‹ Histoire du materialisme et critique de son importance à notre époqueChapitre 13 sur 58 · APRES ARISTOTE. EPICLRE. IO · texte numérisé non relu

APRES ARISTOTE. EPICLRE. IO

pas une brunie s'élever, aucun lavon de lumière briller, j\ plus foite raison n'y a-t-il ni éclair ni lonnerre, sans l'intervention d'une divinité. Dans ce monde fantastique, il n'existe pas meine un commencement de science.

(vliez les Romains, c'était pis encore, s'il est possible ; d'ailleurs ils avaient reçu des Grecs leur première impulsion scientifique. Toutefois l'étude du vol des oiseaux et surtout des phénomènes de la foudre fit connaître quantité (le faits positifs concernant les sciences de la nature. Ainsi la civilisation gréco-romaine ne trouva, à son début, que les premiers éléments insigriifiants de lastionomie et de la méléorologie ; pas de trace de physique et de physiologie , (juant à la chimie, on n'en eut pas même le pressentiment. Ce qui se passait était ou quotidien, ou accidentel, ou merveilleux ; mais la science n'y avait que faire. En un mot, on était dépourvu (hi premier instrument nécessaire à l'étude de la nature : l'hypothèse.

Au terme de la courte et biiilaiile carrière parcourue par la civilisation ancienne, tout est changé. Le principe, en veitii diupiel les phénomènes naturels ont leurs lois et peuvent être étudiés, est mis hors de doute. Les voies de la recherche scientifique sont frayées et régularisées. La science positive de la nature, dirigée vers l'étude scrupuleuse des faits isolés et le classement lumineux des résultats acrjuis par cette élude, s'est déjà complètement séparée de la philosophie spéculative de la nature, qui s'efforce de descendre jusqu'aux causes dernières des choses, en dépassant les limites de l'expérience. L'étude de la nature a trouvé une méthode précise. L'observation volontaire remplace l'observation fortuite ; des appareils aident à préciser l'observation <>t à en conserver les résultats : bref, on expérimente.

T-es sciences exactes, (mi enrichissani el (<n perfeclionnant les mathémalirpies, avaient aci|uis riuslrument qui ])ermit aux Crées, aux Arabes, et aux peu|)les germanoromains, d'allcindre degré par degré, les résultats les plus grandioses, soll j^ratiques soit théoriques. Platon e( Pylha-

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gore inspirèrent à leurs disciples le goût des mathématiques. Après plus de deux mille ans, les livres d'Euclide forment encore, même dans la patrie de NeAvton, la base de l'enseignement des mathématiques ; et l'antique mé- Ihode synthétique a célébré son dernier et le plus grand triomphe dans les Piincipes inathéniatiques de pliilosophie naliirelle.

L'astronomie aidée par des hypothèses subtiles et compliquées sur le mouvement des corps célestes, obtint des résultats auxcjuels n'avaient pu atteindre les plus anciens observateurs des astres, les Indiens, les Babyloniens et les Egyptiens. Une évaluation presque exacte de la position des planètes, l'explication des éclipses lunaires et solaires, le catalogue précis et le groupement des étoiles fixes, ce ne sont pas encore là tous les résultats obtenus par les astronomes grecs. L'idée fondamentale du système de Copernic : à savoir que le soleil est placé au centre de l'univers, se trouve même chez Aristarque de Samos ; et cette idée fut très probablement connue de Copernic.

Si l'on examine la mappemonde de Ptolémée, on trouvera bien encore la fabuleuse contrée du Midi, qui relie l'Afrique à llndc et fait de l'océan Indien une deuxième ^léditerranée, plus grande que la première. Toutefois Ptolémée ne donne cette contrée quhypothétiquement. Mais quelle clarté déjà dans les parties de la mappemonde qui représentent l'Europe et les régions de l'Asie et de l'Afrique les plus rapprochées de l'Europe ! Depuis longtemps, on s'accordait à donner à la terre une forme sphérique. La déterminaUon méthodique des lieux à l'aide des degrés de longitude et de latitude devint un cadre précieux dans lequel trouvèrent place les faits acquis et toutes les nouvelles découvertes. La circonférence de la terre fut même calculée d'après une ingénieuse observation des astres. II y eut sans doute une erreur dans ce calcul, mais cette erreur contribua à faire découviir l'Amérique, car c'est en s'appuyant sur Ptolémée, et dans l'espoir de parvenir aux

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Indes orientales, que Christophe Colomb se dirigea vers l'ouest.

J.ongtenips avant IHoléniée, les recherches d'Aristote et de ses devanciers avaient fourni quantité de renseignements sur la zoologie et la botanique des contrées éloignées ou rapprochées de la (!rèce. Des descriptions exactes, l'étude anatomique de l'intérieur des corps organisés préparèrent les considérations générales sur les formes qui, depuis la plus humble jusqu'à la plus élevée, furent regardées comme une suite de preuves de l'existence de forces créatrices, dont le chef-d'œuvre était l'homme. Bien que Teneur se mèV't souvent à la mérité, on n'en avait pas moins conquis une base très précieuse pour la période de temps que devait durer la passion des recherches scientifiques. Les conquêtes d'Alexandre dans l'Orient, en enrichissant les sciences et en suscitant la comparaison, ouvrirent de nouveaux horizons intellectuels. L'école d'Alexandrie augmenta le nombie et fit le triage de ces matériaux. Aussi, lorsque Pline l'Ancien s'efforça de décrire la nature et la civilisation dans son ouvrage encyclopédique, on possédait déjà une connaissance plus approfondie qu'auparavant des rapports de l'iiomme avec l'univers. Chez ce savant infatigable, qui termine son grand ouvrage par une invocation à la nature, mère universelle, et qui expii a en étudiant l'éruption d'un volcan, l'idée de l'influence de la nature sur la vie de la pensée chez l'homme fut une conception féconde et un stimulant puissant à des recherches incessantes.

En physique, les anciens connaissaient, à l'aide d'expériences, les éléments de l'acoustique, de l'optique, (h> la statique, de la théorie des gaz et des vapeurs. Les savants grecs entièrent dans la grande voie des découvertes, depuis les pythagoriciens qui étudièrent l'élévation ou l'abaissement de la tonalité dans ses rapports avec la masse des corps sonores, jusqu'à Ptolémée qui fit des expériences sur la réfraction de la lumière. Les puissantes constructions, les machines de guerre et les travaux en terre des

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Romains étaient conçus suivaiil une théorie scientilique et exécutés avec autant de facilité et de promptitude que possible, tandis que les monuments plus gigantesques des Orientaux n'avaient été que l'œuvie du temps et de foules condamnées au travail par le despotisme des souverains.

La science médicale, dont le représentant le plus illustre fut Galien de Pergame, avait commencé à traiter la question la plus délicate de la physiologie, le fonctionnement des nerfs. Le cerveau, considéré d'abord comme une masse inerte dont on n'entrevoyait pas plus l'utilité que les physiologistes modernes n'entrev(^ient celle de la rate, était devenu, aux yeux des médecins, le siège de l'âme et des sensations. Sœmmering trouva encore, au xviif siècle, la théorie du cerveau presque au même point oii Galien l'avait laissée. Dans l'antiquité, on connaissait l'importance de la moelle épinière ; des miHiers d'années avant Cil. Bell, on savait distinguer les nerfs propres à la sensation des nerfs propres au mouvement, et Galien, au grand étonnement de ses contemporains, guérissait la pajalysic des doigts en agissant sur les parties de la moelle épinière d'où partent les nerfs qui aboutissent aux doigts. Il ne faut donc pas être surpris si déjà Galien considère même les idées comme résultant des divers états du corps.

Après avoir vu ainsi se former un ensemble de connaissances diverses (jui pénètrent profondément dans les secrets de la nature et présupposent en principe que tout ce qui arrive dépend de lois générales, nous devons nous demander dans quelles mesures le matérialisme a contribué à faire acquérir ces connaissances et ces conceptions.

Tout d'abord vm fait étrange se présente à nous. Excepté Démociite, c'est à peine si un seul des grands inventeurs et des investigateurs de la nature appartient expressément à l'école matérialiste ; nous trouvons, au contraire, parmi les noms les plus illustres, un grand nombre d'hommes qui, très opposés au matérialisme, professaient le culte de l'idéal, de la forme, ou étaient surtout des enthousiastes.

En premier lieu, occupons-nous des mathématiques.

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