H HISTOIRE
grâce à cette théorie savante, d'une barricade irréprochable, quand le visage de M. Legrand, successeur de Chambry, parut à une lucarne. M. Planche s'arracha aux étreintes de la reconnaissance, et il fit bien, car le travail fini, les travailleurs l'eussent porté en triomphe. Mais il avait à peine remis les pieds sur le sol universitaire, que tous les garçons de classe, obéissant à l'ordre du proviseur, s'emparèrent du professeur, afin de le mettre au violon dans sa classe. Il n'en sortit que le troisième jour.
La doctrine éclectique de M. Planche en matière poHtique lui permettait d'avoir son couvert mis à la table de beaucoup d'amis, et il dînait en conscience, sans préjudice du mot pour rire et de la chanson au dessert. Des gens mal informés ont prétendu que l'épicurien de l'Université avait pour fils le critique Gustave Planche; on en a trop prêté à l'helléniste, mais on ne prête pas aux paur vres; nous ne lui avons connu qu'une fille, M"^ Planche, une personne très-respectable. Que de fois M"« Planche a copié, un moment avant l'heure de la classe, quelque passage d'auteur latin ou grec, pour que son père, qui en avait besoin, n'arrachât pas une page ou deux d'un livre ! Notre digne professeur avait la manie de lacérer tout ce qu'il lui tom-
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bail d'ouvrages imprimés sous la main, après les avoir tachés d'encre; par suite, c'était à qui ne lui en prêterait plus.
Force fut de le nommer bibliothécaire en Sorbonne, dans la crainte d'interrompre des travaux précieux, mais trop chers pour qu'un simple particulier pût les continuer à ses frais : tous les titres requis à cette nomination, notre père Planche les avait. Une fois conservateur, il alla comme toujours dans les bibliothèques publiques, pour y consulter ses auteurs; mais il eut la sagesse de fréquenter très-peu la sienne : c'était lui rendre service à sa manière!
L'aimable et vénérable Planche est mort à Paris le 19 mars 1853, âgé de 90 ans et 3 mois. Nul discours ne fut prononcé le jour des funérailles; quelques uniformes militaires rappelaient à peine que la Légion d'honneur venait de perdre un de ses plus anciens officiers. Si le vieux professeur avait seulement laissé pour héritier un sous-chef de bureau, deux mille solhciteurs de places et de rubans seraient venus le porter en terre. Le Journal de l'Instruction publique ne lui a consacré qu'un article nécrologique honorable, mais assez banal. Le nonagénaire était resté maître de ses facultés intellectuelles jusqu'au dernier momenl; c'est de lui qu'on
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peut dire à double litre qu'il a rendu l'esprit.
M. Angelet. — Il était père de M'" Angelet, la gouvernante des filles de Louis-Philippe, père aussi de trois militaires morts sur le cliamp d'honneur, dont un à Waterloo, avec le rang de lieutenant-colonel. M. Angelet sacrifiait à Bacchus; mais il rougissait quelque peu de ce défaut incorrigible, qui trouvait pourtant son excuse dans une quantitéde vers d'Horace. Ses élèves s'inclinaient à la manière de Japhet devant cette unique faiblesse; ils s'inchnaient pour tout de bon, dès que le maître avait toussé en frappant la chaire d'un coup sec. Cela marquait un temps d'arrêi, dont le professeur profitait pour boire la goutte, sans que des regards jaloux lui en mesurassent la dose. La leçon reprenait quand il frappait un second coup, et les élèves, en relevant la tête, trouvaient celle du maître ragaillardie, enluminée et moins sévère qu'avant l'interruption. Pendant un grand nombre d'hivers, M. Angelet s'est habillé d'une polonaise verte, que son fils avait rapportée de la campagne de Russie.
M. DE Cardaillac — n'est monté dans la chaire de philosophie au Lycée qu'en 1812. Sa santé ne lui a permis d'y remplir ses fonctions que pendant peu d'années; mais il est resté
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titulaire jus(|u'à son élévation au grade d'ins- [)ecteur. Cet auteur des Éléments de la philosophie a cessé de vivre en 1835.
M. Raoul-Rochette — était déjà successeur de M. Angelet depuis un an lorsqu'il remporta un prix à l'Institut, en 1813. Il devint maître de conférences à l'École normale, suppléant de M. Guizot à la Faculté des lettres, membre par ordre de l'académie des Inscriptions en 1816, puis conservateur des médailles à la Bibliothèque impériale. Dans ce département, il fut commis un vol, dont les journaux parlèrent si longtemps et avec si peu d'indulgence jjour la vigilance administrative mise en défaut, que le conservateur pensa en mourir de chagrin. Froissart et ses complices n'ont révélé ni leurs moyens d'exécution, ni ce qu'on a pu faire des médailles, qui semblent perdues pour jamais. On retrouvera pourtant celles-ci avec le tem|)S, car elles n'oSt pas été fondues par le complice trop longtemps inconnu, qui ne peut être qu'un numismate. M. Raoul-Rochette allait faire un procès àM. Marrast, rédacteur du National, quand l'intervention d'un tiers pan t ajuster le différend. Néanmoins, la première destitution que prononça le gouvernement de Février frappait M. Raoul-Rochette. Il est vrai que des envieux lui reprochaient depuis
longtemps de devoir tout à la faveur, et a faveur aux intrigues incessantes de sa bellemère, veuve du sculpteur Houdon.
M. DE Genoude, — qui se nommait Genoud au lycée Bonaparte, y faisait seulement la sixième. Il émigra en Suisse pendant les Ceni-Jours, puis il fut officier des volontaires royaux, maître des requêtes, publiciste éminent et député. Il se faisait appeler M. de Genoude, depuis que Louis XVIII lui avait conféré le titre de baron. En lui il s'était opéré une transformation plus importante, quand un théologien de Saint-Sulpice l'avait converti et fait entrer au séminaire, après l'avoir rencontré incrédule.
M. Paul Binet. — Nom modeste et presque inconnu à l'heure qu'il est, mais qui mériterait d'être gravé en caractères ineffaçables sur la porte des classes de mathématiques, au Collège! Pour les élèves qui s'y sont succédé de 1812 à 1837, Binet fut un hommede génie. 11 n'appartenait pas, que nous sachions, a la famille du proviseur Binet; mais il avait pour frère M. Jacques Binet, de l'Institut et du Collège de France, ainsi que pour oncle le général Lebreton.
L'élève de l'École polytechnique auquel nous consacrons ces lignes, est nommé professeur pri mitivement à Rennes. Là il s'éprend
d'une demoiselle, et TX de cet amour dont il poursuit les termes lui fait perdre la lêle ; donc sa têie et son cœur se suivent. Le père de la jeune personne refusant d'être son beau-père, Paul Binet n'a plus qu'à mourir, et il se rend, malgré le double froid de la Bretagne et du mois de janvier, au confluent de riUe et de la Vilaine, au fond desquelles s'étudie assez mal même la théorie des fluides. Là venait de tomber, par accident, un patineur âgé de dix-huit ans, au secours duquel un autre s'était jeté, et tous deux avaient disparu sous des glaçons menaçant fort de les ensevelir. Il plaît à l'amoureux transi de trouver dans la glace untroudéjàtoutfait,et il y donne tête baissée. Mais un des patineurs reparaissant au même moment, saisit par un effort suprême un des pans de l'habit de Binet, qui veut bien se noyer, mais seul, sans entraîner la mort d'un innocent, et qui se voit forcé de vivre pour ne pas être le bourreau du malheureux attaché à son sort. Chargé d'un précieux fardeau, il remet pied à terre, et il apprend alors qu'Edouard Mounier, fils du préfet, est le jeune homme qu'il a sauvé. Père et fils le remercient tant qu'il se réconcilie laimême avec la vie.
Il s'absente par congé pour remplir les fonctions de répétiteur à l'École et se faire
recevoir lui-même docteur ès-sciences; puis il est professeur à l'Académie d'Orléans. Il est appelé enfin à remplacer d'office, au lycée Bonaparte, M. Lacroix, momentanément en disgrâce ; il s'y prend assez bien, par extraordinaire, pour ne pas se faire un ennemi de celui qu'il vient suppléer, et toutefois le titulaire n'abandonne que plus tard une portion de son traitement de 3,000 fr. à l'agrégé, qui conserve pareillement son traitement à Orléans. De plus, Binet reçoit une part de ce que payent les externes libres au Collège, droits attribués alors aux professeurs. Il fait même quelque temps, indépendamment de la classe de malliématiques transcendantes, celle de mathématiques spéciales, où il supplée M. Poinsot. N'y a-t-il pas gros à parier qu'il passera bientôt titulaire? Ce n'est pas un homme ordinaire que Paul Binet. Laplace, tout le premier, a reconnu en lui le feu sacré. Lagrange, peu de jours avant de mourir, avait promis d'être son protecteur. Mais Paul Binet, loin d'être un courtisan, affiche des opinions tellement indépendantes que sa fortune à faire est un problème dont il ne verra pas la solution. Jamais un plus mauvais coucheur n'a fait et défait son lit à l'Université! Ce professeur est en querelle réglée avec le géomètre Poisson, (|ui signe les nominations,
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et les deux adversaires n'y vont pas de mainmorte. — M. Poisson, dit l'un, est tiop gourmand , trop buveur et trop libertin pour qu'on croie à sa probité; il connaît sa géométrie aussi peu que la langue française. — M. Binet, dit l'autre, est joueur comme les cartes; il faut que ce fruit sec de l'École polytechnique reste encore bouche-trou à l'Université.
Qu'on parle encore des haines entre dévots, entre chanoines, en Ire évêques! L'académie des Sciences est houspillée, dans la personne d'un de ses membres, par un maître au cachet. Ce lieutenant remplace i)rovisoirement, même à l'Ecole polytechnique, iM. Poinsot. Leurs élèves du Lycée, examinés par M. du Chayla, sont jugés incapables de passer dans la classe de mathématiques transcendantes, et le suppléant honoraire est envoyé en tournée d'inspection dans les écoles militaires. Puis il revient, et c'est pour suppléer au même collège M. du Chayla, qui en 1815 passe recteur en province. D'autre part, pendant les Cent-Jours, M. Lacroix, appartenant sous cape à l'opinion démocratique, prévient M. Binet que, pour être au Collège de France, il va donner sa démission de professeur au lycée Bonaparte, sans qu'un crédit borné lui permette d'être utile à un successeur de son
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choix. Ainsi il voit deux chaires disponibles à la fois : celle des mathématiques spéciales, où il siège par le fait, et celle des mathématiques transcendantes, que M. de Sacy, recteur, lui a antérieurement promise, mais qui ne tardera pas à être supprimée. Edouard Mounier, au retour de Louis XVIII, est devenu intendant de? bâtiments de la couronne, et il remplit aussi les fonctions d'intendant de la liste civile. De plus, M. de Barante, ancien camarade à TEcole polytechnique de notre candidat, signe par intérim pour M. de Vaublanc, ministre de l'Intérieur. Sans l'intervention de ces deux protecteurs, Binet resterait encore assis par terre entre deux selles ; mais enfin il l'emporte sur son compétiteur, M. Lefébure de Fourcy, préférence qui lui est donnée par Royer-Collard, président du conseil de rUniversité.
M. Peyrard remplit au collège Bourbon une seconde chaire de mathématiques spéciales; ses élèves alors ne sont pas très-nombreux. M. Binet eu compte moins encore; on lui reproche, pour la première année, de n'avoir fait admettre que deux élèves à l'Ecole polytechnique, et il s'écrie : - Mais mon prédécesseur ne m'a laissé que deux élèves.
De ce point de départ infiniment modeste, le professeur arrivera à faire recevoir autant
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d'él«ves de Bourbon à l'Krole que tous les autres collèges à la fois, et il remportera, par exemple, en 1834, au concours général, un prix avec cinq accessits. Il est vrai que ses procédés diffèrent essentiellement de la routine de ses devanciers, qui ne quittaient la chaire qu'avec peine pour aller au tableau, et qui avaient un livre sous les yeux presque toujours, plus réellement lecteurs que professeurs. Les leçons de Binet sont des démonstrations ; il use plus de craie que ses prédécesseurs, et il ne passe l'éponge sur le tableau qu'après avoir donné au résultat acquis l'évidence la plus éclatante. En outre, il parle aussi purement qu'a écrit d'Alembert. Quant aux livres, souvent défectueux, que l'Université impose aux élèves mathématiciens, il n'en ouvre jamais un seul sans y biffer des mots mal apphqués. Un jour, il fait passer de main eu main une Statique de Poinsot, criblée de 1,000 ratures, dont il conseille de prendre note ; un élève Tavertit alors que quelqu'un écoute à la porte, et en effet deux pieds sont aperçus entre le carreau et la porte, où ils tiennent lieu de bourrelet. — Messieurs, s'écrie le maître, ouvrez à votre proviseur, afin qu'il entre tout à fait dans la classe. — Je vous y prends, monsieur, dit en entrant Chambry, à critiquer les vivants et
les morts. — Je ne juge pas les hommes, réplique le professeur; mais j'examine leurs ouvrages.
Lorsqu'en 181G, à la suite de troubles, l'Ecole polytechnique est licenciée, M. Binet habite, avec sa femme et ses enfants, un pavillon rue Notre-Dame-des-Champs, et la jouissance d'un jardin s'y rattache. Il offre gratuitement d'y continuer son cours de mécanique, pour 40 élèves congédiés qui, sans lui, perdraient tout leur temps et le fruit des leçons précédentes, et parmi lesquels se trouve Tex-élève du lycée Bonaparte Maiey-Monge, plus tard général. Un jour, à l'heure de la leçon , la porte du jardin est forcée , et un commissaire de police fait entrer des officiers répée hors du fourreau, entre autres le grand prévôt, M. de Messe. M. Binet, debout en face d'un tableau, qu'encadrent des lilas en fleur, poursuit une démonstration dont Timporlance absorbe son attention, et ne s'arrête qu'après avoir conclu. — D'où vient, demande enfin le le grand-prevôl, que vous vous permettez de rouvrir une école dont le roi a jugé nécessaire d'interrompre les exercices ? — Il est vrai, Al. de Messe, répond le professeur, que l'École est fermée à juste titre; mais les jeunes gens font mieux de poursuivre leurs études utiles que de chercher ailleurs un aliment à l'espé-
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lance et au regret. Vous voulez savoir de quel droit je continue mon cours? Du même droit que j'avais, il y a quatre ans, pendant rémigralioM, d'accueillir chez moi votre fils, (jue madame sa mère, en votre absence, voulait faire entrer à l'Ecole polytechnique.
On craint en ce temps-là les conspirations bonapartistes, qui menacent en même temps le roi et toutes les libertés que la Charte a re • connues j seulement M. Binet se figure à tort que son voisin, l'abbé Liautard, Ta dénoncé à la police du pavillon Marsan. On fouille les 40 élèves licenciés; mais on ne fait subir aucune inspection à ce qui appartient au maître. M. Angles, le préfet de police, se trouve son ancien condisciple à l'Ecole, et d'ailleurs son frère, Jacques Binet, n'est-il pas bien en cour? Paul obtient l'autorisation dont il s'était d'abord passé. MM. Gay-Lussac, Arago et les autres professeurs de l'Ecole en demandent tous de pareilles. Les élèves licenciés doivent, par conséquent, à l'initiative de Binet leur aptitude à se placer ensuite dans les services publics. Le duc de Doudeau ville ne le rappelle pas à l'Ecole, dont la réouverture a lieu à la fin de la même année ; mais M. Ampère, professeur, tombe malade en 1822, et force est de rendre à Binet son cours de mécanique pour les élèves sortants. En 1832, nou-
veau licenciement de l'Ecole polytechnique ; mais le congé du professeur, pour cette fois, est définitif.
A partir de 1820 il a son logement au collège de Bourbon, et il s'y querelle d'une façon plus directe avec Legrand^ successeur de Chambry. Une année, il offre lui-même de laisser à M. de Fiers, professeur de mathématiques élémentaires, les élèves que ce professeur suivra lui-même en spéciales, pendant que lui, Binet, formera les nouveaux sujets. Aussitôt que M. Poisson, dont M. de Fiers a été le suppléant à la Faculté des sciences, connaît leur arrangement, il fait ériger en système, par un arrêté du conseil, cet alternat improvisé. Cela prouve au moins que Poisson et Binet ont une fois la même manière de voir.
Le professeur gagne beaucoup d'argent, grâce aux répétitions particulières; mais tout ce qu'apporte la science des nombres, il le lui restitue parfois à Frascati, avec un désintéressement qui satisfait sa passion dominantCj^ mais qui dérange constamment ses affaires. Poursuivi plusieurs fois pour dettes, il ne fait en prison qu'un séjour assez long pour y réaliser des découvertes, qui d'ailleurs font l'objet de mémoires présentés par l'auteur à l'Académie des sciences. Des élèves le suivent jusque sous les verroux. En 183G, sur un rap-
port (le M. Duchayla, qui avait eu à faire oificiellement sa tournée d'inspecteur, il est cité par-devant le conseil académique. Le savant fait absoudre non sans difficulté le professeur, auquel après l'audience M. Villemain, président, conseille en vain de prendre sa retraite, comme le parti le plus sage. En 1837 seulement il se décide à déposer sa démission entre les mains du ministre, M. Cousin, mais après avoir épuisé une série de récriminations contre M. Alexandre, proviseur. Un a bien résolu que sa pension de retraite irait à 2,500 francs; mais quand M. Binet vient la faire régulariser, il trouve une rature encore fraîche, qui eu réduit le chiffre à 2,250 francs, et il a la douleur suprême de reconnaître la main même de Poisson, dans la surcharge qui diminue ses droits.
La république de 48, au lieu de décerner des ovations au vieux savant qui s'est cru un ilote sous les deux régimes précédents, bien qu'il ait su y prendre des licences qu'aucun Etat démocratique ne souffre ; la République le laisse aux Ternes, dans un petit logement, où il donne toujours des leçons. Tous les matins aussi il joue du violon ; puis il va faire un tour au bois de Boulogne, où le sable lui lient lieu de tableau noir, et une canne ilu blanc. Tous les passants remarquent cet homme pe-
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lit et vieux, mais plus vert et plus droit qu'aucun sapin (lu bois, et combien peu ?o doutent que c'est là un des hommes les plus forts de son temps !
M. Patin, — né en 1793, n'est qu'à peine majeur au moment où il entre au collège Bourbon comme agrégé de cinquième, II passe ensuite à Henri IV, pour y faire la rhétorique, tout en écrivant dans le Globe; ï\ supplée, en 1830, M. Villemain à la Sorbonne, avant d'être nommé à la chaire de poésie latine de la Faculté. Puis il devient l'un des quarante.
M. Andrieux — n'occupait la chaire de rhétorique en 1817 que par intérim : déjà il était remplacé par M. Aimé Martin, comme professeur de belles-lettres à l'École polytechnique, et il faisait déjà au Collège de France le cours de littérature auquel sa mort seule a mis fin en 1833. Mais cet auteur des Etourdis, prédécesseur de M. Thiers à l'Académie française, avait joué aussi un rôle au conseil des Cinq- Cents et au Tribunal. Quand le premier consul s'était plaint au tribun des dispositions hostiles du corps auquel il appartenait , Andrieux avait répondu : — Vous êtes à l'Institut de la section de mécanique, et vous devez savoir qii'on ne s'appuie que sur ce qui résiste.
M. Fabius de Galonné - n'avait gueres que 24 ans en montant dans la chaire de cinquième au collège Bourbon : l'an II ou lli l'avait vu naître. Le collège Henri iV a gardé beaucoup plus longtemps ce traducteur de Cornélius Nepos et de Velleius Paterculus, îimeur aussi de chansons agréables, chantées par lui-nicme au Caveau.
M. JouFFROY, — marquis de Jouffroy, était entré au régiment de Bourbon dès 1772 ; il avait sollicité en l'anX un brevet d'invention pour les bateaux à vapeur : tels étaient les antécédents du philosophe^ ami de M. Cousin, qui devint haut dignitaire à l'Instruction publique et qui fut aussi député. Royer-CoUard chargea Jouflroy en 1817 de deux cours, l'un à l'Ecole normale, l'autre au collège Bourbon, où il resta plusieurs années suppléant de M. de Cardai llac. Les leçons de ce maître se trouvent presque toutes dans ceux de ses ouvrages qui ont pour titre : Cours d'esthétique, Mélanges philosophiques. Cours de droit naturel professé à la Faculté des lettres.
M. Pierrot. — D'octobre 1819 à octobre 1824, il a été titulaire de rhétorique à Bourbon; son nom y demeure attaché au souvenir d'une distribution de prix qui a été tout à fait orageuse.
Des protestations éclataient à l'occasion
d'un prix que les élèves ne trouvaient pas donne à qui de droit ; pendant que le censeur Legraiid proclamait un nom indiqué sur la liste des récompenses, les jeunes gens en criaient un autre. Huées, sifflets et trépignements n'ayant pas empêché le couronnement du lauréat, des banquettes renversées mirent le comble au désordre. Le proviseur Chambry, afin d'y couper court, ordonna d'appeler la garde. M. Pierrot, se levant tout à coup, descendit les degrés de l'estrade et s'écria : — Je m'oppose formellement à ce que la police de l'Université soit faite par la force publique !
La présence d'esprit du professeur maîtrisa le désordre ; il y gagna une popularité, dont témoignèrent des salves d'applaudissements, mais qui ne laissa pas .que d'être à charge à l'autorité méconnue. Rappelons-nous, au reste, que la hiérarchie des pouvoirs suit trèssouvent l'ordre inverse du crédit, sous un régime constitutionnel. M. Pierrot, beaufrère de M. Persil, avait prononcé le discours au concours général, la veille, et il avait été autorisé à y parler de Mirabeau avec beaucoup d'indépendance. La mise en disponibilité provisoire du professeur fut une satisfaction donnée pour la forme à la discipline. Il alla faire en 1824 la rhétorique à Louis-le-
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Ciiaiid, pour y passer avant peu proviseur.
M. PoLiLLET — entre au Collège en 1821 pour y enseigner la physique ; en même temps il est Tiiaître de conférences à TEcole normale. Ce savant donnedes leçons au duc do Chartres, sous Charles X, et puis aux autres fils du duc d'Orléans, devenu roi. A cet!e famille, à cette monarchie, il a voué un attachement que lui permet de montrer au grand jour Téleclion qui l'envoie à la Chambre. L'académie des Sciences reçoit M. Pouillet dans son sein vers la fin du môme règne.
M. Damiron. — Il supplée M. de Cardaillac en philosophie, après M. Jouffroy, année 1822. Pendant les derniers lemi)S de son coursa Bourbon, il publie dans le Globe une série d'articles qui le mettent en disgrâce, parce qu'il ajoute aux doctrines de son ami Laromiguière le couronnement de l'éclectisme, romantisme philosophique. Mis pour deux ou trois ans en disponibilité, M. Damiron rentre en chaire à Louis-le-Grand, après la révolution de Juillet. Plus tard il fait l'histoire de la philosophie moderne à la Faculté des lettres. Son Histoire de la Philosophie du dix-neuvième siècle n'est que le corrigé de ses articles dans le Globe.
M. yo^y — agrégé de sixième, dans la suite professeur de seconde, puis bibliothécaire a la
Sorbonne, est enfin l'un des secrétaires du gouvernement provisoire en 1848.
M. Langlois, — orientaliste, professeur de quatrième à Louis-le-Grand en 1819, de rhétorique ensuite à Bourbon et à Charlemagne, puis inspecteur, est mort en 1854. Il a collaboré au Complément du Dictionnaire de l'Académie.
M. Ledrut. — Le père Ledrut, dont le nom figurait déjà dans les cadres du Collège en 1824, ne s'y éleva jamais au-dessus de la sixième; mais il était membre du corps enseignant depuis 1798. Partisan exclusif de la Restauration, comme gouvernement national, il repoussa la copie d'un élève qui , le 2 août 1830, portait ces mots en tête : Collège National : — Croyez-vous, disait M. Ledrut à cet élève, aujourd'hui député. Petit de Beauverger; croyez-vous que des chiffonniers ivres changent un collège, en déposant les ordures de leurs mains sur le nom inscrit à la porte?
M. Desmichels — était né en 1793, avec Ovide elChrysanthepour prénoms. Il entraàHenri IV en 1818, après avoir écrit sur la liberté de la presse, qu'il regardait comme la seule garan-
lie des libertés publiques, et qu'il voulait sans m
aucune restriction 'il passa ensuite à Bourbon en quaUté de [irofesseur d'histoire , et il publia son Précis de l'histoire du moyen âge.
En quillaiil le Collège, M. Desniichels ailministra rAcadcmie d'Aix.
M. Jules Janin. — De faire toujours l'école buissonnière en restant un bon écolier, (|uel secret Janin a trouvé ! 11 a ôté sa plunie à l'aile d'u ne caille prise au miroir. Cette petite plume, bien qu'elle se taille souvent, ne s'usera jamais; elle aligne à ravir de jolies [)attes de mouche , sous la rubrique fallacieuse de roman, de nouvelle ou de compte-rendu dramatique, et c'est toujours au bel esprit qu'elle fait patte de velours , le réveillant quand d'autres l'ont assoupi , le rattrapant toujours si elle vole à sa poursuite, et elle se l'attache à force de caresses si chatouilleuses et si familières qu'on ne sait plus où y commence , où y finit la réciprocité. Mais j'entends, il me semble, le prince des critiques se récrier et dire qu'il appartient, comme élève , au lycée de Lyon et à Louis-le-Grand. Toutefois, vers 1827, un maître a surchargé de corrections et de ratures bon nombre de copies faites par des élèves de Bourbon, et dans les notes que ce maître a hérissées de points d'exclamation on reconnaît le style de Janin.
Omne tulit punctum qui miscuit utile dulci.
L'auteur de VAne mort a donné des répétitions , pendant plus d'un an , aux élèves de la pension Bimar, suivant les cours du collège
Bourbon. Les affaires de M. Biinar, à celte (■po(|ue, n'allaient pas bien, et comme un jour il s'attendait, pensif et attristé, à la saisie (|ii'un commandement timbré lui avait annoncée, on frappa à sa porte , et il ouvrit luimême ; ce n'était pas encore à l'huissier, mais c'était à un créancier encore plus pressé d'obtenir satisfaclion. Le jeune répétiteur auquel il promettait 50 francs par mois depuis plusieurs mois, avait besoin d'argent, et la caisse était vide. Heureusement la cave ne l'était pas. Le maître de pension d'offrir une pièce de vin au créancier privilégié, qu'il prend à cœur de désintéresser. Mais impossible d'enlever la barrique quand l'apposition des scellés en aura fait un gage pour d'autres dettes : il n'y a donc pas une minute à perdre ! Janin loue un baquet, aide à charger le vin, pousse à la roue , et la porte est franchie avant l'arrivée de l'huissier. Une demi -heure après, Chalantre donne 50 écus de la barrique au répétiteur essoufflé, qui va dîner avec plus d'appétit que s'il s'était borné à corriger des thèmes ou des versions dans la pension Bimar.
Aussi bien nous préférons tous que le spirituel écrivain ait eu pour condisciple a Lyon le fameux Lacenairc à ce <|u'il l'ait connu rue Caumarlin. Ce redoutable camarade lui a rendu
nrr lyckk bonapartk. 9Ï^
une visite nialinalo, a loptuiue où de biillanls succès lui pcrmeltaicnl de mener assez f^rand train. C'était le lendemain d'un bal, dont une jolie inar(|uiseavaitfaitles lionneurs chez Jules Janin, rue de Tournon. A celle tète il y avait eu foule ; un seul invité M. Scribe avait manqué, tant il gardait rancune au critique i\es Débats, i\u\ avait bien raison de le chicaner sur son style! Un bal laisse toujours à sa suite, dans une maison , quelque désordre; Lacenaire en proUle, pour s'introduire plus librement dans une salle de billard , puis dans un cabinet où l'amphytrion de la veille s'est assoupi au coin du feu, en relisant son dernier feuilleton. Réveillé en sursaut, il prend d'abord cet homme , dont les regards sont peu rassurants , pour un des collaborateurs de M. Scribe, ou pour un rival malheureux que lui a donné la marquise ; il ne reconnaît son ancien camarade qu'après avoir appris de sa bouche quel est l'objet de sa visite. — Lacenaire,lui répond-il, si tu n'en veux qu'à ma bourse , partageons : j'ai cent francs prends-en la moitié.
Le criminel avouait plus tard qu'il avait été désarmé par la bonne grâce de cette concession , et(|u'il était entré chez Jules Jaiiin ave^^l'inlentiondene rien luilaisser,pas même la vie. Si Lacenaire avait eu tous les jours ,
comme celle fois, le cœur sur la main, on ne lui en voudrait plus de s'êlre cru poêle!
Les professeurs en 1831.— Saphary, philosophie; Cazalis, physique ; Binel, mathématiques spéciales; CaLmus^mathémaliques élémentaires ; Loupot, agrégé , suppléant de mathématiques ; Planche el Ragon , rhétorique ; Legay el Pottier, seconde; Garnier, de Neufforge et Raynaud, troisième ; Guillaume el Chappûyzi , quatrième ; Girod et Valalour, cinquième ; Ledru et Pitay, sixième-, Herbelte el Cliabouillé, classe éléînentaire; Corhin , histoire naturelle; Liehbaber, allemand ; Lynch, anglais.
M. Lynch a quitté renseignement en 1832 pour aller recueillir et gérer en Irlande l'héritage de son père. Le baron Liehbaber, que nous nommions avec joie les Bas verts, a eu pour successeur M. Doclor Dondorf, qui a perdu sa chaire et la raison en même temps. M. Corbin n'a pas fait beaucoup moins, car il a parsemé ses leçons , vers la fin , de prédications révolutionnaires. De la septième à la seconde a monté successivement en grade M. Herbelte, ancien élève de l'Ecole normale , auteur d'un abrégé de la gramujaire grecque de Burnouf. M. Valalour, traducteur de saint Grégoire de Nazianze, an notaleuidePlutarque et d'Élien, aura régenté à Bourbon près de
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40 ans. Un livre inlitulé : Comparniaon des monnaies, poids et mesures chez les lioniains , chez les Grecs et chez les Français , a pour auteur M. C.irod, homme du monde, qui Taisait sa classe en amateur; si TUniversité lui a cherché noise un beau jour, c'est qu'elle était jalouse de la Bourse, et celle-ci néanmoins a ruiné le fonctionnaire déclassé.
M. Ghappiiyzi commence en 1826 ses longues années de service au Lycée; l'accomplissement sérieux de ses devoirs n'empêclie pas ce traducteur d'Ovide d'acquérir au dehors la réputation de maître au jeu de dommos. Le père Guillaume , que son âge faisait prendre pour un des professeurs de la création, n'avait pourtant revêtu sa robe noire que vers 1830 ; il a été après censeur au collège de Versailles. QuantàM.deNeufforge, il professait plus tard àCharlemagne,etM. Magin,donl les livres ont circulé dans toutes les mains , devenait vers la même époque chef de l'Académie de Versailles. M. Jarry de Mancy, dans la suite professeur d'histoire et bibliothécaire de l'École des Beaux-Arts, a toujours eu la passion des tableaux ; il a donc publié une Iconographie, un Atlas de littérature et un Livre d'honneur , dans lequel sont passés en revue les prix, du concours général , et M"* Jarry de Mancy a toujours fait de la peinture.
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Le père Loupot a signé une Géométrie.
M. Camus, élèvr de l'École polytechnique, en est sorti lors du licenciement général de 1816; précepteur à Trieste des deux fils de Jérôme Bonaparte, il a été ensuite répétiteur à Saint- Cyr, professeur à Louis-le-Grand, puis à Bourbon. Comme maître de physique, M. Cazalis succédait à M. Meissas en 1829; il a quitté en 184^4, après avoir été en même temps maître de conférences pendant quatre ans à l'École normale, et puis cet inspecteur de l'Académie de Paris a été nommé inspecteur-général en janvierl848,M.Saphary, natif de Vic-sur-Seine, professeur à Nancy, puis à Saint-Louis, et maître de conférences, est entré à Bourbon en 1830, et il a demandé un congé une semaine avant la révolution de Février; quelques années après il était encore titulaire, bien qu'il n'eût pas repris ses fonctions: cet adversaire de l'éclectisme avait remporté un prix académique, vers 1840, avec VElof/e de Laromiguière.
M. Daveluy. — Nouveau venu en 1832, ce suppléant de rhétorique avait tenu la même classe à Dijon, où il s'était montré chaud partisan de la révolution de Juillet. Il a collaboré avec M. Uuicherat à dès ouvrages classiques; c'est aussi un archéologue distingué. M. de Salvandy a confié à M. Daveluy en 184C l'or-
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j^unisation cl la direction de l'École Irançaise d'Athènes.
iMM. SÉDiLLOT, Prieur de la Comble, Le- MAiRE, Bourjot-Saiist-Hilaire et BodolpheCuviER, — dont les nominations, à titre de suppléants, correspondent aux années 1832 et 1833, portent également des noms à ne pas passer sous silence. M. Bourjot-Saint-Hilaire, dont le cours d'hisloire naturelle s'est prolongé vingt ans rue Caumarlin, avait d'abord voyagé en Sicile, pour le compte du gouvernement, comme élève du Muséum, et il poursuit ses recherches savantes en Alrique: il a fait paraître une tiièsc médicale sur l'éducation de la jeunesse, un mémoire sur les poissons de la Méditerranée, et un ouvrage sur les perroquets, avec des collaborateurs. M. Lemaire professait la rhétorique : il a collaboré à l'édition des classiques faite par son oncle, la collection-Lemaire; il a donné aussi une édition particulièrement estimée de la Grammaire des Grammaires de GirauU-Duvivier. On doit à M. Prieur une traduction du Conciones, de plusieurs vies de Plutarque et de tragédies grecques, ainsi qu'une édition de classiques latins à l'usage des classes de grammaire. M. Sédillot, secrétaire générale au CoUé'ge de France, lait encore à Saint- Louis son cours d'histoire, et son savoir liC
dément pas le sany de Sédillot, l'astronome til Torienlaliste.
M. Antoine Delatoir, — qui signe aussi Tenant de la Tour, et qui a eu pour maître à Dijon M. Daveluy, se trouvait déjà à la tète d'une classe élémentaire, à Bourbon, avant Juillet 1830, avec M. Lehûeron pour collègue; il faisait la sixième un an après. Puis il passait à Henri IV, et il devenait précepteur du jeune duc de Montpensier. Le prince lit son ancien précepteur secrétaire de ses commandements, et celui-ci, dont le tour était venu de se montrer reconnaissant, suivit son élève en exil aprèsle 24 Février. Antoine Delatoura donc autant de cœur et autant de mémoire que ses productions en décèlent. II était poète, il est bibliophile; il a écrit souvent dans les Débats ; il a traduit Sylvio Pellico et Manzoni. Son premier livre s'appelait : La Vie intime; dans ce joli volume de vers une âme tendre se révèle, que l'amour enveloppe et développe, mais que contriste l'adultère, et qui s'ouvre facilement aux impressions de la jeunesse pour en savourer le charme toute la vie.
M. Charles Merruau , — conseiller d'État, naguère secrétaire-général de la préfecture de la Seine, avait été le rédacteur en chef du Constitutionnel et du Temps. Dans ce dernier
journal il écrivait déjà, quand il n'était que professeur d'hi?toire. Or, il avait quitté, en 1833, le collège Louis-le-Grand pour le nôtre; son prédécesseur, M. Ruelle était passé à Henri IV pour devenir recteur de l'Académie de Bordeaux. Ou avait confié auparavant à M. Merruau une chaire d'histoire à Metz, une de rhétorique à Evreux, une de troisième à Tulle pour commencer. L'administration a valu un rang élevé à cet homme d'esprit si actif, dont la presse avait fait la réputation, et que d'abord l'enseignement avait toujours montré de bon conseil.
iM. Petit de Baroncourt, — qui est mort en démence, comme M. Prieur, avait inauguré ses leçons d'histoire sous le provisorat de M. Alexandre; c'est l'auteur de lettres adressées à M. le duc de Broglie sur l'émancipation des noirs, d'un Tableau politique et statistique de l'empire britannique dans l'Inde, d'une Histoire résumée du moyen âge, d'une Histoire de France.
M. Ha[;gou — a misa profit, en septième et en sixième, son Cours de Thèmes, son Analyse logique, etc.
M. Fleutelot, — agrégé des classes supérieures, est resté au Collège une quinzaine il'années : on a de lui une brochure sur la lirèce et une édition de Phèdre.
MM. DuMONT, Taranne, Landois et Rihcmjey
— ont également coiffé la toque magistrale ilaiis Tancien couvent des capucins. Le premier a donné plusieurs précis d'histoire. Le second, né en 1795, a enseigné l'histoire et la rhétorique ; il a traduit le Siège de Paris pur les Normands en 885, poëme d'Abbon, et l'Histoire des Francs de saint Grégoire de Tours; la mort l'a trouvé attaché à la bibliothèque Mazarine. Une chaire de quatrième élait acceptée en 1840 par M. Landois qui, plus lard inspecteur de l'Académie de Paris, a été chargé de la direction du bureau de l'instruction primaire à l'Hôtel-de-Ville. La classe des mathématiques préparatoires était faite, dès 1847, par M. Rihouey, auteur d'une Arithmétique.
M. Bacharach, — maître d'allemand, a été plus heureux que son prédécesseur Llehbaber, lequel était retourné fou à Francfort, sa ville natale, en se prenant pour le roi Louis- Phihppc. Auteur d'une Grammaire allemande, d'un Cours de Thèmes, d'un Cours de Versions et d'un Cours de Saint-Cyr^ l'Israélite M. Bacharach est devenu professeur de l'École des ponts-et-chaussées et de l'École polytechnitiue, examinateur de Saint-Cyr pour la littérature, l'histoire de France, la géographie et l'allemand.
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M. Spiers, — qui moulre l'anglais depuis l'année 1833, a publié : Étude raisonnée de la langue anglaise, Cours de Thèmes, Étude de la poésie anglaise, Manuel des termes du commerce anglais et français, un Bacon et un Kobcrtson l'historien, avec notes , un grand dictionnaire anglais- français et français-anglais.
Les professeurs en 1850 : — Barni, philosophie; Bénard et Desains, physique; Briol, mathématiques spéciales ; Camus et Amiot, mathématiques élémentaires ; Miet, mathématiques accessoires; Nisard et Durand, rhétorique; Jarry de Mancy, Weiss et Petit, histoire et géographie; Hubert et Chappûyzi, seconde; Raynaud et Herbette, troisième; Valatour et Romtain, quatrième; Leprévost et Buzy, cinquième; Masimbert et Haugou, sixième; Chabouillé, Robert, Patry et Bousquet, classes élémentaires; Bourjot-Saint-Hilaire, histoire naturelle; Marguenin, rhétorique supplémentaire; Bacharach, Spiers et Fleming, langues étrangères; Deligny, dessin.
M. Fleming a fait paraître en 1844 wnRoy ai- Dictionnaire français -anglais , de concert avec M. Tibbins; la librairie Didot en avait donné 14,000 francs aux deux auteurs : c'est plus que ne rapportera l'Histoire du Lycée Bonaparte, et il était pourtant plus difficile
(l'en réunir les éléments. Un complément de la grammaire latine de Lhomond porte la signature Robert. M. Leprévost a inventé un système de traduction juxtalinéaire conformément auquel il a traduit ligne pour ligne Homère et d'autres grands auteurs. Rappelons de M. Ch. Weiss, élève de l'Ecole normale et docteur ès-\eilres,VHistoire de la décadence de P Espagne, depuis le règne de Philippe II jusqu'à l'avènement des Bourbons et un mémoire lu à l'Institut sur les protestants de France au xvii* siècle. M. Miel figurait parmi les examinateurs des candidats à l'Ecole de Saint-Cyr, à l'Ecole normale et à l'École forestière, tout en donnant ses leçons au Lycée. M. Rriot, neveu d'un membre du conseil des Cinq-Cents, eût été simple agriculteur sans l'accident qui, lui cassant un bras, obligea sa famille à ne plus s'opposer à ce qu'il étudiât. En sortant de l'École normale, il fut nommé professeur de mathématiques à Orléans, et puis d'astronomie à la Faculté des sciences de Lyon ; il eut aussi dans cette ville la direction d'un petit observatoire, et il fut le premier membre d'une sociéic pluviomélrique, prévoyant quelcjaes joui , d'avance les crues de la Saône. Parmi les livres de M.Briot se distinguent ses Leçons nouvelles de géométrie analytique, com[)Osées en société avec
M. Bouquet, son successeur iiBonapai !<!, et un Traité d'arithmétique. M. E*aul Desains, professeur à Saint-Louis en inènie temps cju'a Bonaparte, avait été à Stanislas; il succédait rue Caumartin à M. de la Provostaye, neveu de l'amiral Algan , inspecteur de l'Académie de Paris en 1847, inspecteur-général trois ans plus tard. Des mémoires ^ros de solutions savantes ont été insérés e^i collaboration par MM. de la Provostaye et Desains, dans les Annales de chimie et de physique. M. Barni, dont les ouvrages non^ présentent Tensemble de la philosophie de Kant, naquit en 1818, fit ses études au ( oUége iourbon,et il fut secrétaire de M. Cousin en 1841-42.
L'année même qui a précédé le rétablissement de l'Empire n'ti-t-elle pas amené dans les collèges er.core plus de mutations que le commenceme U de ' : iterrègne? MM. Desboves et Moyniei s'asseyaient dans deux chaires de mathématiques au lycée Bonaparte, pendant que M. Deniset, ancien comptable de la caisse Laffitte, était chargé, par innovation, d'enseigner la tenue des livres. M. Gavet, qui venait deCharlemagneetde Saint-Louis, était mis à la tête d'une classe élémentaire : il avait contribué en 1848, comme artilleur de la 8" Ijatterie de la garde nationale, à l'arrestation de Barbes et de Louis-Blanc, en ra-