent fût employé à^la défense de la personne du « B.oi ; mais on les contraignit bientôt à verser les sommes « promises pour recevoir Femploi qu'il plairait aux seuls M meneurs du parti de qualifier défense du Roi. » ( lùid. j tome 4 7 page i36. ) {ifote de VEdit. )
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du royaume et des privile'ges du parlement (i). Tandis qu'on rédigeait cet ordre, il fut donné, par lettres , avis au parlement que les joyaux de la couronne avaient été mis en gage à Amsterdam et dans plusieurs autres endroits des Pays-Bas, et que sur l'argent qu'on en retirait, on se fournissait, dans ce même pays, dé munitions de guerre, telles que pièces de siège, coulevrines, pièces de campagne , mortiers à grenades, et d'une grande quantité de poudre , de pistolets , de carabines, de selles et autres objets de même nature. D'après quoi le parlement sentit qu'il lui était impossible de douter que le Roi n'eût le projet de lui faire la guerre , et ne s'y fut préparé depuis long-temps.
(i) « C'est une chose à peine croyable, dit Glarendon lui-même , que la quantité de vaisselle qui fut apportée en dix jours aux trésoriers du parti ; on manqua d'hommes pour la recevoir et de place pour la déposer ; la foule des gens qui en apportaient était si grande qu'au bout de deux jours , plusieurs étaient encore à attendre qu'on les déchargeât de leurs séditieuses offrandes. » {Histoire de laRébellion^ tome 4 , page i36. ) « Les efforts des prédicateurs, dit Whi- « lelocke , eurent tant de succès qu'on vit de pauvres femmes « apporter leurs anneaux de mariage et les épingles d'or ou « d'argent qui retenaient leurs cheveux. » ( Mémoires de JVhitelocke , page 58. ) Le parti royaliste , comme le rapporte May à la fin de ce chapitre , se moquait de ces dons eu disant que les troupes du parlement étaient une levée de dés et d* aiguilles ; mais ils n'en prouvaient pas moins la direction et la vivacité de l'esprit public. {Note de V Éditeur.)
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Il apprit en même temps que le Roi avait envoyé dans le comte de Leicester une commission de recrutement au comte de Huntington^ au comte de Devonshire et à M. Henri Hastings y second fils du comte de Huntington ; lord Hastings , fils aîné de ce comte, était alors dans le parti du parlement ; outre ces trois principaux commissaires^ la commission contenait le nom de plusieurs autres chevaliers et gentilshommes de ce comté. Le Roi accompagna cette commission d'une lettre où il expliquait les motifs qui l'avaient engagé à fa donner, et se plaignait de ce que le parlement^ par son ordonnance sur la milice, voulait le dépouiller d'un droit inhérent à sa couronne. Quant aux motifs qui autorisaient, selon lui, la commission de recrutement , il se fonde , dans sa lettre , sur une déclaration du parlement, dont il emploie les expressions textuelles , disant que , puisqu'il a été déclaré par un vote des deux chambres, du i5 mars dernier, que le royaume avait été et était encore dans un danger évident et imminent de la part de ses ennemis extérieurs et de celle du parti papiste dans l'intérieur, il était, pour la sûreté de sa personne et de son peuple , dans l'urgente et inévitable nécessité de mettre son royaume en état de défense. Ainsi, le préliminaire de l'ordonnance du parlement sur la milice devint , pour le roi , totidem verbisy le texte de la commission de recrutement; la copie de
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cette commission et de cette lettre étant tombées entre les mains du parlement , il fut arrêté par les deux chambres assemblées , « que cette com- « mission de recrutement, pour le comté de Lei- « cester, était contraire à la loi, à la liberté et à « la propriété des sujets. » Il fut arrêté, déplus, deux jours après , « que tous ceux qui agiraient « en vue d^exécuter la présente commission , se- « raient regardés comme perturbateurs de la « paix du royaume et traîtres envers la liberté w des sujets. » Les deux chambres ordonnèrent aussi que cette commission et les votes susdits seraient imprimés et publiés dans tout le royaume. Le Roi, cependant, n'oubliait rien de ce qui pouvait contribuer au succès de ses projets et de lentreprise qu'il avait formée. Il adressa une courte déclaration aux lords qui s'étaient rendus près de lui à York et aux membres de son conseil privé. En voici le texte.
« Nous déclarons que nous ne requerrons vo- « tre obéissance que dans la limite des lois re- <( connues, de même que nous attendons de vous « de ne point obéir à des commandemens qui ne « seraient point fondés sur les lois , ou vous se*- « raient imposés par d'autres personnes. Nous « vous protégerons, vous et tous ceux qui se refu- « seront à cette sorte de commandement, soit « qu'ils proviennent de votes et ordres des deux << chan^ibres ou de toute autre source, contre tous
parlement^ menace sa personne et le royaume, il invite ses afTectionne's sujets à Faider de leur argent et de leur vaisselle ^ dont il promet le paiement avec un intérêt de huit pour cent(i). Aussi-
(i) Cet appel du Roi à la libéralité et au zèle de son parti n'obtint pas , à beaucoup près , le même succès que celui da parlement au parti populaire. Clarendon , qui s'en plaint , en rapporte deux preuves assez piquantes : « Dans le Toisinage de Nottingham vivaient , dit-il , deux hommes considérables , très -riches 9 très -avares, et qu'on savait mu'* nis de beaucoup d'argent comptant. Lord Capell fut envoyé à l'un , et M. Ashburnham , gentilhomme de la chambre du Roi et qui avait toute sa confiance , à l'autre ; ils étaient tous deux porteurs d'une lettre de la main du Roi , et qui demandait un emprunt de 10,000 ou 5,ooo livres sterling. Lord Capell fut très4>ien reçu par son hâte , et traité aussi bien que le comportait le petit état de la maison ? « Je suis « désolé , lui dit celui-ci avec tontes sortes de protestations « de dévouement , de ne pouvoir complaire aux ordres de « Sa Majesté ; tout le monde sait que je n'ai et n'ai jamais M eu d'argent comptant. Depuis dix ou douze ans , j'achète « chaque année des terres pour un millier de livres ; l'argent it ne reste donc jamais dans mes mains , ce dont je ne me <f soucierais point d'ailleurs. Mais j'ai , h quelques milles « d'ici , un voisin qui n'est bon à rien ,• vit comme nn ponr- « ceau , se refuse les choses les plus nécessaires', et ne peut u pas avoir moins de 20,000 livres dans la misérable maison «< qu'il habite ; envoyez chez lui ; il ne saurait nier qu'il a de « l'argent. » Il conclut eii protestant de sa fidélité au Roi , de sa haine pour le parlement, et parut même promettre de travailler à procurer de l'argent au Roi ; il n'en fit rien , et cependant ses seutimens étaient sincères , car il fut tué dans la suite au service de Sa Majesté.
tdt après y par uae déclaration faite devant les lords et les membres de son conseil ^ il désaveua ,
M M. Asfabnrnham n'obtint ni pins d'argent ni tant de bonnes paroles. Le lord auquel il était adressé avait si peu de relations avec la cour , qu'il n'avait jamais entendu prononcer son nom , et qu'après avoir lu la lettre du Roi , il lui demanda de qui elle était. — « Du Roi ; vous le voyez « bîen^ lui dit M. Ashburnbam. — Je ne suis pas, re- « prit l'autre, assez sot pour le croire ; j'ai reçu des letties « du Roi et de son père. » Et courant à «on cabinet , il eu revint avec une demi-douzaine de lettres , disant s « Voici M des lettres du Roi ; elles commencent toutes par : Très-- « féal et bien aimé (Right trustjr and well beîoved) et le nom <t du Roi est toujours au haut ; cette lettre*ci commence «I par mon nom tout du long , et finit par : flaire iiffectionné « G. R. ; je suis sûr qu'elle n'est pas de la main du Roi. h En conséquence il donna à M. Ashburnham un mauvais souper et un mauvais lit , ajoutant qu'il conférerait de nouveau avec lui le lendemain matin. Sur ce, il d^>echaaur-lechamp an domestique avec une lettre à lord Falkland qui était neveu de sa femme , et n'avait presque jamais vu son oncle. Le messager arriva à Nottingbam vers minuit , et trouva lord Falkland au lit. Le lord lui mandait qu'un certain Asbburnbam était vetiu le trouver et lui avait remis une lettre en disant qu'elle était du Roi ; mais qu'il était , lui, bien sur qu'il n'en était rien ; qu'il le priait donc de lui faire savoir ce que c'était que cet Ashburnham , et qu'il le retiendrait chez lui jusqu'au retour dé son messager. Tout en éclatant de rire , lord Falkland se hâta d'informer le lord du rang de M. Ashburnham , lui garantissant sur sa parole que la lettre était bien du Roi. Le messager étant de retour chez son maître , sa seigneurie traita M. Ashburnham avec
prenant Dieu à témoin de la sincérité de ses paroles , tout préparatif ou intention de guerre conti'c le parlement; sur quoi les lords et tous ceux qui
des égards si nouveaux , que celui-ci qui en ignorait la cause s'imagina qu'il repartirait avec tout l'argent qu'il était venu chercher. Mais le lord , d'un air aussi gracieux qu'il le put prendre , ce qui ne lui était pas ordinaire, lui dit : « J'ai si « peu d'argent que j'en manque pour moi-même ; mais j'ai , « à quatre ou cinq milles d'ici, un voisin qui n'a jamais « fait de bien à personne > n'aime que lui seul , et possède « un monde d'argent; il pourrait fournir au Roi tout ce dont « Sa Majesté a besoin ; envoyez chez lui , et s'il vous refuse, « je sais en quel endroit il a caché un tonneau pléiade pièces « d'or ; je vous le découvrirai ; il a si peu d'amis que le Roi « peut le traiter comme il lui plaira sans que personne s'en ce soucie. « Ce fut ]k tout ce que M. Ashbumham en put tirer. Cependant ce misérable homme était si loin de vouloir du bien au parlement , que , lorsque le parti se fut emparé du comté de Nottingham comme de tout le royaume , il ne voulut jamais lui donner un sou , ni même entrer en composition , à titre de délinquant , comme on y contraignait tous ceux qui avaient vécu dans les quartiers de l'armée du Roi.
H Un autre gentilhomme, qu'on savait fort riche, sollicité pareillement de prêter au Roi 5oo livres sterling , lui envoya un présent de cent pièces d'or , déclarant qu'il avait eu beaucoup de peine à se les procurer , et jurant , avec les plus violentes imprécations, <iue, jamais dans sa vie , il ne s'était vu en possession de 5oo livres à la fois. Cependant , lin mois après le départ du Roi ^ les troupes du parlemeat , qui avaient une bien autre façon d'emprunter, lui prirent 5,000 livres sterling qu'on trouva cachées dans la chambre
se trouva lei^t alors à York^ signèrent la déclaration et profession suivante :
ce Nous soussignés 9 par égard pour le désir de « Sa Majesté^ pour la vérité^et fidèles à nos de^ (( Yoirs envers l'honneur de sa personne , étant (( ici présens et témoins des déclarations fré- « quentes et sincères^ où Sa Majesté a exprimé
oii il couchait. » ( Histoire de la Rébellion , tome 5 , pages 54 — 57.)
L'Université d'Oxford envoya au Roi toute sa vaisselle , avec une SQmme d'argent considérable 9 fruit des souscriptions volontaires de ses principaux membres. Quelques étudians se chargèrent d'en effectuer le transport, et se rendi* rent en personne auprès du Roi. Quant à l'Université de Cambridge , Glarendon affirme qu'elle envoya également à Charles l*'. sa vaisselle et de l'argent. (Histoire de la Ré" bellion^ tome 5, page 53.) Mais May rapporte, comme ^on le verra plus tard , que Cromwell empêcha cet envoi ; et son récit est confirmé par V Histoire parlementaire , oii on lit : ( ig août 1642 ) que «< M. Cromwell , alors député de Camu bridge, s'empara , d'après les ordres du parlement, du « château de celte ville , et prévint l'enlèvement de la vaistc selle de l'Université , pour une valeur de 20,000 livres f« sterling. Le jour suivant , une ordonnance de la chambre tt des communes déchargea M. Cromveell de toute responce sabilité pour cet acte , et lui enjoignit de veiller à l'avenir « à ce qu'aucune somme ou vaisselle , appartenant aux di- « vers collèges de l'Université de Cambridge , ne fût ente voyée au Roi pour l'aider dans sa guerre contre le parlent ment. >» {Histoire parlementaire ^ tome 2, col. i453. )
( Note de l'Editeur, )
u son aversion pour tout projet de faire la guerre « au parlement, ne voyant aucun préparatif ni u conseil qui puisse raisonnablement faire croire u à un tel dessein , nous déclarons devant Dieu « et attestons au monde que nous sommes pleinece ment persuadés que Sa Majesté n'a point d'intenu tion semblable, et que tous ses efforts tendent a à l'affermissement de la religion protestante, ce des justes privilèges du parlement , de ia lice berté des sujets, des lois, de la paix et de la ic prospérité de ce royaume. »
Le Roi , fortifié par les secours d'armes et de munitions qu'il avait reçus de Hollande, et plus encore par cette protestation des lords qui, ea affirmant qu'il n'avait point l'intention de faire la guerre au parlement, lui fournissaient les moyens d'attirer plus aisément le peuple dans soa parti, commença à s'occuper de ses affaires avec beaucoup d^adresse et un soin infatigable. Il répondit sans retard à toutes les pétitions ou déclarations des chambres; il repoussa entre autres par un manifeste fort bien rédigé, en date du 7 juin, et plein de récriminations amères, une pétition qui lui avait été présentée à York, au nom du parlement, par lord Howard, sir Hugh Cholmley et sir Philippe Stapleton , pour le supplier de ne pas placer ses sujets entre leur devoir envers lai et leur devoir envers les chambrés. Enfin, dam l'espace de trois semaines, soit par lui-même, soit
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par ses messager»^ et à force de discours ^ proclamations et déclarations , il avança merveilleusey ment ses afiaires. A Newark, il adressa un dis^ cours aux gentilshommes du comté de Nottingham y de la façon la plus aimable et la plus persuasive^ se louai^t beaucoup de leur affection pour lui^ éloge qui^ reçu de la bouche du Roi, les engageait pour l'avenir. A Lincoln , il parla de la même manière aux gentilshommes de ce comté > protestant de ses bonnes intentions ^ nonseulement à leur ég^rd , mais pour les lois et libertés de tout le royaume. A la même époque^ et avec l'aide d'habiles jurisconsultes qu'il avait près de lui ^ il repoussa de tout point y dans une longue réplique^ une déclaration que le parlement avait publiée contre la commission de recrutement j et où l'on discutait le statut de Henri IV^ qui avait servi de base à cette commission. Le Roi publia aussi une proclamation contre tous ceux qui tenteraient de lever des troupes sans ses ordres » alléguant tous les statuts qui condamnaient de pareils desseins ; dans une autre , il prit soin de prouver au peuplera légalité de ses commissions de recrutement , ef y prescrivit la plus stricte obéissance. Il défendit de même tout enlèvement ou déplacement des magasins de munitions situés dans les divers comtés y et toute tentative pour secourir ou ravitailler contre lui la ville de HuU.
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Le parlement déclara^ de son côte, que ces proclamations faites sans son aveu étaient illégales ; il défendit à tons les shérifFs y maires, etc., de les publier, ainsi qu'aux curés et yicairesde les lire dans les églises.
D'Yoït, le roi se rendit à Beverley , et envoya de là un message aux chambres , annonçant son dessein de marcher vers HuU pour s'en emparer, si avant son départ on ne lui remettait cette place. Quand ce message arriva à la chambre des pairs, elle venait d'arrêter une pétition , pour engager le Roi à s'entendre avec son parlement, afin d'éviter une guerre civile. Le comte de Holland, sîr John Holland , et sir Philippe Stapleton y furent chargés de la lui présenter à Beverley. Cette pétition parut cont^iir une réponse si satisfaisante au message du Roi^ que les deux chambres ne jugèrent pas à propos d'en faire une autre; mais aussitôt après, elles publièrent une déclaration pour la défense du royaume et de la ville de Hull, s'engageant à indemniser quiconque «souffrirait quelque perte , soit en accourant à la défense de cette place, soit par l'ouvert^ye des digues dont elle était entourée.
Le Roi persista dans son dessein de s'emparer de Hull; et comme cette ville, déjà très-importante en qualité de place forte maritime , lut la cause ou le théâtre de beaucoup d'événemens
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considérables dans le cours de la guerre civile , j'entrerai dans quelques détails sur tout ce qui s'y rapporte.
Comme il y avait à Hull de riches arsenaux , ce furent probablement les avantages que lui offrait cette place ^ qui engagèrent le Roi à quitter un parlement établi à Londres^ et à se rendre dans le nord. Ce fut là que le Roi vit pour la première fois ses ordres désobéis^ et ses tentatives repoussées . par la force; aussi ce fut contre Hull que se dirigea la première explosion de sa colère et de ses armes.
Le Roi marcha d'York à Beverley , ville située à six milles de Hull ^ avec une armée de trois mille hommes de pied et de mille chevaux. Il espérait que sir John Pennington ^ avec quelquesuns de ses vaisseaux ^ fermerait les passages de la mer et empêcherait que Hull ne fût ravitaillé par cette voie. Le comte de Warwick , en s'em- • parant de la flotte ^ déjoua cette espérance ; mais le Roi 9 qui n'en était pas informé^ résolut d'assiéger Hull par terre y et défendit^ sous peine de mort 9 qu'on y fît passer aucun convoi. U employa beaucoup de soldats à ouvrir des tranchées pour détourner les courans d^eau vive qui se rendaieat à Hull y et envoya deux cents chevaux dans le comté de Lincoln , sous les ordres de lord Willouf;hby9 fils du comte de Lindsey, et de sir Thomas Glenham 3 pour arrêter tous les secours qui pouvaient venir de Burton sur l'Humber.
Sir John Hothaia , voyant les mesures du Roi y et iaformë qu'il était en personne à une heure et demie de marche de la ville^ lui adressa d'abord d'humbles pétitions^ par trois messagers successifs que le Roi fit arrêter. Il convoqua ensuite un con^ ^U de guerre 9 où Ton débattit la question de savoir si on ne laisserait pas l'ennemi s'approcher de la place avec ses troupes , en s'abstenant de l'écarter par les batteries des remparts > jusqu'au moment oii la marée serait parvenue à toute sa hauteur^ pour lâcher alors les écluses et noyer l'armée qu'on redoutait. On se décida pour le parti plus doux ^ d'ouvrir sur-le-champ les écluses , à Ift^siveur d'une marée de printemps, et d'inonder ain9i d'avance tous les environs de HuU. Mais sir John Hotham^ avant d'exécuter cette mesure, m fit avertir les propriétaires d'alentour , et leur donna le temps de mettre à l'abri leurs bestiaux et leurs meubles , les assurant que le parlement les indemniserait de toute autre perte y sur les biens des personnes qui avaient activement seconde le Rot dans ses desseins.
Sir John écrivit au parlement pour l'infornier de la situation où se trouvait la ville , demandant seulement , ^n qu'on pût lui accorder promptement sa demande y un secours d'argent et de iri-* vres y et 5oo hommes. Le parlement fit battre le tambour à Londres et dans les lieux adjacens y pour rassembler les. soldats et les envoyer par iner
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à Hull. Les chambres demandèrent au comte de Warwick d'envoyer, des Dunes à Hull, deux vaisseaux du Roi, pour les mettre aux ordres de sir Johtty afin qu'il s'^i servît de la manière qui serait le plus utile , et sir John Meldrutn , gentilhomme écossais , officier plein de courage et d'expérience , fut nommé pour seconder sir John Hotham dans cette partie du service.
L'armée du Roi n'espérait pas emporter la place de vive force; elle ne faisait ses approches qu'avec de grandes difiicultés et beaucoup de désavantages, et presque toujours la nuit. Ge fut dans l'obscurité qu'elle brûla deux moulins aux environs de la ville* Les assiégeans eurent enfin re-* cours à la ruse , et , ayant dans Hull des gens prêts à seconder leurs desseins, ils les engagèrent à no^tre le feu en quatre endroits , et pendant que les soldats et les habitans seraient occupés à l'éteindre, deux mille hommes de l'armée du Roi devaient attaquer les remparts. Les. gens de la ville qui étaient entres dans le complot,, devaient être avertis , du dehors , par un feu allumé sur le couvent de Beverley , du moment oîi tout serait préparé pour l'assaut , et c'était alors qu'ils devaient commencer l'incaadie. La trahison fut dÀM>uverte par un des complices qui l'avoua à sir John Hotham. Les barques et les bateaux placés, sur la rivière d'Humber, rendirent de nombreux services.
Les habitans de la banlieue de HuU furent si irrités de la trahison qu'avaient voulu entreprendre contre eux leurs ennemis y que, toujours plus animes y ils s'enrôlèrent tous dans l'armée de défense ; en sorte que les murs de la ville ne pouvaient plus les contenir. Cinq cents hommes, conduits par sir John Meldrum , firent , à la fin de juillet^ une sortie contre les assiégeaos^ qui , les voyant approcher , se préparèrent à les recevoir courageusement; mais il ny avait qu'une petite partie des troupes du Roi qui fussent décidées à se battre; le reste ^ composé de la milice du pays, n'était pas disposé à en venir aux mains avec des voisins. La cavalerie du Roi et les plus déterminés de ses partisans, se voyant abandonnés par les gens de pied , se retirèrent aussi vite qu'ils le purerït à Beverley ; sir John Meldrum les poursuivit , en tua deux^ et leur fit trente^ prisonniers. Feu de temps après y quand les secours de Londres furent arrivés à HuU, sir John Meldrum^ à |a tête d'une troupe plus considérable ^ fit une si tei*rible sortie ^ur les assiégeans y qu'une grande partie se retira en désordre avec une perte de vingt-un hommes tués et quinze prisonniers. Sir John Meldrum poursuivit son avantage ayec tant de célérité y qu'il tomba tout à coup sur une ville ennemie appelée Alby y à trois ou quatre milles de Hull^ où les magasins du Roi étaient déposés
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dans une grange qui renfermait une grande quantité de munitions , de poudre , de balles et plusieurs machines employées à des ouvrages d'ar-p tifice. Sir John Fattaqua à Timproviste au milieu de la nuit, chassa la garnison, composée, pour la plus grande partie > de milices et d'autres habitans du comté d'York qui , ne se portant pas avec beaucoup de zèle à cette guerre, s'enfuirent le plus vite qu'ils purent , laissant leurs armes derrière eux. Sir John emporta avec lui une partie des munitions et les armes, et, mettant le feu à la grange , consuma la poudre , les ouvrages d'artifice et tout ce qu'il ne put emporter. Après quoi , il rentra à HuU sans accident.
Le Roi assembla un conseil de guerre qui, considérant le mauvais succès de ses premières démarches et . l'importance de ne pas perdre de temps , décida qu'on lèverait le siège de HuU , et qu'on continuerait à marcher en avant. Les principaux de ceux qui entouraient le Roi , rejetèrent leur défaite sur l'inhabileté de leurs capitaines campagnards et la lâcheté des milices. Le Roi aurait probablement obtenu de meilleurs succès , si sir John Fennington avait pu amener à son secours une partie de la flotte; mais le' comte de Warwick s'en était emparé , comme il est temps de le rapporter en détail.
Le comte de Warwick avait toujours eu tant de goût pour le service maritime , et montrait
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tant d'expérience dans cette partie^ que, comme c'était d'ailleurs iin homme de courage^ d'une vie religieuse (i) et d'une fidélité éprouvée aux intérêts de son pays ^ le parlement l'avait jugé , entre, tous les nobles de son temps ^ le plus propre à commander la flotte en qualité de lordamiral ; il l'avait donc chargé y en cette qualité 9 de l'importante affaire de l'organisation de la milice de terre et de mer.
Le Roi y de son côté 9 avait donné cet empl oi à sir John Pennington, long-temps vice-amiral, et qui avait obtenu des succès sur mer. 11 avait écrit au comte de Warvriek , lui ordonnant expressément de quitter le commandement. Le comte de Warwick, qui était àé]k venu prendre possession de la flotte y se trouva fort embarrassé entre ces deux ordres supérieurs. II assembla donc un conseil de guerre auquel il conununiqua l'ordonnance du parlement et la lettre du Roi; mais la conscience du comte lui ordonnait d'obéir plutôt au parlement^et il donna lui-mênte^ ^ans une lettre à un membre de la chambre des
(i) Ce que dit ici May, du caractère de lord Warwick , a cléjà été révoqué en doute dans une note précédente , d'après Clarendon, assez juste en général envers les personnes, qui connaissait lui-même le comte, et dont le témoignage est confirmé 9 en ceci , par plusieurs autres écrivains du temps.
( Note de r Editeur. )
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lords , les motifs de cette détermination* « Ea coiw « sidérant^ dit-il ^ la sollicitude que j'ai remarie qùee dans les parlemens de ce royaume pour le u hien et la sécurité du Roi , du pays et de chacun « de ses habitans , songeant de plus que les par- « lemens sont le grand - conseil par Fautorité « duquel les rois d^Angletwre se sont toujours (c adressés à leurs sujets ^ -je me suis déterminé à c< demeurer en possession de mon emploi jusqu'à « ce qu'il me soit ôté par l'autorité qui me l'a u confié* M
La plupart des capitaines prirent unanimeno^nt la même résolution que le comte ; cin^ seulement ^ savoir 9 le contre -amiral , le capitaine Fogge y le capitaine Baily , le capitaine Slingsby^ et le capitaine Wake s'y refusèrent, alléguant l'ordre qu'ils avaient reçu du Roi d'obéir à sir John Pen-^ nington, ^yL^il avait nomméamiralaulieu du comte de Northumberland. Ces cinq capitaines avaient réuni leurs vaisseaux en cercle pour se défendre contre le comte; mais il les fit environner , et, mettant à l'ancre autour d'eux, les somma de nouveau de se rendre* Trois amenèrent et se rendirent; deux seulement , le capitaine Sling$by et le capitaine Wake, tinrent Serme dans leur première résolution. Le comte fit pointer un canon contre eux, et, leur montrant le sablier,. leur envoya sa chaloupe et la plupart des chaloupes de la flotte, pour leur faire connaître le danger
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qu'ils couraient s'ils n'amenaient pas dans Fintervalle marque par l'écoulement du sable. Mais ils refusèrent si péremptoirement que les pilotes et les matelots^ s'échauffant contre eux^ montèrent à l'abordage > et ^quoiqu'ils n'eussent pas d'armes f saisirait ces deux capitaines armés d'épees et de pistolets /abattirent leurs mâts et leurs vergues f et les amenèrent tous deux au comte. Ainsi, par le surprenant courage de ces hommes sans armes 9 la chose se trouva finie sans aucune effusion de sang , au moment où le comte se préparait à tirer«
Peu de jours après ^ le comte reçut ^ par hasard, une nouvelle augmentation de forces; un grand et fort vaisseau du Roi^ appelé le Lion, qui venait de Hollande et disait voile vers Newcastle , ayant été mis en dangw par la tempête^ fut poussé dans les dunes. Le capitaine Fox , qui commandait ce vaisseau 9 salua le comte de Warwick, qui lui fit connaître l'ordonnance du parlement, en vertu de laquelle sa seigneurie deVait prendre le commandement de tous les vaisseaux ^ et le requit de s'y soumettre. Le capitaine refusa d'abord d'obéir à l'ordonnance^ et fîit^ en conséquence, entouré de tous cotés ; mais tous les officiers de son vaisseau se soumirent^ et abaissèrent leurs mâts et leurs voiles en signe d'obéissance. Ce vaisseau était très-considérable^ et portait quarantedeux grands canons de bronze. On prit ^ en même
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temps , un petit vaisseau charge d'excellente poudre. Le comte apprit , par quelques hommes de l'équipage du Lion^ qne le jeune prince Robert^ le prince Maurice , et plusieurs autres généraux y avaient eu lé projet de venir de Hollande sur ce vaisseau; mais^ qu'après avoir essuyé à la mer trois jours et trois nuits de tempête , ces deux princes malades et épuisés s'étaient fait remettre à terre en Hollande.
Lorsque le Roi fut instruit de la prise du Lion, il eilvoya demander au comte de Warwick^ par un message^ de le lui rendre avec tout ce qu'il contenait^ et de^le faire conduire à Scarborough. Mais le comte répondit que le parlement lui avait confié le commandement de la flotte ^ et que cevaisseau en faisait partie. Il suppliait donc humblement Sa Majesté de lui pardonner^ s'il ne pouvait le lui rendre sans le consentement des chambres. Il ajouta qu'il n'avait pas connaissance qu'il y eût sur ce vaisseau rien qui appartînt à Sa Majesté.
Il est temps de laisser le comte de Warwick à ses travaux maritimes^ pour revenir aux le^ vées et aux préparatifs militaires qui se faisaient sur terre ; car le moment fatal était venu ou ce long et ennuyeux combat de déclarations^ de pétitions et de proclamations, allait se changer en une guerre réelle et sanglante, et où la plume allait être secondée par l'épée.
Le 12 juillet 1642 , le parlement vota qu'il se-.
4oo HISTOIRE
rait levé une armée pour la sûreté de la personne du Roi et la défense du parlement. Ce fat ainsi qu'il s'exprima y (^sirant unir toujours ce qui semblait être séparé par tant d^éloignement et
mimitie.
Le comte d'Esses fiit nommé, par l'honorable et unanime consentement des deux chambres , général de ces armées et de toutes les troupes levées par le parlement. Il jura de vivre et de mourir pour cette cause.
Le comte d'Essex était un gentilhomme d'une réputation honorable et sans tache , d'une fidélité envers son pays et son prince au dessus de tout soup* çon. Quel que fût, dans les divers temps, l'esprit de la cour, il avait toujours servi honorablement les véritables intérêts du peuple anglais et de la religion protestante, et c'étaitdans cette vuequ'il avait pris parti dans la guerre palatine et s'était mis au service des Provinces-Unies ; de telle sorte que lorsqu'on chercha un lord auquel on pfût confier le commandement en chef, il ne parut pas qu'il pût y avoir la moindre incertitude; on peut dire de ce choix , comme Velleius Paterculus l'a dit d'un autre, non qucerendus erat quem eligerent aed eligendus qui eminehat.
Le parlement était alors fort en état de lever les troupes et de les bien équiper, au moyen desmonceauxd'argentetdevaisselle,entasséspourcetobjet à Guildhall , où ils s'augmentaient tous les jours
des libres contributions des amis du parlement. Ce n'étaient pas seulement les riches habitans de la cité et les gentilshommes voisins de Londres qu'on voyait apporter leurs gros sacs et leurs grandes pièces de vaisselle; mais les plus pauvres, comme la veuve de FÉvaDgile, apportaient aussi leur obole; si bien que les ennemis de la cause avaient coutume de dire , par moquerie, que c'était une levée de dés et d'aiguilles.
Le comte d'Essex s'occupait , avec beaucoup de soin et d'habileté, à lever son armée* Il voulut avoir autant de cavalerie qu'on en pourrait former, sentant bien que ce qu'il y avait de plus important pour lui , c'était d'aller à la recherche % des troupes du Roi, de les empêcherde piller le pays et de désarmer les comtés pour s'équiper. Si l'on considère la longue paix qui avait régné en Angleterre , et le peu d'armes alors en état , on peut dire que cette armée fut , non-seulement levée , mais équipée en très-peu de temps. Outre les lords envoyés en différens comtés pour organiser la milice, et qui levaient des troupes pour la défense des lieux oùl ils se trouvaient, plusieurs de ceux qui siégeaient à la chambre des pairs s'enrôlèrent dans l'armée du lord-général, et prirent des commissions de colonel. Le lord Roberts , le lord Saint-John , fils aîné du comte de Bolingbroke, le lord de Rochford , fils aîné du, comte de Douvres, et plusieurs gentilshommes I. 26
4o? mafoiRE
du pretnier rang dans la chambre des communes ^ prîreDt des commissions pour servir^ soit^àpied^ soit h chevaL Parmi eux se trouvaient sir John JVierric, qui lut fait sergeiit*-majoi^gënéral de l'armée j le lord Grey de Groofay, fils du comte de Stamford^ M* Don»! Hollis^ M. Hampd^i, sir Philippe Slapletoo, sir William Waller, sir James Luke 9 sir Henry Cholmley , M. Grantbam , M. Whitelocke , et plusteùrs autres. Beux joui*s après que le eomte d'Essex eut été liommé généralissime 9 le e^mta de Bedford fut fsiit général de la cavalerie (i)#
immm^-^^^9^ »i npi !■»■■»■ — t > ■ Hji.i» «■■■■p -m» )■■»■■■■
(i) C« fyt Id 2^ août (1642) f selon GUreadon , et le 22, srion Ru^hworth » que le Roi pkota son étendard k JVottÎDgham , el que fut ainsi déclarée la guerre civile. Les détails de cette cérémonie sont fort diversen^ent racontés. A en croire Rushworth , elle fut brîTIante ; un nombreux cortège de lovds , de gentilshommes et plus de 2,000 hommes de troupes y assistèrent. «< Aussitôt que l'étendard fut « dressé , dit-il > un héraut d'arme^ s'apprêta à lire une <( proclamation oii le Roi exposait les nécessités qui le cou-
M Iraignaient à cette démarche décisive Mais avant que
« les trompettes eussent sonné , le Roi demanda à revoir te cette proclamation et )a lut à part ; quelques passages pa- « raissaullui d^laire, il demanda une plume et de l'en* «( cre i raya de $a mai» plusieurs; mot^ et la reimt ensuite « a\k beravt qui la lui ayeç quelque peine ^ à causedes ra- « tures de Sa Majesté.» {Histoire parlementaire ^ tome 2 , col. 14^7. ) « L'étendard fut dressé, dit Clarendon, à six « heures du soir , après une journée sombre et orageuse , <« saai autre cétém<MÏé tpkt le roulement de quelques taœ-
DU LONG PARLEMENT. 4o5
« bours et le son de quelques trompettes. Les assistans ob- « servaient tristement de sinistrés présages. Il n'y avait pa^ « là un seul régiment d'infanterie ; les milices du comté j « convoquées par le shérîff, étaient les seules troupes qui « gardassent la personne et l'étendard du Koi. La procla- «( mation n'avait point attiré un grand concours de volon- « taires ; les armes et les munitions n'étaient pas encore « arrivées d'York ; une mélancolie générale enveloppait M toute la ville. L'étendard fut «enversé dans la nuit même 4c par un furieux ouragan , et il ne put être relevé qu'un « ou deux jours après. » ( Histoire de la Rébellion , tome 4 » page 258. ) William Lilly , dans ses Observations sur la vie et la mort du roi Charles , donne encore quelques détails nouveaux ou différens : « Les héraults qui se trouvaient auprès du Koi , dit-il , ignorant de quelle manière devait être dressé l'étendard royal , le suspendirent k une des tours du château de Nottingbam , dans l'intérieur des rentparts ; c'était là que le roi Richard III avait jadis planté le sien. Une violente tempête abattit pendant la nuit celui de Charles ; le Roi trouva mauvais qu'on l'eût placé en dedans du château. « Il fallait le mettre, dit-il , dans un « lieu ouvert ou chacun pût en approcher , et non dans une « prison. » Il le fit donc enlever et transporter hors du château , près du parc. Mais quand les hérauts voulurent l'enfoncer en terre , ils s'aperçurent que le terrain n'était qu^un roc très-dur. Avec leurs poignards et leurs couteaux , ils creusèrent un petit trou pour y fixer le pied de l'étendard ; mais il ne tint pas, et on fut obligé^ pendant quelques heures, de le soutenir à bras. Toutes ces drcon stances frappèrent dès-lors l'imagination des assistans, et ils en tirèrent de sinistres présages sur le sort de la guerre qui allait commencer. » ( Observations sur la vie et la mort du roi Charles^ par Will. Lilly, dans la Collection de M. Macères 9 etc. , tome i , page 176. ) ( Note de F Editeur. )^
ECLAIRCISSEMENS
ET
ECLAIRCISSEMENS
Sur r assassinat du duc de Buckingham. (l3 aSnt ffisS.)
« XL y avait on nommé John Feltoi» ^ iLOmiBe obscmr ^ éle? é dans le métier d« soM^t et nommé réosmm^mt lieatcnant d'une compagaie' 4e ^|ciui da pied* Son ci^itaûie ayaaa4 éta tiié lors de la'retraiie de Tileda Ré , il ^jenaa que lecoa»* mandameat de la campagiiie lui reveilait de droit , et le due de Budûngham f §)éfiéral de l'ermae, ayatit réfasd de laiiû. daanar , il tcmdit ia iioniaAiaaiati de lieutananl et qnkta le serfica. Il était d'im ^raclera mélàacali^e « et âe faifaiC gaère sociale avec peaoalie : il était eepaadaot d'iuie la-* wUe estittée daos h •demté 4e Soffolk ^ et jouissait d'mia fortune honnête. Depuis le moment qu'il avait quitté V$t^ mée , il a veÂt,lti|bité Lcisube» ;.c'était.alarsqae la GbaaaluAe des comviiiiies y emportée par saliaineec saspréyantioa» conlre. le duc 4e Backiugham , l'ayait accusé ^ déniant là obâiabre des paira, de .plosieuc» aotianS' cooft^bles et i«apilideiil<<9 « et , dans un discours tenu ji la chambre , il avait été désiginr cmaime la cause, de ton^ les Botann ^e iopArait le rojratdasi* et coinme ennemi pubUe.
« Il se répandit quelques copief de ce passais :'car on. nu se permettait pas encore f aîa^i q^'on Va^^t de{mtt peu ,
4o8 ÉGLÂIRGISSEMEJNS
d'impnmer tous ces discours séditieux. Celui-ci , et quelques accusations violentes répandues contre le duc de Buckingham dans le public , qui n'aimait pas ce grand personnage, produisirent beaucoup d'effet sur l'esprit du mélancolique FeltoH. Il fréquentait aussi habituellement les sermons de quelques prédicateurs populaires dans la cité ; et bien qu'ils ne fussent pas encore arrivés à ce degré de présomption et d'impudence qu'ils ont atteint depui», leurs prédications , réunies à ces autres causes , conduisirent par degrés Felton , comme il l'a déclaré dans un de ses interrogatoires, à croire que ce serait servir Dieu que de tuer le duc , ce à quoi il se résolut bientàt.
« n se munit simplement , pour ce meurtre , d'un couteau commun qu'il acheta chez le premier coutelier pour mt shelHng , et ainsi armé , il se mit en route pour Portsmouth où il arriva la veille de la Sâint-Barthélemj* Le duc j était occupé à faire préparer la flotte et Farmée avec lesquelles il comptait, peu de jour» après, aller en personne au secours de La Rochelle, alors étroitement assiégée par le cardinal de Richelieu. Le due était d'autant plu» oblige de secourir La Rochelle, que, lors de soor séjour à l'île de Ré, il en avait reçu d'abondans secours de vivres , que les Rochellois lui avaient même envoyé quelques compagnies de soldats , ce qui les afifaiblissait alors de toute manière et leur était fort préjudiciable.
M Le matin de ce jour de la Saint-Bàrthélemj, le duc avait reçu des lettres qui lui apprenaient que La Rochelle s'était délivrée par ses propres forces ; sur quoi il ordonna qu'on le fit déjeuner promptement , voulant se hâter d^aller porter ces bonnes nouvelles au Roi , alors à Southwick chez sir Daniel Morton , à cinq milles de Portsmouth. La chambre oii il s'habillait était remplie de mondée- ,. de gens de qualité et d'officiers de la flotte et de l'armée.
« Daas le nombre étaient M. de Soubise, frère du duc de
Kofaan ^ et plosiears autres gentilshommes français, qui attendaient avec un empressement inquiet l'embarquement de l'armée et le départ de la flotte. Ils étaient fort troublés et agités de la crainte que les nouvelles reçues le matin ne retardassent les préparatifs du voyage , que, dans leur impatience et leur intérêt , ils trouvaient conduits avec beaucoup de lenteur. Ils avaient donné beaucoup de raisons au duc pour le convaincre que cette nouvelle ne pouvait être vraie, et que c'était certainement un artifice des ennemis , dont l'objet était de refroidir la chaleur et le zële qu'on pouvait mettre à l'envoi des secours dont ils avaient tout lieu de craindre l'arrivée ; il n'était pas douteux qu'un retard ne les délivrât de la terrible appréhension qu'ils en avaient, en leur donnant le temps d'achever les forts et les ouvrages entrepris du c^é de la mer et dans le port, et qui étaient déjà presque finis.
« Ils parlaient, comme c'e&t la coutume des Français et l'accent de leur langue , avec un tel ton de vivacité et de véhémence , que ceux des spectateurs qui ne comprenaient pas le français , croyaient qu'ils étaient très en colère et maltraitaient le duc de paroles. Lorsqu'il fut habillé et qu'on l'eut averti que son déjeûner était prêt, il s'achemina vers la porte , et tandis qu'il marchait , au moment oii il s'était tourné pour répondre à sir Thomas Frier , colonel de l'armée, qui lui parlait à l'oreille, il fut soudainement frappé pai^essus l'épaule* d'un coup de couteau dans le sein. Itne dit que ces mots : « le scélérat m'a tué ; m et aussitôt, arrachant lui-même le couteau, il tomba mort. Le coup lai avait percé le cœur.
Personne n'avait vu ni le coup , ni l'homme qui l'avait porté ; mais, dans le désordre oii l'on était , chacun formait sa conjecture et la donnait pour réelle. La plupart se réunissant à penser que le coup avait été fait par les Français qu'on croyait avoir entendu parler au duc avec beaucoup
4iO ÉCLAIRCISSEMENT
de colère , ce fut «ne sorte de miracle qa'oa ne les tait pas tous sur-le-champ. Ils furent sauvés par quelques personnes plus calme», également persuadées de Wwr erixiey mais qui les réservaient pour nn procès et me punition judiciaires
« Ou trouTa à terre, près de la porte et an mitien de la foule , un chapeau , dans Finténear dnqncl était consn à la forme un papier sur lequel étaient écrites qoatve on cioq lignes de cette déclanratioil de la chasabre des communes dans laquelle on désignait le duc oomme un enntRmi du royaume ; au-dessous , étaient écrites une ou de»t excla«mations dévotes en ferme de prière, il îmi aisé de conclure que le chapeau appartenait an meurtrier ; mais tl n'en était pas plus aisé de deviner qsi ce pouvait être ^ car récrit n'apprenait rien à cet égard , et qi|i que ce fàt, on devait croire qu'il s'était éloigné le plus vite cps'il avait pu pour n'eire p» trouvé sans chapeau.
w Dans ce désoidre , tandis que l'nn courait d'un cété et l'autre d'un autre ^ on vit un homme se pronaoner sans chapeau et d'un air très-calnae devant la porte; sur qiaM quelqu'un cria y « voilà celui qui a lue le duc ; » et d'autres personnes accoumrent anasilàty demandant: Qui eal-ce? qui est-ce ? L'homme aans ^dwpean répandit tnes»4ranifmllement : • c'est moi. » Alors quelques-uns ées pins furien se jetèrent sur lui y l'épée une , pour le tuer ^ nsats d'antres y an moins anssi affligés de cette perte, et précisément ta «aîson de cela^ songèrent è sa défense. Quant k lui, les hras ouverts et l'air calme el serein ^ il oflicait sa poitrine à la fureur et aux coupe des plus enragés « aâmant mieua tomber, sur-le-champ, victime de leur ooèère*^ que d'être réservé a une sentence judiciaire qu'il se voyait des^né à suhsr^
« On le receamat bienlét ponr ce Feiion:doninoas «roas parlé; les plus censidéEahles de ceus qui se tramaient là, dont qoelqnes-uiK» étaient chargés de fonetœns poUifnes,
ET PIÈCES HISTORIQUES. 4i 1
e conânisIrentldaHS une chambre particulière , et , jugeant à propos de dissimuler d'abord , ils lui dirent que le duc était seulement dangereusement blessé y mais non pas sans espoir de guérison. Sur quoi Felton sourit , et dit qu'il savait bien que le coup qu'il avait donné devait avoir terminé toutes leurs espérances. On lui demanda ensuite, car c'était là surtout ce qu'on voulait découvrir, par quelle instigation il avait commis cette action horrible et maudite. Il répondit, avec une assurance surprenante, qu'on pouvait s'épargner la peine d'une pareille recherche; que personne au monde n'avait assez de pouvoir ou de crédit sur lui , pour être en état de l'engager , ou de le disposer à une action de ce genre ; qu'il ne s'était confié de son projet ni de sa résolution à personne ; qu'il s'y était porté de son propre mouvement et d'après l'impulsion de sa conscience; que l'on connaîtrait ses motifs , si Ton trouvait son chapeau dans lequel il les avait écrits , pensant qu'il périrait probablement dans cette entreprise. Il avoua n'être arrivé à la ville que le soir précédent , et avoir gardé la chambre afin de n'être vu ni remarqué de personne. Il s'était rendu le matin à la demeure du duc oii il avait attendu qu'il sortit , et ayant reconnu, par le mouvement qui se faisait au dedans, qu'il allait sortir , il s'approcha de la porte comme pour lever la portière , et comme sir Thomas Prier s'étant mis à parler au dnc^ ainsi qu'on Ta dit , le duc, qui était befiucoup plus grand que lui , se pencha de son côté , Felton saisit ce moment pour le frapper par-dessus l'épaule.
« Il parlait très-Hbrement de ce qu'il avait fait , et supportait les reproches qui lui étaient adressés avec la tranquillité d'un homme qui croit n'avoir rien à se reprocher ; mais après avoir été quelque temps en prison , oii il fut traité, non-seulement sans aucune rigueur, mais même avec beaucoup d'humanité , il parut changer de sentiment , et se conduit avilit et pendant son procès , qui eut lieu
4i2 ECLAJ^RCISSEMENS
quatre mois après , & la cour du banc du Roi , avec beai:»' coup de modestie et de singulières marques de repentir ; disant qu'il était convaincn en conscience que son action était criminelle , et demandant pardon au Roi , à la duchesse, et à tous les serviteurs du duc qu'il reconnaissait avoir offensés» Il demanda instamment aux juges, qu'avant de le mettre à mort on lui coupât la main qui avait exécuté cette action impie. » {Histoire de la RëbelUon y par Clarendon , tome i y pages 4^^ — 5i. )
Sur le procès et l'exécution du comte de Strqffbrd, (22i mars —-12 mai 1641 0
« On désigna le temps et les lieux du procès du comte , et la salle de Wesminster fut préparée pour cet objet. On n'a jamais vu , ni là ni ailleurs , un tribunal plus solennel et plus majestueux. Au milieu de l'amphithéâtre , vers le bas , sur des bancs couverts de drap écarlate , siégeaient les lords, vêtus de leur robe de pairs, le visage levé. A leur tête et en face d'eux , était assis sur son siège le comt^ d'Arùndel , fait j à cette occasion , lord grand-maître de la maison du Roi. Le comte de Lindsey , orateur de la chambre des pairs , fut fait , pour le temps du procès , lord grandconnêtable d'Angleterre , et chargé des dispositions nécestoires.
« On éleva , des deux cotés de la salle , des échafauds , au bas desquels s'assirent les membres des communes , dé*converts , comme formant le comité général de la chambre , et parmi enx s'assirent plusieurs centaines de spec-* tateurs.
Derrière les pairs et vers l'extrémité la plus élevée, on avait placé , pour le Roi , un siège couvert d'un drap royal , élevé sur un degré ; de chaque côté de ce siège , sous un dais i était une galerie fermée , pour que le Roi , la reine et le prince pussent y être en particulier.
«c A l'extrémité inférieure du dais était un échafaud sur lequel se plaçaient ordinairement les dames de qualité, et à droite vers le bas , à la même hauteur que les lords , était un espace réservé aveè des séparations pour le comité du parlement. Derrière, était une porte conduisant k une
4l4 ECLAIRGISSS1I1EN8
chambre oti le comité pût se fetifer pour conférer quand l'occasion l'exigerait.
« Près de la place réservée an comité , était celle du comte de Strafford , et à côté de loi un siège pour le lieutenant de la Tour. Il j avait aussi deè placés pour les secrétaires dn comte et pour ses conseils, afin <|u'ils pussent être près de lui.
« Les canons de l'ÉgUse interdisant an! évéques Fassistance en cas de sang eu de mmrty ils vm parurent p^nt an procès.
« Ce fut le lundi , dii mars i64i «'lue le €S»mte c«MB|iàrBt pour la première fois. I> Koi , la Reine et le prîoce étaient présens , ainsi qu'un grand nombre de l^rds étraifgfers à la chambre , et beaucoup de dames. Les pairs étaien<l vêtu» de leur robe et sur lenr siège ; et les échafauds étaient %éVf** Terts à^B membres de la chambre des coitimunetf et d'un grand nombre de speqtateurs confondus avec eux.
« Le comte fut conduit à la barre par le Hemtanànt de la Tour. Il était vêtu de noir , et portait son St. Georges atta-^ ché à son cou par une chaîne d'or ; dans son uNiHilièft paraissait une mâle trisleftiet son extérieur était convenable; il était un peu courbé par l'effet de la mauvaise sanlé an l'habitude de son corp». Toutes se» action» avaient de Id grâce, et ses discours étaient remplis de force et d'agrénaent*
«c Le lord grand-maître lui déclara qu'il était appelé peur répondre à l'accusation de haute trahitoil portée coâtre lui par les communes d'Angleterre et d'Irlande. Alors on lui son accusation , et ensuite sa réponse \ puisf caœikiela jauf néa était avancée , la cour se sépara^
«c Le lendemain, M. Pjrita fit un diic^rs plein d'esprit etde rhétorique pour servir de préliminaire aux articles- de Vmc*' Cttsation^ M. Glynn fat chargé de soutenir les sept premiers, et de prouver que le cémte avait voulu renverser lee loit fondameaitale» d'Angleterre et d'Irlande. .
ET PIÈGES HISTORIQUES. 4i5
« Oa produisit easuîte un papier cacheté, qui, ajaii4 été ouvert et lu , fut reconnu pour un écrit envoyé du parr« lement d'Irlande , et portant que les communes de ce royaume avaient déclaré le comte coupable de haute trahison.
« LeconAte alors s'écria avec emportement qu'il y avait une conspiration contre lui pour lui oterla vie.
« Le comité de la chambre des communes prit acte de ces paroles » et demanda aux lords qu'il leur fàt fait justice du comte , qui , chargé de haute trahison , accusait le parle-* ment des deux royaumes d'une conspiration contre lui.
ic Sur quoi le comte , tombant à genoux ^ demanda humblement pardon de cette expression inconsidérée., protestant sincèrement qu'il n'avait point entendu parler de l'un ni de l'autre parlement, mais seulement de quelques per-* sonnes en particulier. Ainsi la chose fift laissée de coté.
« Ensuite , le comité présenta aax lords trois nouveaux articles à ajouter à l'accusation , et demanda que le comte y répondit immédiatement ; à quoi le comte fît observer que la poursuite étant close , il espérait qu'on ne l'obligerait pas a répondre ainsi à des charges incidentes et inattendues , sans avoir eu un temps convenable pour «'y préparer. Mais les lord» ayant trouvé que les articles n'étaient pas d'une grande importance, le pressèrent de répondre snr-lei-champ, ce qu'il fit aussilàt.
« Le 24 mars, le comité contmaa à soutenir les articles de l'accusation, et lorsque G4ynn eut soutenu ceux dont il était chargé, Maynard procéda aux articles suivants; et, après lui, M. Pal mer fut chargé de scnitenir ceux qui venaient ensaite, d'appuyer sur les causes aggravantes , et de faire ressortir les preuves ; ce qu'il poursuivit jusqu'aux sept derniers articles exclusivement , que Wfaitelocke devait soutenir.
« Les articles dont fut chargé Whitelocke étaient d'une haute importance ; quelquei^ uns, particulièrement le vingL-
4l6 ÉGLAIRGISSEMENS
quatrième, avaient rapport au projet de faire passer en Ecosse l'armée alors en Irlande j pour la conduire de là en Angleterre , afin de soumettre ce royaume.
« Whitelocke ayant conféré avec sir Henri Yane le père, et quelques autres témoins , relativement à cet article, et jugeant que les témoignages qu'ils avaient à produire n'étaient pas suffisans pour fournir la preuve de cette accusation , pensa qu'il n'était pas honorable pour la chambre des communes de soutenir un article dont on ne pouvait fournir clairement la preuve. Il proposa donc au comité de l'écarter de la procédure.
« Le comité fut de son avis; mais sir Walter Earle ayant entrepris de le soutenir, on le lui abandonna. En conséquence , Whitelocke , après avoir | soutenu le vingttroisième article, s'assit, et sir Walter Earle commença, avec beaucoup de gravité et de confiance , à appuyer sur le contenu du vingts-quatrième article , sur les dangereuses conséquences et la haute criminalité des faits qui y étaient renfermés , et il fit appeler les témoins pour prouver les détails de l'accusation qu'il avait amplement développée.
« Quelques-uns des témoins ne se trouvaient pas alors en Angleterre. Ceux qui comparurent, après avoir été admis au serment , palpèrent d'autres choses que de ce dont il s'agissait, et ne prouvèrent nullement les faits contenus dans l'article ; en sorte que le chevalier devint fort pâle , et perdit tout-à-fait contenance. Mais le comte de Strafford qui ne négligeait rien de ce qui pouvait servir à sa défense, s'étant levé de son siège, fit une profonde révérence aux lords, comme il avait coutume , et parla en ces termes.
« MlLORDS,
« Je suis un pauvre gentilhomme, prisorinier à votre u barre ; l'accusation portée contre moi a été soutenue par »< plusieurs personnes versées dans la science des lois , très-
« habiles à plaider, puissantes en raisonne mens, et par pi u- « sieurs aulres nobles personnes douées de beaucoup de ta- « lens et d'éloquence; J'avais bien espéré que les choses ti- H< raient à leur fin. Mais voilà , maintenant, niilords, que , (( déjà fatigué , je vois tomber sur moi un nouveau et puissant « orateur j et que ce noble cheyalier vient m'accabl'er d'un « fardeau, en vérité ,. bien pesant, et exposera ma charge « des crimes plus odieux qu'aucun de ceux dont m'ont « accusé tous les gentilshommes venus avant lui. '
« Le savant gentilhomme qui a soutenu contre moi les « derniers articles s'est assis, lorsqu'il est arrivé à cet ar- « ticle vingt-qualrième , et a paru lé rejeter ; et cependant il « n'a rien laissé à dire de ce qui pouvait être dit d'important. « Mais le noble chevalier va plus loin que tous les autres, « plus loin que l'article même j il me reproche des choses u qui n'y sont pas contenues, des choses impossibles; c'eût tt été vraiment un miracle qu'il parvînt à les prouver. Mais te j'en demande humblement pardon à vos seigneuries, « comme je ne veu^ pas prendre mal à propos votre temps, « je vous dirai seulement que lorsqu'on ne - prouvé rien « contre moi , la sagesse et la justice de vos seigneuries <c n'exigeront certainement pas que je me défende. » ' Lorsque lé comte se fut rassis , le lord Digby se leva , et, dans un discours ingénieux et plein d'éloquence, désavoua sir Walter Earle , priant leurs seigneuries de pardonner cette méprise , et disant qu'on n'avait pas eu l'intention de soutenir cet article ; ce qui était évident , puisque le gentilhomme qui avait soutenu les précédens s'était abstenu de parler sur celui-ci.
« Il demanda que ce vingt-quatrième article fut mis de coté, et que leurs seigneuries n'eussent plus à s'occuper , sur ce point , de l'attaque ni de la défense , mais qu'elles voulussent bien regarder ce qu'avait dit le noble chevalier comme une pure superfétation.
4i8 ËCLAIRGISSëSIENS
« Lorsque lord Digby eut cessé de parler, Whitelocke se leva ; et après que les sourires eurent cessé, il procéda à soutenir le vingt-cinquième article. La Reine, qui était présente au procès , demanda le nom de ce chevalier qu'avait relevé lord Digbj, et comme on lui eut appris qu'il s'appelait sir Walter £arle, elle dit que le chien d'eau (i) aboyait et ne mordait pas , mais que les autres mordaient serré.
« Le comte de Strafiford , en parlant des- commissaires qui avaient soutenu l'accusation contre lui , et particulièrement des jurisconsultes, dit à un de ses amis que Glynn et Maynard s'étaient conduits avec lui en avocats; mais Palmer et Whitelocke , en gentilshommes ; et que cependant ils n'avaient rien omis d'important de ce qui pouvait être dit contre lui.
« Lorsque les commissaires eurent épuisé les articles de l'accusation, ils demandèrent que si le comte avait quelque chose de plus à dire pour sa défense , il eût la liberté de parler. Le comte obtint avec peine jusqu'au lendemain matin.
« Le lendemain, les deux chambres étant réunies, le lieutenant de la Tour les informa que le comte avait été extrêmement mal la nuit précédente , d'une violente attaque de la pierre, et n'était pas en état de sortir ce jour^là; il priait donc humblement leurs seigneuries de le dispenser de com* paraître.
« En conséquence , on s'ajourna au lendemain matin ; et dans l'après-midi, quelques lords furent envoyés par la chambre , pour savoir dans quel état se trouvait le comte. Ils le trouvèrent un peu remis, et espérant pouvoir se rendre à la chambre le lendemain.
« La chambre se réunit donc de nouveau le lo avril, et
(i) Jeii de mou sur le nom du chevaUer Walter , ff^ater-Dog,
les commuDes demandèrent la permission de produire de nouveaux témoignages à l'appui du vingUtroisiëme article. Le comte demanda la même permission pour lui-même , et pria qu*on reçût quelques témoignages en sa faveur , qui n'avaient pas encore été produits. Le comité s'y opposa ; mais les lords ayant trouvé la chose juste, après une chaude discussion , les communes se levèrent mécontentes , sans même assigner un jour pour une nouvelle réunion.
« Le 12 avril, k la chambre des communes, M. Pym pro* duisit un écrit contenant quelques notes prises par le secrétaire d'État Yane , relativement à quelques-unes des opinions émises au conseil du Roi.
«( y<»ci comment cet écrit avait été découvert : tt Le secrétaire d'Etat Yane, étant à la campagne, écrivit à son fils, sir Henri Yane, alors à Londres, et lui envoya la clef de son cabinet , pour que son fils cherchât dans son bureau et lui fît passer quelques papiers dont il avait besoin.
« Le fils , cherchant parmi les papiers dé son père, tomba sur ces notes , qui lui parurent d'une telle importance pour le public , et tellement k la charge du comte de StrafFord , qu'il se crut, en son devoir et conscience, obligé de les faire connaître.
c< Il les montra à M. Pym , qui le pressa vivement et obtint de lui d'en faire usage contre le comte de Straiïbrd , comme d'une pièce matérielle et de la plus grande conséquence dans cette affaire.
« Les notes furent donc produites à la chambre des communes, et le furent également dans l'après-midi, k une conférence avec les lords. Le lendemain, le comte ayant été amené à Westminster, et les deux chambres réunies , les notes furent lues publiquement. Le titre en était : Point de danger à faire la guerre à VEcosse, si on la fait offensive et non défensive.
420 ÈCLAIRCISSEMENS
Suivaient les opinions ées interlocuteurs. . <i L, R» C, (Le roi Charles.) Gomment pouvons-noûs en-» treprendre une guerre offensive ^ si nous n'avons pas plus d'argent?
N Le L, lieutenant d*/. (Le comte de Strafford.) £m« pruntez cent mille livres à la cité , poussez vigoureusement la levée de la taxe des vaisseaux ; Votre Majesté a éprouvé l'affection de son peuple, elle est maîtresse de se délivrer de toutes les règles prescrites au gouvernement. Votre Majesté a essayé de tous les mo^ns; elle a été refusée; elle est ab* soute devant Dieu et les hommes ; vous avez d'ailleurs une armée en Irlande que vous pouvez employer à soumettre ce royaume (i) , car je suis sûr que les Écossais ne peuvent tenir cinq moi».
Il Le L. A. (L'archevêque Laud.) Vous avez essayé de tout; on vous a tout refusé; n'est^il pas ^gitime d'employer la force?...
« L, Cot. (Lord Cottington.) Il faudra faire des alliances dans l'étranger pour la défense du royaume. La chambre basse est lasse du Roi et de l'Église ; dans cette inévitable nécessité , tous les moyens sont borA» pour lever de l'argent; et il faut les employer, car ils sont légitimes.
« Le L, A. Seulement pour une guerre offensive; mais non pas pour une guerre défensive. ^
« Le L. lieutenant <VL La ville est pleine de lords , organisez la commission d'enrôlement , et si quelqu'un d'eux s'avise de bouger, nous l'en ferons repentir. »
« A la lecture de ce papier le comte répondit : « qu'il était « bien rigoureux de poursuivre comme trahison les opi-
(i) And ynu haue an army in Ireland thatyou may employ to reduce this Kingdom to obédience. La phrase qui suit celle-ci et l'objet de la discussion indiquent que ces mots , tkis Kingdom , s^appliquaient à rÉcossc et net à FAugl^terre^ (iVate de P Editeur, >
ET PIÈCES HISTORïQDEa 43i
« nions et les discours proférés par les conseillers privés , % dans une discussion du conseil.
« Quant à ces mots, que le Roi a une armée en Irlande « poux soumettre ce royaume, i**. Ils ne sont prouvés , dit V le comte , que par le témoignage d'un seul homme , le se- •c crétaîre Vane ; ce qui ne suffit pas devant les tribunaux « en matière de dette ; à plus forte raison , lorsqu'il s'agit « de la vie et de la mort.
« 2®. La déposition du secrétaire est extrêmement dou- « teuse. Dans ses deux premiers interrogatoires , il n'a pu se « rappeler aucune parole de ce genre. Dans le troisième, il M n'a rien pu affirmer de positif, si ce n'est qu'on avait dit ces « mots, ou quelque chose de pareil ; mais les mots peuveijt « se ressembler par le son et avoir un sens trcs-difFérent.
€€ 3". Il n'y avait de présens au débat que huit conseillers tt privés; deux d'entre eux, le secrétaire d'Etat Win- H debank et l'archevêque Laud , ne peuvent être produits « comme témoiiis. Le secrétaire Vane affirme que j'ai dit «c ces paroles ;. ^e le nie. Il reste donc quatre témoins, le « marquis de Hamilton , le comte de Northumberland , le (c lord trésorier et le lord Cottington. Ils ont tous déclaré sur «c leur honneur qu'ils n'avaient jamais entendu proférer « ces paroles ni rien de pareil.
€€ 4°' Supposé que je les aie dites, ce doot je ne conviens. « pas, le mot, ce royaume, ne peut raisonnablement s'ap- « pliquer à l'Angleterre; tout le mpndç en çonvij&nt, car « l'Angleterre , ainsi que Ta déclaré le comte de Clare, n'é- M tait pas, en état de désobéissance , et d'ailleurs les Iprds « du conseil peuvent attester qu'on n'a jamais evk l'intenu tion de faire entrer l'armée en Angleterre. »
« Ce papier , d'une si grande importance , disparut peu après du comité des communes ; et d'après la réponse du comte on avait lieu de supposer qu'il lui avait été envoyé par quelqu'un des commissaires.. Whitelocke étant alovs
président du comité et chargé de la garde des papiers , le soupçon de cette trahison tomba particulièrement sur lui.
« Quelques recherches que Ton pût faire , le papier ne put se retrouver. Whitelocke, averti du moment oii il avait manqué, fît observer que dans la multitude des papiers qu'il avait en garde, il ne lui était pas aisé de s'assurer s'ils avaient toujours été rendus, lorsqu'on en avait retiré quelqu'un pour le produire ou pour s'en servir.
« Il ajouta qu'il n'avait jamais montré ce papier à personne , si ce n'est aux commissaires , et qu'il ne savait pas entre les mains de qui il était, ni ce qu'il était devenu; que ce n'était pas lui qui l'avait soustrait , qu'il ne savait nullement qui avait pu le soustraire. Cela ne servit de rien, et il fallut informer la chambre de la disparition du papier. Elle ordonna que chacun des membres du comité fût sommé de protester solennellement devant la chambre qu'il n'était point l'auteur de la soustraction , et ne savait ce que la pièce était devenue.
« Tous le protestèrent , et lord Digby plus fortement et avec plus de violentes affirmations que les autres. Cependant ensuite , à la bataille de Nasebj , les papiers du Roi ayant été pris , on y trouva une copie de ces notes , écrite de la main du lord Digby ; en sorte que Whitelocke fut justifié et que l'on sut par qui le papier avait été envoyé au Roi et de là au comte de Stra£ford.
« Lorsque le comte eut répondu aux preuves additionnelles , le lord grand-maitre lui dit « que s'il avait quelque chose de plus à ajouter pour sa défense , il fallait qu'il le dît de suite , parce que la cour entendait disposer les choses pour un prompt jugement. »
« Sur quoi le comte résuma en peu de mots les différentes parties de sa défense et termina ainsi :
« Il est dur de se voir poursuivi d'après une loi qu'on ne « peut vous montrer nulle part ; oii donc s'est caché tant de
siècles ce feu étouffe sous la cendre, sans qu'aucune fumée le fit découvrir, et qui éclate tout à coup pour me consumer moi et mes enfans ?
« Il est extrêmement dur de voir la punition précéder îa promulgation de la loi , et d'être puni d'après une loi postérieure au fait qu'elle condamne. Quel homme peut se croire en sûreté , si l'on admet un pareil exemple? « Milords , il est bien dur encore , sous un autre point de vue , de n'avoir reçu aucun signe à quoi nous pussions reconnaître cette offense, aucun avertissement qui pût nous servir à l'éviter. Si un homme passe la Tamise dans un bateau et se brise sur une ancre qui ne lui a été indiquée par aucune bouée flottante à la surface de l'eau , celui à qui l'ancre appartient sera puni ; mais s'il a fait flotter une bouée, chacun passera à ses risques et périls, tt Milords , veuillez avoir cet égard pour la pairie d'Angleterre, de ne point vous exposer vous-mêmes à ces accusations hypothétiques , à ces interprétations constructives de la loi ; si l'on veut faire d'un procès un exercice d'esprit , qu'on lui donne quelque autre sujet que la vie et l'honneur des pairs.
«c Ce sera sagesse à l'égard de vous-mêmes , de votre postérité et de tout le royaume , de jeter au feu ces sanglans et mystérieux recueils de trahisons constructives et arbitraires , comme les premiers chrétiens brûlèrent les livres relatifs aux arts de pure curiosité , et de vous en tenir à la simple lettre de la loi et des statuts, où nous apprenons ce qui est trahison et ce qui ne l'est pas , sans avoir l'ambition de devenir , dans l'art de tuer , plus sayans que nos ancêtres.
« Voilà 240 ans entiers qu'aucun homme n'avait été atteint avant moi par le crime de trahison à ce degré. N'éveillons pas, pour notre perte, ces lions endormis, en tirant de la poussière ce petit nombre de registres
424 ECLAIRCISSEMENS
<i moisis, oubliés , ou négligés le long des murailles pendant « si grand nombre de générations.
« Qu'il plaise à vos seigneuries de ne point ajouter à mes H autres malheurs, celui de donner un précédent aussi fâ- K cbeux que le serait celui-ci par ses conséquences à l'é- <c gard de tout le royaume. Ne blessez pas , à travers mon K coi*ps , les intérêts de la chose publique ; bien que ces <c messieurs assurent qu'ils parlent pour la chose publique , « c'est moi qui , dans cette occasion , parle véritablement « pour elle , et vous fais connaître les inconvéniens et les « maux auxquels on va l'exposer.
u Car , comme il est dit dans le statut du roi Henri lY , M nul ne saura plus que dire ou que faire , s'il a à craindre « de tels châtimens.
« N'embarrassez pas, milords, les ministres du gouveme- M ment dans de telles difficultés , que les homjnes sages , les « hommes d'honneur et de fortune ne puissent, en sûreté ù et tranquillité , s'employer aux affaires publiques. Si vous « pesez et mesurez leur conduite jusqu'au moindre graia <( et au moindre scrupule , les intérêts du. royaume seront « livrés à l'abandon ; nul homme , ayant quelque chose à (c perdre, -ne voudra s'en charger.
« Milords, je vous ai importunés plus long*temps que je H ne l'aurais fait , n'était ce que je dois à ces cbers gages (c que m'a laissés une Sainte, aujourd'hui dans le ciel (i)«» u A ces mots il s'arrêta un moment , laissa couler quelques larmes que lui arrachait ce souvenir , puis il reprit : <
« Me perdre moi-même m'est indifférent; mais, que les
« suites de mon imprudence s'étendent jusque sur mes en-
« fans, c'est là ce qui me déchire jusqu'au fond de l'âme.
« Pardonnez ma faiblesse ; j'aurais eu quelque chose en--
(i) Les enfans qu'il aiait eus de sa première femme Arabella HoIIis.
( Ifote de V Editeur, )
ET PIÈTCES HISTORIQUES. 4^5
« core à ajoater , mais cela m'est impossible ; qu'il n'en soit « donc plus question.
« Quant à moi , milords , j'ai été , par la grâce de Dieu j n instruit à penser que les afflictions de cette Tie présente K ne sont rien , comparées à cette éternelle masse de gloire « qui doit nous être révélée ensuite.
« Ainsi y milords , c'est en toute tranquillité d'esprit que « je me soumets volontiers à votre jugement , que ce soit un « jugement de vie ou un jugement de mort ; Te Deum lau-* « damus. » ' *
« Jamais y certainement , personne n'a joué un tel rôle et Syur lin tel théâtre, avec plus dé sagesse , de constance et d'éloquence , avec une plus grande force de raison , de jugement et d'empire sur soi-même , avec plus de grâce dans ses paroles et son maintien , que ne le fît ce grand et excellent homme ; tous ceux qui l'entendirent , si l'on en excepte un petit nombre , se sentirent le cœur touché de tristesse et de pitié. '
«r Lorsqu'il eut fini , Pym et Glynn s'appliquèrent à faire ressortir les circonstances aggravantes de ses offenses y et les cha mbres se sépa rërent .
« Les communes jugèrent à propos de justifier , en point de droit , l'accusation de trahison ; M. Saint-John, l'un des membi-es du comité , fit à cet effet un discours savant et travaillé.
« Il insista , entre beaucoup d'autres choses , sur ce que y dans le statut de la vingt -cinquième année du règne d'Edouard in,']e titre Trahison contient cette réserve» que , comme tous les genres de trahison ne peuvent être définis dans la loi , tout ce qu'à l'avenir le parlement déclarerait trahison f serait puni comme tel.
<c Le point de droit fut discuté pour le comte, par M. Lane; étaient aussi présens , M. Loe^ M. Gardiner et M. Lightfoot I également ses conseils.
4^6 ÉCLAIRGISSEMENS
« M. Lane répooclit sur le statut d'Edouard III , que c'était une loi déclarative et qui ne pouvait être appliquée par voie d'équité , de conséquence , ou de construction , mais seulement selon la lettre expresse ; que , comme c'était une loi pénale y elle n'admettait point la méthode d'induction; que le but des chàtimens élait de contraindre aux lois connues , non pas aux lois douteuses ou conjecturales.
« Quant à la réserve, il dit que, dans la sixième année Ju règne de Henri Y III , les lords avaient présente une pétition pour demander que les cas de trahison fussent 1.011s déterminés par un statut; et que, dans le parlement de cette année , un acte avait été fait , révoquant la réserve da statut d'Edouard III, et déclarant que rien ne serait tenupoor trahison quecequi était littéralement compris dans ce statut.
M A la suite de ce débat , on introduisit , dans la chambre des communes , un bill à^attainder contre le comte pour crime de haute trahison ; et , le bill discuté , on le vota coupable de haute trahison. Le 19 avril , ce bill devint l'occasion de trës-vifs débats.
« Lord Digby et plusieurs autres se prononcèrent hautement en faveur du comte et contre le bill; mais la chambre s'étant divisée le bill passa : cependant il y eut 69 voix contre. Cela arriva le 21 avril, et le même jour, dans l'après-midi , le bill fut envoyé à la chambre des lords.
« Le 24 3^'^^' t ^^^ lords jugèrent à propos de désigner un jour pour la lecture du bill à'attainder; et le 29 , par ordre de la chambre des communes, lord StrafTord présent, M. Saint-John soutint , devant les lords , le bill en point de droit , l'appuyant d'argumens et d'autorités.
« Le i^'^. mai , le Roi réunit les deux chambres du parlement , et leur demanda avec ardeur de ne pas procéder sévèrement contre le comte, disant qu'il répondait de lui, quant à la plus grande partie des points principaux de Taceusation ; qu*on ne pouvait^ en conscience ^ le condamner
pour haute trahisou, et que, ni crainte, ni aucune autre considération quelconque , ne pourrait le forcer à agir contre sa conscience.
« Il ajouta que, quant à la mauvaise conduite du comte, it en était si convaincu , qu'il ne le croyait pas susceptible d'être employé , par lui ou par l'État , dans aucune place de confiance , pas même celle de constable.
« Le 2 mai, qui était un dimanche, on prêcha, dans quelques chaires, la nécessité de faire actuellement justice de quelque grand délinquant ; et , le lendemain 3 mai , la populace , au nombre d'environ six mille , s'en vint en foule à Wesminster , armée d'épées , de bâtons et de marteaux , criant pour avoir justice du comte de Strafford , et prétextant la ruine du commerce et le manque de pain.
« La multitude s'adressa au comte de Montgommery qui lui donna de bonnes paroles et s'efforça de l'apaiser , ce qui est le meilleur parti à prendr)e dans les émeutes populaires. Cependant le peuple maltraita beaucoup quelquesuns des lords ; on afficha à Westminster les noms de tous ceux des membres des communes qui avaient voté pour le comte , et on les appela Straffordiens.
« Quelques-uns de ceux qui étaient nommés dans cette liste en informèrent la chambre comme d'une haute violation des privilèges du parlement ; mais , la chose étant regardée comme le fait de la multitude , on ne songea point à la punir. £n même temps que ces émeutes avaient lieu , on reçut la nouvelle de quelques manœuvres dans le nord pour débaucher l'armée anglaise , et la tourner contre le parlement.
« Sur quarante -cinq lords , vingt-six votèrent le comte coupable de haute trahison , sur le i5*. article , pour avoir levé de l'argent en Irlande , par force , et militairement ; et sur le 19*. article, pour avoir soumis les sujets d'Irlande à un serment.
4^8 ÊCLAIRCISSEMENS
« Lorsque ce bîH eut été passé par les lords , ils eurent une conférence avec la chambre des communes y et quelques lords envoyèrent un message au Roi pour lui demander sa réponse à cet égard, ainsi qu'à l'égard du bill pour la continuation du parlement, également passé parles deux chambres. Le Roi promit de répondre dans les deux jours.
« La présentation de ces deux bills mit le Roi dans une grande anxiété entre les clameurs d'un peuple mécontent et les troubles d'une conscience inquiète. Quelques-uns disent qu'il prit conseil de plusieurs des évéques et de ses autres conseillers intimes sur ce qu'il y avait à faire dans une situation si délicate , et que la plupart le pressèrent de consentir , d'après l'opinion des juges qu'il y avait trahison , et que le bill était légal.
« Ils insistèrent aussi sur les votes du parlement et dirent qu'après tout Strafford n'était qu'un homme , qu'il n'y avait pas d'autre expédient pour apaiser la rage du peuple, et qu'on avait tout à craindre d'une multitude furieuse.
« D'après tout cela , ils lui conseillèrent de passer les bills (r).
« Mais le motif principal qui détermina le Roi fut , diton , une lettre du comte de Strafford , dans laquelle ce noble comte , examinant toutes ces choses et ce qu'il y avait de plus avantageux dans ces circonstances difficiles , mettait la conscience du Roi à Taise , le suppliant humblement de prévenir les maux que pourrait causer son refus, et d'accepter le bill. « Ne permettez pas , disait-il , que je sois «( un obstacle à Theureux accord que Dieu, j'en ai la con- <t fiance , veut établir pour toujours entre vos sujets et « vous. Sire , mon consentement en ceci vous acquitte plus « que ne pourrait le faire le monde entier. Toute injustice
(i) LVvéqpe de Londres, Juxon , conseilla seul au Roi de n^écouter que sa conscience. ( IfoU de t Editeur. )
« est effacée par le consentement de celui qui Ta subie (i). » « Par tous ces moyens , et par quelques antres plus secrets y on persuada au Roi de signer une commission par laquelle il chargeait trois lords d'accepter le biil. La plupart de ses sujets et des étrangers s'étonnèrent merveilleusement qu'on eut pu le porter à y consentir.
« Apres avoir signé les bills , le Roi envoya au comte son 'secrétaire Carleton pour l'informer de ce qui s'était passé ,
(i) Voici la dernière partie de cette lettre vraiment admirable :
« Si je vous disais , Sire , que je nVpronve aucun combat , je me ferais moins homme que je ne le suis. Dieu connaît ma faiblesse j ee lorsque avec un cœur innocent , il s'agit d'appeler la destruction sur ma télé et sur celle de mes jeunes enfans , on peut croire qu'il n'est pas facile au moins d'obtenir , pour un tel sacrifice , le consentement dô la cbair et du sang.
<f Je me suis décide' cependant , et pour le parti que je crois le plus noble , et pour l'intérêt qui est incontestablement le plus grand ; car que devient un. particulier mis .en balance avec votre personne sacre'e et l'État tout entier ?
«c En deux mots , sire , je rends à votre conscience sa liberté. Je supplie humblement Votre Majesté de prévenir, en signant mon arrêt de mort , tous le» maux que pourrait entraîner un refus ; et cet obstacle ( que je ne veux pas même maudire , mais que je puis au moins dé' plorer) étant une fois écarté du, chemin qui peut vous conduire aux bénédictions de la paix , j'espère que le ciel la maintiendra pour toujours entre vous et vos sujets.
' a Sire, mon consentement vous acquittera plus devant Bien que tout ce que pourrait faire le monde entier. lïul traitement n'est injuste en-r vers celui qui veut le subir. Je pardonne à tout le monde , non-seulement'avec calme, mais avec la douceur d'une satisfaction infinie pour mon &me prête k quitter sa dépouille mortelle; et pour vous ^ Sire, je donne ma vie périssable avec toute la joie possible , comme un, juste retour pour vbs excessives faveurs. Qu'il vous plaise seulement jeter, un regard- de bonté sur mon pauvre fils et sur ses trois sœurs , mais. seulement en raisgn.de ce que leur péré , aujourd'hui si infortuné y paraîtra dans la suite avoir été innocent ou coupable. »
(iVbïa de r£diteur^}
43o ËCLAIRCISSEMENS
et lui ea donner les raisons , qu'il fonda principalement sur le consentement du comte. Celui-ci demanda au secrétaire si réellement le Roi avait ou non passé le bill, comme ne pouvant croire, sans quelque étonnement, que le Roi Teùt fait; et lorsqu'il fut assuré qu'il l'avait passé , il se leva de son siège, leva les yeux au ciel, posa sa main sur son cœur, et dit : <« Ne « mettez pas votre confiance dans les princes ni dans les « eâfans des hommes; car il n'y a point en eux de salut. »
« Il arriva , comme dans toutes les grandes affaires , que le Roi fut fort blâmé pour avoir passé ces deux bills , l'un contre son plus fidèle serviteur, et l'autre contre lui' même.
« Il en eut certainement de grands remords , et le lendemain , il envoya aux lords , par le prince , une lettre écrite en entier de sa main, les priant de conférer avec la chambre des communes pour épargner la vie du comte , ce qui lui serait une haute satisfaction.
« Quelques-uns n'ont pas hésité à dire que cela lui avait été promis avant qu'il signât le bill è^attainder , et pour l'engager à le signer. Mais la chambre des lords ne jugea pas à propos de se rendre aux désirs de Sa Majesté.
<i Le 12 mai , le comte fut conduit à l'échafaud , dressé sur Tower-Hill. Il leva , en passant, les yeux vers la fenêtre de la prison oii se tenait l'archevêque Laud qui lui donna des paroles de courage et de consolation.
« Le discours et les prières qu'il fit sur l'échafaud , furent remplis d'esprit de charité et de piété. Il donna quelques ordres relatifs à ses enfans , et mourut avec douceur , avec courage , et avec un deuil général.
M Ainsi tomba ce noble comte , laissant peu d'hommes capables de l'égaler pour les facultés et l'habileté naturelles , pour les talens acquis par l'étude et l'expérience des plus grandes affaires , pour la sagesse , la fidélité et la noblesse de l'esprit.
« On dit qu'un projet qui avait été formé pour l'évasion tlu comte fut découvert par trois femmes , qui regardaieut et écoutaient à travers le trou de la serrure de la galerie du comte, tandis qu'il s'entretenait avec le capitaine Biliingsley ; elles les enteudirent parler de faire descendre le vaissean qai devait prendre le comte à bord , et Billingsley vint avec un ordre du Roi demander au lieutenant de la Tour , sir William Balfour , d'j recevoir deux cents hommes qu'il amenait pour sa sûreté; mais sir V/illiam refusa de les laisser entrer, soupçonnant qu'ils venaient pour favoriser l'évasion du comte.
« Balfour avoua qu'on lui avait offert deux mille livres pour consentir à l'évasion du comte ; et le comte , lui-même, ne nia point un dessein, qui n'avait, dit*il, d'autre objet que de le transporter dans un autre château. Mais Balfour demeura fidèle à la cause de ses compatriotes les covenantaires et de leurs amis dans le parlement (i).
a Plusieurs grands officiers de l'État se démirent de leurs places, soit qu'ils ne se jugeassent plus en sûreté, soit pour sa-* tisfaire les mécontens. {Mémoires de Whitelocke, p. 4o-*44 0 *
Tel est le récit que fait , du procès et de la mort du comte de Strafford , un homme qui porta la parole contre lui et fut constamment engagé dans le parti contraire. Nous aurions pu y insérer de bien plus longs développemens^ mais nous ne nous sommes point proposé de reproduire dans toute son étendue le procès de Strafford , tel qu'on le trouve dans la collection des procès politiques d'Angleterre {State
(t) Des presbybhriens puissans , parmi lesquels ëuit lord Lowden , firent parvenir à Strafford , dans sa prison , quMls lui nfpçndaient de sa Tie et de sa liberté sMl Toolait promettre de se ranger t^ec eux ; il ne, daigna pas même écouter juscpi^au bout cette proposition. {Essai sur^ lu vie de Strafford^ par M. de LaUî-Tolendal , pag. 47^.)
{^oU de t Editeur.)
Trials) ; nous avons youlu seulement faire bien connaître ce qu'avaient ëtë en cette grande occasion les accusateurs, l'accusé, le Roi , le parlement et StrafTord. Dans ce but, il était indispensable de conserver à la narration de Whitelocke toute son originalité. On trouvera dans d'autres 3fémoires quelques détails de plus. Nous croyons cependant devoir ajouter ici les dernières pages de Y Essai historique de M. de Lalli-ToUendal sur la vie de Strafford. Les faits relatifs aux derniers momens du comte y sont recueillis avec une exactitude pleine du plus vif intérêt ; le récit de Whitelocke est trës*incomplet à cet égard.
« Quand sa mort fut certaine, Strafford fit veiiir le lieutenant de la Tour , et lui demanda s'il ne serait pas possible qu'il pût parler un instant à l'arcbevéque de Cantorbéry. Balfour répondit qu'il- ne pouvait pas le permettre sans un ordre du parlement. « M. le lieutenant , dit le comte , voas « serez présent , et vous nous entendrez; croyet-vous que <c l'archevêque et moi ayons le temps de tramer , lui une « hérésie, et moi une trahison ? » Balfour continuant à a'excuser, proposa au comte de présenter une pétition au parlement ; Non , dit Strafford , f ai fini avec eux , et ne « les importunerai pas davantage ; je vais adresser mes « prières à un tribunal auHlessus du leur, dont il îi'y a ni «< prévention ni erreur à redouter. » Puis , se tournant vers l'archevêque d'Armâgh , qui était présent : « Milord , « poursuivit-il , ce que j'avais à demander au primat de « Cantorbéry, c'était de m'accorder cette nuit le secours « de ses prières ; c'était encore , lorsque je passerai demain « sous sa fenêtre , pour aller à la mort , de s'y présenter « pour me donner sa bénédiction, et pour recevoir mon « dernier adieu. Dàigneriez-vous , mylord, vous charger de « ce message auprès de lui ? »
te L'archevêque d'Ai:magh alla sur-le-champ remplir les in
tentions du comte; Laud lui répondit que les prières qu« lui demandait son ami étaient un devoir , mais qu'il doutait que sa douleur et sa faiblesse lui permissent d'être témoin de ce funeste départ.
« Le lendemain , avant qu'on se mît en marche pour le lieu de l'exécution., le primat d'Irlande annonça au eomte, delà part du Roi, que toutes les demandes qu'il avait faites pour son fils , pour ses amis , et ses compagnons d'infortune , lui étaient accordées. «< Répétez- lui surtout, avait dit « Charles à Usher , que s'il n'avait été question que de ma « vie , jamais on ne m'eut arraché cet horrible oonsente-*> « ment. »
« Strafford fut reconnaissant : il se rappela encore un ami à recommander au Roi ; il en chargea Usher et lui dit : « Partons. *>
u En sortant de la Tour , il s'arrêta près de la chambre où était le prélat de Cantorbéry. Laud , averti par le bruit , restait immobile et saisi dans le fond de son appartement , lorsqu'il entendit la voix de son malheureux ami, qui lui criait: « Milord , votre bénédiction et vos prières. » Il ne put résister, s'avança en tremblant vers ses fenêtres, vit le comte qui attendait à genoux ce qu'il avait demandé , et ten* dit ses mains à travers les barreaux de sa prison ; mais, au milieu de sa prière , la voix lui manque , les forces l'abandonnent, et ce respectable vieillard tombe en arrière sans connaissance. Strafford , aprèsavoir fait quelques pas , seretourne encore vers cette chambre qui renfermait une victime dévouée ainsi que lui, et, fléchissant encore le genou: «Adieu, « milord , dit-il , que Dieu protège votre innocence ! » et il marche au supplice.
« Le lieutenant de la Tour lui offrit un carrosse pour arriver sur la place de l'exécution ; il voulait lui faire craindre que le peuple ne se jetât sur lui et ne le mît en pièces. Ce que Balfour craignait réellement, c'était la pitié, c'était I. 28
434 ëclaircissëhens
Tadmiration que pouvaient inspirer le malheur etje courage d'un grand homme. « M. le lieutenant, lui répondit Straf- « ford , j'ose regarder en face la mort , et par conséquent te le peuple ; votre affaire est que je n'échappe point. Quant « à moi , il m'est égal de mourir de la main de l'exécuteur « ou par la furie de ce peuple ; laisses-le faire ce qui lui « lui conviendra. »
« Le primat d'Irlande , sir Georges Wentworth , le comte de Cleveland , et nombre d'amis lui formaient un cortège. Il était vêtu de noir , tenant à sa main des gants blancs , et ressemblait plus à un général conduisant son armée à fa victoire , qu'à un homme condamné qui allait subir sa sentence. Cent mille hommes étaient accourus à ce spectacle cruel ; la plupart avec la soif de son sang; et tel fut l'ascendant de sa vertu sur leur fureur , que non-seulement ils le voyaient passer dans un profond silence , mais que beaucoup se découvraient avec respect quand il passait près d'eux; il leur rendait à tous leur salut; son âme était à ce degré de sublimité d'avoir bien plus de pitié pour leur aveuglement que de ressentiment contre leur injustice.
u Monté sur l'échafaud , environné du noble cortège que la religion, la nature et l'amitié avaient réuni autour de lui, il proféra un discours dont il avait noté par écrit les chefs principaux. Il protestait de son innocence , mais en pardonnant du fbnd de son cœur à tous ceux qui l'avaient calomnié. A sa profession de foi religieuse , il joignait encore sa profession politique , et il était en mourant ce que nous l'avons vu toute sa vie, ennemi de tous les excès, voulant le mélange des trois formes de gouvernement connues , et croyant la constitution d'Angleterre , lorsqu'elle serait solidement fixée , la mieux calculée pour le bonheur de l'espèce humaine. Il plaignait, il justifiait le Roi de l'affreuse nécessité à laquelle un si bon prince avait été réduit; il le remerciait d'avoir voulu empêcher, puis adoucir la
sentence qui allmit t^execnter : il priait ]e ciel de I^eti récompenser. Il déclarait enfin qu'il mourait comnae il avait vécu j SMiiiâitant à son prince et à son pa js tbut le i>onlieur dont on pouvait jouir sur la terre. « Cependant, disait'^il , « et ce é'ttt sa seule plainte, que chacun «nette la niâin «ur « son cœur, et se demande si c'est un commencement de boii« « heur public qu'une réforme écrite en caracitëres de sang, « Je crains qu'ils n'aient pris un bien mauvais chemin; ihais « jeprie le Dieu tout-puissant qu'il n'y ait pas nne seule goutte « de mon sang qui s'élëve contre eux le jour de leur jugemeht » « Il fit alors le tour de l'échafaud, donnant la main à tôu^ ceux qui l'avaient accompagné , en leur disant uil adieu so^ lennel. Après avoir prié pendant environ une demi-heure , à genoux, et son chapelain auprès de lui^ il appela silr Georges Wentworth. « Mon frère , lui dit-il , il faut notiJi « séparer. Parlez dé moi à ma sœur, à ma femme ; portet « ma dernière bénédiction à mon fils ; dites - kii , de ina « part , qu'il vive craignant Dieu et fid^e an Roi ; qu'il « pardonne à nos ennemis : il voit ce que sont les grandeurs ; « s'il m'en croit , il vivra tranquille dans ses terres, sex'vant « son comté dans le modeste emploi de juge de paix, n'as- «c pirant pas à de plus hautes places . Donnez aussi ma béné- « diction à mes filles , Anne et Arabella , et n'oubliez pas « leur petite sœur. Pauvre enfant , qui est malheureuse « avant de savoir discerner le malheur! Dieu la pro- " « tëge ! >' Ici le comte s'arrêta une minute ; puis , pressant encore la main de son frère : « J'ai presque fini , dit-il'; « un seul coup va ravir à ma femme son époux, à mes « enfans leur père, à mes pauvres serviteurs leur bon « maître, à vous un frère tendre, à tous mes amis un •i ami reconnaissant ; Dieu vous console tous ! »
« Il se déshabilla tranquillement, remerciant le ciel de n'éprouver aucune terreur à l'approche de la mort. « En « vérité , dit-il , je quitte mes vêtemens avec autant de sé-
4^ ÉGLAIRCISSEMENS
« rénitë que quand je les quittais pour me reposer dans les « bras du sommeil. » ^
« Liii-méme releva ses cheveux , découvrit son cou et appela Texécuteur qui n'avait pas encore osé se montrer. « Miloi:d , pardonnes-moi , s'écria le bourreau en tom- « bant à |;enoux.— - A vous et à tout le monde, répondit « Strafford. J'ai encore quelques prières à adresser au ciel, « et je poserai ensuite ma tête sur le billot pour l'essayer, « je la relèverai un instant ; je l'y replacerai , j'étendrai les « mains., et ce sera pour vous le signal de frapper. » Il s'a- |;enouilla , ayant à sa droite l'archevêque et à sa gauche stm chapelain ; après quelques prières proférées à haute voix , et les mains levées vers le ciel , il dit à l'oreilte du chapelain , les derniers mots qu'il dût proférer , se plaça sur le biHot et donna le signal. Sa tête fut abattue d'un seul coup. L'exécuteur la montra au peuple , en criant e Dieu •anve le Roi ! » ( Essai surlavie du comte de Strafford^ par M. de Lalli-Tolendal , pag. 478— 4Ô5. )
ETl^IÈCES HtSTORIQCTES. 457
Sur le complot imputé à Charles /«% contre les princi'" paux chefs du parti presbytérien pendant son voyage en Ecosse y en i64i.
« Les écrivains des àewa partis ont attribué les mesures illégales qui ont signalé la première partie du règne de Charles, les uns 'à son caractère impérieux^ les autres à l'urgence des nécessités 011 il s'est trouvé. De même , ils est donné pour cause à la conduite violente que tinrent ensuite les commuas , les uns une juste méfiance de la sincérité du JEloi^ tirée <de la connaissance intime de son caractère ^ les autres un projet factieux de renverser la constitution et d'usurper la domination suprême de l'Etat. La méfiance des communes^ eùt-^elle été mal fondée , pouvait n'en être pas moins sincère ; mais on doit observer que le Roi avait donné lien de soupçonner justement sa sincérité en refusant une administration populaire au parlement anglais, en même temps qu'il l'accordait aux Écossais. Le refus fait aux Anglais avait pour motif le désir du B'Oi de se réserver les- moyens de ressaisir dans un temps plus favorable l'autorité absolue. La concession faite aux Écossais était évidemment destinée à s'assurer leur neutralité , et en cas de rupture , leur appui. Mais ce ne fut pas là le seul but secret du voyage de Cbarles en Ecosse. Il arriva , pendant son séjour en ce pays, un événement désigné dans l'histoire d'Éco^se , sous le nom de l'incident , comme si c'eût été un événement fortuit. Mais, lorsqu'on le rapproche de ce qui se passa ensuite en Angleterre , peutêtre en peut-on tirer la plus juste explication des desseins du Roi.
438 ÉCLAI R GISSElf ENS
« Argyle et Hanilton avaient acquU la pFépoBdéraa«« dans le parlement écossais ; mais le dernier avait perdu dans la même proportion la confiance du Roi, et on Ta accusé de s'être montré trop inquiet du soin de sa propre coDservation. Un colonel Hurry découvrit , dit-on , sur t*^Tis de Stèwart, officier subalterne , un complot formé pour les perdre. Ils devaient dans la soirée , en se rendant k une conférence à la cour, être arrêtés comme traîtres par 1» comte de Crawfurd , et par G>chrane qui avait son régi- ■MiKt dam le voisinage* On devait lea-conduire sur ame frégate en rade oii il» seraient étroiteme nt gardé», ou les as» sassinMT «'iks essayaient de faire résistance. Us se tinrent co garde cette nuit» là contre toute surprise ; mats Fakurme re-> douUa le lendemain, loirscfu'on vit 1^ Roi se rendre au paiement, aoeompagné àecinq cents soldats, ou homme» armes. Argyle, Hamilton et Lanerk, frère de celai-ci, se vetîrkrent à sa résidence de Kinneîl , disant, que, comae leurs partisans étaient nombreux et irrités, ils avaient , sans cela, tout lieu de craindre qu'il ne s'éterM quelque désordre. LeHoi se plaignit des sonpçom injurieax que faisait naiâ^ leur faite ^ voulut que son konneur fût publiquement réta* Mi, et que )usque-4a Hamilton i^t exclu d» parlement f aaais les Etats , plus modéré^ et plus prudens , ^sculpëreiit leur senrerain par un examen secret et un rapport public de ^affaire i et les trois nobles lords furent promptement rappelés.
« L'incident peut, au premiier coup d'oeil , se présenter sous l'aspect d'un complot supposé; mais les aveux et les déolar«tio0s contradictoire» de €ravrfurd et de Cocbraae ne permettent pas de douter qu'on n'eût formé le projet d'arrêter Argyle et Hamilton. On l'avait communiqué aux lord^ Ogilvy , Gray et Almond ; ce fut par eux que le secret transpira. Il était su aussi de Murray, valet de chambre du Roi, qui avait introduit chez lui Cochrane en audience
particulière, et avait été chargé de remettre à Charles trois lettres de Moutrose , dans lesquelles celui*ci disait avoir k informer Sa Majesté d'une affaire de la plus haute importance, non-seul eoaient pour son honneur^ mais pour le maintien et la solidité de sa couronne* Hamiltoa €ft Ârgyle avaient été dénoncés tous deux , comtae traîtres, par Montrose; et ce que disait celui-ci, d'une affaire relative à l'honneur et la stabilité de la couronne , ne peut s'en^ tendre que des relations de ces deux nobles avec les pinri-tains politiques de l'Angleterre , originairement la cause de la récente invasion des Écossais. Le Roi avait déjà décou'^ vert et était extrêmement empressé de se ^ocurer l'invitation forgée par lord Saville , qui avait été déposée entre les i&ains de Wariston ; et non» devons penser, d'après l'autorité de Clareodon , que les renseignemens qu'il mettait tant de prix à obtenir , sur les relations coupables des chefr populaires des deux royaumes , lu i parvinrent par les com^ munications qu'il conserva avec Montrose alors en prison. Selon Clarendon , Montrose fut in troduit secrètement par Murray chez le Roi, et l'informa de plusieurs partictilarites relatives au commencement de la rébellion, et dont, comme membre du comité des États, il avait été nécessairement instruit. Il affirma, et offrit de prouver, en parlement, que Hamilton n'était pas moins coupable qn'Argyle. Mais il conseilla de les assassiner plutôt tous les d'eux, et , avec sa résolution ordinaire , proposa de s'en charger. Comme Montrose était alors en prison , l'entrevue fut obtenue indirectement par l'intervention de Cochrane; mais les détails donnés par Clarendon sont exacts sous tous les autres rapports. La proposition d'assassiner Argyle et Hamilton était tout-à-fait dans le caractère de Montrose, et le projet de leur arrestation peut être attribué au zèle importun de leurs accusateurs. On ne donne aucune explication satisfaisante sur les lettres , et i^ous devons conclure
44o ÉCLAIRGISSEMENS
que le Roi reçut de Montrose les renseignemens q^î lui avaient été refusés par Wartston y et que lors de la fuite d'Argjle et d'Hamilton, il les réserva pour s'en servir à accuser leurs confédérés d'Angleterre.
« A la première nouvelle de V incident, les membres dirigeans du parlement d'Angleterre laissèrent assez voir leurs craintes ; par l'accusation subite de StraiFord , ils avaient prévenu l'accusation qui devait être portée contre eaz; mais ils se trouvaient exposés aux mêmes dangers, maintenant que le Roi avait découvert les détails de leurs relations et de leur correspondance avec les Écossais. Ils se sentirent aussitôt, ou affectèrent de se montrer alarmés , comme si leur sÂreté personnelle eût été en danger; et on crut savoir que, dans leurs secrètes conférences y ils avaient fait la proposition désespérée de s'assurer de la Reine et de son enfant pour leur servir d'otages (i). Ils préparèrent cette mémorable remontrance qu'ils présentèrent ensuite à Qiarles, lors de son retour. Ils y récapitulèrent minutieusement toutes les erreurs et les infortunes de son règne , et recommandèrent le choix de ministres qui ne fussent , ni suspects, ni désagréables aux communes , et aux conseils de qui le parlement eût lieu de se fier. Si l'acrimonie qui règne dans cette remontrance décèle leur extrême irritation, la conclusion fait suffisamment connaître qu'il restait encore un remède facile, encore inusité, il est vrai, mais rigoureu-
(i) Il paraît, d'après cela, et d'après la conyersation de Clarendon avec Essex et avec Holland, que leur alarme fut sérieuse; or. Ton ne peat guère supposer que , sans la crainte de l'accusation , ces pairs eussent formé un misérable complot pour amuser le peuple de leurs terreurs personnelles. Ce que déclara Cromwell à Falkland , que lui et plusieurs autres de son parti auraient tout vendu et quitté le royaume, si la fameuse remontrance eût été rejetée, est une preuve de plus de Falarme que leur causa Vincident , et de la méfiance que leur inspirait Charles.
sèment constitutionnel, et que la confiance refusée à ceux qui avaient dëserté la cause publique, cette confiance que ne pouvaient plus obtenir Finsolence de l'arcbevêque Williams, la légèreté de Digby et l'infamie de Saville, était réservée aux modestes, mais inflexibles vertus de Hampden, à la douce intégrité de Kimbolton , au génie sincère et ardent de HoUis , et à la froide sagacité du vieux Pym. Depuis cette époque, leurs mesures devinrent plus audacieuses , plus déterminées, plus violentes, et leur méfiance fut incurable; ils prévirent leur perte, si le parlement était dissous, ou la ruine de leur popularité , si l'autorité royale demeurait entière. Et comme le bruit et les clameurs sont les principaux moyens d'une assemblée populaire pour obtenir le pouvoir, on tint le peuple agité par de constantes alarmes. Les lords papistes spirituels furent exclus ~du~ parlement comme obstacle à toiite réforme ; mais leur expulsion fut le résultat des pétitions tumultueuses des citoyens, de l'imprudence des prélats eux-mêmes, et de l'attaque que les têtes rondes y populace désarmée , eurent à soutenir de la part des cai^aliers, on des officiers licenciés attachés à la cour. La protestation des evéques , qui devint l'occasion de les accuser et de lés exclure du parlement, a été attribuée à la violence de l'archevêque Williams ; et on a dit que le Roi ne l'avait approuvée que par précipitation et par surprise. La protestation , cependant , était au fond la même que celle que les prélats écossais avaient précédemment préparée par ses ordres ; et comme toutes les deux étaient dirigées contre l'autorité de l'assemblée ou du parlement , d'oii étaient exclus les prélats , l'une était calculée pour insinuer secrètement , l'autre pour établir publiquement une cause de nullité, et donner lieu à une dissolution. Si lés fonctions des pairs temporels eussent été suspendues par l'absence des pairs spirituels , les pouvoirs des communes eussent été également interrompus et le parlement dissous. On ne sera pas
44^ ÉGLAIRCISS£M£1NS
surpris que Charles, instruit de l'inefficacité de la première protestation , espérât quelque succès de la seconde y si l'on songe qu'elle fut suivie par une mesure intempestive et fatale au dernier point, suite naturelle de la conduite qu'il avait tenue en Ecosse, et que le parlement regarda comme donnant la mesure de sa sincérité.
« Lorsque les communes redemandèrent au Roi leur ancienne garde , il les assura , sur sa parole de Roi , sa protestation favorite, qu'elles n'avai^it nullement lieu de craindre ou de s'alarmer, puisqu'il leur promettait de veiller k la sûreté de chaque membre avec autant de soin qu'à #« propre conservation ou à celle de ses enfans. Ce fut ce même jour qu'il choisit pour porter une accusation de trahison contre lord Kimbolton et les cinq membres des com-r muoes , Hampden, Pjm , HvHîs , ]I«cLerig et Strode. On les fit d'abord demander par un seul gendarme ; et le lendemain, le Roi, accompagné de sa garde et de sa suite, les réclama ea perscHine dans la chambre -des communes ; puis il alla exposer sa dignité au mépris de la cité, en essayant inutilement la même démarche à Guildhall. Une mesure si imprudente , prise dans un moment où l'on comm^çail k désapprouver généralement la violence du parlement , et oii le flux de la &veur populaire retournait vers le souverain , ne peut être attribuée qu'aux suggestions du vain et vindicatif Digbjr, et aux conseils, ou plutôt aux, ordres de l'impérieuse reine. On ne peut douter, cependant, que le caractère et les dispositions particulières de Charles n^ ^6nt eu beaucoup de part. Il supportait impatiemment la délibération ; il était facile à se laisser persuader , et ardent dans ses résolutions ; il se trouvait exposé sans relâche aux attaques des con^munes, et déjà irrité de leurs efforts pour limiter sa prérogative, il ressentait particulièrement l'acusation contre les prélats; cependant, après toutes ces explications atténuantes, il en reste assez j)our
ET PIÈCES HISTORIQDES. 44^».
nou» convj^incre que si l'exécution de cette niesnre a été dé- > terminée et accélérée par la Reine et par Digby , le projet en était formé depuis longtemps. Les principaux articies^ d'accjUâatioa étaient d'avoir invité et encouragé les Ecossais à envahir l'Angleterre , dans l'iatentiou de renverser les lois^ fbndaxiientales et l'autorité du scxuverain et d'ériger à la place un pouvoir tyrannique. Nous sommes assurés qu'on s'était procmré, eu Ecosse, les matériaux de celte accusation , et BOUS avems tout Heu de conclure que c'était de Mqptrose qu'oip^ lea avait obtenues. Le redressement des griefs, dans la précédente session, avait excité un profond resseutiD^exit, et on était depuis kmg-temps dans la résolutipn de &ire snbir , malgré l'amnistie générale , à ceux qui l'avaient arraché , un châtiment exemplaire, aussitôt qu'on rentrerait en possession du pouvoir. Ainsi donc le dernier voyage 4u&oi en Ecosse, outre le désir de s'assurer U neutralité ou le secours des Écossais , avait encore pour objet , selon toute apparence , celui de découvrir et de pouvoir accuser leurs confédérés d'Angleterre.
'I Loirs^'une £ois on a reconnu la trace des renseignemens donnés par M^trose , l'arrestation projetée d'Argyle et d'Hamilton, leur fuite du parleoaeat, l'alarnse prise par l.eet cov&mvnes d'Angleterre, et la violence qu'elles mani* £estent esispite, l'accusation pqrtée contre leurs chefs et la tentative faite pour s'en saisir, se lient intimement et apparaissent comme une série de faits qui procèdent évidemment de la m4nE|^ cause. La dernière tentative du Roi pour se saisir des cinq membres du parlement est presque la cOntrepactie eHîacte de V incident d.'£cosse. Ces deux démarche» ëtM^nt également la suite des révéis^tions de Montrose, et fHreAl inspirées par le même e^it d'irréflexion. Quand on> cçto&pare la violence ou se jetèrent tout à coup les comnumes, et la résolution désespérée qu'elles prirent de désarmer leur so.uverain, avec la conduite modérée et cotistitutionneUe<
444 ËGLAIRGISSEMENS
qui avait marqué la session précédente , on ne pettt attribuer ce changement qu'aux alarmes que leur causa la découverte de leur correspondance , et à la confirmation du soupçon qu'elles avaient déjà formé , que le projet momentané de s'emparer d'Argyle n'avait été que le prélude de l'accusation et du châtiment qu'on voulait leur faire subir. A la suite d'un desprécédens parlemens, HoUis et Strode avaient été emprisonnés au mépris de la récente pétition des droits ; une rigoureuse amende avait été imposée au premier. Les mêmes hommes n'avaient guère lieu d'attendre du Roi plus de douceur , de modération et de justice y s'ils se trouvaient de nouveau exposés à son ressentiment ; n'ignorant pas que leurs rapports avec les Écossais avaient été découverts , ils ne pouvaient douter qu'on ne se réservât à les punir aussitôt qu'on aurait eu soin de les dépouiller de leurs fonctions y et ils pensèrent qu'il n'y avait pour eux ni ressource ni sûreté , s'ils ne parvenaient à diminuer le pouvoir de la couronne , et à en prévenir l'abus.
« Uincident est la seule clef qu'on puisse avoir de la con* duite des deux partis , la seule qui puisse nous initier dans les secrets motifs du parlement et du Roi. Le monarque qui y après un acte d'oubli y descend jusqu'à la recherche des trahisons amnistiées de ses sujets, a certainement eu intention , dès le commencement, de se prévaloir, comme il l'a fait ensuite, de ces découvertes. Charles avait donc déjà prémédité sa vengeance , les moyens de reconquérir le pouvoir absolu , et embrassait avec précipitation l'occasion favorable qu'il croyait avoir trouvée d'écraser ses adversaires. S'il eût pu l'emparer d'eux , la faveur populaire , qui s'attache rarement aux malheureux , eût cédé peut-être aux preuves qu'il aurait données de leur crime : mais le coup dirigé contre les communes retomba sur Charles lui-même; l'opposition profita , avec une habileté supérieure , de la rupture qu'il avait cherchée ; le parlement , la cité , la nation toute en-
tiëre retentirent de ]a violation des privilèges ; le Roi , désappointa et inconsolable^ quitta Whîtehall où il ne revint fdus que captif, tandis que les membres accusés furent réellement conduits en triomphe hors de Tasile qu'ils avaient pris dans la cité^ et rétablis dans leurs sièges. » {Histoire d* Ecosse, par Malcolm Laing , tome 3, pages 227 — 2^7. )
44^ ËCTLAIRGISSEHENS
Remomrance au Long-Parlement à Charles /«* , sur Vétat du rojrawnej présentée au Roi par un comité de la chambrt des communes fe i«' décembre 1641, et publiée , par ordre de la chambre ^ le i5 décembre suivant.
Les communes assemblées en ce présent parlement ,^près avoir y pendant l'espace d'une année, avec beaucoup d'ardeur, de fidélité, d'affection et de zèle pour le bien public de ce royaume et pour l'honneur et le service de Sa Majesté , combattu les grands dangers et causes d'alarmes, les prewantas mifieres et les calamités , les divers maux et désordres qui avaient non-seulement attaqué , mais entièrement détruit et anéanti la liberté , la paix et la prospérité de ce royaume , ainsi que le bonheur et les espérances dé tous les bons sujets de Sa Majesté , et excessivement affaibli et miné les fondemens et la force de son trône royal , ont reconnu , dans les partis et factions qui ont été la cause de ces maux , une foule de mauvaises intentions , une opposition toujours subsistante et une application continuelle à s'efforcer de décréditer ce qui a été fait, d'élever une multitude d'obstacles pour empêcher ce qui reste à faire , et de fomenter des méfiances entre le Roi et le parlement, afin de le priver ainsi , lui et son peuple , du fruit de ses gracieuses intentions et de l'humble désir qu'ont formé les communes de rendre à ce royaume la paix, la sûreté et le bonheur. Pour prévenir les misérables effets de ces efforts malveillans, nous avons cru devoir exposer:
I **. La racine et l'accroissement de ces pernicieux desseins ;
2®. La maturité à laquelle ils sont parve|ius avant l'ouverture du présent parlement ;
3«. Les moyens efficaces employas pour extirper ces maux dangereux , et les progrès qui ont été faits dans ce sens par la bonté de Sa Majesté et la sagesse de son parlement ;
4^. Les obstacles et oppositions qu^on a apportés à ces pro« grës , et qui les ont inlerroEnpus ;
5®. Les moyens à prendre pour écarter ces obstacles , accomplir nos honnêtes et fidèles intentions , et réussir dans les efforts que nous faisons pour rétablir et affermir, comme par le passé, l'honneur, la grandeur et la sécurité de cette couronne et de cette nation.
Nous avons trouvé que la racine de tous ces maux résidait dans un projet pernicieux et mal intentionné de renverser les lois fondamentales et les principes de gouvernement, sur lesquels sont solidement établie htsèr^eté et la justice du royaume. Les fauteurs et exécuteurs de ces desseins ont été :
i". Les papistes^ disciples des jésuites et qui haïssent les lois , comme obstacles au changement et renversement de la religion , objet de leurs plus apdens désirs ;
2^. Les évéques et la partie la plus corrompue du clergé , qui nourrissent le penchant aux pompes extérieures et à la superstition , comme les effets naturels et les appuis les plus probables de la tyrannie et de l'usurpation ecclésiastique;
3*. Les conseillers et les courtisans qui , dans des Vues particulières , ont entrepris de faire prévaloir dans ce pays les înlérêls de quelques princes ou États étrangers, au préjudice de Sa Majesté et de l'État.
Voici les principes généraux d'après lesquels ils ont réglé et gouverné toutes leurs actions et résolutions particulières :
1 *^. Entretenir de continuels différends et mécontentemens entre le Roi 'et le peuple , sur les questions de prérogative et de liberté , afin d'en tirer, auprès de lui , et par des apparences de dévouement à son service , des avantages pour
44^ ËGLAIRGISSEMENS
eux et pour leur parti , et d'en obtenir les places les plus importantes et celles qui donnent le phis de pouvoir dans le royaume ;
2*". Oter à la religion sa pureté et son pouvoir , et opprimer quiconque s'y est montré attaché , comme opposé au but qu'ils se proposent , et comme le plus grand obstacle au changement qu'ils veulent introduire ;
B"". Rallier ensemble les portions du royaume les plus favorables à leurs desseins , et diviser celles qui y sont les plus contraires. Ceci s'est manifesté en plusieurs manières ; savoir, dans le soin qu^ils ont eu d'encourager le parti arminien sur les points à l'égard desquels il s'accorde avec les papistes ; de multiplier et d'élargir les causes de désaccord qui pouvaient se trouver entre les protestans ordinaires et ceux qu'ils appéileni puritains j d'introduire et de soutenir les opinions et les cérémonies les plus propres à faciliter un accommodement avec les papistes ; d'accroître et de maintenir l'ignorance , le relâchement et l'impiété parmi le peuple, afin de pouvoir, de ces trois partis, les papistes, les arminiens et les libertins , composer un corps en état d'exécuter les projets et les résolutions les plus propres à les conduire à leur but ;
4*". Dégoûter le Roi des parlemens , par des calomnies et de fausses imputations, en lui offrant, pour obtenir les fonds dont il avait besoin , des moyens plus avantageux en apparence que «ceux qu'il pouvait trouver par la voie ordinaire des subsides; moyens qui , au fait, ont apporté au Roi et au peuple, plus de perte que de gain^ et ont causé les désordres dont nous souifrons tous maintenant.
G>mme les opérations de tout corps composé prennent la couleur de l'élément prédominant , ainsi dans ce parti, formé de plusieurs , on peut aisément apercevoir les intérêts jésuitiques comme les plus actifs , ceux qui ont exercé le plus d'empire , et ont le plus constamment dirigé la con-
duite du parti; si Ton n'y met obstacle , ils doivent , selon toute appareace , dévorer le reste , ou le convertir en leur propre nature.
Au commencement du règne de Sa Majesté , on vit revivre et refleurir de nouveau ce parti , un moment affaibli par la rupture de TAiogleterre avec l'Espagne , dans la dei^ nière année du roi Jacques , et par le mariage de Sa Majesté avec une princesse de France. Les intérêts et les conseils de la France n'étaient pas aussi contraires que ceux de l'Espace au bien de notre religion et à la prospérité de ce royaume , et les papistes d'Angleterre avaient plus adhéré à l'Espagne qu'à la France. Cependant ils conservaient le projet et la résolution d'affaiblir le parti protestant en tout pays , même eu France , afin d'ouvrir la route au chan»gement de religion qu'ils voulaient amener eu Angleterre.
Le premier effet et le premier témoignage de la renaissance de leurs forces , fut la dissolution du parlement tenu à Oxford , après qu'il eut donné deux subsides à Sa Majesté , et avant qu'il eut reçu satisfaction sur aucun de ses griefs. Nous en avons vu depuis d'autres résultats encore plus funestes.
La destruction de la flotte de La Bocbelle , opérée par le moyen de nos vaisseaux mis en mer et livrés aux mains des Français , contre l'avis du parlement ; événement qui laissa cette ville sans défense par mer, et fut , non-seulement une des premières causes de la perte de cette importante place y mais amena aussi , en France , la ruine de toutes les forces et de toutes les garanties que pouvait conserver la religion protestante.
La guerre, détournée ensuite des Indes orientales, oii nous
pouvions attaquer les Espagnols avec plus de facilité et d'es->>
poir de vaincre , pour aller écboner contre Calais , dans une
entreprise dispendieuse, combinée de telle sorte qu'elle
45o ÉCLAIRCISSEMENS
semble avoir eu plutôt pour objet de nous dégoûter de la guerre que de tious y donner l'avantage.
La rupture soudaine avec la France , à qui Ton prit des vaisseaux pour une valeur considérable , sans dédommager les Anglais j dont les propriétés furent , en raison de cette mesure , séquestrées et confisquées en France.
La paix faite avec l'Espagne , sans le consentement du parlement , au mépris des promesses du roi Jacques auxdeux chambres ; et , par suite , l'abandon de la cause du prince Palatin, qu'on laissa à la merci de négociations coûteuses et sans espoir, confiées , pour la plupart , à des hommes qu'on pouvait justement soupçonner de peu d'attachement à cette cause.
Le royaume accablé, sur toute sa surface, delogemens de soldats, et le projet formé, d'accord avec cette mesure, d'introduire en Angleterre la cavalerie allemande , afin que le pays se soumît par crainte, ou se vtt forcé, par des rigueurs, à toutes les contributions arbitraires qu'on voudrait lui démander.
La dissolution du parlement , dans la seconde année du règne de Sa Majesté, après qu'il eut déclaré l'intention d'accorder cinq subsides.
La valeur de ces cinq subsides imposée aux sujets après la dissolution du parlement, par une commission d'emprunt; et nombre de gentilshommes et autres , pour n'avoir pas voulu payer cet emprunt, enfermés dans des prisons, oii plusieurs d'entre eux ont contracté des maladies qui leur ont coûté la vie ; de grosses sommes d'argent requises et levées par des ordres sous le sceau-privé ; une injuste et pernicieuse tentative pour extorquer aux sujets des paiemens considérables par voie d'excisé , et une commission pour cet objet investie du sceau de Sa Majesté ; la pétition des droits, naguères accordée en plein parlement, invalidée par une déclaration illégale , imprimée avec cette pétition pour la tour-
ET PIÈCES HISTORIQUES. 45ï
ner contre elle-même et contre le pouvoir du parlement, et la pétition devenue inutile, si ce n'est qu'elle a servi à manifester l'audacieuse et présomptueuse injustice de ces ministres qui osaient violer les lois et anéantir la lîbeHé du royaume , si clairement et si solennellement déclarées.
Un autre parlement dissous dans la quatrième année du règne de Sa Majesté , et le privilège du parlement violé par l'emprisonnement de plusieurs membres de la chambre , détenus durant un grand nombre de mois dans une étroite détention, privés de livres , d'encre , de papier, de toutes les douceurs de la vie , de tout moyen de conserver leur santé , et de la permission d'écrire à leurs femmes , même lorsqu'ils étaient malades ; et , pour que rien ne manquât à cette cruauté» après des années passées dans cette situation misérable , on leur refusait les moyens de recevoir les consolations spirituelles dont ils avaient besoin , ne permettant pas qu'ils sortissent pour jouir du service divin , dans la maison de Dieu , ni que les ministres de Dieu pussent venir les trouver et leur administrer , dans leur chambre , des consolations particulières ; et , pour les tenir dans cet état d'oppression, on ne les admettait point à donner caution conformément à la loi, mais on les vexait par des procès devant des cours inférieures ; on les condamnait et on les mettait à l'amende pour des choses faites en parlement ; on extorquait d'eux le paiement de ces amendes, et on en forçait d'autres à donner , pour être relâchés , caution de leur bonne conduite.
L'emprisonnement de ceux qui ont refusé de donner caution a été prolongé , et n'eût point eu de terme , si la nécessite n'eût , l'année dernière , forcé de convoquer un antre parlement qui les a délivrés. Un d'eux est mort , par suite de la cruauté et des souffrances de son emprisonnement , dont on n'a rien voulu relâcher , quoique les déclarations de ses médecins eussent fait connaître que s'a vie
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était dans un danger imminent^ et qne par de nombreuses et humbles pétitions , il eût sollicité son élargissement , ou du moins un adoucissement à sa captivité. £t son sang appelle encore la vengeance , au moins le repentir sur ces minières qui mettent obstacle , à la fois , à la justice et à la clémence de Sa Majesté.
Lors de la dissolution de ces derniers parlenrens , on a publié des déclarations mensongères et scandaleuses pour calomnier leurs procédés , rendre injustement odieux pkt-^ sieurs de leurs membres , et colorer les violences doBt on usait envers eux^ ; des proclamations ont été faites dans le même objet , et à la grande consternation du peuple , on lui a défendu même de prononcer le nom de parlement.
Après la dissolution du parlement tenu dans la quatrième année du règne de Sa Majesté , l'injustice , l'oppression ^ la violence se sont débordées sur nous sans aucune espèce de frein ni de modération ; et , cependant , la première mesure qu'on prit alors , celle d'exiger dans tout le rojaume de grosses sommes pour défaut de chevalerie , paraissait avoir , au moins , quelque ombre et quelque apparence de l'égalité. Mais si on l'examine judicieusement dans ses rapports avec cette loi tombée en désuétude qui lui a servi de prétexte , on la trouvera contraire à toutes les règles de justice , soit relativement aux personnes qui eurent à la supporter , ou au taux des amendes exigées , ou à la manière absurde et injuste dont on a procédé dans cette occasion. Les droits de tonnage et de pesage ont été im* posés sans aucune apparence ou prétexte de ]oi. Plusieurs autres pesantes impositions ont été perpétuées contre la loi, et quelques-unes se sont trouvées si exorbitantes, que la somme de l'impôt excédait la valeur de la chose imposée. Le tarif des droits de douane a été dernièrejnent augmenté jusqu'à un taux très -élevé,- et les marchands qui n'ont pas voulu se soumettk*e à des payemens illégaux et ex-
cessifs, ont été opprûués £t tourmentés au-delà de toute mesure ; le cours ordinaire de la justice , droit commun et naturel de tous les sujets d'Angleterre , a été complète* me«t entravé. Et bien que tout cet argent eût été levé sous le prétexté de la défiezise des mers , on a imaginé , sous le même prétexte , une taxe nouvelle et inouie , appelée la taxe des vaisseaux. £t au moyen de ces impots réunis , il s'est trouvé des années oit les sujets ont supporté une charge de sept ceiit mille livres sterling; et cependant, les marchands ont été laissés tellenent sans défense contre la violence de^ corsaires barbaresques , que ceux-ci se sont emparés de plusieurs gros vaisseaux d'une haute valeur et «de plusieurs milliers de sujets de Sa Majesté qui languissent -encore dans les misères de l'esclavage. ^ Nous avons vu, par suitedu même système, les forets agr an- «dies au mépris de la charte des forêts, et d'énormes compositions'exigées par suite de cette mesure } les exactions pour 4'habi^llement et la. marche des troupes , et d'autres charges relatives à l'armée 4 l'enlèvement des armes de la n^ilice dans plusieurs comtés ; le projet monstrueux d'aècaparer toute la poudre à tirer ^ dans une seule main , en l'enfermant dans la tour de Londres , et la vendant à si haut -prix que les pauvres* n'étaient pas en état d'en acheter ; personne , d'ailleurs , né pouvant en avoir sans permission ^ plusieurs portions du royaume se tronvaient privées de* moyens de défense nécessaires , en même temps qu'en la vendant au prix exorbitant auquel elle a été portée , on en tirait un avantage illégitimé , à la très-grande charge et au détriment des sujets. Les bois de charpenté des forêts du Roi ont été généralement détruits , particulièrement ceux âe la forêt de Dean , d'oii se tiraient presque tous ceux dont on avait besoin pour l'entretien de la marine , et q«i a été vendue à des papistes. Au .moyen d'un prétendu titre du Roi , les sujets ont été dépouillés de leurs
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droits sur les lais .et relais de la mer. On a fait un monopole du savon y du sel j du vin , du cuir , du charbon de terre, et en quelque sorte de toutes les denrées de Tusage le plus commun et le plus nécessaire. On a imposé des gènes à la liberté des sujets , relativement à leur habitation , à leur industrie , à leurs autres intérêts, ils ont été vexés et opprimés par des pourvoyeurs , des clercs de marché , des commis au salpêtre. On leur a fait payer de prétendues nuisances, comme le droit de conserver certains bâtimens dans Londres , ou aux environs ; la conversion de terres labourables en pâture , et le maintien des pâtures 9 ont été défendus sous le nom de causes de dépopulation. On a par ces moyens tiré des millions de la bourse des sujets sans grand profit pour Sa Majesté. De grandes quantités de terres communales et particulières ont été enlevées aux sujets , sans leur consentement et malgré leur volonté , sous le prétexte du statut rendu pour l'amélioration de l'agriculture et par un abus de la commission des. digues et canaux. £t non*seulement l'intérêt privé , mais la foi publique a été violée par l'enlèvement de l'argent et des lingots qui se trouvaient à la monnaie ; et tout le royaume a été au moment de se voir dépouillé par l'abominable projet d'une monnaie de cuivre. Pour s'être refusés à ces charges illé> gales , un grand nombre des sujets de Sa Majesté ont été tourmentés de longs et coûteux procès. Quelques-uns ont subi des amendes et des condamnations ; d'autres ont enduré de longues et dures détentions , qui ont coûté à beaucoup la santé , à quelques - uns la vie ; d'autres ont eu leur maison forcée , leurs biens saisis. On a privé quelques autres de la liberté d'exercer leurs légitimes professions. Des vaisseaux ont été arrêtés dans leur traversée et saisis à * la mer d'une manière hostile par les &iiseurs de projets , comme par des ennemis publics. Les marchands ont eu défense de décharger leurs denrées dans les ports oii
ils en, pouvaient tirer le plus d'avantage , et ont été forcés de les porter aux lieux les plus favorables à l'intérêt des monopoleurs et des faiseurs de projets. La chambre Étoilée a prodigué les jugement extravagans, non-seulement pour maintenir et faire prospérer les monopoles et les autres taxes illégales , mais aussi dans plusieurs autres cas qui ne présentaient que peu ou point d'ofifense ; en raison de quoi les sujets de Sa Majesté ont été accablés de taxes pesantes , d'emprisonnemens , de peines afflictives , mutilations , fustigations, pilori, bâillonnement, détention, bannissement; et ces arrêts ont été exécutés d'une manière si rigoureuse , qu'ils privaient pon-seulement les condamnés de la société de leurs amis , de l'exercice de leur profession , de la douceur des livres, de l'usage du papier et de l'encre, mais violaient , par une séparation forcée , cette intime union que Dieu a établie entre un homme et sa femme ; en telle sorte que plusieurs époux ont été privés des consolations et de la société l'un de l'autre pendant plusieurs années de suite , sans pouvoir espérer aucun soulagement , si Dieu , par sa toute-puissante providence , n'eût apporté quelque interruption à la domination et à l'influence des auteurs et fauteurs de ces mesures despotiques et imprudentes.
Des juges ont été dépouillés de leur enAploi pour avoir refusé d'agir contre leur serment et leur conscience ; d'autres ont été tellement intimidés qu'ils n'ont osé faire leur devoir , et, pour les mieux tenir dans la sujétion, on a retiré de leur patente la clause : qucan diu se bene gesserit; et on y a inséré celle-ci : durante bene placiio. Des hommes de loi ont été réprimandés pour être demeurés fidèles à leurs clients; des avocats et des procureurs ont été menacés , quelques-uns même punis , pour avoir poursuivi en justice des demandes légitimes, et par ce moyen tout accès à la justice a été interrompu et fermé. On a contraint, contre la loi, les sujets à de nouveaux sermens; de nouvelles juri-
.dictions ont été créées sans aucune loi ; le conseil .privé a voulu , par ses ordres , entraver les sujets dans l'usage -de leurs biens , propriétés , dans leurs poursuites et actions légales. La prétendue cour du comte Maréchal a été arbitraire et illégale dans son existence comme dans ses prof:édés. La chancellerie, la cour de l'Échiquier, la cour des Tutelles et les autres tribunaux d'Angleterre ont été oppressifs, par l'extension illégale de leur juridiction. Un grand nombre de. familles ont vu leurs biens détériorés , et quelques-unes ont été ruinées par les amendes exigées pour des compositions sur des tutelles. Tous les baux de plus de cent ans ont été feits de manière à créer des droits de tutelle contraires à la loi. On a usé de procédés illégaux pour engager le jury à décider pour le Roi. Les cours de la loi commune , voyant les hommes disposés à chercher la justice là oii elle était capable de se plier à leurs désirs , ont, comme on le sait, dévié des règles de la loi « commune , et ont souvent dépassé les limites de leur juridiction pour commettre l'injustice sous prétexte d'é* 4 quité. jyes titres d'honneur , des places de judicature , .et d'autres offices ont été vendus pour de grosses sommes d'argent, d'oii il est résulté que la justice commune du royaume a été niise fort en danger , non-seulement en ouvrant , à des hommes peu capables , les moyens d'entrer dans des places importantes, mais aussi en donnant occasion à la corruption , aux extorsions, à l'injustice , car il est rare que les emplois mal acquis soient bien remplis. On a accordé des commissions pour examiner les abus commis dans la perception des émolumens , et, lorsqu'on a découvert de grandes exactions , on a composé avec les délinquans , nonseulement pour le temps passé , mais pour des immunités et garanties accordées d'avance aux délits à venir, ce qui , sous couleur de remédier aux griefs des sujets, n'a fait que lés enraciner et les aggraver. La méthode ordinaire de nom-
merles shériffs n'a point été observée, mais on a souvent employé dans ces nominations des formes inusitées , quelquefois povir punir ceux qu'on nommait et leur imposer une charge , quelquefois pour choisir des hommes propres à servir d'instrument à qe qu'on voulait faire.
Les évéques et autres membres du clergé ont usé de leur victoire pour faire suspendre , excommunier , priver de leurs emplois et dégrader plusieurs laborieux, savans et pieux xxûnistres, à la grande douleur et fâcheuse oppression d'un grand nombre de bons sujets de Sa Majesté. La cour de haute commission en est venue à un tel excès de rigueur et de sévérité qu'elle n'est guère restée en deçà de l'inquisition romaine , et que même, en plusieurs cas , le pouvoir de rarche\éque a été rendu encore plus oppressif en appuyant et fortifiant son autorité de qelle du conseil-privé.
Les évéques et lejirs tribunaux ont également persécuté les comtés, et , bien que leur juridiction n'ait pas égalé celle de la haute cour pour la rigueur et l'excès des châtimens, elle n'a pas été moins oppressive , en raison de la généralilo et de la multiplicité de ces vexations qui , tombant ^ur la dernière classe des ouvriers et des artisans , en a appauvri dps milliers, et a tellement' tourmenté et vexé les autres, qu'un grand nombre, pour échapper à de pareilles misères, ont quitté le royaume et se sont réfugiés quelques-*uns« dans la nouvelle Angleterre et d'autres parties de l'Amérique , quelques autres en Hollande oii ils ont transporté leurs fabriques d'étoffes de laine ; ce qui n'a pas seulement «ccasioné une perte et diminution de la richesse actuelle du royaume , mais a entraîné un grand mal en nous exposant au danger de perdre ce commerce d'étoffes qui a été pour cette nation une abondante source d'honneur et 4e riclesses. On a regardé comme les plus propres aux emplois ecclésiastiques , et on a placé de préférence ceux qui se sont montrés les plus empressés à favoriser les progrès
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de la superstitioD , et les plus ardens à décrier la piété et rhonnéteté.
Les sermons les plus publics et les plus solennels qu'on ait prêches devant Sa Majesté ont eu pour objet, soit de mettre la prérogative au-dessus des lois, ou de rabaisser le droit de propriété des sujets , ou bien ils ont été remplis d'invectives destinées à rendre odieux ceux qui cherchaient à maintenir la religion , les lois et les libertés du royaume ; et ces derniers étaient certains de se voir écartés des commissions de paix et de tous les autres emplois donnant quel* que part au gouvernement du pays. Plusieurs nobles personnages demeuraient conseillers de nom , mais le pouvoir et l'autorité résidaient de fait dans les mains d'un petit nombre d'hommes choisis parmi les fidèles du parti , et dont les résolutions et les déterminations arrivaient au conseil pour y recevoir leur confirmation et leur exécution , non pas pour y être débattues et délibérées , nul ne pouvant , sans danger de disgrâce, essayer de s'y opposer. Bien plus, ceux qui ne concouraient pas pleinement et activement au succès de ces desseins , quelle que fût d'ailleurs l'éiuinence de leur caractère et de leurs talens, étaient si loin de se voir employés dans aucune place de confiance et conférant quelque pouvoir , qu'ils' étaient négligés , repoussés et en toute occasion insultés et opprimés. Cette faction avait atteint un tel degré et une telle plénitude de pouvoir , qu'elle commençait à penser qu'il était temps de terminer son ouvrage dont l'accomplissement dépendait de ces trois points :
I**. Il fallait que le gouvernement fût délivré de toutes les entraves qu'imposait la loi à l'égard des personnes et des propriétés ;
2**. Il fallait que les papistes et les protestans se réunissent sur la doctrine , la discipline et les cérémonies ; seilement , cette union ne devait pas encore porter le non de papisme.
ET PIÈCES HISTORIQUES. 45g
3*. Les pantainsy sous le nom desquels le parti comprend tous ceux qui veulent conserver les lois et les libertés du royaume , et y maintenir la puissance de la religion , doivent être ou extirpés par la force , ou chassés par la crainte. A cet effet , on avait jugé nécessaire de soumettre l'Ecosse à des superstitions et à des innovations papistes qui pussent la rendre capable de s* unir à l'Angleterre dans le grand changement qu'on avait intention d'opérer. C'est pourquoi on voulut contraindre les Écossais d'accepter de nouveaux canons et une nouvelle liturgie ; et lorsqu'ils s'y furent refusés , on leva une armée pour les y forcer ; les papistes et le clergé se montrèrent trës-empressés de contribuer de leur argent pour cette entreprise. Les Écossais levèrent également une armée pour leur défense ; et quand les deux armées furent en présence et près d'en venir à un combat sanglant y les bienfaisantes dispositions de Sa Majesté , les conseils de la noblesse anglaise et la respectueuse soumissionàes Écossais parvinrent tellement à l'emporter sur les mauvais conseils , que la paix se fit , et que Sa Majesté retourna tranquillement et avec honneur à Londres.
Cette réconciliation inattendue fut infiniment agréable à tout le royaume , excepté au parti malintentionné qui avait pour chefs l'archevêque Laud et le comte de Strafford. Eux et leur faction commencèrent à s'élever contre la paix, à envenimer les procédés des Etats d'Ecosse, et réussirent ainsi à irriter Sa Majesté , au point qu'elle se prépara de nouveau à la guerre. Telle était leur confiance, qu'après avoir corrompu et désorganisé toute la machine du gouvernement , ils espéraient corrompre encore le seul moyen qui demeurât de tout rétablir dans l'ordre et l'état légitime. Us conseillèrent doue au Koi de convoquer un parlement , non pour en prendre conseil et avis , mais pour s'en autoriser , en tirer des secours d'argent et engager ainsi tout le royaume dans leur querelle. En même temps , ils
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coatiauaiebt leurs injustes levées d'argent, résolus de soumettre le parlement à leurs volontés , et d'établir le mal par des lois, ou de le disso^udre, et de se donner ainsi quelque prétexte dé plus de continuer à extorquer par la violence ce qu'ils ne pouvaient obtenir d'un libre consentement. Le motif qu'ils donnaient pour justifier la guerre était que les demandes irrespectueuses du parlement d'Ecosse étaient une raison suffisante pour autoriser Sa Majesté à prendre les armes contre les Écossais , sans écouter ce qu'ils avaient à alléguer en faveur de ces demandes. On leva donc contre eux une nouvelle armée. On saisit leurs vaisseaux, soit en mer, soit dans tous les ports d'Angleterre et d'Irlande. Leur pétition fut re)etée> leurs commissaires ne purent obtenir audience. Toute l'Angleterre fut misérablement réduite k l'état le plus violent par les levées d'hommes et d'argent, et par l'emprisonnement de ceux qui refusaient de se soumettre à ces levées. Le comte de Strafibrd, qui av^it passé en Irlande, obligea le parlement de ce royaume à se déclarer contre les Écossais , et à donner quatre subsides pour soutenir cette guerre. Il voulut que les Irlandais s'y engageassent personnellement de leur vie et de leur fortuue , et donna des ordres pour la levée en Irlande d'une armée de huit mille hommes de pied et de mille chevaux, la plus grande partie papistes. Le parlement se réunit le ï3 avril i64o. Le comte de Strafford, l'archevêque de Cantorbéry et leur parti obtinrent du Roi qu'on insisterait pour que la chambre des communes, accordât les secours nécessaires à la , guerre d'Ecosse, avant d'avoir pourvu à aucun redressement des grands et pressans griefs du peuple ; ce qui était contre les privilèges et procédés fondamentaux du parlement : et cependant , le parlement, dans son humble respect pour Sa Majesté, y consentit, jusque-là que l'on convint de prendre en considération l'affaire des subsides, et qu'elle fut débattue pen-
^ant deux jours. Douze subsides avaient été demandés, pour le rachat de la seule taxe des vaisseaux. Un troisième jour de discussion avait été désigné poar terminer l'afifairë , quand les chefs du parti commencèrent a craindre que le peuple ne s'accommodât avec lé Roi , en lui accordant l'argent qu'il demandait , mais qu'en même temps il ne déjouât leurs méchans projets de guerre contre l'Ecosse ; car on voyait bien qu'il n'était nullement disposé à soutenir cette guerre.
Ils conseillèrent donc méchamment au Roi de dissoudre le parlement , et de retomber dans ces voies de désordre qui offraient à leurs mauvaises intentions plus de moyens de succès.
Après la dissolution de ce parlement, prononcée le 5 mai 1640 y le parti devint si audacieux qu'il conseilla au Roi de se servir de son pouvoir pour se fournir d'argent sur les biens de ses sujets, à sa volonté et sans leur consentement. Les jours suivans, on fit des recherches dans les cabinets , bureaux et tiroirs de quelques membres des deux chambres ; peu de temps après , on en mit u» autre dans une étroite prison , pour n'avoir pas livré quelques péti- ^tions qu'il avait reçues au nom de la chambre ; et suppos qu'on projetât encore , comme on l'a dit, quelque mesure plus rigoureuse, il est probable que la maladie du comte de Strafford, et les émeutes qui s'élevèrent à Southwark et aux environs de Lambeth, furent les motifs qui engagérent à se relâcher de ces intentions violentes. On publia , au nom de Sa Majesté , une fausse et scandaleuse déclaration contre la chambre des communes , qui , cependant, produisit peu d'effet sur le peuple, et ne servit qu'à manifester l'impudence de ceux qui en étaient les auteurs.
On essaya de lever un emprunt forcé sur la cité de Londres. Le lord maire et les aldermen reçurent l'ordre
ie dresser, dans leurs^dîfiférens quartiers , la liste des noms de ceux qu'ils jugeaient en état de prêter , et des sommes qu'ils pouvaient prêter. Ceux qui refusèrent de le faire furent mis en prison.
L'archevêque y les autres évêques et le clergé, demeurèrent assemblés en convocation ; et en vertu d'une nouvelle commission , cette convocation fut convertie en un synode provincial , dans lequel , par une présomption inouïe , ils firent des canons contenant plusieurs choses contraires à la prérogative royale, aux lois fondamentales et aux statuts du royaume , aux droits du parlement , à la propriété et à la liberté des sujets , et des choses tendantes à la sédition et d'une conséquence dangereuse par lequelles ils établissaient leurs usurpations^ justifiaient leur culte de l'autel, et ces autres innovations superstitieuses qu'ils avaient introduites sans l'autorité d'une loi.
Ils imposèrent un nouveau serment à plusieurs sujets de Sa Majesté , tant ecclésiastiques que laïques , pour les obliger à soutenir leur tyrannie, mirent sur le clergé une forte taxe à titre de don à Sa Majesté, et se montrèrent en général fort disposés en faveur de la guerre d'Ecosse , qui fut désignée par quelques-uns , sous le nom de guerre épiscopale. On composa une prière qu'il fut ordonné de lire dans toutes les églises , et dans laquelle on appelait les Écossais rebelles, pour en faire venir les deax nations aux mains et les rendre irréconciliables. Tous ces prétendus canons et constitutions furent soutenus par des décrets de suspension , excommunication et destitution , au moyen desquels on voulait se défaire de tous les bons ministres , et de la plus grande partie des hommes bien intentionnés de ce royaume , afin d'ouvrir une voie plus facile aux projets de réconciliation avec Rome. Le parti papiste exigea de telles exemptions des lois pénales , qu'elles équivalaient à la tolérance ; ce qu'on accompagna de beau-
coup d'autres eDcouragemens et faveurs de la cour. Le parti avait à lui un des secrétaires d'Etat , sir Francis Windebank, agent puissant, au moyen duquel il réussissait dans tout ce qu'il désirait, et un nonce du pape qui résidait à Londres pour agir et gouverner conformément aux instructions qu'il recevait de Rome , et pour intercéder en faveur des papistes avec le puissant secours des princes étrangers de cette religion. Par son moyen , les papistes de toutes les sortes , haute , moyenne noblesse et clergé , ont été convoqués en forme de parlement. On a érigé de nouvelles juridictions d'archevêques romains; des taxes ont été levées ; il s'est formé dans l'Etat un autre Etat , indépendant par son gouvernement , opposé au nôtre d'intérêts et d'affections , occupé à corrompre secrètement ceux des hommes de notre religion qu'il trouvait ignorans et négligens , empressé d'ourdir des complots contre les plus fermes ; attendant ainsi l'occasion de détruire par la force ceux qu'on ne pouvait espérer de séduire. Dans cette vue , ils se fortifiaient d'armes et de munitions , s'encourageaient par des prières superstitieuses que le nonce leur enjoignait de faire toutes les semaines pour le succès de quelque grand dessein ; ils avaient un tel pouvoir à la cour, qu'une commission fut donnée dans l'intention d'en revêtir quelque homme important de cette religion pour l'autoriser à lever des soldats , et à les commander et employer conformément à des instructions secrètes dressées , nous le croyons, tout à l'avantage des auteurs de cette combinaison. Les trésors de Sa Majesté furent épuisés , ses revenus anticipas , ses serviteurs et officiers forcés de prêter de grosses sommes d'argent. On cita une foule de gens devant le conseil privé pour s'être refusés à des paiemens illégaux, et on les fatigua par la longueur du temps qu'ils y demeurèrent. Les prisons furent remplies de ceux qu'on y envoyait pour la même cause. Un grand nombre de shériffs
furent sommés de comparaître devant la cbambre Étoilée, et quelques-uns furent emprisonnés pour ne s'être pas portés avec assez d'activité à lever la taxe des vaisseaux. Le peuple languissait dans le malheur et la crainte , ne voyait plus aucune ressource et tombait dans le désespoir. La noblesse commençait à se lasser de son silence et de sa patience, et à comprendre quels devoirs et quelle mission lui étaient imposés. Quelques-uns de ses principaux membres adressèrent donc une pétition à Sa Majesté , dans un temps oii les mauvais conseils étaient si puissans qu'on avait lieu de croire qu'une pareille démarche était pi us dangereuse pour ses auteurs qu'utile au redressement des maux publics, dont on sollicitait l'adoucissement.
Tandis que le royaume était dans cette agitation et cet état de souffrance, les Écossais , gênés dans leur commerce, appauvris par la perte d'un grand nombre de vaisseaux , ne pouvant parvenir à apaiser Sa Majesté par des supplications dénuées de la force des armes , entrèrent dans le royaume avec une paissante armée , traversèrent plutôt qu'ils ne forcèrent le passage de la Tyne à Newburne, près de Newcastle, et sans aucun acte hostile, sans exercer aucun ravage dans le pays , prirent possession de Newcastle, et se trouvèrent en position favorable pour pousser plus vivement l'armée du Roi. Mais leur respect , le sentiment de leur devoir envers Sa Majesté , et l'amour fraternel qu'ils portaient à la nation anglaise , les engagèrent à s'arrêter ; ce qui donna au Roi le loisir de s'attacher à de meilleurs conseils, que Dieu bénit et dirigea en telle sorte , qu'il convoqua à York , le 24 septemibre , le grand conseil des pairs et annonça un parlement pour le 3 novembre suivant. Le premier jour du grand conseil , les Écossais présentèrent à Sa Majesté wne humble pétition , d'après laquelle on décida que des négociations seraient entamées à Rippon. On convint d'une cessation d'armes et l'accommodement dé-
finitîf fut remis aux soins et à la sagesse du parlement.
Au premier ipoment de notre réunion , toute opposition sembla disparaître , les/ maux produits par ces mauvais conseils étaient si évidens que personne n'osait s'élever pour les défendre. Néanmoins ^ ce qu'il y avait à faire présentait en soi de grandes difficultés ; la corruption et les maux accumulés pendant seize ans, fortifiés par la coutume , l'autorité , et par l'intérêt commun de plusieurs puissans délioquans, étaient arrivés au Jour du jugement et de la réforme. Il fallait pourvoir à l'entretien de la maison du Roi, car on l'avait réduit à un tel état de détresse qu'il ne pouvait subvenir à ses dépenses ordinaires et nécessaires sans le secours de son peuple. II fallait payer deux armées , dont la charge se montait à près de quatre-vingt mille livres sterling par mois, et on était obligé d'imposer de lourds fardeaux au peuple déjà épuisé par un grand nombre de anesures oppressives.
Telles étaient les difficultés , en apparence invincibles , qu'avec l'aide de la Providence divine nous avons surmontées, les contrariétés incompatibles que nous avons en grande partie conciliées. Six subsides ont été accordés, ainsi qu'un bill de capitation, qui, s'il eût été levé comme il convenait , devait rendre encore la valeur de six subsides , en tout , six cent mille livres. Nous avons , en outre , contracté envers les Écossais une dette de deux cent vingt mille livres , et cependant. Dieu a tellement béni les efforts de ce parlement que le royaume a tiré grand avantage de toutes ces charges. On a aboli la taxe des vaisseaux, qui coûtait au royaume plus de deux cent mille livres par an. On a délivré les citoyens de la taxe de l'habillement et marche des troupes et des autres charges militaires, qui, dans plusieurs provinces , ne s'élevaient guères moins haut que la Xaxe des vaisseaux. On a supprimé tous les monopoles dont quelques-uns coûtaient ensemble au peuple plus d'un million I. 5o
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par an , le sav^^n , loo^ooo livres , le tîa » 3oo,eoo , le cuir, xiécessairement beaucoup plus , «t le sel uoa moins c^e le cuir ', sans compter les monopoles moins îniportans , dont le dommage exactement calculé s'élevevait k une somme considérable. Mais un résultat encore plus avantageux, c'est d'avoir extirpé la racine de ces ms^uj- r le pouvoir arbi*^ traire qu'on prétendait attribuer k Sa Majesté de taxev ses sujets , ou d'imposer leurs propriétés ,, sans leur consente^ ment, donné en parlement, ce. qui a été maintenant déclaré contraire à la loi par le j.ugement des deux chambres, ef aussi par un acte du parlement. On a fait un autre p^s très* important ; les mauvais conseillers et exécuteurs) de toutes ces injustices, ces griefs vivans ont été tellement réprimés par la justice qui a été faite du comte de. Strafford , par la fuite du Lord Finch el du secrétaire Windebank, l'accusation et l'emprisonnez^ent de l'archevêque de Cantorbéry et du juge Berkley, et l'accusation de plusieurs autres évéqnes et juges , qu'il est vraisemblable que nous en sommes débarrassés pour le présent et préservés à l'avenir.
L'interruption des parlemens est désonnais prévenue par le bill des parlemens triennaux , et la brusque dissolution du parlement actuel est également prévenue par un. autre bill portant qu'il ne pourra être ni dissous ni ajourné sans le consentement des deux chambres; deui; lois qui, à> les bien considérer , doivent être regardées comme, plus avantageuses que toutes les précédentes , parce qu'elles assurent aux remèdes actuels le temps d'opérer pleinement leur efiet, et établissent pour l'avenir une source perpétuelle des remèdes nécessaires.
. La chambre étoilée , la cour de haute commission et la cour du président et du conseil du Nord , oii se forgeaient tant de maux, d'oppressions et de violences, ont été entier reraent supprimées ; ce qui a donné plus de garanties aux sujets pour la sûreté de leur personne , de leur li}>erté ejt.de
leurs proprî^ës, qn'ils n'en pourraient obtenir d'aucune loî pour régler la marche de ces cours, ni d'aucun exemple destiné à imprimer la terreur aux juges.
Le pouvoir immodéré dn conseil privé , et l'abujr excessif de ce pouvoir , ont été réglés et restreints de manière à nous donner tout lieu d'espiéfer que les temps à veriir ne connaîtront rien de pareil aux actes qu'il s'est permis contre la liberté publique , si ce n'est par l'histoire qui nous fournira une occasion de plus de louer Dieu des bontés dé Sa Majesté et des fidèles efforts du parlement actuel. Les canons de la conrocation et le droit d'en faire à l'avenir ont été abolis par le vote des deux chambres.
Le pouvoir exorbitant des évéques et de leurs tribunaux est infiniment diminué par quelques précautions insérées dans le bill contre Ta cour de haute commission. Les auteurs des nombreuses innovations introduites dans la doctrine et Tes cérémonies, et les ministres scandaleux dans ]«iEir conduite, ont été tellement frappés de crainte par les -plaintes et les accusations juste'ntènt portées contre eux, que Bonsavoàs tout Kéu d'espérer qu'ils se montreront plus ré-^ serves à l'avenir; sôit qu'ils arrivent à une intime conviction de leur propre folié , ou se trouvent contenus à l'extérieur parla crainte de la punition.
Une bonne loi a restreint les forêts dans leurs justes bornes; d'autres lois , é^lemeùt bienfaisantes, ont réprimé et prévenu les empiétements et l'oppression des cours des mines , les extorsions des cfercs de marché , ïa contrainte exercée sfur les sufets poïir les obliger à recevoir l'ordre de chevalerie contre Tetir volonté, en soumettant à dès amendes ceux qui ne le recevaient pas , et les vexations exercées dans la levée de ces amendes.
Ou prépare plusieurs lois et institutions excellentes, destinées à remédier au pouvoir désordonné , aux vexations et usurpations des évéques; k réformer l'orgueil et l'oisiveté '
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d'un grand nombre des membres du clergé ; à soalager le peu pie des cérémonies inutiles dans l'exercice du culte; àfaire juger et écarter les mini«t1res indignes et inutiles, et à entretenir, dans tout le royaume, de pieux et actifs prédicateurs.
On a fait sur beaucoup d'autres affaires pressantes des propositions de la plus grande importance pour le bien de ce royaume; et quoique jusqu'ici bien peu aient pu avoir leur effet , nous espérons qu'avant la fin de cette session , ces choses auront reçu quelques améliorations et quelque perfectionn^ement.
Dans le nombre sont : l'établissement des revenus royaux et l'ordre à y apporter pour réprimer les abus commis par. les officiers de la couronne, et retrancher les dépenses superflues , et afin qu'il soit plus sûrement pourvu aux déboursés nécessaires pour l'honneur de Sa Majesté, la défense et le gouvernement du royaume ; .
Des lois pour régler les cours de justice et diminuer les lenteurs et les charges des procès ; une méthode efficace pour empêcher l'exportation de l'or et de l'argent , «t l'inégalité du change entre nous et les autres^ nations ; l'amélioration des produits naturels du pays; l'accroissement de nos manufactures ; l'établissement d'une balance du commerce qui puisse accroître la richesse du royaume, ou au moins l'empêcher de se détériorer; ainsiqu'il est arrivé depuis plusieurs années par la négligence dont on a usé à cet égard. Donner, sur nos côtes , plus d'importance à la pêche du hareng, ce qui sera très-utile pour fournir aux pauvres un moyen de travail , et formera une abondante pépinière de marins, capables de mettre le royaume en état d'exécuter de grandes entreprises.
Voici maintenant les oppositions, les obstacles et autres difficultés que nous avons rencontrés dans notre ronte , et qui continuent à nous disputer le passage avec quelque puissance ^ et beaucoup d'opiniâtreté.
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Le parti malintentionné , que nous avons déjà désigné €omme le fauteur et l'agent de toutes nos misères, a de nouveau pris courage ; il a eu le crédit , même depuis la convocation de ce parlement, de faire porter quelques-uns de ses faiseurs et de ses instrumens à des dignités , à des places de confiance et- d'un service actif. Il s'est efforcé de donner à Sa Majesté de fâcheuses impressions contre nous et une opi*nion défavorable de nos démarches, lui persuadant que nous avions travaillé pour nous et non pour elle, et que nous avions obtenu d'elle beaucoup de choses très-préjudiciables à la cou* ronne«otis le rapport de la prérogative et du revenu. Pour repousser cette calomnie , nous ne croyons pas avoir autre chose à dire, si ce n'est que tout ce que nous avons fait est pour Sa Majesté, pour sa grandeur, son honneur et pour lui fournir l'appui dont elle a besoin. Quand nous donnons vingtcinq mille Hvres par mois pour le soulagement des provinces septentrionales, c'est au Roi que nous les donnons, car il est dans l'obligation de protéger ses sujets. Les personnes qui nous ont mis dans la nécessité d'encourir ces énormes dépen-' ses , sont les mauvais conseillers de Sa Majesté, et leurs coupables instrumens, à qui l'on doit attribuer les griefs qui ont amené les Écossais en Angleterre. £t s'il plaisait à Sa Majesté de contraindre les auteurs de cette guerre à en faire satisfaction, ce qui serait, de sa part, juste et facile, on pourrait raisonnablement , à ce qu'il parait , délivrer de ce fardeau le peuple, 'entièrement innocent des causes qui nous l'ont imposa.
Quand nous avons pris sur nous la charge de payer l'armée , ce qui coûte plus de cinquante mille livres par mois, n'est-ce pas au Roi que cela a été donné ? Tous les officiers de cette armée n'étaient-ils pas engagés avec Sa Majesté, à • des conditions plus chères , et avec des traitemens plus forts que ceux qu'on accorde d'ordinaire ? N'avons-nous pas pris aussi sur nous le paiement de ce secours fraternel ,
^e trois cent mille livres, que nous avons donné aux Éoossais? Cette somme n'était-elle pas destinée à réparer Us don»mages et les pertes qu'avaient soufferts les Écossais , de la part des vaisseaux du &oi et de ses ministres? Ces trois o})jets se montent à plus de onze cent mille livres. Sa Majesté a reçu, en outre, en impôts sur les denrées, a^ moins quatre cent mille livres , en sorte qu'elle a tiré de 1^ bourse de ses sujets, depuis le commencement du parlement, un million et demi. Et cependant ces bonu;nes ont l'impudence de dire à Sa Majesté que nous n'avons rien fait pour çUe.
Quant à la seconde partie de leurs accusations ^ nous reconnaissons avec beaucoup de gratitude que Sa ^jj^ajesté a passé, dans le parlement actuel, plus de bills utiles en faveur de ses sujets, qu'il ne s'en est passé en plusieurs générations. Mais en même temps , nous ne pouvons oublier que les mêmes conseils empoisonnés se sont laissé reconnaître dans les efforts que l'on a faits pour empecl^er l'acceptation de ces actes utiles. Et quant aui^; deux chambres du parlement ^ nous pouvons en toute vérité et eu toute modestie affirmer que nous avons toujours eu soin de ne rien deman* der qui pût affaiblir la couronne , soit par rapport à ses légi* tîmes profits , ou au pouvoir dont elje a besoin. Les parlemens triennaux ne sont pas , dans le fond , une eoncesâon aussi étendue que celle que la loi nous autorise à requérir;, des statuts , encore en vigueur , ordoni^ent qu'il y ait chaque année un parlement ; et quant à la fprme , il est au j)ouvoir du Roi d'empêcher qu'elle soit jamais employée , s'il veut , en convoquant à temps le parlement , prévenir la nécessité d'un autre mode de réunion. Lebill pour la continuation du parlement actuel parait , sans c|outi9 , aj^rter quelque restriction au pouvoir qu'a le Roi de dissQudre les parlemens ; mais il ne l'enlève pas à la couronne, il nefiiit qu'en suspendre l'exercice pour cette fois, et d^ps la.circoostaûce actuelle : ce qui était si nécessaire pour la sécurité
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Aa Roi lai^même , et pour la tranquillité publique , que sans cela nous n'aurions pu prendre sur nous aucune des grandes charges que nous iioiis sommes imposées ; msài nous aurions été obligés de laisser les deux armées livrées au désordre et à la confusion , et tout le royaume au san^ et an pitlage.
Il résultait de la chambre étoilée pins d'oppression que dé profit; lès fortes amendes étaient, pour la plupart, remises, et lé reste renvoyé à de longs termes. Les amendes imposées par la cour de haute commission étaient, en elles-mêmes,' injustes, et àe rentraient que rarement ou jamais dans la bourse du Roi. C'est sur ces quatre biRs que l'on s'est particulièrement appuyé ; dans le reste, on ne trouve pâS l'ombré d'un préjudice fait à la couronne.
Les mêmes hommes ont cherché à diminuer notre crédit dans le peuple, et à lui donner de l'éloignement pour leé parlemens. Ib nous ont accusés d'avoir perdu beaucoup dé temps à faire peu de chose , pat-ticulîbrement sur ce qui si rapport aux griefs concei'Aant îa religion. Ils disent encore que le parletnent est un fardeau pour le royaume , en ce que , par les nombreuses protections qu'on eiï obtient , il entrave la justice et le commercé , et que la quantité de subsides qu'il accorde est beaucoup plus pesante que les isiTileB qu'on eùdurait auparavant. A cela , nous avotis liné réponse prête. Soit que l'on considère le temps éifipfoyé par le parlement actuel, par rapport à la longue durée du t€mps qu'ont apporté à s'accroître et à s'enraciner les griefs que nous avons déjà écartés , aux puîssans appuis qu'atvaîént en leur faveur les detinqnans qfué nous avons poursuivis > âux grande besoins et autres chat^s de l'État auxquefls^ nous arons pourvu ; soit qu'on le mette éii balance avec le» nomlnreux avantages que non-seulement la' géité^ation pré- ^nte , mais les générations futures doivent , selon toute probabilité, recueillir d«t bonnes lois et des procédés di«
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parlement actuel, nous ne doutons pas que tout homme d'oa jugement impartial ne conclue que notre temps a été beaucoup mieux employé que ne l'a été , en beaucoup de précé-dens parlemens , mis l'un au bout de l'autre, un intervalle de bien plus longue durée. Nous pensons aussi que les charges qui out été imposées aux sujets, et les autres incoa véniens qu'ils ont supportés, paraîtront bien légers , coni'parés à l'avantage qu'ils en ont reçu et en doivent recevoir. Quant à ce qui concerne les protections , le parlement en sent si bien l'inconvénient qu'il est dans l'intention d'en soulager le peuple , autant que cela pourra se faire , d'ac* cord avec l'honneur et la justice , et qu'il s'occupe à passer un bill pour donner satisfaction à cet égard.
Les mêmes malintentionnés ont essayé , par de nombreuses et adroites manœuvres , de semer la division entre nous et nos frères d'Ecosse, calomniant leurs procédés et leurs intentions à notre égard , et s'efiforçant secrètement de nous exciter et irriter les uns contre les autres. Leur parti, dans la chambre des pairs, composé d'évéques et de lords papistes, a eu le pouvoir d'apporter beaucoup d'obstacles et de retards à la poursuite des délinquans et d'empêcher qu'on ne procédât à la discussion de plusieurs bills utiles passés dans la chambre des communes, concernant la réformation de plusieurs grands abus et corruptions dans l'Eglise et dans l'État.
Ils ont travaillé à séduire et à coiTompre quelques membres des communes pour les attirer dans des conspirations et des complots contre la liberté du parlement , et par leurs agens et instrumens ils ont tenté de jeter la désaffection et le mécontentement dans l'armée de Sa Majesté, et de l'engager à soutenir leurs pervers et perfides dess^eins , à. se déclarer pour que les évcques conservassent le droit de voter et Leurs fonctions dans la chambre des^airs , et à contraindre le parlement de régler /limiter et disposer sa marche de la
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manière 4a plus propre à concourir aux intentions de celte dangereuse et puissaute faction ; et lorsque le dessein per-> nicieux qu'ils avaient formé de faire marcher l'armée contre le parlement et la cité de Londres a été découvert j et que la tentative a été prévenue , ils en ont combiné un autre de la même damnable nature , ajoutant à leurs premières dé* marches des efforts pour engager l'armée Ecossaise à de*meurer neutre, tandis que l'armée anglaise, qu'ils avaient travaillé à corrompre et envenimer contre nous, par défausses et calomnieuses suggestions , aurait exécuté leurs intentions perverses pour le renversement de notre religion et la dissolution de notre gouvernement.
C'est ainsi qu'ils se sont continuellement livrés à des pra« tiques pour troubler la tranquillité , à des complots pour opérer la destruction de tous les États du Roi , et qu'ils ont employé partout leurs émissaires et leurs agens à la réussite de leurs diaboliques projets , toujours découverts et déjoués en. Angleterre et en Ecosse, par la vigilance des hommes bien intentionnés , avant qu'ils fussent mûrs pour l'exécution. £n Irlande seulement, pays plus éloigné, ils vOnt eu le temps et la facilité de monter et de préparer leur entreprise , et ils avaient porté leur ouvrage à un tel point de perfection qu'ils se seraient mis en posses* sion. de tout le royaume^ auraient totalement renversé le gouvernement, extirpé la religion et détruit tous les protiBstans, à qui la conscience de leur devoir envers Dieu , leur roi et leur pays*, n'aurait pas permis de se joindre à eux , si par la merveilleuse providence de Dieu, l€ur principale entreprise . sur la ville et le château de Dublin n'eût été découverte et prévenue le soir même du jour qui précédait celui de l'exécution. Malgré cette découverte, ils ont éclaté en plusieurs autres parties de ce royaume, ont surpris des villes et de$ châteaux , commis des meurtres , des rapts et d'autres infamies^ ont secoué tous les liens de To*
Wissance envers Sft Majesté et les lois du f oyamne , et ont allame dans tout le pays un incendie tel , que l'infinie bénédiction de Dieu sur la sagesse et les efforts du gouvernement , peut seule parvenir à l'éteindre. Et certainement , si Dieu , dans sa grande miséricorde sur notre pays , n'eàt découvert et confondu leur premier dessein , nous aurions été le prologue de la tragédie d'Irlande, et offririon» maintenant au monde nn lamentable spectacle de misère et de confusion.
Et maintenant quelle espérance avons^nons, si ce n'est en Dieu y puisque le seul moyen que nous ayons de subsister et d'opérer une réforme est, après lui, dans le parlement? Que pouvons^nous , nous chambre des communes , sans le concours de la chambre des lords ? Et quel concours pouvonsnous en espérer^ quand les évoques et les lords récnsans s'y trouvent en si grand nombre et si puissans qu'îb sont en état de traverser et d'arrêter nos plus énergiques efforts pour la réforme 9 et, par ce moyen , de donner au parti mal intentionné la possibilité de calomnier nos démarches? Ils répandent dans le peuple que notre intention est d'abo!?r tout gouvernement de l'Église, et de laisser chacun en H^ l^rté de servir et d'adorer Dieu selon son propre caprice , d'absoudre les sujets de cette obéissance qu'ils doivent , après Dieu , à Sa Majesté à laquelle nous sarons qu'a été confiée la loi ecclésiastique , aussi bien que la loi temporelle et le soin de gouverner les membres de l'Église d'Angleterre selon les règles d'ordre et de discipline établies par le parlement , son grand conseil dans toutes les affaires de l'Église et de l'État. Nous confessons que notre intention et le but de nos efforts ont toujours été de limiter le pouvoir exorbitant que se sont arrogé les prélats , entièrement contre la parole de Dieu et les lois du pays. C'est dans cette tut que nous avons passé le bîH qui les écartait des fonctions et emplois temporels ; afin qu'ils pussent se donner plu5 etr-'
tmremeBl sm modeste exercice de leur ministère . Ils se sont eux-mêmes opposés à ce bill , et oait été le principal obstacles à son acceptation.
Nous déclarons ici que nous sommes fort loin de vouloiro« de désirer relâcher le frein précieux de la discipline et du gouvernement de TÉglise^ et de laisser de simples individus , ou des cpngrégatioBS particulières , choisir la forme de culte qui leur plait, car nous tenons pour nécessaire qu'il soit établi dans tout le royaume une exacte conformité à la règle prescrite par ]e& lois , d'accord avec la parole de Dieu. Kous dé^icons délivrer les consciences de, l'observance de» çéréoiomefi inutiles, suj^imer les innovations et faire disparailre les monumens d'idolâtrie ; et pour mieux effectuer cette réforme, noas souhaitons qu'on assembla un synodegénéral des plus graves, des plutt pieux:, des plus sa vans , djes plus judicieux docteurs de cette île, assistés de quelques doctjeurs étrangers de la même religion que nous; que ce synode su^it chargé d'examiner toutes les choses nécessaires, à k^ paÎK e4 au gouvernement de l'Église , et d'exposer au parlement le résultat de ses consultations, pour être, par celui-ci, adopté. et confirmé , et recevoir le sceau de l'autprité, afio que tout le royaume soit tenu de lui obéir.
Ils noujS ont méchamment accusés de Fintention de détruire et de décourager la science; tandis que notre soin et notre désir principal est de la faire prospérer et de pourvoir sufiUammeat dans tout le royaume à l'entretien des ministres en étatd* prêcher : ce qui sera un grand encouragement pour les hommes instruits , et un moyen certain de prévenir l'indigence , l'abjection et J 'ignorance oii se trouve maintenant réduite la plus grande partie du clergé. Notre intention est également de réformer et de purifier lés sources de la science , les deux Universités , afin que les ruisseaux qui en découleront soient clairs et purs , et deviennent l'honneur et la satisfaction de tout le pays.
' Ils se sont efiforcés de noircir nos procédés en parlensent f en défigurant, par des interprétations forcées, le sens de nos ordonnances. Ils disent au peuple , qu'en touchant aa pouvoir de l'épiscopat , nous avons occasionné des sectes et des conventicules , tandis > que ce sont l'idolâtrie et les cérémonies papistes introduites dans l'Église par les cornxnandeinens des évéques , qui , non-seulement en ont éloigné le peuple , mais Font obligé à quitter le royaume. Ainsi , semblables k Élie, nous nous voyons accusés par ce parti mal intentionné, de porter le troubledans TÉtat ; et tandis que nous travaillons à la réforme des abus , ils nous désignent comme les auteurs des maux que nous nous appliquons à prévenir.
Nous pensons que, pour perfectionner l'ouvrage commencé et écarter à l'avenir tous les obstacles , il y a plusieurs mesures efficaces à prendre.
D'abord^ comme nous apercevons que les principes de la religion des papistes tendent à la destruction et à l'extirpation de tous les protestans , aussitôt qu'ils trouveront l'occasion favorable , il est nécessaire de les tenir dans une condition telle qu'ils ne puissent, être en état de nous faire au- Gim mal ; et pour éviter qu'on leur accorde désormais la connivence et la faveur qu'on leur a montrées jusqu'ici, il est indispensable que Sa Majesté veuille bien consentir à l'établissement • d'une commission composée de quelques hommes d'élite à la nomination du parlement , et chargés de surveiller les progrès des papistes , leurs conseils et leurs démarches, et d'employer tous les moyens que fournissent les lois pour prévenir leurs pernicieux desseins contre la paix et la sûreté du royaume. £t il faut user démesures efficaces pour démasquer l'artifice des papistes qui se couvrent d'une feinte conformité à l'Église , artifice à la faveur duquel des personnes mal affectionnées à la véritable religion , ont été admises à des places de confiance et revêtues de la plus grande autorité.
Pour le maintien des lois et des libertés du royaume , et afin que tous les griefs et toutes les exactions illégales puissent être portées et punies aux assises^ et que les juges et juges de paix aient soin d'en saisir le grand jury, et que les ' juges et shérifTs prêtent serment de faire exécuter , comme ils le doivent, la pétition des droits et les autres lois ; Sa Majesté sera' humblement suppliée par les deux chambre» de n& remettre le soin de ses affaires , soit à l'intérieur , soit à l'étranger , qu'à des conseillers , des ambassadeurs et d'au-^ très ministres , tels que le parlement ait lieu de prendre confiance en eux , sans quoi nous ne pourrions donner à Sa Majesté les secours qu'elle demande pour l'entretien de son propre gouvernement , ni accorder aux protestans d'outre mer l'appui dont ils ont besoin.
Il peut souvent arriver que les communes aient de justes^' motifs pour prendre ombrage de tels ou tels conseillers y bien qu'elles ne les accusent d'aucun crime ; car il y a des causes de méfiance qui ne s'appuient pas sur des preuves ,' et d'autres qui , bien que prouvées , ne sont pas légalement criminelles : comme d'être connu pour favoriser les papistes 9 ou de s'être montré trës-ardent à défendre ou à soutenir quelques-uns des grands coupables recherchés dans le parlement, ou de parler avec mépris de l'une ou de l'autre chambre du parlement ou des procédés parlementaires , ou d'être le facteur , l'agent de quelque prince étranger d'une autre religion , ou d'être justement soupçonné d'avoir obtenu, pour de l'argent, des places de conseiller ou autre place de confiance dans le gouvernement. Ces choses et beaucoup d'autres sont des motifs suffisans pour que nous suppliions instamment. Sa Majesté de ne pas mettre ses importantes affaires entre les mains de ceux qui s'en sont rendus coupables, bien que nous ne voulions pas procéder contrer opx par la voie légale de l'accusation.
Il est nécessaire que tous les conieillera d'£tat soient te-i»
nus au serment d'observer les lois qui conservent Ta liberté des sujets , et qu'ils prêtent égaletnent serment de ne recevoir aucun don, récompense ou pension d'aucun prince étranger , à moins de le déclarer , dans nn temps reqtits , aux lords du conseil de Sa Majesté ; et qaand tnéroe ^ alors , ils se parjureraient mécbamment , il 7 aurait cela d^utîle, qu'ils seraient reconnus faux et parjures envers ceux qui les emploiraient , et obtiendraient aassi pen de crédit auprès d'eux qu'auprès de nous.
Afin que Sa Majesté ait des motifs de s'atlacber afix bons conseils, il faudrait lui montrer, d'une manière bumfble et respectueuse, combien il serait avanta^ox pour elle dé voir ses revenus établis avec une magnificence capable de la soutenir avi?c honneur, et tout son peuple nm dans des dispositions d'obéissance envers e(le et dans ses efforts pour le bien public ; de voir enfin , p»r l'influeiârce de soii pouvoir ^t de son gouvernement , son rojairme ci ses avilies , jô'ùir du bonheur, de la richesse ^ de la paix et de la sâreté.
Il est nécessaire de prendre tons 1-es moyens possibles pour i:éunir 1^ deux royaumes d'Angleterre et d^Ééosse , et de les engager à s'aider et assister mutueltemfent , pour l'honneur de l'iie et le bien commun de tons âeni. Il fatrt écarter du milieu de nous tou« les saj^H de discorde sur de» matières religieuses et indifférentes en' eUes-mémes , et nou9 réunir contre l'ennemi commun à qui nos divisions donnent les moyens de nous détruire, ainsi qn^il l'espère , et s'y est efforcé bien souvent.
Liés aux Églises étrangères- par laf éharîté cpjtH nous leur devons-, et par la prudence que nous* commande notre propre intérêt , il faudra nous applilqnei' , par tontes sortes* d'offices d'amitié , à les unir avec nou^ dans la ntiéme é»vtse , et travailler au maintien de leur liberté, leur sûreté et leur prospérité : car, par ce moyen, nous accroîtrons notre propre force y et par notre concours ver§ un but commun ,
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ET PIÈCES HISTORIQOES. 479
•0U8 pourrons effectuer le bien de tout le corps protestatnl;. Si ces conseils sont suivis , nous ne doutons pas que Dieu ne couronne ce parlement d'un succès qni sera , pour Sst Majesté , h fondement et la source de plus d'iionneur et de ]i>0i^iear qne n'en ont jamais ol>te&u les rois ses prédé^ cesseurs.
Déclaration de Sa Majesté, à tous ses é^hctîonnés sujets^ en réponse à la remontrance ou déclaration de Vêtat du^ rqymane ^ faite par ht chxmhre des commîmes* (Publiée de l'avis de son conseil privé. ) '
Bien que sons ne pensions pas que par sa remontrance sjur l'iétat du royaume , notre chambre des communes ait «a l'intention de nous obliger à une apologie de nos ac** tjons- passées ou présentes^ néanmoins, puisque, en consî** dérant les troubles actuels , il lui a paru si nécessaire d^ publier cette déclaration pour k satisfaction de nos affec«» tionnés sujets , nous avons jugé conforme aux devoirs du rang dans lequel Dieu nous a placé , de prendre part à une oeuvre si utile , et nous ne croirons pas au dessous de notre dignité royale , de descendre , en cette- occasion , à tous les détails propres à concilier et affermir les sentimens des der<niers de nos sujets : car telle est l'intime conscience que nou^ ^vons de la droiture de notre conduite , et de n'avoir rien j&iit ,, grâces à Dieu , que pour la paix et le bonheur de notre royaume, y comprenant la prospérité de nos sujets , que nous désirons, du fond de notre cœur, que nos plus secrètes pen-« aées soient exposées à leur vue et à leur examen , bien que nous ne puissions , il £siut l'avouer , nous empêcher d'être très-affligé que , dans ces conjonctures , où l'étranger est déjà si instruit des malheurs âe ce royaume ) il existe une
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nécessité qui nous oblige à publier de pareils .détails. Nout prions Dieu qu'il n'en résulte aucun des inconvéniens qu'on n'a pas eu l'intention d'amener.
Nous passerons , en peu de mots , sur cette partie du récit oii sont retracés , avec de si vives expressions , les malheurs qui ont accablé le royaume depuis notre avènement à )a couronne jusqu'au commencement du parleihent actuel ; et, sur cette autre oii l'on reconnaît combien de bonnes lois ont passé par notre grâce et faveur , dans ce parlement , pour la sûreté de notre peuple. Nous dirons seulement , sur ce point , que , si nous n'avons refusé aucun des bills qui nous ont été présentés par notre parlement , pour le redressement des griefs mentionnés dans la remontrance, l'un des motifs qui ont le plus puissamment contribué à cette détermination de notre part a été la résolution que nous avons prise, aprësavoir examiné et reconnu l'état de notre royaume, de délivrer, à l'avenir, nos sujets des fardeaux qui les tenaient en souffrance : résolution que nous aurions exécutée, quand même ces lois ne nous auraient pas été proposées. Nous les maintiendrons donc aussi inviolables que nous aurons soin que le demeurent nos propres droits ; et nous ne doutons pas que tous nos affectionnés sujets ne considèrent avec assez de gratitude et d'attachement les remèdes apportés à leurs maux , pour se rappeler sans peine même ce qu'ils ont eu à supporter par suite des accidens et de la nécessité des temps; et peut-être, quelque peu dp part que nous prétendions en ceci à leur reconnaissance yuwt pieux sentiment des bénédictions de Dieu sur cette nation les portera-t-il à confesser, que même dans ces seize dernières années , ils ont joui , sous le rapport de la paix et de l'abondance , d'un haut degré de prospérité , non-seulement par comparaison avec leurs voisins, mais même en rapprochant nos temps de ceux qu'à juste titre on a tenus pour fortunés.
ET PIÈCES HISTORIQUES. 48l
Nous supposons que les craintes et les méfiances qui peuvent faire quelque impression sur l'esprit de nos peuples , sont de deux sortes , et portent , les unes sur la religion , les autres sur la liberté et les intérêts civils. Il se peut que les craintes sur la religion ne soient pas seulement relatives aux dangers de voir la nôtre") la religion reconnue du pays, envahie par le parti romain ; mais qu'elles aient rapport à quelques-unes des cérémonies qui l'accompagnent , et dont un certain nombre de consciences délicates sont ou se prétendent scandalisées ; car nous ne parlerons pas des cérémonies qui , adoptées sans warrant ou injonction légale , sont déjà ou seront bientôt abolies.
Quant à la religion , comme il se peut qu'on nous soupçonne de quelque penchant pour le papisme^ nous voulons déclarer au monde entier, qu'après avoir été , dès notre enfance , élevé dans les préceptes et la pratique de la religion actuellement établie dans ce royaume, non content de nous en tenirsimplementauxprincipesde notre éducation, nous avons, et la chose est bien connue, employé beaucoup de temps et de peine à examiner les bases de cette religion , en tant que différente de celle de Rome; et nous sommes , du fond de notre âme , complètement convaincu et assuré qu'elle est , de toutes les. religions actuellement pratiquées dans le monde chrétien, la plus pure et la plus conforme à la parole sacrée de Dieu; et comme nous croyons pouvoir la soutenir par des raisons sans réplique , nous serions prêt , nous l'espérons, à la sceller de notre sang, s'il plaisait à Dieu de nous appeler à ce.sacrifice. Rien donc ne saurait être accepté de nous avec autant d'empressement, que les propositions qui pourraient contribuer à la rendre plus puissante ici , ou à la propager au dehors , seul moyen d'attirer la bénédiction/ de Dieu sur nous et sur cette nation; et nous serions bien malheureux , si notre peuple avait eu besoin de cette profession de foi de notre part, car nous avons toujours eu soin, I. 5i
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sans osteolation 9 que Botre pratique pi^rsonnelle mît constamment en évidence , autant qu'il était çn notre, pouvoir^ Tattention et le respect que nous portons à notre religion.
Quant aux différends qui ^e sont éleyés entre pous , sur des manières de religion , inclifféfentes ex\ elles-mêmes, nous consentirons volontiers , par éçard pour un certain nombre de nos affectionnés sujets , que , selon l'avis de notre parlement , quelques lois soient portées pour exempter les consciences délicates de tout châtiment pu ffîchçrcbe relativement à des cas £t à de$ cérémonies regardées , par la plupart t comme des choses indifférentes , et tenues , par quelquesuns, comme entièrement illégales, pourvu que la chose soit faite et soutenue avec assez; de modestie , de modération et de soumission , pour que la paix et le repos du rojaume n'en soient pas troublés ; que la décence et la convenance du servie^ de Dieu n'en reçoivent aucune atteinte f et que les pieusçsi , sages et dévotes actions des hommes respectables qui furent les premiers ouvriers dç notre bienheureuse réformation , ou de ceux qui vivent aujourd'hui parmi nous, ne soient pas calomniées et diffamées ; car nous ne pouvons , sans douleur de cœur, et sans nous faire quelque reproche à nous-mêmes et à nps ministres de la non exécution de nos lois , considérer la licence audacieuse avec laquelle certains hommes impriment des pamphlets , prêchent et publient des sermons si pleins d'amertume et de malveillance Contre le gouvernement açijuel, contre les lois établies, et remplis d'un esprit si séditieux contre nous-même et contre Ja p^ix du royaume, que nous sommes quelquefois confondus en voyaji^t de quels jeux sont regardées ces choses, de quelles, oreilles, elles sont ente;idues.
N<\us ^vpns dionc de jusjtes motifs d'ordonner, comme nous l'avons déjà fait et faiso^ ^core ici , à tous nos juges et agens dc^ ju&ticç , à notre prpçureur et à notre avocat-général , et k tpti), 1^ res]i^ de nçtre savant conseil , de pour-
suivre avec toute Tactivité possible, eux et leurs fauteurs, ceux qui, soit par leurs écrits ou leurs discours, ont si audacieusement et si méchaminent violé les lois , troublé la paix de l'Etat, et, autant qu'il est en eux, ébranlé les base^ sur lesquelles se fondent et s'affermissent cette paix et ce bonheur» £t n^us ne doutons pas que tons nos affectionnés sujets ne sentent trës-bien que cette conduite remuante, virulente , ne peut aboutir qu'au désordre , et que si elle n'est pas punie et prévenue k temps, elle jetera, nonseulement àe la défaveur sur le salutaire tempérament que nous voulons adopter, mais deviendra, plus qu'on ne le saurait dire , une source de calomniés et d'accusations contre la religion de notre royaume d'Angleterre.
Quant aux libertés et aux intérêt» civiU de nos sujets , nous n'*urons que pea de chose à dire, puisque , par ce grand nombre d'excellentes lois , passées par nous dans le parlement actuel, nous avons érigé un si grand nombre de . monumens durables de notre royale et paternelle sollicitude pour notre peuple ; et , en vérité , à notre grande satisfaction. Nous regardons ces concessions comme si larges et si amples , qu'elles ne laissent plus, au très-grand nombre dei hommes sages, que peu de choses à désirer.
Nous avons très-bien compris de quel droit et de quel privilège BOUS nous étions départi en consentant au bill du parlement triennal et à celui de la continuation du parlement actuel , ainsi que dans le préambule du bill sur les droits de tonnage et de pesage , cause de tant de divisions dans le dernier parlement , et que nous avons voulu écarter , afin qu'aucun de nos intérêts personnels ne fàt à l'ayenir l'occasion de troubler la concorde. Nous nous sommes cru suffisamment dédommagé par la certitude que non» conservons encore d'obtenir de notre peuple ua juste retour de confiance, de libéralité et d'obéissance. DanS' les bills pour la suppression des cours de haute commission et de notre
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chambre Étoilée , nous crûmes avoir donné à notre peuple nne satisfaction suffisante pour qu'il lui fût aisé de revenir de toutes les méfiances et de' toutes les craintes qu'il avait pu concevoir de l'exercice arbitraire et oppressif des pouvoirs civil et ecclésiastique , surtout lorsque le retour d'un parlement triennal devait le rassurer contre toutes les inquiétudes possibles.
Nous aurions mieux aimé , sans être obligé de rappeler ces choses , et plusieurs autres qui ne sont point indignes d'attention , qu'elles fussent appréciées par le cœur et l'affection de notre peuple ; car, de même que nous avons saisi ces occasions de rendre sa condition plus douce et plus heureuse 9 nous ne doutons pas que , par un retour de gratitude et de soumission envers nous, il ne soit prêt à soutenir nos droits avec autant de tendresse et d'ardeur , et à défendre notre honneur d'oii dépendent si fort sa sàreté et son existence. Ëtnous aurons soin qu'il ne nous soit proposé aucune mesure propre à compléter et à affermir cette sûreté , à laquelle nous ne nous montrions également prêt à contribuer de tous nos efforts.
Si , comme nous en prenons Dieu à témoin , ces résolutions sont l'effet des conseils que nous recevons actuellement , et que tous nos affectionnés sujets puissent, avec confiance, compter sur les avantages qu'elles leur promettent ; certainement 4 elles ne peuvent être -accompagnées d'aucun mauvais dessein contre le public, et aucune des personnes portées par nous , depuis le commencement du parlement actuel , à des dignités , à des places de confiance , ou conférant qnelque autorité , n'a non plus donné lieu à de pareils soupçons ; et nous devons l'avouer , ce n'est pas un de nos moindres malheurs de voir que, bien que nous n'ayons gardé à notre service ni protégé aucun de ceux dont notre parlement a cru devoir se plaindre depuis le commencement de sa session, et bien que, dans quelque temps que ce soit, il
nous s(Ht à peine arrivé d'accorder a qui que ce fût un témoignage de bienveillance et de faveur, sans avoir eu soin de choisir, pour cette distinction, des. komnies qui jouissaient parmi notre peuple d'un haut degré de réputation et d'estime, cependant il se soit si promptement élevé des malentendus entre eux et notre peuple, et qu'on ait conçu si vite des soupçons contre leur fidélité et leur droiture , surtout , lorsque .nous ne négligeons pas une occasion de déclarer que nous ne croyons pouvoir être bien servi que par d'honnêtes gens , et d'une manière honnête. Si, néanmoins, nous nous sommes réellement mépris dans le choix des hommes que nous employons aux affaires , aussitôt que nous en serons informé, soit par nos propres observations, ou par des renseignemens certains qui pourraient nous venir d'ailleurs, nous les abandonnerons à la justice publique, chargés des marques de notre mécontentement.
Si , néanmoins , quelque parti malintentionné reprenait courage , et formait le dessein de sacrifier la paix et le bonheur de son pays aux sinistres projets dé son ambition , en se recouvrant d'un prétexte de religion et de conscience j s'il s'efforçait de détruire notre réputation et notre influence dans le pays, d'affaiblir, parmi nos bons sujets, notre autorité et notre légitime pouvoir; s'il allait attaquant les lois actuelles pour relâcher les liens du gouvernement, afin que le désordre et la confusion vinssent éclater au milieu de nous ; nous ne doutons pas que Dieu, au temps qu'il aurait marqué , ne nous le fît découvrir , et que la sagesse et le courage de notre haute cour du parlement ne nous aidassent à le réprimer et le punir.
• Apres avoir dit tout ce qu'il était possible pour faire connaître la pureté et la droiture de nos intentions envers notre peuple , et fait tout ce que nous avons pu pour manifester nos intentions , nous devons croire avec confiance que tous nos bons sujets reconnaîtront que , soit par nos ac-
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lions passées, soit par la résolution que nous ayons prise de consentir à ce qui nous sera demandé arec jastîce , nous avons pleinement accompli tout ce qui nous était prescrit ; et que , maintenant , leur repos et leur prospérité dépendent uniquement d'eux, et qu'il est en leur pouvoir de les maintenir par leur obéissance et leur respect envers les lt)is , héritage de tons les sujets et unique garantie qu'ils paissent avoir pour lenr vie , leur liberté et leur propriété. Si on les négligeait et méprisait sous quelque spécieux prétexte que ce Mt , il en résulterait nécessairement pour eux de grands malheurs , si ce n'est même une irréparable confusion. Et nous n'en doutons pas , rien, de la part d'un Roi, ne saurait être mieux accueilli par ses sujets que la déclaration que nous faisons ici, que nous sommes résolus pour notre part, non-seulement à observer les lois pour notre compte , mais aussi à les soutenir contre quelque opposition que ce soit , fût-ce au hasard de notre vie.
Nous espérons que non-seulement la loyauté et les honnêtes sentimens de tous nos affectionnés sujets concourront, avec nous , à maintenir constamment la bonne intelligence entre nous et notre peuple; mais, dans les circonstances actuelles , leur intérêt et le nôtre , et la compassion qu'excite Fétat déplorable de nos pauvres sujets protestans, en Irlande, les invitent à demeurer unis et d'accord entre eux, afin que nous puissions nous associer dans une même intention de secourir et délivrer ce malheureux royaume , oîi des rebelles inhumains exercent sur notre misérable peuple des barbaries tellement inouïes qu'aucune oreille chrétienne n'en peut , sans horreur, entendre le récit , et qu'aucune histoire n'en pourrait offrir un semblable. Et comme nous mettons cette affliction au-dessus de toutes celles qu'il a plu à Dieu de répandre sur nous, c'est un grand accroissement à la douleur qu'elle nous cause, de voir que les troubles de l'Angleterre aient empêché d'appliquer
à ces inMx ; i<hÈ]diih crbîssàns , dëh retnhies aussi prompts qu'ôii détait Fàlleildrè ^ et (jae l'eii^éait Ta iiécessit#. l>our tiotre part , tf ^ (J^e là première «roavcrtë êé cette rébellion nous fut parvenue , tiôitè en infbrïâflifrés iibti« par fèmeiit d'Éeosse dfa àous étiolas alors { et fëqtiîrr^ës son aide et âon assi5tance. Notre parlement d'Angleterre reçnt iàtfinëdiatement de nous le même avis et la même recommandation ; et , depuis notre retour ici ^ nous avons été au devant de toutes les propositions qui nous ont été faites en ce sens. Et nous avons dernièrement offert, par un message , à notre chambre des pairs , communiqué à notre chambre des communes, de nous charger de lever proraptement dix mille volontaires anglais, pour le service d'Irlande , si la chambre 4es communes voulait , par une déclaration , s'engager à les payer ; détails qae nous sommes en quelque sorte obligé de publier , ayant appris les bruits répandus par la méchanceté de quelques-uns , et tendans à faire croire que les retards de cette affaire venaient d'un défaut de bonne volonté de notre part k accélérer l'accomplissement de ce grand ouvrage ; en raison de quoi nous reconnaissons ici que ce serait un grand crime envers le Dieu tout-puissant , et un crime inexcusable à l'égard de nos bons sujets de nos trois royaumes, si nous n'employions pas tout ce que nous avons de moyens et de facultés à secourir ,et protéger ce malheureux peuple , de la manière la plus prompte et la plus efficace.
« £t maintenant , nous conjurons tous nos bons sujets , de quelque; rang qu'ils puissent être , par tous les liens d'amour, de devoir ou d'obéissance , précieux à tous les gens de bien, de se joindre à nous pour le rétablissement de la paix dans cet autre royaume , et le maintien de la paix dans celui-ci; d'écarter les inquiétudes et les craintes qui peuvent interrompre le cours de leur .affection pour nous , ainsi que les méfiances et les appréhensions capables de diminuer leur
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charité les. uns ei|Yers les autres. Et alors , si les péchés jde cette natioa n'ont pas déjà déterminé contre nous tous un inévitable jugement , Dieu fera encore de nous le puissant et glorieux Roi d'un peuple libre et heureux. »
( Histoire parlementaire , tome a , col. g46 -— g64; 97»— 977-) •
ET PIÈCES HISTORIQUES. 4^g
Sur rentrée de Charles I*' dans la chambre des communes , pour V arrestation de MM, Hampden , Pjrm , Hollis , Strode et Haslerig. (4 janvier 1642.)
« Quand les cinq membres accuses vinrent ce jour-Ià , Taprës-dinée , à la chambre , ils ne furent pas plutôt assis à leur place que la chambre fut informée par le capitaine Langrish , qui avait servi en France, qu'il venait de Whitehall , ou il s'était trouvé parmi les officiers et les soldats, et avai^t appris d'eux que Sa Majesté se rendait à la chambre des communes avec une garde militaire ; il les avait devancés avec quelque difficulté pour arriver à la chambre avant eux , et faisait savoir à la chambre que ces officiers et ces soldats étaient déjà tout près. Un des membres de la chambre avait aussi reçu de la comtesse de Carlisle , sœur du comte de Northumberland , l'avis secret d'une tentative qu'on devait faire ce jour-là pour se saisir des cinq membres. La chambre les engagea donc à se retirer , pour éviter les désordres qui se seraient élevés, si les soldats avaient voulu user de violence pour les faire sortir. Quatre desdits membres cédèrent de bonne grâce àcetordre ; mais M. Strode s'obstinant à demeurer , sir Walter Ëarle , son ancien ami , le poussa enfin dehors par force au moment oii le Eoi entrait à Westminster dans la cour du Palais-Neuf. Lorsque Sa Majesté traversa Westminster-hall , les officiers , employés et réformés dont il était accompagné , se rangèrent en haie des deux côtés de la salle , laissant au milieu d'eux un passage par lequel Sa Majesté se rendit à l'escalier qui conduit à la chambre des communes. La garde des pen-
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sionnaires et des iiftllebftrâiers, qui accompagnait aosM Sa "Majesté , demeura devant la porte de la chambre , qui fut ouverte avec violence , et Sa Majesté entra dans la chambre. £n passant pour se rendre au fauteuil de l'orateur , elle jeta un coup d'œil k droite du côté de la barre de la chambre , lien où M. Pym avait contume.de s'asseoir; mais Sa Majesté , qui le connaissait bien , ne le voyant pas, elle â'avança vers le fauteuil ; et dit : « Avec votre permission , « M. l'orateur , je vous emprunterai un moment votre fau- « teuil ; » sur quoi Sa Majesté y monta. Après y être demeurée nn instant , elle jeta les yeux sur les méntl^e^ de la chambre , qui demeuraient toiis debout et tféco'àverts; xàais elle n*y aperçut aucun dès cinq meoïbf'ëi: Et àufeit, lors même qu'ils y eussent été , il eài été difficile de les distinguer parmi faut de visages dédouvéHs , tous le?é^ k la fois. Alors Sa Majesté parla eu ces ternies:
te Messieurs , je suis (itché dé l'occasion qiff t&'amènè « parmi vous ; je Vous ai envcïyé hier tin sergent d'armes , « chargé d'une mission très-importante , qui était de sadsi^ « quelques persotlnès àccmies , pai* mon ordre, de hanté t^a- « hrson ; sttt quoi j'attendais de vétrs roMtssàncé et is<m pas « nn ménagé. Je dois votts déclarer ici qaé hiétt qfvr'attfcaii M des rois d'Angleterre tfaît été pîn* s<ngfléuî que je ne le « serai de maintenir vos privilèges dé tout mxïû p6tivorr, « cependant , vous devez savoif* qoè dafn^ lèï tés dé « trahison 11 n'y a plus dé privilège pcfàr piërsomie. Je « viens savoir si qiTélquès-nûs âé ceux qm ëà oàt été àc- « cusés se trouvent ici ; car je doîsr voti's âhré j iHessietti^s , « que tant que les membres que j'aâ accusés, non pas d'n* « crime léger, mais de trahison! , seront daà^ èette èhîtoi- « bre^ je né puis espéref qn^élle rerftre dans ié droif de- « voh- oîi je désire siiiicërement la voir, le- fteftsr éàM toàs * dire que je veux les avoir , que^ué patrt qu'îfe se trouvent. « Je voie bien que les oiseaux se sont èùtolés'; à la bit>totte
VI heore ; j'altenda dd tons que vous me les envérittE aussi- « tôt qu'ils revieudront, et je voU9 certifie, âur ma parole « 4t Roi y que je n'eus jamais le projet d'employer la for<Séy fc mais qnê je procéderai contre eux par les voies légales et «« de droit , car je n'ai jamais eu d'autre intention. Main^ « tenant , puisque , je le vois bien > je ne puis faire la chose « pOùr laquelle j'étais venti, je saiss l'occasion de répéter « ce que j'ai déjà dit , que je maintiendrai tout ce que j'ai 4« âiit pomr ton» mes sujets et ponr leur bien» Je ne vous « d^angeraî pas davantage; mais je vous le dis , je compte «c qu'a;}ssit6t qu'ils rentreront dans la chambre , vous me 4( les enverrez , arutràue&t je prendrai des moyens pOnr les « trouver. »
Tandis que le Roi était demeuré à regarder autour de la chambre, l^orateur s'était tenu au-^lessons du fautefiil tout près de lui. Sa Majesté lui demanda si quelqu'un des cinq membres était dam la chambre , s'il les voyait , et à quelle place; alors l'orateur, tombant à genonic, répondit t «Avec « le bon plakir dé Yotre Majesté , je n'ai îti ni yeux pour « roiti ni lanfgue pour parler, qtf'atFtant qu'il p4ek à la «r chambre, dont je suis ici le serviteur, de me le con»- « mander, et je supplie humblement Votre Majesté de me <c pardonner , si je ne puis faire d'autre réponse , à ce qu'il « ' pkdt à Votre Majesté de me demàtider. »
Lorsque le Roi eut fini son discours, il sortit de la chambre qui était dans une grande agitatioé y et plusteurâ^ membres crièrent assez haut popr qu'il l'entendît : Prts^iïége^ ffrwi^ léjge, La chambre s'ajourna au lendemain à une heaife. Le m^éme soir , Sa Majesté envoya Jean Meirvrell, huissier de la chambre des pairs, requérir M. Ru^hworth, clerc assise tant de la cîrambre des communes, qvie SaMafesté avait tm prendre sort discours en caradères" abrégés, de venîr la trot»ver; et quand Maxwell Feut amené ac^Ro^, Sa Majeâlé vonlut qu'il lui remit une copie du discours qu'elle avait
4Q2 ëclaircissemens
prononcé à la chambre. M. B.oshworth9 espérant que Sa Majesté voudrait l'excuser^ la pria de se rappeler que M. Francis Nevil, député du comté d'York à la chambre des communes, avait été mis à la Tour, seulement pour avoir répété à Sa Majesté les paroles dites à la chambre par M. Henri Bellasis , fils du lord Faulconbridge. A quoi Sa Majesté répondit brusquement : « Je ne vous demande pas « ce qu'ont dit aucuns des membres de la chambre, mais ce « que j'ai dit moi-même. 9 Sur quoi, M. Rushworth obéit sans hésiter à l'ordre de Sa Majesté, et en sa présence, dans la chambre appelée le jojrau, transcrivit , d'après ces caractères abrégés , le discours de Sa Majesté , qui demeura dans la chambre tout le temps qu'il écrivit; alors, et en ce lien même, il présenta au Roi ce qu'il venait d'écrire^ et il plut k Sa Majesté d'ordonner qu'on l'envoyât sur-lechamp à l'impression. Cela parut imprimé le lendemaia matin. {Histoire parlementaire, t. 2, coL 1009 — 101 1.)
Voici une autre relation du même fait que nous joignons à celle de Rushworth , parce qu'elle contient quelques détails curieux ; elle émane d'ailleurs d'un homme du parti royaliste, sir Edmond Yamey , tué ensuite k la bataille d'Ëdgehill , et dans les papiers duquel on l'a trouvée écrite au crayon.
«( Le mardi 4 janvier 164^ , la chambre des communes s'étant réunie vers une heure , on y apprit qu'il y avait un dessein de s'emparer, par force, de la personne de cinq membres. Pour éviter tout tumulte, ou leur ordonna de s*absenter> mais sans transcrire cet ordre sur les registres; et ils se retirèrent. Peu après le Roi arriva avec ses gardes et pensionnaires, au nombre de deux ou trois cents soldats et gentilshommes. Il ordonna aux soldats de rester dans la grand'salle et nous fit dire qu'il était à la porte. On prescrivit à l'orateur de se tenir k sa place , la masse devant lui; le Roi vint à la porte suivi du seul comte Palatin , et en-
joignit, sons peine de mort , à cenx ipii le soÎTaient, de ne point entrer. Le comte de Koxboroogh resta en dehors, le dos appnjé contre la porte. Le Roi s'avança le chapean à la main, Ters le fautenil de l'orateur ; Toratenr se leva pour aller audevant de loi ; le Roi prit sa place, mais sans s'asseoir dans le fauteuil. Il dit alors qu'il attendait de nous l'obéissance à son message de la veille, et non une réponse. L'orateur ayant dit qu'il n'avait point d'jenx pour voir ni de langue pour parler, si ce n'est quand la chambre lui en donnait l'ordre , sur ce , le Roi reprit : « Je crois mes jeux aussi bons que les vôtres ; « mais les oiseaux se sont envolés ; j'espère que la chambre « me les enverra , car leor trahison est odieuse , et telle « que vous devriez tous me remercier de l'avoir décou- « verte. » Il s'en alla aussitôt, tenant toujours son chapeau à la main jusqu'à ce qu'il fàt k la porte. La chambre s'ajourna sur-le-champ au lendemain à une heure , pour délibérer sur ce qu'il j avait à Élire: » ( Histoire parlementeàre^ i. 2 , coL loi I , note. ) »
4^ ËGLAIHGI8SEJIEMS
Sur le caractère de M. ffampden.
« La mort de M. Haœpden (i) eût été regardée comme la compensation d'une défaite ; elle ne pouvait , par conséquent > qu'ajouter beaucoup à la victoire. Il fut atteint à l'épaule de deux balles qui lui brisèrent l'os, et il en mourut trois semaines après dans des douleurs extraordinaires ; ceU causa dans tout le parti une aussi grande consternation que ai 9on armée toute entière eut été détruite et exterminée. Plusieurs observèrent , et ces observations ne sont pas rares dansje;» crises des. grandes a£faires , que la plaine de Cbalgrave ^ tbéàire de cette dernière rencontre , oii M. Hampden avait reçu le coup mortel , était le lieu oii il avait mis à exécution , pour la première fois , l'ordonnance de la milice , et engagé dans la rébellion tout ce comté où il jouissait d'un grand crédit. On sut , par les prisonniers faits ce jourlà, et tous en convinrent , qu'après l'attaque faite le matin surleur quartier , il avait mis une excessive activité a ras-*^ sembler des forces pour poursuivre l'ennemi; que^ bien que colonel d'infanterie , il s'était mis , comme volontaire , avec
(i) Blesse à mort & la rencontre de Chalgrave en juin ]643. — Ce portrait de M. Hampden porte ëvîdemment le cachet de la malveillance. Soit aTeuglement , soit à dessein , Glarendon y garde le silence sur les qualités morales de M. Hampden , pour n'insister que sur la supériorité de son esprit , et le présenter plutôt comme un habile chef de parti que comme un grand citoyen. Mais il n'en est pas moins curieux de voir ce que pensait , du genre de talent et d'influence de M. Hampden , le plus éclairé et aussi le plus modéré de ses adversaires ^ d'autant que les brillans éloges, donnés h ce grand homme par les écrivains de son parti , sont vagues et le font peu connaître. (JVote de V Editeur,)
les premiers cavaliers qui s'étaient trouves prêts, et que, lorsque le prince Robert fit halte , tous les officiers étant <I'a vis d'attendre que leur corps les eût rejoints , M. Hampden , l'homme, après le général , le plus considéré de tous , fut seul d'avis contraire et obtint d'eux qu'on avancerait ; tant sa destinée le poussait violemment à venir payer le prix de son offense , au lieu même oii il l'avait commise environ un an auparavant.
« C'était un gentilhomme d'une bonne famille du comté de Buckingham , né riche et de l'extérieur le plus civil et le plus affable ; à son entrée dans le monde il s'était abandonné à des divertissemens , des exercices et des sociétés fréquentés par les hommes les plus livrés aux plaisirs. Il se renferma ensuite dans des sociétés plus réservées et plus graves y sans perdre cependant sa gaîté et sa vivacité naturelles, et surtout sa facile obligeance envers tout le monde. Cependant les gens qui vivaient dans son intimité voyaient en lui un grand éloignement contre le gouvernement de l'Église ^ mais la plupart n'y apercevaient qu'un mécontentement contre quelques hommes de l'Église , et les innovations qu'ils avaient introduites , dont M. Hampden redoutait les effets pour la tranquillité publique. Avant l'affaire de la taxe des vaisseaux, sa réputation était plutôt grande dans son comté qu'étendue partout le royaume ; mais alors il devint le sujet de tous les discours ; chacun voulait savoir qui , et quel était celui qui osait, à ses propres périls, soutenir la liberté, la propriété publique , et délivrer son pays du danger de devenir la proie de la cour. Au milieu de toute cette agitation y, il conserva dans sa conduite une modération et une modestie si rares, que ceux qui le veillaient de plus près , pour prendre contre lui quelque avantage au moyen duquel ils pussent parvenir à ébranler sa fermeté dans la cause; qu'il soutenait , furent eux-mêmes obligés de lui rendre hommage.
« L'arrêt porté contre lui le grandit encore plus que l'action pour laquelle il le subissait ; et lorsqu'il revint au parlement actuel , comme chevalier de son comté , tous les yeux se fixèrent sur lui comme sur \epatriœ pater^ et le pilote des-' tiné à guider le vaisseau à travers les tempêtes et les écueils qui le menaçaient. Je suis persuadé que son pouvoir et ses moyens de faire le bien ou le mal étaient à cette époque pins grands que ceux de qui que ce fût dans le royaume , et au-dessus de ce qu'en avait jamais possédé aucun homme de sa condition ; sa réputation de droiture était iiniverselle , et ses sentimens paraissaient tellement dirigés vers le bien public , qu'il ne semblait pas qu'aucun intérêt particulier , ou aucune corruption pût jamais les faire dévier.
ce La modération et l'affabilité singulières, les apparences de modestie et de déférence qu'il montrait dans la discussion , lui donnaient l'air de n'y point apporter d'opinion à lui , mais simplement le désir de s'éclairer et de s'instruire. Cependant il avait une manière si subtile d'interroger , et sous la forme du doute il savait si bien insinuer ses objections , qu'il pénétrait de ses opinions ceux desquels il prétendait les recevoir et se faire instruire ; et même auprès de ceux qui savaient se garantir de cette influence , et discerner en lui les opinions arrêtées auxquelles ils ne pouvaient s'accommoder, il conserva toujours la réputation d'un homme ingénieux et consciencieux. C'était en effet un homme très-sage et de grandes facultés, doué de l'esprit de popularité et du talent de gouverner le peuple, plus complettement qu'aucun homme qUe j'aie jamais connu. Dans la première année du parlement, il parut plutôt travailler à modérer et adoucir l'esprit de mécontentement qu'à l'enflammer ; mais les hommes clairvoy ans etsans passion apercevaient clairement que sa modération venait de sa prudence, et de ce qu'il voyaitque les temps n'étaient pas encore mûrs, plutôt que de dispositions réellement modérées. Il mettait
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au jour des opinions et des motions, dont il confiait ensuite l'éducation à d'autres , déguisant si bien ses propres desseins , qu'il semblait rarement désirer plus qu'on n'avait obtenu; plusieurs fois , sur des propositions outrées, etde^ tinées, lorsqu'elles auraient été suffisamment mûries parla majorité, à ouvrir la voie à des projets qu'on ne mettait pas encore en avant , on le vit sortir de la chambre au moment du vote , afin de ne pas paraître consentir à une telle absurdité ; ce qui fît naître chez quelques-uns autant de doute sur sa droiture que cela excita l'approbation des autres. Pei^ sonne ne doute qu'il n'eût eu au moins connaissance des premières machinations pour amener l'invasion des Écossais en Angleterre, ainsi que de tout- ce qui se complota depuis dans le parlement en leur faveur et pour amener des changemens dans le gouvernement.
Ix)r$qu'il se vit au nombre des niembres accusés , par le Boi , de haute trahison , il se fit en lui un grand changement ; son caractère et sa conduite devinrent beaucoup plus âpres; et il n'est pas douteux que, des qu'il eut tiré l'épée , il jeta le fourreau. Il s'opposa avec violence aux ouvertures de paix que le roi envoya de Nottingham , et repoussa de même tous les expediens qui , dans les négociations d'Oxford , auraient pu amener quelque accommodement. On comptait particulièrement sur lui pour empêcher qu'on ne fît naître au comte d'Essex aucun désir de paix, ou, s'il en avait, pour les rendre inutiles. Au fait, le parti avait beaucoup plus de confiance en lui que dans le général lui-même. Au commencement des troubles, il prit le commandement d'un régiment d'infanterie et remplit en toute occasion , avec la plus grande ponctualité , les devoirs d'un colonel. Il était d'une grande tempérance, souverainement maître de ses passions et de ses sentimens ; il avait , par conséquent un grand pouvoir sur ceux des autres. Il était d'une activité et d'une vigilance que ne pouvait fatiguer