Archives Départementales, B
saires du Parlement \ a déclaré que sa Congrégation possédoit dans le royaume quatorze ou quinze maisons, séminaires, collèges ou résidences. Il n'a pu fixer le nombre des religieux dont la province de France est composée. Il a certifié que dans les diflérens collèges régis par les Barnabites les basses classes sont confiées à des mercenaires; ce ne peut être qu'à raison de ce que le nombre des religieux n'est point proportionné aux besoins de divers établissemens, que cette Congrégation est forcée d'user d'une pareille ressource.
« Elle possède dans le Béarn ou dans les provinces voisines deux séminaires, quatre collèges et une maison de résidence ; la maison de Lescar est une des plus nombreuses qu'elle ait dans le royaume. Ces objets réunis forment la moitié de ses établissemens en France. A peine trouve-t-on dans ces sept maisons cinquante religieux, parmi lesquels plusieurs ont cessé d'être propres à l'éducation, d'autres n'y sont pas destinés. Il n'est donc pas possible qu'elle remplisse ce que les lettres-patentes lui prescrivent, sans dégarnir des collèges, où les sujets manquent, pour fournir celui de Pau, et surtout sans détruire celui de Lescar auquel elle est attachée à perpétuité en vertu des concordats de 1624 et de 1635.
« La destruction de ce dernier Collège seroit une suite nécessaire de l'établissement des Barnabites à Pau ; la proximité des deux collèges doit les faire envisager comme s'ils étoient placés dans la même ville. Tous les jeunes élèves seroient attirés dans le Collège de Pau, en laissant seulement celui de Lescar dans l'état de foiblesse où il est depuis tous les tems,
1. Les commissaires qui avaient été nommés pour l'examen des lettrespatentes du 24 novembre 1763.
et en faisant en même temps trouver quelque avantage dans la supériorité des exercices de celui de Pau, ce qui ne produiroit qu'une réunion des deux collèges, fatale à la ville de Lescar qui demeureroit déserte et inutile à la Province qui ne peut que perdre par cette réunion.
« On ne pourroit permettre à cette Congrégation de remplacer les sujets qui lui manquent en France par des religieux étrangers élevés dans des climats ou prévalent les opinions ultramontaines, sans compromettre ces saintes maximes regardées comme des lois irréfragables par l'Eglise de France et par la nation. Il seroit trop dangereux de voir perpétuer parmi nous ces idées pernicieuses, qu'il est du plus grand intérêt de faire oublier.
« C'est pour former parla meilleure éducation cette jeunesse précieuse, qui doit un jour servir l'Église et l'État, que Sa Majesté confie le Collège de Pau à la congrégation des Barnabites. Elle regarde ces religieux comme les meilleurs éducateurs qu'elle puisse donner à ses sujets de Béarn. L'expérience a convaincu tous les ordres de la Province de l'insuffisance de l'éducation que reçoit la jeunesse dans les collèges de Lescar, de Dax,de Mont-de-Marsan et de Bazas, que régissent les Barnabites presque sous nos yeux.
« Le Parlement n'affecte aucuns éducateurs ; uniquement occupé du bien public, il accepteroit sans balancer les Barnabites, s'il n'étoit assuré qu'ils ne peuvent remplir les intentions que le Roy se propose, et c'est pour se conformer aux vues pleines de sagesse dont Sa Majesté est animée que son Parlement se détermine à surseoir l'enregistrement des lettrespatentes, jusqu'à ce que le zèle du Bureau d'administration établi par l'édit du mois de février 1763 aura mis le Roy à portée de choisir des éducateurs capables
de réunir la confiance de Sa Majesté et celle de tous les ordres de la Province.
« Il ne résultera de ce délai qu'un très médiocre inconvénient, puisque la même éducation que la congrégation des Barnabites donneroit à Pau, elle la donnera à Lescar, ce qui est égal pour la jeunesse; tandis que l'admission d'un corps éducateur qui seroit insuffisant, en formant un établissement perpétuel et indestructible, produiroit un mal d'autant plus grand qu'il ne seroit plus possible d'y porter aucun remède.
« Par ces considérations, il demeure arrêté que le Bureau d'administration* établi par l'édit de 1763, sera invité à s'assembler incessamment à l'effet de délibérer sur les moyens de proposer au Roy la manière la plus avantageuse de remplacer les éducateurs dans le Collège de cette ville, vérification faite de l'état des bàtimens et de celui des revenus applicables à l'éducation, à l'effet aussi de faire les recherches les plus promptes et les plus convenables pour faciliter l'exécution de ce qu'il aura délibéré.
« A ces fins, enjoint à l'économe séquestre de manifester audit Bureau les titres de propriété, les états de revenus et autres pièces qu'il estimera lui être nécessaires pour, après lesdites vérifications et délibérations, être présenté audit Seigneur Roy le projet de remplacement le plus conforme aux vues que ses soins paternels se proposent, et jusqu'à ce, surseoît ladite cour, sous le bon plaisir du Roy, à Tenregistrement des lettres-patentes. Et M. le président de Doat a été prié d'envoyer copie de l'arrêté à M. le vice-chancelier, autre copie à M. le contrôleur
1. Par l'édit de 1763, des Bureaux d'administration avaient été établis dans les collèges autres que ceux des Congrégations séculières ou régulières.
général, et une autre à monsieur le comte de Saint-Florentin. »
Le Bureau d'administration inaugura ses séances, le 9 juin 1764, dans la grande salle ^ appelée depuis « Salle du Bureau d'administration » et où est actuellement la bibliothèque. Ce Bureau était composé de MM. de Noé, évèque de Lescar, président; de Doat, « l'ancien » des présidents à mortier au Parlement, en l'absence de M. Gillet de Lacaze, premier Président; de Casaux, Procureur général ; Arnaud-Jacques Touliu, jurât, par suite de la maladie de M. Cassaigne, maire de la ville, et en l'absence du premier jurât. Dans la première séance furent élus « notables » noble Jean- Jacques de Salies-Duhau, seigneur de Louvie, noble Pierre de Salettes, baron de Denguin ; on désigna pour secrétaire Jean Despoelle, enquêteur ^.
Dans la séance du 30 juin, le Bureau s'occupa de la question relative au remplacement des Jésuites. Mgr de Lescar représenta que la cessation des études causait un préjudice notable au public et aux particuliers. Ceux-ci, pour la plupart, n'étaient pas en état d'envoyer leurs enfants dans des collèges éloignés et de payer leur pension : ce qui les mettait dans le cas de ne pouvoir leur donner l'éducation convenable. L'évêque, sans parler des préférences manifestées par le Parlement en faveur des Bénédictins contre les Barnabites, pressentant même, pour ainsi dire, que le succès ne devait pas être pour un corps régulier, invitait le Bureau à chercher les moyens les plus prompts de pourvoir au rétablissement des écoles ; il pensait qu'il serait expédient d'admettre tous les
1. Chambre servant de c/iaw/7bir aux Jésuites. — Le Bureau, pour s'y installer, dut pourvoir cette salle, eolièrement vide, d'une table et des meubles nécessaires à ses réunions.