Archives Départementalos, C
à M. le comte de Saint-Germain, pour repousser d'injustes prétentions manifestées par l'administration municipale. — On voulait, sans droit, disposer d'une partie des bâtiments du Collège pour y loger des soldats.
Il y.a, d'ailleurs, un intérêt particulier à connaître la lettre de M. Gerboux : elle indique les parties du Collège utilisées à cette époque *.
Pau, 16 juillet 1776.
Monseigneur, nous osons réclamer votre justice dans la situation singulière où nous réduisent les prétentions des officiers municipaux de cette ville. Ces messieurs, par un zèle louable sans doute, mais qui est sans exemple, veulent établir dans notre Collège les deux compagnies de grenadiers qui sont ici depuis quelque temps, à l'occasion de l'épizootie. Ils fondent leurs prétentions : 1<> sur la facilité qu'ils trouvent dans les dispositions des bâtimens du Collège pour l'exécution de leur projet ; 2* sur la pauvreté des habitans qui ne permet pas qu'on les surcharge du logement des gens de guerre.
Nous ne doutons point. Monseigneur, que MM. les officiers municipaux ne s'appuyent auprès de vous du témoignage du sieur Moysset, espèce d'ingénieur qui n'est point des ponts et chaussées, mais qui, étant payé par l'hôtel-de- ville, est censé devoir toujours penser comme elle. Une simple exposition du local suffira pour démontrer combien le projet est impraticable.
Le Collège est composé d'un corps de logis avec ses deux ailes. La droite n'a qu'un étage, heë classes forment le rez-de-chaussée, et le dessus en entier ne fournit de . logemen1# que pour quatre professeurs.
L'autre aile est composée de deux étages. Le premier est occupé en entier par le Principal et par quatre professeurs, qui, cependant, n'ont pour logement qu'une chambre de 21 pieds de long sur 11 de large, un cabinet et un petit réduit pour mettre leur bois.
Le second étage est composé de onze cellules qui sont occupées les unes en partie par les domestiques du Collège, et les
1. M. Gerboux, dans cette lettre, appelle « corps de logis» le bâtiment à Test de la cour du milieu ; « aile droite », le bâtiment des classes; « aile gauche », la construction à deux étages entre les deux pavillons du sud.
autres servent à receler les meubles, effets et livres de la maisoiL
Le rez-de-chaussée est voûté et n'a que 7 pieds de hauteur. Il n'a servi de tout temps qu'à mettre du bled. Au-dessous sont les caves *.
Le corps de logis est également composé de deux étages ; mais par sa distribution il est le moins susceptible de logement. Le premier n'ofTre des chambres que pour trois professeurs. Le reste forme un dortoir pour les pensionnaires, et une salle pour le Bureau. Le second étage est aussi composé de quatre cellules et d'un dortoir. Le rez-de-chaussée est composé de la cuisine, d'un vestibule, du réfectoire, et d'une infirmerie.
J'ai l'honneur de vous observer, Monseigneur, que les seconds étages n'ont point de cheminée, et qu'aucun des bâtimens n'est isolé des autres. Ils communiquent ensemble par le même corridor.
Ainsi, dans le cas où on voudroit établir les soldats dans le Collège, on ne pourroit leur donner que le second étage de l'aile gauche, à moins que, pour les mettre plus au large, on ne voulût déplacer le Principal et les professeurs, et il faudroit alors qu'il y en eût trois qui allassent se loger en ville, faute de trouver dans la maison des chambres à feu.
Ce qu'il y a de plus fâcheux, Monseigneur, c'est que nous n'avons que deux issues pour sortir, l'une par le devant et l'autre par l'aile gauche. Celle-cy nous sert pour faire entrer dans la basse-cour les voitures qui apportent les comestibles, le bois, etc. L'autre sortie qui sert pour les pensionnaires est une petite porte par laquelle les seules chaises à porteurs peuvent entrer 2.
Il y a plus : par l'inspection que MM. de l'hôtel-de-ville ont fait avec moi, il a été reconnu qu'on ne pourroit empêcher la communication entre les soldats et les pensionnaires. L'escalier qui seroit affecté aux soldats donne sur la basse-cour et celui qui mène an réfectoire, à la basse-cour et au puits donne également sur la basse-cour.
On ne pourroit intercepter la communication des corridors que par une cloison. Mais les fenêtres ne pourroient également se fermer ; et il n'y a pas 12 pieds de distance entre la dernière croisée de l'aile gauche affectée aux soldats et celle du corps de logis où logent les pensionnaires.
Il n'est pas besoin do vous représenter, Monseigneur, les incon-
1 . « Uno cavo ; ensuilo il y a une chambre qui sert de dépense. » Archives Départementales, D. tl.
2. Où était celle « sortie par le devant », cette petite porte. . . ?
véniens inévitables d'un pareil voisinage, et le danger de relations impossibles à prévenir entre des Etats qui ne doivent point se rapprocher. Les fenêtres du corridor affecté aux soldats donnent sur celles des classes et sur le logement des professeurs. Quel sujet de scandale pour des prêtres, et quelle sorte de distraction pour des jeunes gens, quand ils entendront les chansons dissolues des gens de guerre, et la voix des soldats étouffer celle des professeurs ! D'ailleurs les filles perdues s'approchent toujours des lieux où logent les militaires. Ainsi ce seroit exposer à un double danger les mœurs des pensionnaires et des écoliers du dehors.
Quant aux raisons tirées de la pauvreté des habitans, je prendrai la liberté. Monseigneur, de vous représenter qu'on ne les allégua point, il y a onze ans, lorsque le régiment de Beaufremont tout entier resta, près d'une année, à Pau. Cependant le Collège étoit vuide alors, parce qu'entre la destruction des Jésuites et notre étatlissement il se passa un intervalle de deux ^ années entières, et pourtant on ne songea point à y placer les dragons. La ville loua deux maisons considérables, et on distribua le reste de la garnison chez les habitants. Il seroit étrange qu'aujourd'hui que Pau est beaucoup plus peuplé qu'il ne l'étoit alors, on ne pût distribuer une centaine d'hommes dans une ville composée de plus de 15,000 habitans?
Je suis au désespoir de vous le dire, Monseigneur, mais je ne dois rien vous déguiser afin qu'on ne surprenne pas votre justice. L'esprit de parti déchire depuis longtemps cette province : nous nous en sommes trouvés les victimes, et l'hô tel-de-ville est entrée pour beaucoup dans la persécution qu'on a ouverte contre nous. Il y a six semaines qu'elle a pris une délibération par laquelle elle supplie S. M. de nous substituer des moines. Comme on n'a pu encore venir à bout de nous chasser depuis trois ans qu'on nous poursuit, et qu'irrépréhensibles sur notre conduite et sur notre enseignement nous avons fait parvenir jusqu'à présent la voix de notre innocence auprès du ministre, nous avons lieu de présumer que le désir de nous décréditer dans le public par une association pareille, a pu se mêler à l'amour du bien public qui la sollicite. En effet. Monseigneur, quels parens voudront alors nous laisser leurs enfans? Et les Espagnols qui nous en ont confié, et qui nous en promettent lorsque le Roy aura daigné prononcer en notre faveur, ne s'empresseront-ils pas de retirer au plus vite les leurs ?