‹ Histoire du Lycée de PauChapitre 106 sur 193 · Prospectus do · texte numérisé non relu

Prospectus do

peu l'habitude d'y puiser les lettres dont il avait besoin pour exprimer les mots qu'on lui proposait. Rollin fait remarquer avec raison qu'un des avantages de ce système était de donner à l'enfant, toujours si remuant, une occasion de mouvoir ses membres tout en appliquant son esprits

La première classe, appelée « classe des commençants » était confiée à un maître sage et entendu. Deux autres maîtres étaient chargés d'apprendre les premiers principes du latin, les maximes de la sagesse, quelques fables de La Fontaine et l'histoire « par les estampes ». Ils conduisaient les enfants en sixième. On appelait ces deux classes la huitième et la septième, qui pour l'ordinaire se faisaient en un an. Il y avait ensuite des régents ou professeurs spéciaux pour la sixième, la cinquième, la quatrième, la troisième, la seconde, la rhétorique, la philosophie, les mathématiques, la langue française, l'histoire et la géographie. Des maîtres du dehors enseignaient récriture, le dessin, la danse et l'escrime. Le prospectus de 1782 annonça qu'on se proposait d'avoir des maîtres de musique, de langues, à proportion que le nombre des élèves augmenterait.

Le premier soin des Bénédictins avait été de s'attacher à inspirer de bonne heure à la jeunesse les sentiments d'une solide piété. Au développement du catéchisme et à la lecture des bons livres, ils ajoutaient des instructions familières et fréquentes, de pieuses exhortations, de grands exemples de vertu puisés dans l'histoire du Christianisme.

On ne commençait à faire le thème latin qu'en troisième ou en seconde, lorsque les écoliers possé-

1. G. Compayrc ; Histoire critique dos Doctrines de V Education en France depuis le xvi* siècle, t. II, p. 25 ; Paris, Ilacliette, 1879.

daient assez la tournure du latin pour ne point faire de gallicismes.

Les Bénédictins, instruits des reproches qu'on ne cessait d'adresser, depuis près d'un siècle, aux études publiques, avaient voulu organiser leur nouveau Collège, le mieux possible, en se conformant aux préceptes des maîtres les plus expérimentés.

Les leçons étaient par avance soigneusement expliquées, et ce qu'on expliquait était choisi avec soin des meilleurs auteurs sacrés et profanes. Dans chaque classe on se bornait à une assez petite collection de ces extraits, afin que, dans le cours de l'année, on pût revenir trois ou quatre fois sur le même objet. En seconde seulement il était question de mythologie et des fictions du paganisme : la raison étant aloi*s développée faisait justice de tous ces mensonges. Dès la cinquième, on consacrait une demi-heure par jour à l'étude du grec; dans les classes supérieures, on expliquait par extraits les meilleurs auteurs qui ont écrit en cette langue. En rhétorique, on donnait un abrégé historique de tous les auteurs grecs et latins, dont on n'avait vu que des extraits dans les classes précédentes.

Voici ce que l'on faisait en philosophie. « Cet enseignement commençait par les grandes vérités de l'existence de Dieu, de l'immortalité de l'âme et de la nécessité d'une religion qui rapporte sans cesse la créature au Créateur. On passait aux principes de la morale et on prouvait évidemment que la probité est de l'essence du bon citoyen. Cette première partie de la philosophie se donnait en latin. La seconde, en français, commençait par un simple exposé des différents systèmes du monde. On n'en adoptait aucun, l'histoire de la Genèse ne pouvant être révoquée en doute. On ne voyait de la physique générale que ce

qui était nécessaire pour procéder régulièrement et plus sûrement dans le développement de la physique expérimentale qui est la seule utile et intéressante. »

En rhétorique et en philosophie, on employait au moins une demi-heure chaque jour de fête et de congé à s'instruire de ce que tout citoyen, tant soit peu éclairé, doit savoir des lois civiles. On appelait plus particulièrement à cette étude les jeunes gens destinés à la magistrature et au barreau.

A la fin de la philosophie, les élèves du Collège, qui avaient régulièrement suivi tous les cours, prenaient le degré de maître ès-arts à l'Université de Pau.

On a rendu cette justice aux Bénédictins que, tant qu'ils enseignèrent dans cette ville, ils remplirent les promesses de leurs programmes d'instruction littéraire, et formèrent des élèves distingués.

Mais l'éloge ne va pas sans la critique. M. le chevalier de Bêla écrivait alors* : — « Le Collège actuel de Pau n'enseignant que les langues mortes, très inutiles^ à la partie de notre jeune noblesse destinée aux armes, qu'elle ne portera jamais contre les Grecs ni les Latins, il seroit très important pour elle d'y ériger une chaire de mathématiques^, et de langue angloise. La médiocrité de la légitime de nos cadets de famille ne se refusant que trop souvent aux dépenses nécessaires pour le soutien dans le service de terre, elle semble leur indiquer de préférence celui de la marine. Alors, instruits d'une science qui donne à l'esprit autant d'étendue que de justesse, en même tems de

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