‹ Histoire du Lycée de PauChapitre 115 sur 193 · Archives Départementales, C · texte numérisé non relu

Archives Départementales, C

2. Publication do Va Société des Bibliophiles du Béarn; Pau, L. Ribaut, libraire de la Société, 1876.

malheureusement je pénètre jusqu'à son cœur, rien qui le soit moins. — Les affaires qu'il eut à Paris avec les MM. de Saint-Cristau, de Dax, la retraite forcée qui s'en suivit, ne Font prouvé que trop évidemment. Jusque là sa carrière avoit été brillante. Encore assez jeune, il obtint en 1745 de M. le maréchal de Saxe, généralissime de nos armées, l'agrément de lever, sous le nom de Royal Cantabre, un régiment tout composé de Basques. Il mit horriblement à profit la très grande affluence de sujets qui se présentèrent pour y avoir de l'emploi. La manière dont il les rançonna, alla jusqu'au scandale et fut assez publique dans le temps.

« Disgracié et réfugié en Béarn... il entreprit une Histoire des Basques.

« Il est homme d'esprit, et s'étoit procuré en livres, titres, mémoires, documents, tous les secours possibles. Son travail terminé, il voulut lui donner les honneurs de la presse ; le lambinage de Daumon, imprimeur, auquel il avoit remis ses feuilles, ayant fini par l'impatienter, il les reprit ; mais pour que le fruit n'en fût pas perdu, il les livra à un dom Sanadon, alors bénédictin, sujet aussi peu estimable qu'on puisse l'être. C'est dans ce manuscrit que ce moine a puisé de quoi composer Y Essai sur la noblesse des Basques, imprimé chez Vignancour. »

L'extrait suivant de la lettre adressée à M. de La BouUaye montre quel intérêt le chevalier de Bêla prenait aux choses de l'instruction publique et au Cîollége de Pau.

C'est dans les revenus du Collège de Lescar que je trouve de quoi faire face à toute la contribution volontaire du Collège d'Auch, situé dans une province différente, et moins riche que celui de I^escar, quoique plus nécessaire, ce qui semble autoriser ma proposition.

Tout le monde sait que les Barnabites, appelés en Béarn pour ramener les hérétiques à la foy par des missions et des prédications, songèrent beaucoup moins à remplir ces devoirs importans qu'à s'établir solidement à Lescar; qu'ils profitèrent de la dispersion des religieux de l'abbaye de Luc^, membre de Tordre de Saint-Benoit, pour faire réunir la mense conventuelle de cette abbaye à leur maison de Lescar, pendant les troubles qui suivirent la mort d'Henry le Grand ; qu'ils obtinrent ou envahirent successivement plusieurs hôpitaux situés dans le Béarn ; qu'enfin ils ont peu à peu usurpé des ténemens considérables dans le Pont-Long, et que, par cette conduite soutenue, ils se sont fait un revenu qui excède annuellement 50,000 livres.

On sait également qu'oubliant presque aussitôt leurs principales fonctions ils s'érigèrent en instituteurs; qu'en conséquence d'un traité fait avec les habitans de Lescar, ils ouvrirent des écoles publiques pour les classes inférieures, et laissèrent tellement les missions que, depuis environ 150 ans, à peine en ont-ils fait une dans la province ; que, l'Université de Pau ayant été érigée, ils obtinrent d'y être agrégés pour la philosophie ; que, tant que les Jésuites ont subsisté, leur Collège a toujours été fort au-dessous du médiocre ; que si, depuis l'extinction de la Société, ils ont considérablement augmenté le nombre de leurs élèves, ils n'ont pas rendu leur éducation meilleure; et qu'encore aujourd'huy leurs partisans les plus zélés bornent tous les éloges qu'ils font de leur Collège à dire que le prix des pensions y est fort modique, sans parler de l'éducation que l'on y reçoit.

Nous avons donc deux Collèges contigus dans une province, dont toute la jeunesse rassemblée pourroit à peine en fournir un seul. La rivalité presque nécessaire entre deux établissemens si voisins pourroit devenir heureuse pour le progrès des sciences, si l'expérience du passé ne nous interdisoit pas tout espoir à ce sujet.

L'éducation devroit être uniforme dans un Royaume; il seroit absurde qu'elle ne le fût point dans une province, dont les points les plus éloignés se touchent en quelque sorte. Or, elle ne peut être la même, étant partagée entre deux corps absolument différens dans leur esprit et dans leur gouvernement. L'infériorité constante des élèves des Barnabites de Lescar, comparés à ceux des Jésuites de Pau, ne prouve que trop combien la diversité des principes est funeste à l'éducation uniformément bonne à laquelle doivent tendre toutes nos vues.

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