‹ Histoire du Lycée de PauChapitre 45 sur 193 · Orthez, Jacques Rouyer, imprimeur. ~ Bibliothèque de Pau · texte numérisé non relu

Orthez, Jacques Rouyer, imprimeur. ~ Bibliothèque de Pau

dans les plus petits ouvrages De ce nombre est le

livre composé par le sieur Majendie, ministre de Saint-Gladie ; car bien qu'il ne soit espais que d'un travers de doigt, néantmoins il contient presque toutes sortes d'erreurs, parce qu'il embrasse toutes sortes

de matières Dans un livre de peu de pages, il

discourt depuis les cèdres jusques à l'hysope. Mais le mal-heur est que son raisonnement n'est pas accompagné de la sagesse de Salomon.

« Dez que je commençay à prescher la controverse en ceste Province, je me plaignis de ce procédé, et représentay aux ministres que ceux d'entre eux qui haranguoient de cette sorte faisoient dans la chaire ce que les escurieux (écureuils) font sur les arbres. Néantmoins, après tant d'avertissemens, voicy Monsieur de Magendie qui fait pis que tous les autres, et enlasse toutes les controverses dans un presche.

c( Qui pourroit supporter qu'il dissimule d'ordinaire ce que nos Docteurs ont reparty, et que, copiant les objections, il ne prenne pas la peine de copier les responses? En cela il témoigne avoir moins de conscience que ce Législateur qui ordonna à ses citoyens de ne montrer jamais d'herbe venimeuse, qu'au même moment ils n'en découvrissent une qui lui servit de remède.

« Quand il voudra que je lui fasse voir les auteurs d'où il a pris les doutes, et ceux d'où il devoit avoir tiré les résolutions, je ne suis pas d'humeur à luy refuser un aussy agréable divertissement.

« Cependant, voicy la preuve de ses artifices, où je tascheray de garder le meilleur ordre qu'il me sera possible, afin que Le Vieillard Noyé ne soit pas un livre cruellement ennuyeux comme l'est VEnfant Flottant. »

La double antithèse plaisait au P. Boireau. Voulant

répondre au livre du ministre Magendie, qui avait pour titre L'Enfant Flottant, il semble heureux d'avoir à lui opposer un ouvrage intitulé : Le Vieillard Noyé.

Le Révérend Père cultivait la Muse latine. On trouve à la fin de la première partie de son ouvrage une ode à Notre-Dame de Sarrance S de Sauvelade^, de Bétharram^, excellente patronne des Béarnais ( Virgini Sarrancianœ, Silveladensi, Betharamœœ, optimœ Benearnensium patronœ). Dans certaines strophes, le latin ne suit pas la pensée de l'auteur sans être tourmenté ; il y en à quelques-unes qui coulent de bonne source.

Citons les deux premières, qui indiquent avec précision l'époque où le P. Boireau « commença à prescher la controverse dans la Province ». En voici le sens : cinq fois, dit-il, le soleil ayant paré de fleurs les campagnes, les a couronnées d'épis et de grappes, depuis que, sur les bords du Gave rapide, près des tours fameuses par le berceau du Grand Bourbon, j'attaque l'hérésie et la frappe de mes flèches :

Obliqua cœli sydera quinquies Titan cucurrit, ruraque floribus Pinxit, coronavitque spica, et Purpureis oneravit uvis ;

Ex quo strcpentis flumina Gavii, Turresque, Magni Borbonis inclytas Cunis, fréquenta, ac irretorta Hœresin aggredior sagitta.

1. Dans la vallée d'Aspe, arr. d'Oloron. — On lit dans la Chronique du Diocèse et du pays d'Oloron par M. l'abbé Menjoulet : « C'est là que se trouve, au milieu d'un petit village, l'église vénérée où la foule des pieux catholiques Yieat se prosterner en préseoce d'une antique madone de pierre ».

2. Canton de Lagor, arr. d'Orlhez. — Deata Maria de Silvalata, 1!7a — Ancienne abbaye de Bénédictins, fondée en 1 127. — Cf. P. Raymond, Diction^ naire Topographique des Basses-Pyrénées.

3. Lieu de pèlerinage, commune de Leslclie, canton de Nay, arr. de Pau. « Chapelle du Noire-Dame du Calvaire. »

Le poète a des strophes pour Lescar S réminente ; pour Oloron ^ suspendue au flanc d'un roc escarpé. Que la foi, s'écrie-t-il, y refleurisse ! comme au temps des aïeux, lorsque leurs premiers évoques, Galatoire et Grat, s'empressaient d'aller au Concile d'Agde défendre le vrai dogme contre l'impiété.

Sublimis illa Lescar, et ardua In caute pendens Olero, ritibus Tandem reflorescant avitis !

Sint quod erant populos^ Galactor

Et Gratus olim cùm régît, impiî Uterque censor dogmatis, infula Spectandus, et non segnis ire Ad Synodos Agathensis orœ.

L'ode est de 1662 ; lorsque le P. Boireau la composa, il était dans le Béarn depuis cinq ans ; il appartenait au Collège de Pau depuis 1657.

L'Évoque d'Oloron le tenait en haute estime ; c'est par lui qu'il fut chargé de réfuter la doctrine du ministre Magendie. Le Révérend Père le dit dans les premières pages de son livre :

« Monseigneur..., ce n'a pas esté sans un très sensible desplaisir que vous avez appris qu'un ministre de la Religion Prétendue Réformée, lequel demeure dans vostre diocèse, a fait imprimer un livre plein d'erreurs et de faussetez. Le désir que vous avez eu de remédier à ce mal, vous a porté à me commander d'y faire une responce exacte et solide; et bien que, depuis la publi-

i. Siège d'un évêché (407-1791). Oa croit généralement que la ville de Lescar, sur une éminence (sublimis Lescar), fut bâtie près des ruines de BeneAamum, qu'avaient détruit les Normands. — Aujourd'hui chef-lieu de canton, arr. de Pau.

2. Chef-lieu d'arrondissement. — Siège d'un évêché depuis le v* siècle jusqu'à la fin du XVIII*.

cation de ce livre, il m'ait fallu prescher le Caresme et rOctave dans l'église cathédrale de Lescar, et me trouver à un Synode que ce ministre et les autres de ce pays tinrent à Orthez, ce dernier mois d'aoust, néantmoins l'inclination que j'ay à vous obéir m'a fait surmonter toutes sortes de difficultez...

« J'attends vos ordres pour venir à Sauveterre (sa demeure) pour protester de vive voix, comme je fais maintenant par escrit, que, s'il a nommé son presche V Enfant Flottant, il mérite luy-même de porter le nom de Vieillard Noyé, ou d'homme qui a fait naufrage en la foy ».

Le P. Boireau est un ardent lutteur, qu'aucun effort ne lasse; il est toujours prêt à combattre par la parole, et la plume à la main.

Il avait entendu le ministre Magendie prononcer son « presche » à Lembeye, le 21 août 1661. Et tout aussitôt, avant que « ce presche n'eût été mis sous la presse, le Révérend Père en découvrit les erreurs dans quatre sermons, dont il fît les deux premiers à Lembeye et les deux autres dans la ville de Pau ».

Ce n'est pas assez pour le zèle enflammé de notre controversiste. Les paroles s'envolent, les écrits restent. Vite un ouvrage, où sera contenue en 522 pages la « réponse exacte et solide » que lui a demandée Mgr l'évêque d'Oloron. La fougue qui emporte le P. Boireau ne lui fait point perdre de vue qu'il doit suivre une méthode. Il réduit à trois chefs tout le prêche qu'il réfute. Mais la presse va trop lentement au gré de son impatience.

« Mon dessein estoit de publier tout à la fois les trois parties de mon ouvrage ; comme la presse n'a pu aller si vite que la plume, j'ay été obligé de les séparer, avec protestation que je fais qu'à mesure que le libraire débite ceste-cy, il travaille à Timpres-

sion des autres deux, et que le reste des artifices de Monsieur le ministre (Magendie) ne tardera guère à voir le jour ^ »

Affligeant souvenir de ces temps douloureux, où ce que le P. Boireau appelle « artifice » était puni comme un crime ! En 1666, André Magendie fut dénoncé au Parlement de Pau ; on l'accusait d'avoir prononcé au Synode provincial tenu, cette année, à Nay un prêche « diffamatoire et sacrilège ». On l'appréhenda au corps; conduit dans la salle d'audience, il dut déclarer, à genoux, les fers aux pieds, qu'il demandait pardon à Dieu, au Roi et à la Justice de ce qu'il avait prêché au Synode de Nay. Le Parlement le bannit du ressort pour six ans, et lui interdit à jamais toute fonction du ministère ^.

Bien avant qu'ils n'eussent recueilli des donations et des legs à charge de faire des missions dans diverses localités du pays, les Jésuites du Collège de Pau avaient mis en campagne leurs missionnaires. Deux Révérends Pères se trouvaient à Sainte-Marie (d'Oloron) en 1644.

Louis XIV écrivit (il n'avait alors que sept ans, on écrivit donc en son nom) à l'évêque Maytie :

Monsieur l'évoque d'Oloron •'*, comme il n'y a rien que je souhaite avec tant de passion que l'establissement des choses qui tendent à la gloire de Dieu et à l'accroissement de son Eglise, j'ay receu aussi avec beaucoup de satisfaction l'advis qui m'a esté donné de l'édiiïication qu'apporte aux habitants de ma ville de Sainte-Marie en Béarn et des lieux circonvoisins la mission des

i. La première partie de l'ouvrage du P. Boireau, Le Vieillard Noyéy fut publiée en 16G2 à Pau ; Vve de Pierre Desbaratz et Jean Desbaratz, imprimeurs et marchands libraires du Collège Royal. — Jacques Rouyer, imprima en 1663, à Orthez, les deux autres parties. — Bibliothèque de Pau.

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