‹ Histoire du Lycée de PauChapitre 16 sur 193 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX INTRODUCTION

Nul de vous, j'en suis convaincu, ne voudrait s'exposer à être traité comme le « Buste » de la fable :

Belle tête !... Mais de cervelle point !

Chez un peuple de l'antiquité, on enseignait la tempérance aux jeunes gens, afin que, devenus hommes, ils fussent sobres, c'està-dire maîtres de soi et robustes. Notre auteur s'est souvenu de cette louable coutume des anciens : il recommande de prendre — « beaucoup d'eau, — Multum aquse », et — « peu de vin, — Parum vini ». C'est une règle d'une application facile dans nos Lycées. Je n'insiste point pour montrer combien il est salutaire de ne jamais l'oublier ailleurs.

Il est des appétits d'une autre nature, que Lhomond nous apprend encore à réprimer : ce sont les appétits qu'excitent l'envie et l'ambition. Peu satisfait de ce que l'on a, mécontent de ce que l'on est, on regarde à côté, au-dessus de soi, tout ce qui s'étale pompeusement, tout ce qui brille et resplendit ; on est comme ébloui.... et l'on se laisse aller à des convoitises démesurées, sans réfléchir que, sous les apparences les plus fastueuses, se trouvent bien souvent de profondes misères, et que, plus d'une fois, les grandeurs et les richesses n'ont été acquises qu'au prix de sacrifices honteux, où le caractère s'est dégradé, où la conscience

a dû se taire Que chacun de vous, jeunes élèves, suivant le

précepte de Lhomond, s'accoutume à être — « content de son sort, — Contentus sua sorte ». C'est la meilleure des situations morales pour voir les choses dans tout leur jour ; vous en découvrirez alors les aspects menteurs. Aucune pensée de fol orgueil ne viendra troubler votre esprit, aucune envie coupable n'agitera votre âme ; vous pourrez être heureux, n'ayant aucun des désirs inspirés par cette ambition effrénée — « qui toujours perdra l'homme qu'elle possède, — Sua hominem perdet ambitio ». J'ai parlé des richesses mal acquises.... Mais il y en a que donnent les droits de la naissance, d'honnêtes travaux, de nobles efforts. D'où qu'elles viennent, elles peuvent être vite déplacées ou détruites ; un poète l'a si bien dit :

C'est un faible roseau que la prospérité !

11 est impossible de fonder sur elles un bonheur solide ; il faut chercher quelque chose de moins fragile, de plus stable et de

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