XVI INTRODUCTION
Mais, tout d'abord, Messieurs, je dois aujourd'hui satisfaire notre patriotisme, et vous exprimer les sentiments dont nous sommes animés dans les circonstances actuelles. On a osé porter atteinte à la dignité nationale ; soudain la France s'est armée pour venger l'outrage... Le péril sera grand; il n'est, grâce à Dieu, ni au dessus de nos courages, ni au-dessus de nos forces ! Ayons confiance dans le succès de nos armes . . . Ceux qui les portent pour la sauvegarde de notre honneur et de notre sécurité, sont les fils des soldats qui combattirent avec tant d'héroïsme à Valmy, à Fleurus, à léna. Comme leurs pères, ils sauront fixer la victoire sous les drapeaux de la patrie K
Alors, satisfaite d'avoir arrêté dans ses envahissements et ses excès une politique insolente et perfide, une ambition démesurée, la France ne voudra qu'assurer le repos du monde. Elle a, depuis des siècles, la gloire que donne l'empire de l'esprit; les armes lui ont fait un renom dont l'éclat ne peut être effacé. — Que faut-il pour couronner tant de grandeur? — Convier désormais les peuples aux rivalités que doivent exciter entre eux, dans les travaux si féconds de la paix, les généreuses sympathies et les tendances élevées de notre époque. Ces luttes de la civilisation ne coûtent ni larmes ni sang ; elles créent le bonheur et la richesse des Etats . C'est notre patrie qui donna, en 89, le signal de l'émancipation des peuples ; il nous appartient d'inaugurer, à la fin du xix^ siècle, l'ère de la paix universelle. La France ne faillira point à cette noble destinée!... De quel respect justement acquis ne sera-t-elle pas entourée, lorsqu'on admirera en elle la nation qui aura donné aux peuples les deux plus grands biens dont les hommes puissent jouir, — la paix et la liberté !!
Le vieux livre de nos Classes que j'ai pris pour sujet de ce discours, est la Grammaire latine de Lhomond Rassurezvous, Messieurs; ce souvenir pour vous peut ne pas être dépourvu de charme : il vous rappellera des succès qui vous furent chers, et vous y retrouverez les premiers principes de vos mérites et des vertus que vous pratiquez si bien.
Vos mères et vos sœurs, jeunes élèves, voudront bien me prêter aussi une attention favorable. Pour qu'elles aiment ce livre, il n'y a qu'à leur dire qu'il vous entretient de ce qui vous les fait tant
1 . Au moment où ce discours devait ôtre prononcé, 8 août 1870, le hasard des batailles donnait à notre patriotisme un cruel démenti. Nos vaillantes légions n'avaient pu vaincre!. . . L'héroïsme était forcé de céder au nombre.