Archives Déparlementales, C
adressé au ministre par M. d'Etigny. En voici les conclusions : — Le vote du Parlement contre les Barnabites a été unanime ; — M. le président Duplaa n'y a paru que de la même manière que l'ont fait tous les autres officiers, sans qu'il ait été d'aucune commission relative à cette affaire ; — on peut ajouter que M. Duplaa, dont le cousin germain est provincial des Barnabites, a paru toujours incliner pour eux, presque au point d'indisposer la compagnie, et que ce n'est, peut-on dire, que pour n'être pas le seul de son avis, opinant le pénultième ou l'anté-pénultième, qu'il a adhéré à la détermination générale ; — dès lors les « mémoires donnés contre lui » à M. le comte de Saint-Florentin, à propos de cette affaire, sont un tissu de faussetés.
Le 29 août, le président de Doat donna au Parlement communication de la lettre qu'il avait reçue de M. le comte de Saint-Florentin. Par unité de suffrages, il fut arrêté « n'y avoir lieu de rien changer à la précédente décision ^ quant à présent ».
Le lendemain, le Procureur général apporta sur le bureau les lettres de jussion, datées de Compiègne du 2 août courant. Le Parlement résista; mais, avant de passer outre, il fut décidé qu'on chargerait M. de Mosqueros fils, conseiller et commissaire des affaires du Collège, de rédiger à ce sujet de très humbles et très respectueuses remontrances au roi. Elles lui furent adressées, le 7 septembre suivant, par M. le président de Doat, en l'absence de M. le premier Président qui se trouvait à Paris.
1 . Celle du 5 juin par laquelle on avait sursis à ronregistrement des lettrespatentes favorables aux Barnabites.
Sire, les provinces éloignées des regards de Votre Majesté éprouvent ce désavantage de leur situation, que la distance qui les sépare du thrône semble être un obstacle à ce que leurs véritables intérêts soient connus de leur souverain ; et c'est pour les magistrats auxquels Votre Majesté confie quelque portion de son autorité dans ces Provinces une fonction indispensable de ravertir avec la plus scrupuleuse exactitude des surprises faites à sa sagesse.
Votre Parlement, Sire, a dû par une suite de ce devoir faire suspendre par son arrêté du 5 juin dernier l'enregistrement des lettres- patentes données en faveur du Collège de Pau jusqu'à ce que le zèle du Bureau d'administration, établi par l'édit du mois de mars 1763, auroit proposé à Votre Majesté les moyens de rendre le bienfait de l'éducation publique, que sa bonté paternelle continue en faveur de ses sujets de cette Province, le plus utile qu'il seroit possible.
Quel autre intérêt, Sire, a pu déterminer votre Parlement, que celui du plus grand bien public, et de la gloire d'un monarque dont il chérit la personne autant qu'il respecte sa puissance? Et de quelle douleur n'a-t-il pas été pénétré lorsqu'il a lu, dans deux lettres du secrétaire d'Etat du département, les imputations d'une sorte de partialité ou d'une préférence mal entendue qu'elles contiennent, et le mécontentement que ce ministre annonce de votre part à raison des lenteurs que votre Parlement apporte à l'exécution de vos volontés ! Il n'a été soutenu dans cette cruelle épreuve que par la confiance que la vérité des faits une fois connue dissiperoit les impressions que l'ambition ou l'intérêt ont pu répandre.
Le projet de lettres-patentes portant concession du Collège en faveur de la congrégation des Barnabites fut porté, Sire, à votre Parlement le 26 août de l'année dernière ; il s'empressa de l'examiner sans autre interruption que celle que produisirent des événemens dont il ne se permettra point de rappeler le souvenir. Un comité nombreux fut destiné à cet examen, et par un concert unanime dressa les observations que votre Parlement accueillit avec la même conformité, et qu'il fit adresser par les voies ordinaires au secrétaire d'Etat du département.
Il dut tracer dans ces observations le parallèle d'une éducation réduite au train accoutumé des collèges, dont les hommes les plus éclairés ont depuis si long temps démontré l'insuffisance, telle qu'elle étoit offerte par l'un des corps religieux qui se présentoient, avec une éducation plus abondante dans laquelle, à la connoissance
des langues mortes qu'on ait dans l'usage d'enseigner aux exercices ordinaires des collèges, on ajoutoit la connoissance de plusieurs langues vivantes, celle des sciences les plus utiles et des arts les plus agréables, telle qu'elle étoit offerte par l'autre de ces corps religieux. Il dut comparer les moyens de l'un et de l'autre corps pour remplir les engagemens auxquels ils s'assujettissoient, et représenter que celui qui l'emportoit sur l'autre autant par le nombre et la célébrité des sujets que par l'étendue des ressources, méritoit d'être préféré.
Ces observations que le zèle seul avoit dictées ne furent point accueillies, et les lettres-patentes portant concession du Collège en faveur de la congrégation des Barnabites furent portées à votre Parlement le 12 décembre dernier. L'examen n'en pouvoit être consommé jusqu'aux vacances de la Noël ; il fut renvoyé à la séance après les Roys, et commencé vers le 15 janvier. Votre Parlement, Sire, crut qu'il étoit de sa prudence d'associer à ses travaux le nouvel évêque de Lescar, que son zèle et la place qu'il devoit occuper dans le Bureau d'administration du Collège destinoit si naturellement à les partager. Une maladie de ce prélat suspendit d'abord l'examen, qui le fut encore dans la suite, soit par l'incommodité, soit par le départ du sieur premier Président qui avoit présidé le comité. L'assemblée des Etats ayant amené les derniers jours d'avril le sieur évêque de Lescar dans cette ville, l'examen fut repris sans discontinuation. Il en résulta après les réflexions les plus profondes l'arrêt unanime du 5 juin adressé dans les formes ordinaires au secrétaire d'Bîtat du département.
Cet arrêté. Sire, auroit dû dissiper toute idée de préférfince fondée sur un sentiment d'affection qui déterminoit votre Parlement en faveur de certains éducateurs, puisque, ne s'occupant point d'un choix, se bornant au contraire à l'examen de ceux en faveur desquels Votre Majesté s'étoit déterminée, il déclara n'en affecter aucuns, et s'en remit, pour proposer à Votre Majesté le plus grand bien, au zèle du Bureau destiné à l'administration du Collège.
L'examen particulier qui fut fait alors de la congrégation des Barnabites, produisit la démonstration de son insuffisance ; elle fut établie soit par le petit nombre de sujets qu'elle renferme, soit par la foiblesse des collèges qu'elle régit presque sous les yeux de votre Parlement, qui demeura convaincu que cette Congrégation cherchoit bien moins à multiplier les instructions, qu'à s'assurer un nouvel établissement, à acquérir une augmentation de revenu avec la certitude de réunir par son propre fait les deux Collèges dans un seul, malgré les engagemens qui l'attachent à perpétuité
à celui de Lescar. L'évidence de ces vérités détermina votre Parlement à relever le danger de confier à cette Congrégation Tobjet important de l'éducation publique, à surseoir l'enregistrement, sous le bon plaisir de Votre Majesté, dans la confiance que le cri de la vérité perceroit enfin jusqu'au thrône et triompheroit des obstacles qui paroissent s'opposer à ce qu'elle fût connue.
Le Bureau d'administration a dû, Sire, présenter à Votre Majesté, les mêmes motifs qui ont dirigé les démarches de votre Parlement, et si dans un instant de préoccupation les Etats de cette Province, sans faire précéder un examen que l'importance de l'objet rendoit si nécessaire, ont paru incliner pour la congrégation des Barnabites^, revenus bientôt de leur première erreur, ils alloient sans doute la rétracter lorsque des ordres surpris à votre sagesse ont étouffé leur voix 2, ont empêché l'acclamation générale de se réunir en faveur de la vérité.
Vous êtes, Sire, le bienfaiteur du Collège, vous êtes sans doute le maître de l'étendue des grâces qu'il plaît à Votre Majesté d'accorder à ses peuples, et votre Parlement regardera toujours son obéissance à vos ordres comme le plus sacré de ses devoirs. Mais, dans le moment où il porte aux pieds du thrône les sentimens de reconnoissance qu'inspire à tous les ordres de cette Province la continuation du bienfait de l'éducation publique, cette même obéissance lui impose la loi de vous représenter dans ses humbles supplications que le bienfait peut être rendu plus utile suivant la manière de le diriger, et jamais il ne redoutera les délais que la nécessité d'instruire Votre Majesté sur un objet d'une si grande importance rendent indispensables, vous engagent à rappeler les grâces que vous aviez une fois accordées. La tendresse de Louis, le Bien-Aimé, pour une Province qui fut le berceau d'Henri IV, pour des peuples épuisés par leur attachement à la gloire de leur maître, au bien de leur patrie, est un garant assuré qu'il daignera les leur continuer.
Les lettres de jussion qu'il a plu à Sa Majesté d'adresser à son Parlement sont aussi inutiles dans des circonstances où vous ne pouvez craindre que d'être trop promptement obéi, qu'elles sont prématurées lorsqu'elles précèdent les instructions que votre Parlement est tenu de vous adresser dans ses très humbles remontrances.