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CHAPITRE III

Avant la Fondation

Premières cartes de la région. Les Récollets et les Jésuites. Les Seigneuries de Madawaska et de Clignancourt. Mgr de Saint-Vallier. John Gylee. Gautier et Durand, Courriers. Lizctte et Duperré.

h ES événements que nous allons raconter dans ce chapitre sont contemporains de ceux du

!P^ chapitre précédent. Nous avons préféré les grouper séparément pour éviter la confusion qui se produit toujours à la lecture simultanée de faits d'ordre différent.

Il est plus que probable que les sauvages furent les premiers à renseigner les Français sur l'existence du Madawaska. Champlain lui-même la connaissait déjà en 1612 : ses cartes géographiques ou plutôt topographiques de cette année, c'est-à-dire quatre ans seulement après la fondation de Québec, portent l'indication de la rivière Madawaska et du lac Témiscouata, sans toutefois assigner de noms. Les contours du lac et le cours de la rivière sont cependant mieux dessinés sur la carte de Laët,

tracée dix-sept ans après, laquelle n'indique pas encore de noms.

La carte Franquelin, dressée dans le but d'illustrer le voyage que fit l'intendant de Meules en Acadie, en 1680, marque clairement le portage de la rivière du Loup. Le lac Témiscouata actuel est appelé Madouesca. Cette appellation ne sera changée qu'un siècle plus tard.

Plusieurs européens avaient déjà, à cette époque, parcouru la région. Le Père Christien Leclerc, jésuite, dans ses relations, datées de 1691, nous apprend que trois missionnaires Récollets de la Province d'Aquitaine, Jacques de la Foye, Louis Fontiner et Jacques Cardon, passèrent par le Madawaska en se rendant de Port-Royal à Québec par les rivières Saint- Jean, Saint-François et du Loup.

Les solitudes du Tvladawaska primitif ont gardé le secret de la mort, comme de la tombe, du premier martyr de l'Acadie, l'humble et héroïque Père Bernardin, qui en 1623 tomba victime de son zèle en s'efïorçant de traverser ces immenses forêts, pour porter les lumières de la foi à ses néophytes de la rivière Saint-Jean. En souvenir de ce héros de la foi, on vient de donner le nom de Bernardin à un mont de Restigouche.

En juin 1651, le Père Gabriel Drouillette, jésuite, et Jean Guérin, son guide, accompagnés de quelques sauvages, en voulant se rendre de Québec chez les Abénakis de la rivière Kennébec, perdh'ent leur route, et après une marche pénible et périlleuse de quinze jours, arrivèrent à la rivière Saint-Jean dans la région du Madawaska. Grande fut leur

surprise quand ils apprirent qu'ils n'étaient qu'au tiers de leur voyage, se croyant déjà dans les environs du Kennébec. Pour comble de malheur leurs vivres étaient épuisés.

'* Dans cette grande détresse, dit l'abbé Maïu-ault " dans son histoire des Abénakis, le missionnaire " eut recours à Dieu. Il offrit le Saint-Sacrifice " de la Messe dans ces immenses forêts pour conjurer " le Seigneur de les secourir. A peine avait-il terminé " la cérémonie de la Messe, qu'un cathécumène " vint lui annoncer joyeusement qu'il avait tué '* trois orignaux. Cette manne qui sauvait la vie '' des voyageurs, fut reçue comme venant du Ciel." Cette messe fut la première célébrée sur le sol du Madawaska, entre le 10 et 15 juillet 1651, c'est-à-dire 134 ans avant la fondation de la colonie.

Trente ans auparavant, dans les premiers jours d'octobre 1611, le jésuite Béard avait célébré la première Messe sur la rivière Saint- Jean, dans l'Isle-aux-Garces, aujourd'hui l'Isle Caton, comté de Kings.

Le 25 novembre 1683, un siècle avant la fondation, le gouverneur De la Barre et l'intendant De Meules concédèrent au Sieur Charles-Aubert de la Chenaye, membre du conseil souverain et l'un des plus zélés colonisateurs de la Nouvelle-France, pour ses enfants, Antoine-Aubert et Marguerite-Angélique de la Chenaye, la Seigneurie ou fief de Madouesca. Ce domaine comprenait tout le Uttoral du lac " Cémiscouata " (Témiscouataj à deux heues de profondeur dans les terres, et les deux rives de la rivière Madouesca à une profondeur de trois lieues

dans la forêt. Le fief se terminait à mi-chemin, à peu près, entre le lac et la rivière Saint-Jean.

L'acte d'aveu et de dénombrement de 1723 démontre que le fief fut habité et cultivé peu de temps après sa concession, puisqu'il indique un nombre considérable de terres en culture. On y avait élevé deux corps de logis en pierre, l'un à Cabano et l'autre dans les environs de Notre-Dame du Lac. Mais cette tentative de colonisation échoua. Les édifices furent incendiés par les sauvages peu de temps après le départ des censitaires. L'hostilité des sauvages fut probablement la cause de l'abandon du territoire par les Français. Ce ne fut que plusieurs années après l'étabhssement du Madawaska que des colons se fixèrent d'une façon permanente dans la vallée du lac Témiscouata. James Munroe, arpenteur général de la Nouvelle-Ecosse, en 1783, étudiant sur les lieux la question épineuse des frontières interprovinciales, rapporte qu'il vit, près du lac, les ruines d'une ancienne maison construite par le Seigneur de Madouesca. Dans le long intervalle qui sépare ces premiers essais de colonisation et l'établissement définitif de la région, le régime français et plus tard l'administration anglaise y établh*ent et maintinrent une série de postes destinés à relier les étabhssements de la Baie Française à ceux du fleuve Saint-Laurent. Ces postes rendirent d'importants services pendant les guerres de la Succession d'Autriche, de la Reine Anne et de Sept-Ans. Nous parlerons encore de la Seigneurie de Madawaska dans les chapitres suivants. Plusieurs faits historiques s'y rattachent, mais ils sont de

date trop récente pour entrer dans le chapitre présent.

Une seule autre seigneurie fut érigée dans la région du Madawaska, ou plutôt dans le territoire contigTi : c'est celle de Clignantcourt, concédée en 1686, au Sieur René d'Amours. Cet ancien fief s'étendait " de Médoctec au Long-Sault." Mais le Seigneur d'Amours n'habita jamais son domaine seigneurial ; il avait sa demeure à deux milles en haut de Frédéricton. René d'Amours et ses frères Louis, Mathieu et Bernard connaissaient bien la partie supérieure de la rivière Saint-Jean. Ils étaient fils de Mathieu d'Amours, membre du conseil souverain de Québec. L'un de ces seigneurs est l'ancêtre de feu l'abbé Louis-Côme d'Amours, ancien curé d'Edmundston.

Mgr de Saint-Vallier note avoir rencontré quelques Français au mois de mai 1686, entre les forts Madoueskak et Médoctec. John Gyles raconte, trois ans plus tard, qu'il vit à l'embouchure de la rivière Madawaska, un vieillard qui y tenait un poste de commerce. Il serait intéressant de savoir qui étaient ces Français. Il n'est pas improbable toutefois que ce fussent des censitaires, soit des seigneurs de Madouesca ou de Clignantcourt. Ou bien, ce vieillard qui tenait un poste de commerce près de la bourgade indienne, serait-il un représentant des autorités de Québec, qui, tout en tenant un poste du roi, se permettait de faire la traite des pelleteries ? La supposition est plausible puisque cet endroit est assez éloigné du poste du Grand-Sault, et surtout parce qu'il était le point

de départ de plusieurs portages qui conduisaient au Saint-Laurent. Cette h>T)othèse est d'autant plus probable que peu d'années après, on y voit établi un poste français.

Nombreux furent les voyageurs qui traversèrent cette vallée pendant la lutte qui s'engagea entre la France et l'Angleterre pour la suprématie en Acadie et au Canada, 1755-1760. C'est alors que, suivant l'expression du gouverneur De la Jonquière, le Saint-Jean devint " la clef du Canada." Les approvisionnements envoyés de France furent souvent expédiés par cette voie, afin d'éviter la rencontre de vaisseaux ennemis à l'embouchm'e du Saint-Laurent. De même les expéditions militaires dirigées soit du côté de r Acadie, soit sur la Nouvelle- Angleterre, telles que celle de Duvivier en Acadie, 1744, celle de Villiers, formée en grande partie des Abénakis de la rivière Saint-François, P. Q., celle de Ramesay composée de la fleur de la noblesse canadienne, etc., prirent toutes la route stratégique du Saint-Jean.

En 1755, deux officiers français, de Marin et de Montesson, avec un détachement de soldats, se rendirent de Québec à Beauséjour par la même voie, parcourant plus de cinq cents milles en moins de trente jours. Quelques-uns de ces voyageurs nous ont laissé d'intéressants récits de leurs courses. Nous donnerons l'extrait suivant tiré du rapport du Sieur Joseph-Nicholas Gauthier, capitaine d'infanterie au Port Lajoie, (Charlottetown, I. P. E. ) qui fit le trajet de Gédaïque (Shédiac) à Québec, au cours de l'hiver 1756. (Cf Rameau, vol. ii.)

..."De Médoctec je passe au Grand-Sault,

" partie sur les glaces, et partie sur terre, attendu " que la rivière était débordée et non gelée, fais '' trente lieues et y emploie onze jours, à cause " des mauvais chemins. Le Grand-Sault est une *' chute de cinquante à soixante pieds de hauteur. ''Il y a un poste français muni de vivres pour les " voyageurs.

" Au dit Grand-Sault fais un portage d'une '' demi-lieue, rentre au-dessus dans la rivière et " fais trente heues sur les glaces en trois jours, " jusqu'au débouché de la rivière Madaouesca, (Erreur de distance explicable par les difficultés et la lenteur de la route, car il y a tout au plus douze lieues entre les deux endroits) remonte la ** dite rivière Madouesca sur les glaces et fais dix " lieues en deux jours. Entre ensuite dans le lac " du nom de cette rivière, fais quatre lieues et " mets pied à terre à sa rive gauche, où se trouve " autre poste français. De là, suis la rivière du Cap " à rOrignal qui débouche dans le fleuve Saint- " Laurent et fais vingt lieues. . ."

11 est donc évident que dès 1750, il y avait dans la région du Madawaska au moins deux postes français : celui du Grand-Sault et celui du lac Témiscouata.

Pendant le premier exode du peuple acadien, qui commença en 1755 par l'expulsion de Grand-Pré pour se terminer par le massacre de Sainte-Anne en 1759, plusieurs exilés se réfugièrent à la rivière vSaint-Jean. Un grand nombre même remontèrent chercher protection à Québec. Après la prise de Louisbourg (1758), le Dunkerque de la Nouvelle-

France, et la prise de Québec (1759), le château-fort du Canada, ces réfugiés, ayant perdu tout espoir de voir flotter le drapeau français en Acadie, se décidèrent de prêter le serment d'allégeance sans condition, à l'Angleterre, et reprirent la route de leur pays. C'est alors qu'une colonne de ces rapatriés acadiens, au nombre de deux cents, fit halte, au miheu du mois d'octobre 1759, sur les platins de Saint-Basile. Ils se doutaient peu alors que le heu où ils se reposaient dans leur odyssée, deviendrait vingt-six ans plus tard le berceau d'une nou\elle colonie. Peut-être y ont-ils laissé des tombes ... En quel endroit de l'Amérique n'en ont-ils pas laissées ?

Quelques historiens font remonter la fondation du IMadawaska à cette date. Cependant ils n'en fournissent pas la preuve. 11 est probable qu'un certain nombre de ces Acadiens aient alors exploré la région, qu'une tentative d'établissement y ait été faite, mais cet établissement, si établissement il y eut, n'eut qu'une durée éphémère, puisque les nombreux voyageurs qui parcoururent cette contrée à la suite de l'expulsion, ne font aucune mention de colonisation, ni même la moindre allusion à une fondation permanente, si ce n'est des postes établis pour la protection des voyageurs.

Mieux que tous les autres, peut-être, connurent la vallée du Saint-Jean les intrépides courriers qui, durant la Révolution Américaine, firent le transport des malles entre la Nouvelle-Ecosse et le Bas-Canada. La plus grande partie de cette route n'était encore qu'une immense forêt peuplée

d'animaux sauvages, et fréquentée par l'indien seul ou quelques coureurs des bois. C'était donc un voyage difficile et périlleux, en temps de guerre surtout, de plus de six cents milles, qui se faisait ordinairement en canots d'écorce en été et sur des raqueUes en hiver. Ce trajet, quelque long et pénible qu'il fût, les courriers acadiens et canadiens l'accomplissaient en moins de quinze jours, soit une moyenne de quarante milles par jour.

Les plus célèbres de ces facteurs interprovinciaux furent Joseph Dufour, les frères Louis et Michel Mercure et Jean-Baptiste Martin. Notons en passant que ce fut l'un de ces courriers qui apporta à Québec, par voie du Saint-Jean, la nouvelle de la reddition, à l'armée américaine, des troupes anglaises commandées par Cornwallis.

Ces messagers étaient vêtus, à la façon des coureurs des bois, du traditionnel tricot de laine, de la ceinture fléchée, et chaussés d'amples souliers de peau crue. Fusil à l'épaule, gaine à la ceinture, pipe culottée aux dents, braves comme Bayard, têtus comme des Bretons, superstitieux comme des ]Mohawks. fidèles à Dieu, fidèles à leur nouveau roi, ils allaient leur chemin comme les messagers royaux de la vieille Europe, tout aussi fiers, non moins intrépides, sans se douter qu'ils étaient, eux aussi, des héros sans peur, sinon toujours sans reproche.

Le gouverneur Haldimand de Québec et le gouverneur Parr d'Halifax font, en plusieurs occasions, l'éloge de la probité de ces messagers, qui, au risque de leur vie, dans les circonstances les

plus difficiles, ont toujours accompli fidèlement les missions les plus importantes qui leur étaient confiées. Ils recevaient pour chaque voyage la somme de cinquante dollars. Le gouverneur Haldimand, dont l'économie était proverbiale, faisait un jour remarquer au gouverneur Parr qu'il trouvait ce montant un peu élevé, mais il ajoutait aussitôt : ''Je suis fort heureux d'avoir, même à ce prix, des voyageurs aussi fidèles que hardis pour accepter des fonctions aussi périlleuses." (Arch. Can.)

On raconte que, durant la guerre anglo-américaine, deux Mohawks, ennemis de l'Angleterre, s'étaient embusqués dans la vallée du Madawaska pour s'emparer des malles et A'endre la correspondance de guerre aux émissaires américains. Ils poursuivirent en vain un des messagers pendant plusieurs jours. Ce dernier, fatigué de cette chasse à l'homme, se réfugia dans un gîte qui ser\'ait de relais, à l'embouchure de la rivière Saint-François. Les Nez-Crochus, pour parler comme Grand-Pierre, avaient épié cette retraite. Nous allons voir que notre courrier ne le cédait pas en ruse et en adresse à ses antagonistes à la peau rouge. Connaissant à fond la nature de ces enfants des bois, il savait à quel point ils étaient superstitieux et naïfs à certains égards, que souvent les plus grossiers artifices pouvaient les remplir de frayeur. Après avoir pris son repas et vaqué à ses préparatifs de départ pour le lendemain, sans paraître soupçonner la présence des sauvages, il prit une bûche de la hauteur d'un homme, la plaça sur le grabat où il avait coutume

de dormir, la recouvrant des couvertures ordinaires, sans même oublier le traditionnel bonnet de nuit, puis il se mit à l'affût pour voir le résultat de son stratagème. Au milieu de la nuit, à la faveur des étoiles, il vit deux ombres courbées se glisser sans bruit vers son refuge. T>es Mohawks pénétrèrent sans difficulté dans la cabane. D'un bond ils étaient au chevet du prétendu dormeur et le frappaient avec une telle violence que les tomahawks rebondirent avec un bruit sec et sonore. Ils crurent au sortilège : le Grand Esprit avait métamorphosé leur victime pour la soustraire à leurs desseins pernicieux. Le tomahawk ne pouvait rien sur le visage pâle quand l'Esprit le protégeait. Saisis d'effroi, ils s'enfuirent en vociférant des formules d'exorcisme apprises par les jongleurs. Ils retournèrent donc bredouilles dans leurs montagnes.

Dans un rapport que fit, au gouvernement de Québec, 1784, sur cette voie de communication, un nommé Durand, probablement messager de la rivière Saint-Jean, on lit que ce courrier rencontra quelques chasseurs canadiens dans les environs du Dégelé, ainsi qu'aux Bois-Francs, (Baumfrau, comté de Victoria) mais nulle part il ne mentionne avoir vu d'étabhssements de colons dans tout le territoire.

Plusieurs années après la fondation de la colonie, 1828, J.-G. Dean de l'Etat du Maine y fut envoyé, par les autorités de cet état, pour recueillir des renseignements relatifs à la question des frontières. Dean rapporte qu'en 1782 un garçon de quatorze ans, Pierre I.izotte, qui s'était égaré dans les forêts

de Kamouraska, traversa jusqu'à l'embouchure de la rivière Madawaska, où se trouvaient quelques huttes indiennes. Il passa l'hiver avec les sauvages, et retourna dans sa famille le printemps suivant.

" Le rapport qu'il fit des Ueux qu'il avait visités, '' dit Dean, engagea son frère utérin, Pierre Duperré, *' à venir avec lui pour faire la traite des pelleteries " chez les sauvages du Madawaska. Vers 1784, " Lizotte et Duperré établirent un comptoir " d'échange avec les sauvages sur la rive sud du Saint- " Jean, à peu de distance de la bourgade indienne. " Ils étaient alors, ajoute Dean, les seuls résidents " français de cette région."

Duperré et Lizotte ne s'établirent cependant pas définitivement au IMadawaska à cette date, puisque nous les retrouvons à Sainte-Anne des Pays-Bas un ou deux ans plus tard, où leurs noms figurent sur une pétition adressée au gouverneur du Nouveau-Brunswick. Ils revinrent avec les colons acadiens et s'établirent avec eux dans le Madawaska. Lizotte, devenu capitaine d'infanterie, mourut à Saint-Basile à l'âge patriarcal de 96 ans. Le capitaine Duperré, resté célibataire, mourut aussi au Madawaska âgé de 68 ans.

A cette même époque plusieurs autres traiteurs, tels que les frères Anselme et Michel Robichaud, marchands de la rivière aux Caps, Kamouraska, firent le commerce des pelleteries dans le territoire du Madawaska, ce qui provoqua d'énergiques protestations de la part des indigènes, qui maintenaient avoir le droit exclusif de la chasse et de la traite dans le territoire. Ces deux Robichaud

appartenaient à une très ancienne famille acadienne de la rivière Saint-Jean, anoblie par les gouverneurs français du fort Saint-Jean, pour services signalés, et à qui on avait concédé la Seigneurie de Belle-Isle, dans le comté actuel de Queens, où nous trouvons encore une baie du nom de Belle-Isle. Un irlandais du nom de Kelly fréquenta aussi ces endroits dans l'intérêt de son négoce. Mais tous ces traiteurs n'étaient que des marchands itinérants et pas un d'entre eux ne s'y établit d'une manière permanente, avant l'arrivée des Acadiens de Sainte- Anne des Pays-Bas, 1785.

Il ressort de ce qui précède que la région du Madawaska fut connue dès les premières années de l'Acadie, que les Récollets furent les premiers européens à visiter cette partie du Saint-Jean, que le premier essai de colonisation par les seigneurs de Madouesca, un siècle avant la fondation permanente, ne réussit pas.

Ce ne fut en réalité qu'après la guerre de la révolution américaine, lors de l'arrivée des loyalistes dans les environs des Pays-Bas, que l'on songea à fonder la colonie du Madawaska. Ces nouveaux exilés, volontaires ou non, les loyalistes, ne tardèrent pas, chose assez singulière pour des persécutés, à rendre la situation aux Acadiens, premiers occupants de la région de Frédéricton, tout aussi intolérable que les insurgés la leur avaient faite aux Etats-Unis après la victoire. Les Acadiens, se voyant de nouveau menacés dans la possession de leurs biens, résolurent d'abandonner leurs terres. Les uns montèrent au Madawaska, les autres

allèrent rejoindre leurs frères de Memramcook, ou ceux qui s'étaient déjà établis sur le littoral du Golfe Saint-Laurent, de Shédiac à la Baie des Chaleurs.

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