CHAPITRE XI
M. Gerboux nommé Principal du Collège. — Séance du Bureau du 22 février 1775. — Mémoire ou Observations de M. Gerboux.
— Lettre d'une Dame à son amie, — Réponse : Supplément aux Observations. — Compagnies de grenadiers à Pau. — L'Hôtel-de- Ville et le Collège. — Les Educateurs congédiés.
— Un Mémoire anonyme.
M. Gerboux, professeur de rhétorique, avait été nommé Principal en 1774. Tous ses efforts ne purent améliorer la situation intérieure du Collège. L'année suivante, les deux professeurs de philosophie, MM. Brettevillois et Dupont, prièrent M. dç Noé de faire connaître au Bureau leur désir d'être libres de la communauté pour aller loger et vivre en ville. Le Bureau, — 22 février 1775, — accueillit favorablement leur demande. Considérant, en outre, que cette liberté ne pouvait qu'augmenter l'amour du service, il l'accorda à tous ceux qui la désireraient ; on leur assurait 100 liv. pour indemnité de logement, 50 liv. pour frais d'installation, et 30 liv. pour leur part dans le profit du pensionnat depuis le 14 novembre dernier. Tout cela ne devait être exécuté que provisoirement. Le président du Bureau, M. de Noé, évêque de Lescar, fut prié d'en instruire M. le duc de La Vrillière pour qu'il voulût bien demander à Sa Majesté ^ une autorisation définitive.
Les Etats, dans leur délibération en faveur des
1. La communauté (la table commune) avait été établie par lettres-patentes de 1765.
Bénédictins, s'étaient fort vivement déclarés contre les Educateurs. Ceux-ci, pour se défendre, attaquèrent la Congrégation qui leur était préférée. Ils adressèrent à M. le ministre un Méilfioire, des Observations.
Ce Mémoire attribué à M. Gerboux, et qui est en effet de lui, Arch. Dép., C. 394, montre le Principal du Collège bien plus instruit, plus capable, que les Etats ne l'avaient donné à entendre dans leur délibération. Les avantages que peut avoir un corps de réguliers pour l'enseignement public, y sont discutés, réfutés. « Ces réguliers peuvent produire des hommes laborieux et non des gens de lettres ; le cloître étouffe les talens nécessaires pour cultiver les lettres avec succès, et ceux qui les aiment vont rarement s'ensevelir dans un cloître. . . Il faut aux lettres une liberté d'esprit et une indépendance de caractère que ne comportent point les principes de l'état religieux... » — « La délibération des Etats, continue le Mémoire, vante les connaissances de l'ordre de Saint-Benoît. Il a eu à la vérité des hommes profonds dans la recherche des vieux monumens de notre histoire, mais il ne compte parmi ses écrivains aucun homme de lettres, et c'est précisément ce qu'il faudroit dans des Collèges. »
L'auteur analyse et réfute ensuite un plan d'éducation publié à Pau par ces mêmes Bénédictins. Il venge l'Université de Paris des reproches indirects qu^on lui fait dans ce plan ; il prouve que l'enseignement des Bénédictins de Sorèze et de Pont-Levoy, tout opposé à la méthode de l'Université, est vicieux, parce qu'on y sacrifie la littérature ancienne & des exercices et à des études d'ostentation.
Il regarde comme chimérique l'intérêt que les Etats de Béarn font valoir en rappelant l'amour pour l'agriculture qui distinguait Tordre de Saint-Benoît dans les premiers siècles de son existence. Il s'exprime
ensuite sur Tesprit des Béarnais en des termes qui furent très déplaisants.
Un Mémoire si agressif ne pouvait rester sans réponse. M. Gerboux et%es Observations furent vertement pris à partie dans la Lettre d'une Dame à son amie.
L'auteur de ce pamphlet portait peut-être une robe, mais ce n'était pas, certainement, une « robe de dame » ; et si la satire mordante que l'on va lire fut l'œuvre de quelque « court-vêtu », on ne peut l'attribuer qu'à un « Veuillot » de ce temps-là \