Voy., ci-dessus, p
2. C'était la salle de l'ancienDe Université de Pau; voy. p. 265.
3. Nous n'avoDs indiqué, ci-dessus, que les principales améliorations. — C'est au Conseil académique, préside par M. le recteur Boucley, que l'on en est particulièrement redevable. Il était composé de MM. Balencie et Ducondut, inspecteurs de CAcadémie, Amilhau, premier président de la Cour royale^ Dnfau. procureur généraL J. Avezedo, préfet, Manescau, maire^ Nogué, conseiller général, de Lussy et Bascle de Lagrèze, conseillers à la Cour royale, Perrin, avocat, Viard, ingénieur en chef, Castetnau, avoué près la Cour royale, liisclard, proviseur, Laffeuillade, professeur de rhétorique, l'abbé Hontang, professeur d'histoire, Saurel, secrétaire de l'Académie. — De 1840 à 1847, les proviseurs du Collège ont été M. de Rességuier iqui engagea avec autant d'ardeur que d'heureux succès le débat entre l'Université et la Ville) et MM. Gisolard, La Bastide, Seignolte.
la vieille église comme chapelle. Il écrivait, le 25 août, à M. le recteur de TAcadémie :
MM. les Inspecteurs Généraux qui ont visité cette année le Collège ont examiné, sur les lieux mêmes, les avantages et les inconvénients des divers systèmes. Ces fonctionnaires ont donné la préférence au dernier projet. Ils ont fait observer que ce retour à un plan qu'on peut regarder comme celui des fondateurs même de l'établissement serait vu avec reconnaissance par la Ville, et qu'aujourd'hui que les décisions des tribunaux ont fait justice des prétentions municipales sur la vieille église, le Collège, tout en maintenant son droit exclusif à l'administration de la chapelle, pourrait sans inconvénient admettre le public aux cérémonies religieuses, dans une partie réservée.
Le ministre accordait plus qu'on n'avait demandé : en approuvant ce qui avait été projeté pour le Collège, il avait voulu donner également satisfaction à la Ville. Toutefois il ajoutait : « Aucun engagement ne devra être pris relativement à l'admission du public dans la chapelle du Collège. »
Au moment où, pour y établir cette chapelle, on mettait la main à l'œuvre dans la vieille église, voici comment on en décrivait l'intérieur (séance du Conseil municipal, 12 novembre 1847): «L'église Saint- Louis -de- Gonzague se compose d'un sanctuaire, d'une petite sacristie, de dix chapelles latérales, et de deux pièces à peu près carrées, contigùes au portail en façade principale. La nef et le sanctuaire ont 10",65 de largeur et 38'",60 de longueur depuis la porte d'entrée jusqu'au mur du chevet ou abside. Chacune des chapelles latérales a une longueur de 6'",25 et une largeur de 3'°,76 dans œuvre. Elles sont séparées les unes des autres par des murs de refend pleins, formant contreforts à l'extérieur. Les murs longeant la nef et le sanctuaire sont percés de six arcades en plein cintre dont les pieds-droits ont été décorés de
pilastres doriques supportés par des piédestaux. Un entablement complet règne au-dessus des pilastres, mais le long des murs latéraux seulement. L'intention des Jésuites était de surmonter les murs de la nef et des chapelles par des voûtes d'arête en maçonnerie avec des nervures et des culs-de-lampe en pierre dont on aperçoit les coussinets ou premières assises ». De tout cela, on ne devait prendre — nous l'avons déjà dit — que deux tiers de la nef et le sanctuaire. On construisit des murs dans les baies des arcades longeant la nef, et l'on se proposait même de faire disparaître les toits des chapelles, de telle sorte que les murs de face et de refend de ces chapelles vus de l'extérieur, auraient donné l'idée d'un édifice abandonné ou en ruine et auraient attristé, comme on le faisait déjà remarquer, les regards des passants *.
Il y eut, de la part du public, à ce sujet, de très vives réclamations. — Si l'Université, disait-on, s'impose des sacrifices pour se procurer une chapelle digne de ce nom et de l'établissement qu'elle dessert, pourquoi la ville de Pau, propriétaire de l'église, venant en aide au Collège, ne se chargerait-elle pas de couvrir et de terminer les chapelles, ou tout au moins de les transformer en bas-côtés, faisant ainsi disparaître l'aspect d'abandon et de délabrement qu'elles présentent dans leur état actuel ?
Le Conseil municipal entendit ces plaintes, s'en préoccupa, et, ne voulant pas laisser inachevé le seul édifice religieux élevé à Pau dans des proportions et des dispositions assez satisfaisantes sous le rapport de l'art soit en plan soit en élévation S il déclara dans sa séance du 12 novembre 1847, à l'unanimité, qu'il était
1. Exposé de M. Manuscau, maire; Conseil municipal, 12 nov. 1847.
2. On n'avait pas encore, alors, bâti les deux grandes et belles églises de Saint-Jacques et de Suiut-Murtin.
disposé à voter la somme de 10,000 f r. nécessaire pour cet objet. Il fut délibéré — « que Téloignement considérable des autres églises de la ville et leur exiguïté, fait un devoir au Conseil municipal de procurer au quartier qui avoisine le Collège les moyens de satisfaire aux besoins religieux; — qu'il doit être remarqué, à ce sujet, que la population agglomérée des rues adjacentes se compose principalement d'ouvriers et de petits industriels pour qui le temps est toute la fortune, et les sentiments religieux la principale consolation ; — qu'il importe, seulement, de prendre toutes les mesures qui ne peuvent contrarier Tordre intérieur du Collège et les règles qui assurent une bonne discipline de l'établissement, telles, par exemple, que la célébration des offices de la communauté, en l'absence de toute personne étrangère à la maison ; — qu'il peut être dit des messes à des heures différentes et que les voisins peuvent être admis sans inconvénient à y assister... »
La délibération du Conseil municipal fut adressée à M. le ministre de l'Instruction publique, et, par ce dernier, transmise à M. le Recteur, pour être soumise à l'appréciation du Conseil académique chargé surtout d'examiner si la combinaison proposée ne nuirait en rien au service du Collège.
Voici les propositions du Conseil municipal que le Conseil de l'Académie eut à examiner (séance du 22 février 1848) :
1. — L'église Saint- Louis-de-Gonzague sera affectée spécialement aux exercices du culte que les élèves du Collège royal devront suivre, et, pendant que ces exercices auront lieu, le public n'y sera admis sous aucun prétexte.
2. — L'église sera également fermée avant l'entrée et la sortie des classes, et toutes les fois que la discipline du Collège en fera un devoir.
3. — L'église demeurera à la disposition de la ville de Pan, pour servir à l'exercice du culte catholique, les dimanches et jours de la semaine, de manière à ce qu'elle puisse faire dire une messe avant l'exercice religieux du Collège, et deux après.
4. — Cet exercice se bornera à la célébration de messes basses, sans oflices chantés ou psalmodiés, et sans prédication autre que le prône qui pourrait être ordonné, le dimanche, par l'autorité ecclésiastique.
5. — Les messes des dimanches et jours fériés seront annoncées par la cloche du Collège. L'usage de la cloche n'aura pas lieu les autres jours.
6. — La ville subviendra seule aux frais ordinaires du culte la concernant. Elle fera un premier achat du mobilier du culte, et puis tout ce qui serait à l'usage commun sera entretenu dans cette proportion : que la ville en payera les deux tiers, et le Collège l'autre tiers.
7. — Il n'y aura pour sacristain que l'agent du Collège placé sous les ordres du Proviseur, et qui recevra de la ville une rétribution proportionnelle aux exercices qui la concerneront.
Le Conseil académique, après avoir approuvé chacun de ces articles, exprima, à Tunanimité, le vœu que M. le Ministre voulût donner le plus tôt possible son assentiment aux propositions de la ville de Pau; ce qui fut fait par décision du 28 avril 1848 prise en Conseil de TUniversité. — La somme de 10,000 fr. pour laquelle la Ville s'était engagée à participer aux dépenses de restauration de la vieille église de Saint- Louis-de-Gonzague, avait été votée dans la séance du 17 mars.
Les travaux étaient à peine entrepris, qu'ils furent interrompus par suite de difficultés ou plutôt de malentendus qui donnèrent lieu à une assez longue correspondance entre le proviseur du Lycée, le maire de Pau et Tévêque de Bayonne. — Le préfet, M. Cambacérôs, écrivait au maire le 28 mars 1849 : « Votre sollicitude que je partage à un haut degré pour les
souffrances de la classe ouvrière, vous engagera, je n'en doute pas, à vous concerter avec moi, s'il était nécessaire, pour parvenir à faire reprendre promptement ces travaux. » — Ils furent repris, cette année, vers le mois d'août. — Enfin! à la rentrée des classes (octobre 1850) les élèves purent entendre les offices divins à Saint-Louis-de-Gonzague; mais l'église ne fut mise à la disposition du public, aux conditions déterminées, que le mois de novembre de Tannée suivante *. — Les travaux pour l'achèvement de l'édifice avaient coûté 32,000 francs.
En 1848, notre Collège royal, comme tous les établissements d'instruction secondaire de l'Etat, avait repris le nom de Lycée. Les élèves furent divisés en compagnies; chacune d'elles eut un sergent et deux caporaux; il y eut pour toutes les compagnies un sergent-major et un sergent-fourrier ; ces grades étaient conférés par le proviseur aux élèves qui avaient été élus par leurs condisciples. Un officier instructeur était chargé d'enseigner aux Lycéens le maniement des armes et les manœuvres de l'école du soldat, d'assister aux mouvements généraux, de s'occuper de la tenue les jours ordinaires, et les jours de sortie, de veiller à l'entretien et à la conservation des armes mises à la disposition du Lycée. L'uniforme des élèves était : — une tunique en drap bleu, bordée d'un liséré rouge au collet, aux parements et sur le devant, fermée par une seule rangée de boutons dorés portant deux branches de laurier et
1 . « Chose singulière et grave, où se révèle l'esprit des hommes et des temps. Les corporations religieuses, en même temps qu'elles élevaient, ici, ce théâtre profane (la « salle de tragédie » des Jésuites), laissaient, à côté, la maison de ia prière dans l'isolement et l'abandon ; et c'est l'Université qui, retirant de ses ruines précoces cet édifice inachevé, l'a rendu à la piété publique... » L. Richaud, Mémorial, sept. 1853.
autour en légende, Lycée de Pau; au collet, palmes brodées en or; — un ceinturon de cuir noir avec plaque en cuivre au milieu portant deux branches de laurier, et au centre : Lycée de Pau; — un gilet de drap bleu, fermé par une seule rangée de boutons dorés; — un pantalon, également de drap bleu, large, avec liséré rouge tombant sur la chaussure; — un képi brisé en drap bleu, avec galon, libéré et macaron fixé au centre, en or.
La fin de l'année classique 1847-48 fut marquée par un acte généreux et patriotique de nos Lycéens. Sur leur demande, la somme destinée à l'acquisition des livres choisis pour être donnés en prix, fut consacrée au soulagement des familles dont les appuis avaient succombé, à Paris, dans les journées de juin, en combattant pour le maintien de l'ordre et des lois.
Quelques mois après, le rapporteur de la Commission du budget du Lycée disait : « L'administration continue à se faire remarquer par son dévouement, par son intelligence; aussi les agitations du dehors n'ont eu aucun retentissement dans l'intérieur. Aucune de ces mesures quelquefois nécessaires, mais qu'il est si triste de devoir prendre, n'a dû être prise. La surveillance a été toujours ce qu'elle devait être, ferme, mais paternelle. L'administration a bien compris son époque, et nous devons la remercier. Rien n'a pu distraire MM. les professeurs de leurs devoirs ; ils les ont remplis avec cette religieuse exactitude qui leur mérite l'estime publique. »
La République de 1848 n'avait touché ni à l'enseignement ni aux études dans les Lycées; elle supprima quelques Académies; celle de Pau cessa d'exister. M. Boucley qui l'avait gouvernée depuis 1839 fut nommé recteur honoraire.
Par les services qu'il a rendus, par le caractère qui le distinguait, par les bons exemples qu'il a donnés, le Recteur de l'Académie de Pau, M. Boucley, mérite d'être cité comme un modèle; c'est ce que montre la notice biographique qui lui a été consacrée dans le Bulletin de V Association des anciens élèves de l'Ecole normale (13 Janvier 1878) :
Des cinquante élèves qui entrèrent à l'Ecole normale en 1810, il n*en restait plus qu'un, M. Boucley ; avec lui disparait la première promotion de l'Ecole, qui ne figurera plus désormais sur la liste de notre Association. En lui, nous adressons un dernier adieu aux aînés de nos aînés, à ceux qui fondèrent avec leurs maîtres les traditions de notre Ecole, devenues aujourd'hui, nous avons le droit de le dire, celles de l'Université de France.
Parmi les membres de cette promotion aujourd'hui disparue, d'autres ont conquis une place plus considérable dans le monde et joué un plus grand rôle dans le pays, dans les lettres ou dans les sciences. La vie de M. Boucley peut Ju moins être proposée comme un exemple, soit pour les vertus de notre profession, soit pour les vertus privées ; mais aussi, par ces vertus mêmes qui en font la beauté, cette vie ressemble trop à beaucoup d'autres qui nous sont racontées dans nos annales, pour qu'il soit nécessaire d'en parler ici longuement.
Né à Châtillon-sur-Seine, le 21 octobre 1791, Toussaint-Charles Boucley fit ses études dans sa ville natale. Fils d'un serrurier, il dut aux succès qu'il obtint à l'école secondaire communale de Chàtillon la protection très-affectueuse d'une femme de lettres, issue d'une famille noble de Bourgogne, Madame la chanoinesse Victoire de Chastenay-Lanty. En 1809, lorsque le gouvernement de Napoléon s'occupa de recruter l'Ecole normale, que l'Empereur venait d'instituer, le jeune Boucley fut désigné pour en faire partie. L'entrée des élèves n'eut lieu qu'un an plus tard, au mois de décembre 1810.
On ne restait alors que deux ans à l'Ecole, et l'on n'en sortait pas dans des fonctions élevées de l'enseignement public. En 1812, M. Boucley fut envoyé en qualité de deuxième maître élémentaire au lycée de Rouen. Trois ans après, il était nommé agrégé, professeur de sixième au collège royal de Nantes ; et au bout d'un an, professeur de quatrième au collège royal de Besançon. Il demeura sept ans dans cette ville, où il fut promu successivement
aux chaires de troisième et de seconde, et réunit à l'enseignement du collège la suppléance de la chaire d'histoire à la faculté des lettres.
Mais en 1823, sur la demande ridicule d'un collégien^ il est accusé de sentiments républicains par le parti ultra-royaliste de Besançon, et pour donner satisfaction aux clameurs du parti, à la tête duquel se trouvait le premier président de la cour royale, le grand-maitre de l'Université, M. d'Hermopolis l'envoie, par manière de pénitence, faire la classe de troisième au collège d'Amiens. Qu'il eût témérairement choqué l'opinion dominante de la ville, c'est ce qui n'est pas vraisemblable. Mais il était incapable de jamais fausser ni dissimuler sa pensée ou de faire sa cour à qui que ce fût contre ses sentiments. Il appartenait à l'opinion libérale, à laquelle il est resté fidèle toute sa vie ; et ce n'est pas une manière de penser qu'on puisse aisément déguiser, quand même on le voudrait. Les jeunes gens qui suivaient ses cours, soit aa collège, soit à la faculté, avaient assurément reçu l'impression de ses sentiments ; et la malveillance de ceux qui le frappaient, tout en frappant injustement, ne se trompait pas trop. Il quitta Besançon avec un profond chagrin : car il s'y était fait, parmi ses élèves surtout, des amis dont l'attachement n'a été rel&ché ni par la séparation ni par les années.
Le séjour d'Amiens ne fut pas heureux pour lui. Ses amis ont retenu le souvenir de quelques plaintes discrètes qui se rattachaient au nom des Jésuites, si puissants dans cette ville; et il y contracta les premiers germes d'une maladie de poitrine, qui d'abord négligée, puis aggravée, est devenue la singularité la plos remarquable de sa vie.
Il n'y resta d'ailleurs qu'un an et demi. Attiré au collège royal de Rouen par un proviseur qui avait été son condisciple à l'Ecole normale, M. Faucon, il y remplit de 1825 à 1834 les fonctions de professeur de quatrième. C'est là, dans une classe nombreuse et difficile, qu'il acquit la réputation d'un professeur d'une fermeté et d'une habileté rares. Et enfin il en reçut la récompense.
Les temps étaient changés, ainsi que sa condition personnelle. La Restauration avait fait place à la monarchie de juillet, et M. Boucley était devenu le beau- frère d'un des hommes les plus considérables de l'Université sous le nouveau régime. L'amitié fraternelle qui régna toujours entre M. Dubois (de la Loire-Inférieure) et M. Boucley fut utile au dernier; mais il faudrait n'avoir connu ni l'un ni l'autre pour penser que l'un ait jamais pu demander quoi que ce fût, et que l'autre ait pu favoriser même un
beau-frère, s'il n'avait cru du même coup servir les intérêts de l'Université.
En 1834, le professeur de quatrième du collège de Rouen fut élevé au poste d'inspecteur d'Académie à Besançon ; et un an après il était promu au rectorat de l'académie de Cahors. Déjà la maladie dont il était atteint depuis tant d'années avait fait des progrès si redoutables, qu'un voyage en hiver paraissait une épreuve au-dessus de ses forces ; et cependant c'était le moment que le ministre choisissait pour le charger du gouvernement d'une Académie. Mais on connaissait, dans les conseils de l'Université, le malade à qui l'on confiait ces hautes fonctions. On pouvait déjà pressentir qu'il saurait entretenir une vie toujours en péril sans jamais se relâcher d'aucun de ses devoirs. En effet, la conservation de cette vie fut un chef-d'œuvre d'énergie de la part du malade, comme d'intelligence et de dévouement de la part de la dtgne compagne qu'il s'était choisie avec un désintéressement parfait. Quant à la manière dont il entendait son devoir, on peut s'en faire une idée par un passage d'une lettre de remerciement qu'il adressait au vice-président du Conseil royal, M. Villemain.
« Pour me rassurer contre moi-même, j'ai besoin de compter sur votre sévérité plus que sur votre indulgence : ne m'épargnez, je vous prie, ni les avis, ni les reproches. »
Ce fut sa règle à lui-même à l'égard de ses subordonnés. Quoique son cœur fût bienveillant et même très-sensible, son esprit était sévère : les reproches, qu'il sollicitait de ses chefs, il ne les refusait pas à ses inférieurs, et n'attendait pas qu'on l'en priât : il avait la parole plus facile pour le reproche que pour l'éloge ; et cependant il aimait à rendre justice à chacun ; mais il appliquait l'éloge presque du même ton que le blâme. La justice était d'ailleurs la seule vertu dont il se piquât ; en quoi il se faisait tort à lui-même : car il a laissé chez bon nombre de ses administrés un souvenir non-seulement respectueux, mais reconnaissant et presque filial.
Après quatre ans de séjour à Cahors, il fut appelé en 1839 au rectorat de l'Académie de Pau. Cette résidence, si recherchée des malades pour son heureux climat et ses aspects riants, le mettait à la portée des eaux des Pyrénées, devenues indispensables pour ses organes épuisés. Chaque été il se faisait transporter aux stations de bains dans un état qui semblait défier toute l'efficacité des eaux. Et cependant quinze années de ce traitement lui ont permis d'atteindre à un âge où peu d'hommes parviennent.
Il a gouverné neuf ans l'Académie de Pau, et son rectorat n'a
fini qu'avec cette Académie même, qui fut supprimée en 1848. Il fut alors mis à la retraite, sans beaucoup de ménagements. Mais les témoignages de regrets que lui adressèrent les instituteurs de son Académie sont un éloge de son administration qui ne peut paraître suspect, et qu'il a conservé entre ses titres d'honneur. Ces fonctionnaires, toujours menacés et rarement défendus dans les temps de crises politiques, n'avaient pas tort de regretter un chef aussi intègre et aussi courageux que M. Boucley. En 1850, la préfecture des Basses- Pyrénées leur prodigua les mesures de rigueur. On se rappelle qu'elle fut, à cette époque de réaction, l'intensité de la malveillance des pouvoirs locaux contre ceux des instituteurs qui, trompés par le mouvement de 1848, avaient cm pouvoir s'aventurer sous l'impulsion d'un vent propice. Ils expièrent cruellement leurs illusions d'un moment. A Pau, les rancunes da parti qui devait s'installer au pouvoir le 2 décembre, furent servies par un préfet^ qui portait un des grands noms du premier empire. Les instituteurs, comme il arrive trop souvent, payèrent pour tous. Mais, dans le parti libéral, une souscription fut ouverte en faveur des victimes de ces rigueurs, qui parurent imméritées ; et M. Boucley inscrivit son nom en tête de la liste. Aussitôt, sur la demande du préfet, le titre de recteur honoraire lui fut retiré. C'était la dernière vengeance que le pouvoir pût tirer de l'indépendance d'un homme qui n'était plus fonctionnaire ; et le pouvoir n'eut pas le bon goût de s'en priver.
M. Boucley a vécu vingt-neuf ans dans la retraite. Sa vie appartenait désormais à sa famille et à ses amis. Il s'était fait des amis d'un rare mérite à Besançon, à Pau, à Paris : il n'a jamais cessé de correspondre régulièrement avec eux; c'était, avec des études toujours poursuivies, sa plus douce occupation.
En même temps, il achevait l'éducation de ses deux enfants : précepteur infatigable, il apprit l'allemand dans sa vieillesse pour l'enseigner à son fils. 11 s'appliqua surtout à s'acquitter envers la femme excellente et spirituelle qui lui avait conservé la vie. Obligé à un demi-mutisme par la faiblesse de ses organes, il eut l'art de s'entretenir avec une personne presque privée de l'ouie, et dont l'esprit, sevré des jouissances de la lecture et de la conversation, ne communiquait guère avec le monde extérieur que par lui. Ce mari silencieux pour tout le monde faisait de longues lectures à cette femme qui n'entendait personne; et, chose admirable, à