Histoire du Collège de Saint-Sever par M . Xambeu, p
nombre des internes allait toujours en augmentant; on en forma quatre divisions; on appropria pour celle des petits élèves une salle d'étude à l'angle sud-est de la cour d'honneur; ils avaient tout à* côté, dans le jardin, une cour de récréation. -- Les dortoirs, aux deux étages du bâtiment principal des classes, que M. l'abbé Eliçagaray avait tant vantés dans son Prospectus de 1812 , n'étaient ni suffisants ni commodes pour ce qui a rapport à l'hygiène, à la surveillance. Ils furent transformés tels qu'on les voit aujourd'hui.
D'autres améliorations furent ensuite ajoutées à celle-là, à mesure que, par la présence d'un plus grand nombre d'élèves, s'augmentaient les ressources du Collège.
En 1842, le proviseur, M. de Rességuier, adressait à M. le Préfet un rapport dans lequel il lui demandait de vouloir bien, avec l'appui du Conseil général, faire obtenir du Gouvernement que le Collège de Pau fût élevé, vu sa prospérité, de la 3* à la 2* classe. Le Conseil général estima qu'il n'y avait pas lieu de donner suite à cette demande, « dans la crainte que le prix de la pension, si le Collège était élevé à une classe supérieure, ne devînt trop considérable pour les fortunes des habitants du département ». Lettre de M. le Préfet, 17 janv. 1843.
M. Boucley était, depuis 1839, Recteur de l'Académie ; il avait pour Inspecteurs MM. Balencie* et Ducondut K
Il était d'usage que les inspecteurs fissent, chaque année, à la fin du cinquième mois, des examens dans
1. Il avait été principal du Collège d'Argelès (H. -Py r. ); censeur au Collège royal de Pau (1822-*27).
2. Ancien professeur de rhétorique, nommé Inspecteur en 1833.
les classes du Collège royal*; ce qui donnait lieu à des rapports qu'ils adressaient au recteur. Lui-même allait, au moins une fois par an, dans chaque classe assister aux leçons des professeurs. A la suite de ces examens, de ces visites, il transmettait au proviseur de nombreuses observations sur les études, la discipline et les méthodes d'enseignement. — M. Boucley était un recteur actif, très zélé, tout à son devoir, et tenant avec fermeté la main à ce que chacun remplît le sien. Le 28 avril 1840, il constatait une faiblesse générale provenant particulièrement de la trop grande facilité avec laquelle on laissait passer des élèves incapables d'une classe à^ une autre plus avancée. — Il écrivait au proviseur en 1841 :
Bien que les résultats que présentent, cette année, les examens du cinquième mois, ne répondent pas entièrement à vos espérances et aux miennes, nous devons cependant être plus satisfaits que nous ne l'avons été, l'an dernier, votre prédécesseur et moi : dans la plupart des classes, les élèves semblent avoir apprécié les efforts de MM. les professeurs; leur travail a été plus soutenu, et leurs progrès sont plus sensibles. Quant à celles où ils se sont montrés sourds à tous les conseils, j'espère que les mesures de discipline que vous avez prises ne tarderont pas à les faire rentrer en eux-mêmes, et qu'ils' auront réparé, avant la fin de l'année, le temps dont ils auraient dû faire un meilleur emploi dans le premier semestre. — Je vous prie, monsieur le Proviseur, de communiquer à chacun de MM. les professeurs les observations que je vais extraire des rapports que j'ai reçus sur le travail et les progrès de leur classe.
Citons encore quelques-unes des observations adressées par M. Boucley au proviseur du Collège ; celles-ci sont datées de 1842 :
L'an dernier, après les examens du cinquième mois, j'ai eu à vous signaler quelques progrès dans les études ; chaque année,
1. Antérieurement, ces examens étaient faits par le recteur assisté des inspecteurs de l'Académie, en présence du proviseur du Collège, du censeur et de raumônier.
grâce à la surveillance plus active de Tadministration, au zèle toujours soutenu des professeurs, à la mesure prescrite par le Conseil royal pour l'admission des élèves dans la classe immédiatement supérieure, et à la juste sévérité de la Commission des lettres ^ dont enfin on commence à se préoccuper, j'ai le plaisir de vous annoncer que les résultats obtenus sont encore plus satisfaisants, et qu'ainsi il y a lieu d'espérer que, dans quelques années, si nous continuons tous à marcher dans la même voie, le Collège royal de Pau sera cité comme un des bons Collèges de France.
Notre Collège royal était plus avancé que son temps. A l'enseignement classique il venait d'ajouter t des cours préparatoires aux professions commerciales et industrielles ». C'était là un commencement de VEnseignement spécial. — On sait ce qu'il est aujourd'hui dans les maisons d'Instruction secondaire de l'Etat.
A la fin de 1843, on comptait dans notre établissement 294 élèves (175 pensionnaires et 119 externes)*. — Cette année, la distribution des prix avait eu la plus grande solennité ^ M. le duc de Montpensier y assistait avec le cortège des personnages, Députés Généraux et Pairs de France, qui étaient venus à Pau pour les fêtes de l'inauguration de la statue d'Henri IV.
La voix publique, dont la presse est l'écho, témoignait de l'état de prospérité du Collège royal. On disait dans VObser^vateur des Pyrénées (12 juillet 1844) : « MM. Alexandre et Cournot, inspecteurs généraux de l'Université, ont quitté avant-hier notre ville. Le résultat de leur inspection a été des plus satisfaisants. L'ordre et la discipline qui régnent dans notre Collège,
1. Celle qui tenait lieu de Faculté pour les exameos du baccalauréat ès-lettres.
2. Il y avait alors à Pau deux maisons d'instructioD doDt les élèves suivaient les cours du Collège : L'Institut Henri IV, fondé par M. l'abbé Tarras en 1839, el la Pension dirigée par M. badé.
3. Comme il devait y avoir une aflluence d'assistants plus grande qaed'ordinairOf on n'avait pas fait la distribution des prix dans la «salie des exercices»; on avait dressé une estrade et déployé des tentures sous les grands arbres du bosquet.
la force toujours croissante des études, ont valu à tous les membres de l'administration et aux professeurs les plus justes éloges. » En 1846 (27 décembre), le Mémorial constatait que notre maison « avait acquis pendant les derniers temps un développement qui la plaçait au premier rang des Collèges royaux de second ordre ».
Dans les journaux, dans les écrits publiés à Pau (1839-1846), on trouve souvent les noms de plusieurs professeurs du Collège cités avec éloge ; nous y avons particulièrement remarqué ceux de messieurs : — Mazure, professeur de philosophie, dont on lit avec inXévèXVHistoiî^e du Béarn et du Pays Basque; — Badé, professeur de troisième, l'un des fondateurs de la Société des Sciences, Lettres et Arts de Pau, inspecteur des monuments historiques du département des Basses-Pyrénées; — Mermet, professeur de physique, qui a laissé dans le Bulletin de la Société des Sciences, etc., des travaux excellents*. — MM. Badé, Mazure et Mermet avaient créé ici un Athénée, où ils firent, en 1841-42, des cours publics fort applaudis. Ils avaient pour collaborateur dans cette œuvre éminemment utile M. Marcel Barthe, ancien élève de notre Collège, aujourd'hui sénateur des Basses- Pyrénées ^
Ces cours à V Athénée, les écrits de nos professeurs dans les publications littéraires et scientifiques, produisaient, et pour leur renom et au profit du Collège, le meilleur effet sur les esprits; par là, s'était affermie en grandissant la confiance que le public témoignait
1. Notamment, un Essai sur la Géologie, en général, et sur celle des Pyrénées-Occidentales, en particulier (1843) .
2. Voy. dans le Bulletin de la Société des Sciences, Letlres et Arts de Pau (années 1841-42) : Discours d'ouverture du Droit par M. Marcel Barthe, avocat; — Du Beau idéal, par M. Mazure; — Origines de la Littérature française^ par M. Badé. — A VAthénée, M. Mermet traitait des questions de chimie.
à rétablissement ou enseignaient de tels maîtres avec des collègues dignes d'eux.
La population du Collège croissant d'année en année, on y était à l'étroit; on eut l'idée d'utiliser l'église que les Jésuites avaient laissée inachevée ; on voulait y établir des dortoirs, des salles pour des classes, pour des études.
Avant de dire ce qui fut arrêté pour faire dans certaines parties des bâtiments du Collège les changements que les besoins nouveaux rendaient nécessaires, nous allons raconter brièvement Vhistoire de cette église de Saint-Louis-de-Gonzague.
On n'en avait pas commencé la construction, en 1658. A cette date, les Jésuites disent dans leur compte (Arch. Comm., GG, 212) : « Le Collège doîbt la somme de 3,000 liv. qu'il a reçu de feu Mad. de Mesplez pour luy bastir une chapelle quand la grande église se bastira. » — En 1679, les travaux étaient en train : « Les R. P. avaient entrepris la bâtisse et construction d'une église, lous R. pères jesuistes aben entrepres la hastisse et construction d'une église. » (Arch. Dép., C. 737) ; ils demandaient aux États un subside, « quelque gratification, quoauque gratification », s'engageant à « bâtir dans cette église une chapelle, sous l'invocation du Saint-Esprit, destinée pour la dévotion des seigneurs des États, destinade per la dévotion deus seignours deus Estatz ». — On lit dans des documents de 1776-1778 (Arch. Dép., D. 11) qu'alors, quinze ans après l'exclusion des Jésuites, ce n'était encore qu' « une église commansée.... La façade de l'église St-Louis contient 68 pieds, 6 pouces, compris la baye pour l'entrée de ladite église qui est de 8 pieds, 6 pouces; la susdite église contient 128 pieds longueur et 50 largeur; les murs sont élevés d'environ 30 pieds
en bon état ; la sacristie sur le derrière de ladite église du côté du levant contient 28 pieds longueur ».
Dans les premières années où le Lycée fut en exercice, elle servit de lieu de récréation pour les élèves ; ils y jouaient à la balle. — Cette enceinte ayant été mise à la disposition de l'autorité départementale * pour un service d'utilité publique, le département y fît faire une charpente qui fut couverte de chaume. — En 1823, l'Université « céda momentanément ce local à l'administration de la guerre, à l'effet d'y emmagasiner les approvisionnements de fourrages nécessaires à la subsistance des chevaux destinés à l'armée d'Espagne ». — Le Collège fut remis en possession et jouissance de ce bâtiment, le mois de juillet 1827.
L'autorité militaire, en 1834, traita avec l'Université pour avoir en location, moyennant 600 fr. par an, le bâtiment dit « l'église du Collège » ; on en fit le magasin de fourrages pour les chevaux du 6* dragons qui tenait garnison à Pau. Dès l'année suivante, le prix de la location fut élevé à 900 fr.; un acte de bail pour cinq ans fut passé; sur la demande de l'administration de la guerre, il fut rompu avant l'expiration des cinq années. — On mit, peu de temps après, la vieille église à la disposition de la Préfecture pour y tenir pendant quelques jours des soldats Espagnols que la victoire de le reine Christine sur les Carlistes avait rejetés dans notre pays. — Il y eut ensuite un manège dirigé par un major Polonais, qui était le maître d'équitation des élèves du Collège.
En 1841, une pétition avait été adressée à la Municipalité par les habitants du quartier de la Porte- Neuve, à l'effet d'obtenir que l'on fît de l'église Saint-
1. Voy. dans le Panorama historique de M. Dugenne, 2« édit., p. 263 : « cet édifice fut transformé, sous TEmpire, en entrepôt de soupes économiques ».
Louis du Collège une succursale de paroisse ^ Le Conseil municipal ayant délibéré à ce sujet dans la séance du 6 février 1841, demanda que « TUniversité rétrocédât à la Ville l'église commencée, pour y être établie une succursale ou tout au moins pour y faire célébrer le service divin ».
L'Université ne pouvait délaisser un bâtiment qu'elle se proposait d'utiliser pour son propre service. Alors fut soulevée la question de savoir à qui appartenait le Collège. L'Université se prétendait propriétaire de l'établissement avec toutes ses dépendances, en vertu du décret du 11 décembre 1808 portant que : « tous les biens, meubles, immeubles et rentes ayant appartenu aux Universités, Académies et Collèges, qui ne sont point aliénés ou qui ne sont pas définitivement affectés par un décret spécial à un autre service public, sont donnés à l'Université impériale». D'autre part, la Ville faisait valoir, pour établir son droit de propriété, le décret du 9 avril 1811, par lequel « les édifices et bâtiments nationaux alors occupés pour le service de l'administration des cours et tribunaux et de l'instruction publique avaient été concédés aux départements, arrondissements et communes ».
Là-dessus, il y eut procès ; on plaida devant le Tribunal civil et la Cour royale de Pau; on se pourvut en cassation. — Le 30 août 1842, le Tribunal juge que les bâtiments litigieux sont la propriété de la ville de Pau, mais que rUniversité en a la jouissance, et, par suite, décide que la Ville n'a pas le droit de rentrer dans la possession de Tèglise, mais que, de son côté, l'Université ne peut en faire autre chose qu'une église. — Sur l'appel des deux parties, la Cour royale,
1. Cette succursale existait un 18U3 dans la chapelle de l'Hospice (voy., cidessus, p. *290, note 1) ; elle avait été supprimée en iSU8, lorsqu'on dut réduire à 30,00U le Doml)re des succursales de i'Ëiupire.
par arrêt du 8 juin 1843, confirme le jugement du Tribunal en ce qui concerne la propriété de la ville de Pau sur Téglise litigieuse, et le droit de jouissance de runiversité; mais décide que, ce droit de jouissance étant plus qu'un usufruit ordinaire, l'Université a la faculté d'en changer la destination pour l'affecter aux besoins de l'instruction publique. — La Cour de cassation ayant eu à statuer sur les deux pourvois formés contre cet arrêt par le ministre de l'Instruction publique et par la ville de Pau, les rejeta l'un et l'autre par deux arrêts du 6 mai 1844, où il est dit que la Cour royale (arrêt du 8 juin 1843), loin de violer les dispositions des décrets du 11 décembre 1808 et 9 avril 1811, s'était au contraire exactement conformée à leur lettre et à leur esprit *.
Il y a donc chose jugée, et définitivement jugée : la Villeest propriétaire des bâtiments du Lycée avec leurs accessoires, sans qu'elle ait le droit d'en détacher une partie, pas plus qu'elle ne pourrait dépouiller l'Université de la totalité de l'établissement ; l'Université a la jouissance de l'ensemble de cet établissement, et ce droit de jouissance, étant plus qu'un droit de jouissance ordinaire, n'est pas soumis aux règles tracées par la loi en matière d'usufruits. — Voy. Sirey; an 1844, p. 687.
Les droits de la Ville et ceux de l'Université ayant été ainsi déterminés, on eut à s'occuper des appropriations nouvelles qu'il y avait à faire dans les bâtiments du Collège.
Le projet qu'on avait eu d'établir à Saint-Louis-
1. « Ces solutions concilient le sens en apparence contradictoire des décrets de 1808 et 1811, relatifs aux bàtimens occupés par des élablissemens d'instruction publique; décrets qui semblent attribuera l'Université et aui communes la propriété des mêmes biens. »
de-Gonzague des dortoirs, des salles de classe, etc., fut abandonné. On estima qu'il valait mieux transformer pour cette destination le bâtiment à l'ouest de la cour du milieu, où était, depuis qu'elle y avait été établie par les Jésuites, la chapelle de l'établissement*. Il fut décidé que, pour remplacer cette chapelle, on en ferait une qui occuperait deux tiers de la nef et le sanctuaire de la vieille église Saint-Louîs-de-Gonzague. — En même temps il était arrêté que la classe de physique et le laboratoire de chimie (à l'ouest de la cour du nord) seraient transférés au-dessus de la « salle des exercices » (pavillon nord-ouest), et qu'à cet effet la Ville restituerait au Collège le local * où, depuis 1829, elle avait été autorisée à tenir son école communale.
Il y avait alors au Collège royal de Pau six divisions d'élèves internes. L'état financier de rétablissement était excellent. Au 31 mars 1845, on avait en caisse et créances 59,332 fr., une rente 5Vo sur l'État de 1,380 fr., au cours du jour, pour un capital de 33,120 fr.
Le ministre de l'Instruction publique, M. de Salvandy, fit aussitôt ouvrir un crédit de 32,000 fr. sur le fonds de l'exercice 1846 afin d'acquitter les dépenses relatives aux améliorations à effectuer dans les bâtiments du Collège^ et aux travaux à faire pour utiliser