Trois années
Je dois vous observer, Monseigneur, que MM. de rhôtel-de-ville ne se sont déterminés à solliciter auprès de vous un ordre du Roy, que parce que M. le premier Président et M. le Procureur général ont rejeté vivement leur demande. — Je suis avec un très profond respect, etc. — Gebboux, Principal du Collège royal»
Dans cette affaire, M. Gerboux avait de son côté le bon droit ; MM. le premier Président et le Procureur général s'étaient prononcés, comme lui, contre* les prétentions injustifiables de Thôtel-de-ville. Qu^avait-il besoin de s'en prendre à l'ingénieur Moisset en termes inconvenants, injurieux môme? Devait-il aussi prêter aux officiers municipaux de bas sentiments, en présumant qu'ils avaient voulu loger des soldats au Collège pour « décréditer dans le public » la maison et les Educateurs qui l'occupaient ?
Le ministre, M. le comte de Saint-Germain, ne voulut voir dans cette trop longue lettre que ce qui en était le point essentiel. Il écrivit à M. de LaBoullaye, Intendant :
A Versailles, le 3 aoust 1776.
Je joins ici, Monsieur, les représentations du Principal du Collège de Pau sur ce que Ton veut établir dans cette maison une partie des troupes qui sont placées dans ces cantons, & Tocoasion de Tépizootie. Je vous prie de vous faire rendre compte de son expoeô et de donner les ordres que vous jugerés convenables pour faire cesser ces représentations. Comme le séjour des troupes ne doit être que momentané, vous pcnscrés sans doute que ce n'est pas le cas de faire des établissemcns pcrmanens pour les loger. — J*ai l'honneur, etc. — Saint-Germain.
Le mois suivant, M. Gerboux et ses collaborateurs reçurent leur congé « en bonne et due forme », ce qui ne veut pas dire que cette forme fût due et qu'elle fût la meilleure.
Le 18 septembre 1776, M. le premier Président com-
muniqua au Bureau d'administration une lettre que M. Amelot lui avait adressée '.
Dans cette lettre, le secrétaire d'Etat « lui marque qu'il a mis sous les yeux du Roy la demande qui a été faite par le Parlement, par les Etats et par le Corps municipal de Pau, relativement au Collège de cette ville, dont on désire que les séculiers soient retirés pour être remplacés par des réguliers ; Sa Majesté a approuvé ce changement, et se propose de donner bientôt ses ordres définitifs pour l'autoriser ; mais, comme il est nécessaire de prendre quelques mesures préparatoires, le ministre prie M. le premier Président d'assembler le Bureau d'administration ; Sa Majesté désire être instruite exactement de la situation du Collège, et savoir quel est son revenu, et en quelle nature de biens il consiste, quelle est l'étendue des bâtimens, quel est leur état, s'ils ont besoin de beaucoup de réparations, et à quelle somme elles pourroient monter, quels sont aussi les efîets mobiliers qui y existent actuellement ; M. le premier Président est prié d'envoyer ces éclaircissemens le plus tôt qu'il le pourra. Au sujet du mobilier, il sera convenable d'en dresser un inventaire, et de prendre des précautions pour sa conservation jusqu'à l'arrivée des réguliers auxquels il sera remis. M. le premier Président peut annoncer aux maîtres séculiers actuels la cessation de leurs fonctions, et leur faire dire que, dès à présent, ils sont les maîtres de prendre tel autre parti qu'ils jugeront à propos. Etant probable que, lorsqu'ils seront instruits de leur sort, au moins plusieurs d'entre eux désireront de quitter la ville de Pau pour aller dans d'autres endroits, comme il se pourroit que quelques-uns n'eussent pas l'argent
t. Archived Déparlementales, D. 8.
nécessaire pour leur voyage, Sa Majesté autorise M. le premier Président à leur faire donner la somme qu'il jugera nécessaire, pourvu cependant qu'elle n'excède pas la somme de 240 livres * ».
Jusqu'au dernier moment, les Messieurs de Saint Denis avaient été défendus par Mgr l'évêque de Lescar. Consulté par le ministre au sujet de leur remplacement, M. de Noé avait répondu en donnant les meilleurs témoignages des mœurs et des talents de ces professeurs, des études et de l'administration économique du Collège de Pau ; ce prélat opposait à l'avis des Etats la résistance qu'un ordre religieux mettrait à recevoir de leurs mains un plan d'éducation, d'ailleurs si difficile à tracer surtout par des Etats, leurs variations sur le corps même qui devrait être chargé de l'enseignement, et les divisions qui seraient la suite d'un choix quelconque. Il avait conclu en demandant le maintien des Educateurs. Mgr de Lescar avait contre lui les Etats, le Parlement et le Roi. Son avis n'avait pu prévaloir.
En congédiant les Educateurs, le Gouvernement, qui promettait de les remplacer par des réguliers, n'avait point désigné la Congrégation à laquelle il voulait donner le Collège de Pau.
Les compétitions et les rivalités allaient de nouveau se donner carrière.
Les Bénédictins étaient soutenus par les Etats. On rappelait leur ancienne origine, leurs mérites bien reconnus, leurs richesses, leur patriotisme ; on vantait leurs méthodes d'enseignement, leurs programmes variés ; on citait leurs Collèges de Sorèze et de Pont-Levoy.
1 . Peu de temps après, le Roi accorda aux anciens Educateurs, à titre de récompense, des pensions viagères que leurs successeurs, les Bénédictins de Saint-Maur, furent tenus de payer.
Cependant, quelques voix autorisées s'élevaient contre eux ; on disait que les Bénédictins, cénobites par état, formés dès leur entrée en religion à des objets d'un tout autre genre, étaient peu propres à élever la jeunesse ; que, s'il y avait parmi ces religieux des hommes à vastes connaissances, des anti»quaires, des érudits, le talent d'enseigner était autre chose; que peut-être les dom Calmet, lesdom Mabillon n'auraient été que de médiocres instituteurs *.
Les Barnabites, aussi, avaient des partisans ; on demandait que le Collège de Pau leur fût donné. Mais des détracteurs rappelaient que les Barnabites n'avaient que des maisons peu nombreuses, des sujets peu distingués. Leur général habitait Rome, ce qui les faisait soupçonner d'ultramontanisme. Leurs plans d'études n'étaient exécutés nulle part, et leur Collège de Lescar, à une lieue de Pau, était médiocre. Ils n'ont pas, disait-on, la moindre idée de donner à leurs élèves des principes sur les sentiments d'honneur ; eux-mêmes ne s'oublient-ils pas jusqu'à tenir sur le compte des Bénédictins, particulièrement aux parloirs, des propos aussi faux qu'indécents 2? — La passion seule peut s'exprimer ainsi.
La balance penchait du côté des Bénédictins ; l'un des principaux motifs de cette préférence, au détriment des Barnabites, venait de ce que ceux-ci avaient le Collège de Lescar. On pensait avec raison que, si celui de Pau leur était confié, ces établissements se nuiraient l'un à l'autre ; au lieu qu'en appelant ici des religieux d'un autre ordre, une espèce de rivalité favorable s'établirait entre les deux Collèges. Arch. Dép., C. 394.
1. Archives Départementales, C. 394; Lettre de M. Perrin, subdélégué de i'iDtendance, à Pau.
2. Arch. Dép., C. 1380; Parallèle entre les Barnabites et les Bénédictins.
Il était, en même temps,* question d'appeler les Oratoriens ou les Doctrinaires à remplacer les Educateurs.On les reconnaissait comme les plus capables de leur succéder. Les Oratoriens étaient renommés pour leurs bonnes méthodes d'enseignement. Les Doctrinaires avaient un Collège à Tarbes, un autre à Toulouse, où l'on faisait d'assez bonnes études. Assurément, les séculiers qui étaient établis à Pau s'acquittaient mieux qu'eux de leur tâche; la préférence aurait dû leur être accordée, parce qu'ils s'étaient consacrés à cette profession, devenue pour eux une espèce de propriété qu'on ne leur avait pas ravie sans injustice; mais, puisqu'ils devaient être remplacés, ils ne sauraient mieux l'être que par les Oratoriens ou les Doctrinaires*.
Une opinion plus tranchante que les autres se produisit alors dans un Mémoire anonyme ^. On y exposait que le Collège de Pau était inutile à la Province de Béarn, puisqu'il y en avait un à Lescar ; que celui-ci serait ruiné, si le Collège de Pau subsistait, tandis que, s'il était supprimé, les finances du roi bénéficieraient des 12,000 livres de la rente annuelle, et Ton pourrait faire des bâtiments du Collège un Hôtel de l'Intendance.
Il fut répondu à ce Mémoire anonyme que, s'il y avait un Collège à supprimer, c'était celui de Pau qui devait être conservé.
Pau est la capitale de la Province, le siège des Etats et du Parlement. A Pau se trouve l'Université, avec une Académie des Belles-Lettres ^ un Barreau, tout