‹ Histoire du materialisme et critique de son importance à notre époqueChapitre 41 sur 58 · Ö) II · texte numérisé non relu

Ö) II

(c) Ueberweg's Grundriss, 3" éd., 111. 3. p. 127.

(d) Ulopia, 1516.

premirr écrit, rédigé tout à fait dans le sens de Locke, Christianily not mifsletious (1696) (a). — De la Liturç)ie socratique Heltner cite (b) « les passages les plus frappants ». C'est aussi avec raison que Hetlner a montré les rapports entre le déisme anglais et la société des francsmaçons. Remarquons encore que Toland fait de son culte des « panthéistes » le pendant de la philosophie ésotérique des anciens, c'està-dire le culte d'une société secrète d'illuminés: Il permet aux initiés de partager jusqu'à un certain point les idées grossières du peuple, composé, comparativement à eux, d'un ramassis d'enfants en tutelle, pourvu qu'ils réussissent à rendre le fanatisme inoffensif par leur influence sur le gouvernement et la société. Ces idées sont exprimées particulièrement dans le post-scriptum « de duplici Pantheislarum philoaophia ». Citons ici un passage caractéristique du 2* chapitre de ce posk-scriptum (c) : « At cum Superstilio semper eadeni sit vigore, etsi rigore ali(iuando diversa ; cumque nemo sapiens eara penitus ex omnium animis evellere, quod auUo pacto fieri potest, incassum tenlaverit : faciet tarnen pro viribus, quod unice faciendum restât ; ut dentibus evulsis et resectis unguibus, non ad lubilum quaquaversum noceat hoc monstrorum omnium pessimum ac perniciossimum. Viris principibus et politicis, hac animi dispositione imbutis, acceptum referri débet, quidquid est ubivis hodie religiosœ liberlalis, in maximum litterarum, commerciorum et civilis concordiœ emolumenlum. Superstitiosis aut simulalis superum cultoribus, larvatis dico hominibus aut meticulose pus, debentur dissidia, secessiones, mulctœ, rapinœ, Stigmata, iiicarcerationes, exilia et mortes. » (« Mais la superstition ayant toujours la même vigueur, bien que sa cruauté varie quelquefois, le sage n'esssayera pas, en pure perte, de l'arracher de toutes les âmes, ce qui est absolument impossible ; il devra cependant s'efforcer de faire la seule chose possible : arracher les dents et couper les griffes à ce monstre, de tous le plus méchant et le plus pernicieux, pour l'empêcher de nuire en quelque lieu que ce soit et au gré de ses caprices. C'est aux princes et aux hommes d'Etat, pénétrés de ces sentiments hostiles à la superstition, que l'on est redevable de la liberté religieuse, partout où elle existe, au grand profit des lettres, du commerce et de la sociabilité. Quant aux superstitieux, aux adorateurs hypocrites des dieux, aux hommes masqués ou pieux par crainte, ils sont cause des dissensions, des révoltes, des amendes, des rapines, des flétrissures, des emprisonnements des bannissements et des condamnations à mort »).

78 bis [page 291]. Acad. quxst., I, c. 6 et 7.

79 [page 292]. Leiters to Serena, London, 1704, p. 201. Les pas-

(a) Ilettner, Litcraturgesch. d. xviii Jahrh., I, p. 170 et suiv.

(b) Ibid., p. 180 et suiv.

(c) Panlheistikon, Cosmopoli, 1720, p. 79 et suiv.

sages des Prineipia qui y sont cités (a) se trouvent dans la note relative aux explications préliminaires et au commencement de la section II du I" livre (6) : « Il peut se faire en effet qu'il n'existe pas de corps à l'état de repos réel, » et page 166 : « Jusqu'ici j'ai analysé le mouvement des corps, qui sont attirés vers un centre immobile, cas qui existe à peine dans la nature. »

80 [page 293]. Letters to Serena, p. IDO.

81 [page 293]. Letters to Serdna, p. 231-233.

82 [page 294]. Voir Leiters to Serena, p. 234-237. Toland emploie ici, en opposition à la genèse des organismes imaginée par Empédocle, un exemple qu'il paraît prendre au sérieux : On peut aussi difficilement expliquer la naissance d'une fleur ou d'une mouche par le concours fortuit des atomes que produire une Enéide ou une Iliade en mêlant confusément des millions de fois les caractères de l'alphabet. — L'argument est faux, mais plausible ; il rentre dans le chapitre du calcul des probabilités sur l'abus complet duquel M. de Hartmann a fondé sa philosophie de l'Inconscient. — Au reste, sur les points les plus importants, Toland ne se range nullement du côté de la doctrine épicurienne. II n'admet ni les atomes, ni le vide, ni l'espace indépendant de toute matière.

(a) Page 7 et p. 162 de la 1" édition. (6) Traduction de VVolfers, p. 27.

NOTES DE LA OUATIUÈME PAKTIß

1 [page 296]. Voir plus haut, p. 263 et suiv. — On voit déjà se produire chez Hartley les conséquences du mouvement conservateur inauguré par Hobbes.

2 [page 296]. Hartley (David), M. Dr., Observations on man, his (rame, his duly and his expeclations, London, 1749, 2 vol. 8° (6 th édition, corr and revised, London, 1834). — La préface de l'auteur est datée de décembre 1748. Dès l'année 1746 avait paru du même auteur un ouvrage intitulé : De sensus, motus et idearum generalione. Mais on y fit moins attention qu'à la publication de 1749. — Hettner (I, p. 422) se trompe en disant que Priestley avait publié, en 1775, une troisième et dernière partie des Observalions sous le titre : Theory of human mind. Voir plus bas note 7.

3 [page 297]. Hartley fut d'abord déterminé, comme il le dit dans la préface des Observations, par quelques paroles de Gay. Celui-ci exprima ensuite ses opinions dans une dissertation sur le principe fondamental de la vertu, que Law publia avec sa traduction de King, De origine mali.

4 [page 298]. Le principal argument du vrai matérialisme contre l'hylozoisme (voir note 1 de la I" partie) se trouve donc chez Hartley ; aussi, malgré ses opinions religieuses, peut-on le ranger parmi les matérialistes.

5 [page 298]. David Hartley's Betrachtungen über den Menschen, seine Natur, seine Pflichten und Erwartungen, traduit de l'anglais et accompagné de notes et de suppléments, 2 vol., Rostock et Leipzig (1772 et 1773). La traduction fut faite par le magister de Spieren ; l'éditeur, l'auteur des notes et suppléments, H. A. Pistorius, dédia son ouvrage au célèbre Spalding, théologien éclairé cl conseiller au consistoire, qui appela l'attention sur Hartley dans un entretien sur les moyens de concilier le déterminisme et le christianisme.

6 [page 298]. Explication physique des idées et des mouvements tant

volontaires qu'involontaires, Irad. de l'anglais de M. Hartley, par l'abbé Jurain, prof, de math, à Reims, Reiras 1775, avec une dédicace à Buffon.

7 [page 298]. Voir Harlley's Theory o( thß human mind, on the principlé o( the association o/ ideas, with essays relaiing to the subiect oi it by Joseph Priestley, London, 1775 (2' éd. 1790). C'est à tort que Hettner (I, p. 422) désigne cet ouvrage comme étant la troisième partie de celui de Hartley. Ce n'est qu'un extrait de la 1°° partie, car Priestley négligea en général les détails anatomiques et ne donna en réalité que la théorie psychologique de Hartley, jointe à ses propres remarques sur le même objet.

8 [page 299]. Voir Geschichte der Ver(aelschungen des Christenthums von Joseph Priestley, docteur en droit et membre de la Société royale des sciences de Londres, traduit de l'anglais, 2 vol., Berlin, 1785. — Docteur Joseph Priestley, membre de l'Acad. impér. de Saint- Pétersbourg et de la Soc. roy. de Londres, Anleitung zur Religion nach Vernunft und Schrift, traduit de l'anglais avec des notes, Francfort et Leipzig 1782. Quan't aux écrits qui traitent spécialement du matérialisme, ils n'ont pas, que je sache, été traduits en allemand. Voir Disquisilions relaiing to matter and spirit, with a hislory of the philosophical doctrine concerning the origin o/ the soûl and the nature o/ matter, with ils influence on christiany, especially with respect to the doctrine of the préexistence of Christ. London 1777. — The doctrine of philosophical necessity illustrated with an answer to the letlers on materialism. London 1777. Les Lettres contre le matérialisme, ici mentionnées, étaient un pamphlet de Richard Price, qui d'ailleurs non seulement attaqua Priestley, mais se posa en adversaire de l'empirisme et du sensualisme qui dominaient dans la philosophie anglaise.

9 [page 300]. Voir Joseph Priestley, Briefe an einen philos. Zweifler in Beziehung auf Humes Gespraeche, das System der Natur und aehnliche Schriften, traduites de l'anglais, Leipzig, 1782. L'original : Letters to a phil. unbeliever, parut à Bath en 1780. — Le traducteur anonyme met ensemble Priestley, Reimarus, et Jérusalem et fait la remarque très judicieuse que Priestley a très souvent mal compris Hume, ce qui d'ailleurs ne diminue pas le mérite de ses propres conceptions. — Au reste, le premier ouvrage philosophique de Priestley, Examination of D' Reids inquiry into the human mind, D' Beattie's essay on the nature and immutability of truth, and D' Oswald's appeal to common sensé, London, 1774, prend parti pour Hume, en essayant de réfuter la philosophie du « sens commun » dirigée contre le même Hume.

10 [page 301]. Voir V Homme-machine, Œuvres phil. de M. de la Mettrie, III, page 57, et Discours sur le bonheur (où Montaigne est souvent cité). Œuvres. II, p. 182.

11 [page 301]. Hettner, II, p. 9, met ensemble La Mothc et Pascal,

ce qui ne me paraît pas très exact, vu le caractère absolument diffèrent de ces deux écrivains.

12 [page 302]. Voir l'oicellente caractéristique de Bayle et de son influence dans Lileraturgesch. des 18. Jli. de Hellner, II, p. 45-50.

13 [page 303]. Buckle, Hist. ol civil. III, p. 100, éd. Brockhaus.

14 [page 303]. Voir dans Buckle {ibid., p. 101-111) la longue liste des Français qui visitèrent 1 Angleterre et qui comprenaient l'anglais.

15 [page 303]. Tocquevillc, VAneicn Régime et la Révolution, 4* éd., Paris, 1860.

16 [page 304]. Parmi les Anglais, il faut ici nommer surtout Buckle ; parmi les écrivains allemands, Hellner, Lileraturgesch. des 18. Jh. ; de plus, Strauss, Voltaire, sechs Vortraege, 1870, et la conférence de Du Bois-Reymond : Voltaire in s. Bez. zur Naturwissensch., Berlin, 1868 ; ce dernier opuscule, sous l'apparence d'une monographie, n'est pas dénué d'un intérêt général.

17 [page 304]. Du Bois-Reymond, ibid., p. 6.

18 [page 305]. Les idées mentionnées ici se trouvent dans les Eléments de la philosophie de î\'ewlon, I, 3 et 4, parus en 1738. Œuvres complètes (1784), t. XXXI. — Hettner, Lileraturgesch., II, p. 206 et 8uiv. a suivi chronologiquement les variations de Voltaire dans la question du libre arbitre. Ici il nous importait avant tout de constater quelle était l'opinion de Voltaire antérieurement à l'apparition de de la Mettrie ; car, en réalité, les assertions les plus décidées de \ ollaire, dans cette question comme dans beaucoup d'autres, ne se trouvent que dans le Philosophe ignorant, écrit en 1767, par conséquent vingt ans après U Homme-machine . Quel que soit le ton de dédain avec lequel Voltaire parle de l'auteur de L'Honime-macKine, il s'est pourtant laissé très probablement influencer par les arguments de de la Mettrie.

19 [page 305]. Locke, Essay conc. human undersl. II, c. xxi, § 20-27.

20 [page 307]. Voir Du Bois Reymond, Voltaire in s. Bez. sur Naturwissensch., p. 10.

21 [page 308]. Hettner, II, p. 193, montre que Voltaire ne fut réveillé de son optimisme qu'en 1755 par le tremblement de terre de Lisbonne.

22 [page 309]. Voir Hellner, II, p. 183.

23 [page 309]. Métaphysique de Kant, éléments des sciences physiques, III. Point principal, thèses, 3' note ; Œuvres, éd., Hartenstein, IV, p. 440.

24 [page 310]. Strauss, dans Voltaire, sechs Vortraege, 1870, p. 188, a très bien montré comment Voltaire devint plus agressif surtout à partir de 1761. Quant à ses variations dans la théorie de l'immortalité et son évolution qui rappelle Kant, 'voir Hettner, II, p. 201 et suiv. ; sous ce dernier rapport, particulièrement les "mots qui y sont cités : « Malheur à ceux qui se combattent en nageant t aborde qui pourra. Mais celui qui dit : vous nagez inutilement ; il n'y a pas de terre ferme, celui-là me décourage et m'enlève toutes mes forces. »

25 [page 310]. Locke, Essay conc. human änderst., 1, 3, § 9.

26 [page 311]. Voir Hettner, II, p. 210 et suiv.

27 [page 311]. Essay conc. human änderst., IV, c. xix : « 0/ En- Ihusiam ».

28 [page 312]. Voir les Œuvres de John Locke, 10 vol., éd. de Londres, 1801. Vie de l'auteur, I, p. xxiv, notes.

29 [page 313]. Docteur Gideon Spicker, Die philos, des Gra[en von Sha(lesbury, Fribourg, 1872, p. 71 et suiv. Afin d'abréger, je renvoie à cette excellente monographie pour toutes les autres réflexions concernant Shaftesbury. — Voir aussi Hettner, I, p. 211-214.

30 [page 313]. Voir Karl Marx, das Kapital, Hambourg, 1867 ,p. 602, note 73. Quand Hettner remarque, I, 213, qu'il ne s'agit pas de savoir si Mandeville, dans son idée de vertu, est d'accord avec le christianisme, mais s'il est d'accord avec lui-même, la réponse à cette question est bien simple. L'apologiste du vice ne peut pas penser à exiger de tous la vertu du renoncement, mais ce qui s'accorde parfaitement avec ses principes, c'est de prêcher aux pauvres le christianisme et la vertu chrétienne. On a l'air de prêcher à tout le monde ; mais celui qui possède les moyens de se livrer à ses penchants vicieux sait bien ce qu'il doit faire et le maintien de la société est assuré.

31 [page 314]. Rosenkranz, Diderot's Leben und 'Werke, 2 vol., Leipzig, 1866. Le passage cité se trouve, II, p. 410 et 411. — Bien que peu d'accord avec l'auteur sur la place de Diderot dans l'histoire du matérialisme, nous avons cependant utilisé, autant que nous l'avons pu, ce riche recueil concernant le mouvement intellectuel du xviii* siècle.

32 [page 317]. Rosenkranz, Diderot, I, p. 39.

33 [page 318]. Voir Schiller, Fre/flfejs/eret der Leidenschafl, p. 75. — Conclusion, Œuvres, 4' éd. historique-critique, Stuttgart, 1868, p. 26. — Schiller, dans ces vers, malgré l'observation contenue dans la Thalie (1786, 2' cahier, p. 59), énonce ses propres idées ; il sacrifie l'unité interne de son poème, et, vers la fin, il oublie ce qui l'avait déterminé à l'écrire, pour le terminer par des pensées générales sur la conception de l'Etre divin ; tout cela n'a plus besoin d'être démontré. — Le traducteur du Vrai sens du Système de la nature sous le titre de : Neunundzwanzig Thesen des Materialismus, Halle, 1783, fait ressortir à bon droit que les vers :

« La nature ne (ait attention à loi que lorsque lu es à la torture ! » Et des esprits adorent ce Néron ! »

sont complètement d'accord avec le xix* chapitre du Vrai sens. Il ne faut cependant pas en conclure que Schiller ait lu cet opuscule et encore moins qu'il ait apprécié, autrement que ne le faisait Gœthe, la prolixité, le ton doctrinal et la prose froide du Système de la nature.

On retrouvait les mêmes idées chez Diderot, et l'origine doit en remonter à Shaftesbury. — Quant à l'étude que faisait Schiller de Diderot, à l'époque où ce poème fut rédigé ou conçu, voir Palleske, Schillers Leben und Werke, 5' éd. I, p. 535.

34 [page 319]. Voir plus haut, p. 240 et les passages antérieurs qui y sont cités, de plus, la note 11, p. 489.

35 [page 320]. Von der I\'alur par J.-B. Robinet, traduit du français, Francfort et Leipzig, 1763, p. 385 (IV" partie m' chapitre, 1" loi : « Les déterminations d'où proviennent les mouvements volontaires de la machine, ont elles-mêmes leur origine dans le jeu organique de la machine. »

36 [page 320]. Voir en particulier Ibid., IV partie, xxiii* chapitre, p. 445 et suiv. de la trad.

36 [page 321]. Voir Rosenkranz, Diderot, I, p. 134 et suiv. — Je n'ai pas vu la dissertation pseudonyme du D' Baumann (Maupertuis) et il peut paraître douteux, d'après Diderot et Rosenkranz, qu'elle renferme déjà le matérialisme de Robinet, c'est-à-dire la dépendance absolue où sont les phénomènes intellectuels des lois purement mécaniques, qui régissent les phénomènes extérieurs ou qu'elle enseigne l'hylozoïsme, c'est-à-dire établisse que le mécanisme de la nature est modifié par le contenu spirituel de la nature d'après les lois autres que les lois purement mécaniques.

38 [page 321]. Rosenkranz, Diderot, II, p. 243 et suiv. ; 247 et suiv.

39 [page 322]. Le 2* volume renfermera de plus amples détails sur cette modification du matérialisme. En ce qui concerne le matérialisme de Diderot, faisons remarquer que nulle part il ne s'exprime d'une manière aussi catégorique que Robinet dans les passages cités, note 35. Rosenkranz trouve aussi dans le Rêve de d'Alembert un dynamisme qui, si Diderot eût réellement entendu la chose comme le veut son interprète, donnerait à cet écrit, pourtant si avancé, une teinte d'athéisme, mais non pas encore de véritable matérialisme.

40 [page 322]. Hetlner, Literatur gesch. d. xviii' Jh., III, 1, p. 9.

41 [page 323]. Sur Pierre Ramus et ses adhérents en Allemagne, voir Zeller, Gesch. d. deutschen Philos., p. 46-49. — Au reste Ramus a emprunté à Vives tous les éléments de sa doctrine qui fit tant de bruit. Voir l'article Vices dans Enc. des ges. Erz. u. Unterrichtswesens.

42 [page 323]. Tout l'atomisme de Sennert paraît aboutir à une timide modification de la théorie d'Aristole sur le mélange des éléments. Après avoir expressément rejeté l'atomislique de Démocrile, Sennert enseigne que les éléments en soi ne se composent que de parties séparées et qu'une continuité ne peut être formée d'éléments invisibles. {Epitome nat. scientiœ, Wittcbergœ, 1618, p. 63 et suiv.). Par contre, il est vrai, il admet que, lors d'un mélange, la matière des élémouls distincts se partage d'abord réellement (nonobstant sa divisibilité ultérieure) en très petites parties finies et par conséquent ne forme

qu'un amalgame. Ces molécules agissent ensuite les unes sur les autres, avec les propriétés fondamentales connues d'Aristote et de la scholaslique, la chaleur, le froid, la sécheresse et l'humidité, jusqu'à ce que leurs propriétés ne soient neutralisées ; mais alors reparaît la continuité du mélange si justement admise par les scholastlques. (Voir ibid., p. 69 et suiv. et p. 225). A cela se rattache l'hypothèse additionnelle qu'à côté de la « forme substantielle » du tout, les formes substantielles des parties conservent aussi, quoique en sous-ordre, une certaine activité. — La différence entre cette théorie et celle de l'atomistique réelle se voit clairement chez Boyle, qui, dans plusieurs de ses ouvrages, notamment dans le de Origine lormarum, cite souvent Sennert dont il combat l'hypothèse. Il faut aujourd'hui bien connaître la physique des scholastiques pour trouver les points sur lesquels Sennert ose s'écarter de la ligne orthodoxe, tandis que Boyle nous apparaît à chaque phrase comme un physicien des temps modernes. Considéré à ce point de vue, tout l'émoi que, d'après Leibnitz, la doctrine de Sennert produisit, nous permet de nous faire une idée exacte de la quantité de scholastiques attardés qui étaient répandus à travers toute l'Allemagne.

43 [page 324]. Quant à la propagation du cartésianisme en Allemagne et aux polémiques qui en résultèrent, voir Zeller, Gesch. d. deutschen Philos., p. 75-77, et Hettner, Literalurgesch. d. xviii Jh., t. III, I, p. 36-42. Ici on trouve judicieusement appréciée l'importance du combat que soutint le cartésien Balthasar Bekker contre la superstition relative aux histoires de diables, sorcières et fantômes.

44 [page 325]. Voir chez Hettner (a) de plus amples détails sur Stoch, Mathias Knuzen et Théodore-Louis Lau. Nous avions d'abord l'intention de consacrer un chapitre spécial à Spinoza et au spinozisme, mais nous dûmes renoncer à cette idée, ainsi qu'à d'autres projets d'agrandissement de notre cadre, pour ne pas trop grossir noire ouvrage ni l'éloigner de son but léel. En général, on exagère beaucoup l'analogie entre le spinozisme et le matérialisme (à moins qu'on n'identifie le matérialisme avec toutes les tendances qui s'en rapprochent plus ou moins) ; c'est ce que prouve le dernier chapitre de la 3' partie, dans lequel on voit comment en Allemagne le spinozisme put se combiner avec des éléments idéalistes, ce que le matérialisme n'a jamais fait.

45 [page 325]. Voir Hettner, Literalurgesch., t. III, 1, p. 43. Quant au fantôme des livres, voir plus haut, la note 22 de la 2* partie, p. 247.

46 [page 325]. Voilà ce que donnait par erreur la 1" édition d'après Genthe et Hetlner (III, 1, p. 8 et p. 35). — Je dois à M. le docteur V\'^einkauff, de Cologne, savant connaisseur de la littérature de ia libre

(a) Literalurgesch. d. xviii Jh., III, 1, p. 45-49.

pensée, la communication d'un manuscrit qui prouve que le Compendiiim de imposlura fut rédigé, d'après toute vraisemblance, seulement vers la fin du xvii* siècle. Il est vrai que l'édition la plus ancienne connue porte la date de 1598 ; mais cette date est évidemment feinte, et l'expert Brunei (a) croit que l'ouvrage fut imprimé en Allemagne au xviu' siècle. Il est certain qu'en 1716, à Berlin, un manuscrit de l'ouvrage fut vendu aux enchères pour la somme de 80 reichsthalers. Suivant toute vraisemblance, le chancelier Kortholt avait connaissance de ce manuscrit ou de copies dudit manuscrit, qui a dû exister, d'après cela, dès l'année 1680. Toutes les autres éditions sont postérieures, et nous n'avons pas de renseignements positifs sur l'existence d'un manuscrit antérieur. Des raisons intrinsèques portent à croire que cette publication n'eut lieu que dans la deuxième moitié du xvii* siècle. Le début de l'opuscule (Esse deum, eumque colendum esse) paraît contenir une citation formelle de Herbert de Cherbury ; de plus (comme l'a déjà reconnu Rcimann), l'influence de Hobbes semble incontestable. La mention des Brahmanes, Védas, Chinois et "Grand Mogol décèle la connaissance des œuvres de Rogerius (6), Baldeeus (c) et Alexandre Ross (d). Ces livres firent connaître les littératures et les mythologies indoue et chinoise et poussèrent à la comparaison des religions. — Au reste l'ouvrage, quoique imprimé en .Allemagne, ne paraît pas être d'origine allemande, car le gallicisme sortilus est (il est sorti), se trouve dans les manuscrits les plus anciens et chez Genthe ; dans les éditions et manuscrits postérieurs, on lit la correction agressas est (il est sorti), ce gallicisme indique un auteur ou un original français.

47 [page 325]. Voir Mosheim, Geschichte der Feinde der chrisll. Religion, publiée par Winkler, Dresde, 1783, p. 160.

48 [page 326]. « Le professeur Syrbius, d'Iéna, a fait, d'après le statut 28 de la salle des livres, une leçon contre la Correspondance sur l'essence de l'âme {Brie(wechsel v. Wesen der Seele), et il a voulu réfuter complètement les auteurs ». (Préface). — Voir de plus Acta eruditorum, Allemands, .X* partie, n" 7. p. 862-881. — Unschuldige Nachrichten, l" année 1713, n" 23, p. 155 cl passini.

49 [page 326]. Pour la première édit. de VHisl. du mater., j'ai utilisé un exemplaire de 1723, de la bibliothèque de Bonn ; en ce moment je me sers d'un exemplaire acquis des ouvrages doubles de la bibliothèque de la ville de Zurich, première édition de 1713. — C'est uniquement pour simplifier que j'ai laissé dans le texte, sans les modifier, les passages cités mol pour mot, de telle sorte qu'ils répondent à l'édition

(a) Manuel du libraire, Paris, 1864, v., 942.

(6) Indisches Heidenlhum, Amsterdam, 1651 ; en allemand à Nuremberg, 1663.

(c) Malabar, Coromandel und Zeylon, Amsterdam, 1672, en hollandais et en allemand.

(d) A view o[ ail religions, London, 1653, livre trois fois traduit en allemand.

de 1723, quand le contraire n'est pas expressément énoncé. Les indications plus spéciales de la pagination peuvent être négligées sans inconvénient, vu le peu d'étendue de l'ouvrage ; mais, pour tout ce qui est emprunté à la première édition, nous avons indiqué très exactement les passages.

50 [page 326]. Dans mon exemplaire (voir la remarque précédente), une main inconnue a écrit ; « par Hocheisser (sic) et Rœschel ».

51 [page 327]. Hobbes, dont l'influence sur tout cet opuscule est évidente, se trouve fréquemment cité ; il l'est dans la « joyeuse préface » d'un anonyme, comme il est dit dans la première édition, page 11, où l'on renvoie au Levialhan et à son supplément ; il l'est dans la première lettre, page 18, en ces termes : « On voit que l'opinion n'est ni nouvelle ni peu commune, car on la dit professée par beaucoup d'Anglais, dont je n'ai lu que Hobbes et dans une autre intention » ; il l'est dans la deuxième lettre, page 55 et 56, dans la troisième lettre, page 84. — Locke est mentionné dans la deuxième lettre, page 58 ; on trouve en outre dans la troisième lettre, page 70, cette pensée émanant sans aucun doute de Locke : « Je regarderais comme antichrétien de ne pas attribuer à Dieu assez de puissance pour que, de la matière composée de notre corps, il ne pût résulter un effet tendant à distinguer l'homme des autres créatures ». Il est souvent question du « mécanisme » des Anglais en général. — Spinoza est traité d'athée, à côté de Straton de Lampsaque, p. 42, 50 et 76. — On mentionne, p. 44, les « esprits forts » en France, d'après la, relation de Blaigny dans le Zodiaque irançais.

52 [page 334]. Dans la 1" édition, p. 161, il faudrait lire : « Si par contre il admet en passant l'hypothèse des atomes de Démocrite, on ne peut concilier ce détail avec le reste de son système ». Le mot ne pas ou guère avait été omis dans l'impression. J'ai dans l'intervalle changé d'avis à la suite d'une 2* lecture de la Correspondance conlidenlieUe, et je trouve que l'auteur joue un jeu double avec son orthodoxie philosoplique comme avec son orthodoxie théologique ; car si, d'un côté, il se ménage une retraite pour toutes les éventualités, de l'autre, il raille très ouvertement. — 11 est possible que nous soyons ici en face d'un développement de la fusion mentionnée par Zeller, d'après Leibnitz, de l'atomistique avec une modification de la théorie de la [orma substanlialis (voir plus haut la note 42) ; mais ce n'est jamais que comme une base générale, sur laquelle l'auteur se meut avec une grande liberté subjective. — Au reste les atomes comme cons-ervalores specierum, c'est-à-dire conservateurs des formes et des espèces, appartiennent, non au système de Démocrite, mais à celui d'Epicure, comme nous l'avons suffisamment démontré dans la première partie, Epicure ayant établi un rapport entre la conservation de la régularité dans les formes de la nature et le nombre fini des différentes formes d'atomes. On a confondu ici, comme bien souvent, Epicure avec Démo-

crile, non seulement parce que l'idée fondamentale de l'alomistique revient à Démocrite, mais encore parce que son nom réveillait moins de susceptibilités que celui d'Epicure.

53 [page 335]. On voit ici qu'il ne suffit pas, dans des travaux historiques, de puiser scrupuleusement aux sources pour obtenir le tableau fidèle et complet d'une époque. On n'adopte que trop aisément l'habitude de recourir toujours aux mêmes sources une fois citées, et d'oublier de plus en plus ce qu'on a une fois oublié. Une bonne garantie contre cet inconvénient se trouve dans les journaux, autant qu'on peut s'en procurer. Je me rappelle avoir trouvé d'abord la Vertrauter Briefwechsel (Correspondance con(idenlielle) et le nom de Pancrace VVolff, en cherchant des articles de critique et d'autres traces de l'influence de L'Homme-Machine en Allemagne. En général, il me semble que l'histoire de la vie intellectuelle en Allemagne, de 1680 à 1740, offre encore de grandes et nombreuses lacunes.

54 [page 337]. Voir Zeller, Gesch. d. deutschen Philos, seit Leibnilz, Munich, 1873, p. 304 et p. 396 et sulv. Le lecteur comprend involontairement dans le sens d'une série chronologique des phrases telles que celles-ci : « C'est de même que Condillac ne franchit pas la distance qui séparait le sensualisme du matérialisme ». — « Helvélius alla plus loin » ; — « chez lui le sensualisme dénoie déjà une tendance évidente vers le matérialisme » (p. 397). — « Cette manière de voir s'accuse encore plus nettement chez de la Mettric, Diderot et d'Holbach ». Ici, en ce qui concerne de la Mettrie, on ferait un anachronisme si l'on s'en tenait à l'ordre indiqué par Zeller. — Au reste, la conception hégélienne de cette succession historique est totalement fausse au point de vue de l'enchaînement logique. En France, la progression de Condillac et d'Holbach s'explique tout simplement par cela que le matérialisme, étant plus populaire, devint une arme plus puissante contre la foi religieuse. Ce n'est point parce que la philosophie passa du sensualisme au matérialisme que la France devint révolutionnaire, mais c'est parce que la France devint révolutionnaire pour des causes bien plus profondes que les philosophes de l'opposition adoptèrent des points de vue de plus en plus simples (primitifs), et Naigeon, qui résuma les écrits de Diderot et de d'Holbach, finit par devenir le véritable homme du jour. Quand le développement théorique s'opère sans obstacles, l'empirisme (par exemple Bacon), mène directement au matérialisme (Hobbes), celui-ci au sensualisme (Locke), qui donne naissance à l'idéalisme (Berkeley) et au scepticisme ou criticisme (Hume et Kant). Cette vérité s'appliquera encore plus nettement à l'avenir, les naturalistes eux-mêmes s'étant habitués à penser que les sens ne nous donnent qu'une « représentation du monde ». Toutefois cette série peut à chaque instant être troublée par l'influence pratique précitée et, dans les grandes révolutions, dont les causes intérieures, profondément cachées dans « l'inconscient », ne nous sont encore

guère connues que par le côté économique, le matérialisme lui-même fmit par ne plus être aussi populaire et aussi victorieux, et l'on voit s'élever mythe contre mythe, croyance contre croyance.

55 [page 337]. Kuno Fischer, Franz Baco von Verulani, Leipzig, 1856, p. 426 : a Le continuateur systématique de Locke est Condillac, après lequel viennent les encyclopédistes... Il ne laisse qu'une conséquence à déduire : le matérialisme dans toute sa nudité. L'école de d'Holbach le développe dans de la Mettrie et dans le Système de la nature . »

56 [page 338]. Hetlner, II, p. 388 (au lieu de 1748, L'Homme-Machine porte par erreur la date de 1746). — Schlosser, Wellgesch. /. d. deutsche Volk (1854) XVI, p. 145.

57 [page 338]. Voir Rosenkranz, Diderot, I, p. 136.

58 [page 340]. Voir Zimmermann, Leben des Herrn von Haller, Zurich, 1755, p. 226 et suiv.

59 [page 340]. Dans les indications biographiques, nous suivons parfois textuellement, VEloge de M. de la Mettrie, composé par Frédéric le Grand, Histoire de l'Académie royale des sciences et belles-lettres, année 1750, Berlin, 1752, 4, p. 3-8.

60 [page 343]. Dans la première édition, j'iodiquais, d'après Zimmermann, Leben des Herrn Haller, p. 226, la fm de l'année 1747 comme date de la publication de L'Homme-Machine. Quérard (a) (qui donne la liste la plus détaillée et la plus exacte, mais pas encore complète, des œuvres de de la Mettrie), i-idique l'année 1748. Au reste, d après l'Eloge du Grand Frédéric, de la Mettrie vint rk Berlin en février 1748.

61 [page 343]. Dans les œuvres philosophiques de de la Mettrie, sous le titre modifie de Traité de l'âme. Cet ouvrage est le même que VHist. nal, de l'âme, comme nous l'apprend une remarque de l'auteur, ch. xv, hist. VI du Traité : « On parlait beaucoup à Paris, quand j'y publiai la première édition de cet ouvrage, d'une fille sauvage », etc. Observons à ce propos que, pour la désignation des chapitres ainsi que pour toute l'ordonnance de l'ouvrage, il règne un grand désordre dans les éditions. Des quatre éditions que j'ai devant moi, la plus ancienne, celle d'Amsterdam, 1752, indique cette section comme <«. hist. vi », ce qui est probablement exact. Le chapitre xv est suivi d'un supplément de sept paragraphes, dont les six premiers sont désignés comme histoire I, II, etc., le § 7, contenant la belle conjecture d'Arnobe, comme § 7. Il en est de même dans l'édition d'Amsterdam, 1764 in-12. Quant aux éditions de Berlin, 1774, in-8°, et d'Amsterdam, 1774, elles placent ici le chapitre vi, tandis que l'ordre numérique exigerait xvi.

62 [page 346]. A la fin du 7' chapitre se trouve un passage qui annonce très clairement le point de vue de L'Homme-Machine, à moins que ce passage ne provienne du remaniement postérieur de l'Histoire

(a) France littéraire.

naturelle et n'ait été inséré qu'après la rédaction de L'Homme-Machine. De la Meltrie dit en effet, qu'avant de parler de l'àme végétative, il doit répondre à une objection. On lui demandait comment il pouvait trouver absurde l'assertion de Descartes d'après laquelle les animaux sont des machines, alors que lui-même n'admettait pas chez les animaux de principe différent de la matière. De la Mettrie répondit laconiquement : Parce que Descartes refuse à ses machines la sensibilité. L'application à l'homme est palpable. De la Mettrie ne rejette pas ridée du mécanisme dans la machine, mais seulement celle de Vinsensibiiilé. — Ici encore du reste on voit clairement combien Descartes se rapproche du matérialisme !

63 [page 346]. Qu'on remarque la circonspection et la perspicacité avec lesquelles procède ici 1' « ignorant et superficiel » de la Mettrie. II n'aurait certainement pas commis la faute det Moleschott, dont il est question, p. 440 de la 1" édition, en jugeant le cas de Jobert de Lamballe. Quand la tête et la moelle épinière sont séparées, c'est à la moelle épinière et non à la tète qu'il faut demander si elle éprouve de la sensation. — Faisons aussi remarquer que de la Mettrie prévoit comme possible du moins le point de vue où s'est placé Robinet.

64 [page 347]. Chap. xv, y compris le supplément ; voir note 62.

65 [page 348]. Voir le très intéressant passage d'Arnobe (a) où en effet, pour réfuter la théorie platonicienne de 1 âme, celte hypothèse est exposée et discutée en détail. De la Mettrie abrège déjà beaucoup l'hypothèse d'Arnobe ; notre texte se borne à reproduire les idées principales.

66 [page 350]. La remarque très judicieuse de de la Mettrie contre Locke (indirectement contre Voltaire) est conçue en ces termes : « Les métaphysiciens qui ont insinué que la matière pourrait bien avoir la faculté de penser n'ont pas déshonoré leur raison. Pourquoi ? c'est qu'ils ont l'avantage (car ici c'en est un) de s'être seulement mal exprimés. En effet, demander si la matière peut penser, sans la considérer autrement qu'en elle-même, c'est demander si la matière peut marquer les heures. On voit d'avance que nous éviterons cet écueil, où M. Locke a eu le malheur d'échouer » (6). — De la Mettrie veut sans doute dire que, si l'on considère seulement la manière en soi, on peut répondre aussi bien par oui que par non à la célèbre question de Locke, sans que rien soit décidé. La matière d'une horloge peut indiquer ou ne pas indiquer les heures, suivant que l'on parle d'une faculté active ou passive. Ainsi le cerveau matériel pourrait aussi, en quelque sorte, penser, l'âme le mettant en mouvement comme un ins- Irumenl pour exprimer les pensées. Voici quelle est la véritable ques-

(a) Adoersus nationes, II, c. xx et suiv., p. 150, éd. Hildebrand, Halle en Saxe, 1844.

(5) L' Homme-machine, p. 1 et 2, éd. d'Amsterdam, 1774.

lion à poser : la faculté de penser, qu'en tout cas on peut séparer en idée d'avec la matière, est-elle en réalité une émanation nécessaire de celle-ci, oui ou non ? Locke a éludé cette question.

67 [page 348]. Le spectacle de la nature ou entretiens sur l'histoire naturelle et les sciences, Paris, 1732 et suiv. 9 vol., 2' édition, La Haye, 1743, 8 vol., parut anonyme ; l'auteur est, d'après Quérard (d'accord avec de la Meltrie, qui le nomme de son nom), l'abbé Pluche.

08 [page 353]. Quand il est question du cerveau dans ses rapports avec les facultés intellectuelles, l'argumentation du matérialisme d'aujourdhui ressemble étonnamment à celle de de la Mettrie. Celui-ci traite ce sujet avec assez de détails, tandis que notre texte se borne à indiquer les points principaux. De la Mettrie (« l'ignorant ») a particulièrement étudié avec soin l'ouvrage de Willis, qui fait époque, sur l'anatomie du cerveau et il a pris tout ce qui pouvait entrer dans son plan. Il connaît par conséquent déjà l'importance des circonvolutions cérébrales, la différence du développem.ent relatif de plusieurs parties du cerveau chez les animaux supérieurs et inférieurs, etc.

69 [page 354]. La discussion détaillée de ce problème se trouve pages 22 et suiv. de l'édition d'Amsterdam, 1774. — En ce qui concerne la méthode d'Ammann, de la Mettrie en donne (a) une analyse miwr lieuse, ce qui prouve le soin consciencieux avec lequel il s'est occupé de cette question.

70 [page 357]. Dans la première édition, j'admettais par erreur que de la Mettrie et Diderot étaient d'accord, tandis que de la Mettrie combattait Diderot déiste el téléologique, et se moquait de son « univers », sous le poids duquel il voulait « écraser » l'athée. D'un autre côté, on doit rappeler que Diderot, immédiatement après le passage que Rosenkranz (ö) cite en faveur du déisme de Diderot, publia le chapitre 21, d'une tendance totalement opposée. Diderot y combat l'argument (reproduit récemment par E. de Hartmann), en faveur de la léléologië, au moyen de l'invraisemblance mathématique de la Onalité comme simple cas spécial de combinaisons résultant de causes sans but. La critique de Diderot démolit de fond en comble cet argument spécieux, sans toutefois présenter l'universalité et l'évidence, qui résultent des principes établis par Laplace. Ici on peut se demander, et la chose en vaut la peine, si Diderot, dans ce chapitre, n'a pas voulu sciemment détruire pour les esprits compétents toute l'impression de ce qui précédait, tandis qu'aux yeux de la masse des lecteurs il conservait l'apparence d'un déisme plein de foi. On peut aussi admettre, et cette hypothèse nous paraît la plus probable, que les prémisses de conclusions tout à fait opposées se trouvaient alors dans Tesprit de Diderot les unes à côté des autres, encore aussi confuses

(a) Histoire naturelle de Vûme.

(b) Diderot, I, p. 40 et suiv.

qu'elles le sont dans les deux chapitres contradictoires et successifs de son ouvrage. Si quelqu'un voulait prouver qu'à cette époque-là Diderot penchait vers l'athéisme, il devrait s'appuyer principalement sur ce chapitre. Au reste de la Metlrie, qui avait peu de goût pour la mathématique, paraît ne pas avoir compris l'importance de ce chapitre, laquelle a pareillement échappé à Rosenkranz. 11 appelle les Pensées philosophiques « sublime ouvrage qui ne convaincra pas uu athée » ; mais nulle part il ne pense que Diderot, en feignant d'attaquer l'athéisme, le recommandait indirectement. — D'après cela, il faut singulièrement réduire l'influence que Diderot aurait exercée sur de la Metlrie. Nous avons montré qu'en principe L'Homme-Machine était déjà contenu dans Vllisloire nalurelle (1745). — Voir Œuvres de Denis Diderot, I, p. 110 et suiv. Paris, 1818 ; Pensées philosophiques, c. 20 et 21. — Rosenkranz, Diderot, I, p. 40 et suiv. — Œuvres phil. de M. de la Metlrie. Amsterdam, 1747, 111, p. 54 et suiv., Berlin, 1747, I, p. 327.

71 [page 357J. Ici encore nous voyons de la Metlrie étudier avec le plus grand zèle les publications les plus récentes concernant les sciences naturelles et les utiliser pour ses propres théories. Les écrits les plus importants de Trembley sur les polypes datent des années 1744-

72 [page 360]. Quant aux chefs-d'œuvre mécaniques de Vaucanson et ceux encore plus ingénieux de Droz père et fils, voir Helmholtz sur la transformation des forces de la nature, conférence du 7 février 1854, où la connexion de ces essais, qui nous paraissent des jeux d'enfants avec le développement de la mécanique et les espérances que cette science avait fait concevoir, est très lucidement exposée. — Vaucanson peut, à certains égards, être considéré comme le précurseur de de la Metlrie pour l'idée de L'Homme-Machine. Les automates plus admirables des deux Droz, l'enfant écrivant et la jeune fille jouant du piano, n'étaient pas encore connus de de la Mettrie. Le joueur de flûte de Vaucanson fut montré pour la première fois à Paris en 1738.

73 [page 360]. La 1" édition de l'Histoire nalurelle de l'âme parut comme traduction de l'ouvrage de M. Sharp (dit Quérard, France littéraire) ou Charp dans i Homme-Machine où « le prétendu M. Charp » est combattu, dans les éditions des œuvres philosophiques de 1764 Anislcj^dam, 1774 Amstcrd., et 1774 Berlin.

74 [page 361]. Dans la critique de V Homme-Machine (a), il est dit : « Nous remarquons seulement encore que cet écrit vient de paraître à Londres, chez Owen, à la Tête d'Homère, sous le titre de Man a machine Iranslated of the French of Ihe marquis d'Argens, et que l'auleur a passablement copié YHisloire de l'âme publiée en i745 et contenant pareillement une apologie du matérialisme ». — Comme nous le

(a) VVindheim, Gœtting. phil. Bibliothek, Hanovre, 1749, tome I, p. 197 et suiv.

voyons, les plagiats de de la Meltrie peuvent bien par eux-mêmes avoir contribué à lui attirer l'accusation de se parer des plumes d'au- Irui. — L'original français contenait (dans l'édition de Berlin, 1774), une préface de l'éditeur Elie Luzak (rédigée probablement aussi par de la Mettrie, qui plus tard sous le même nom fit paraître une réfutation, L'Homme plus que machine), où il était dit qu'un inconnu lui avait adressé le manuscrit de Berlin, avec prière d'envoyer six exemplaires de l'ouvrage au marquis d'Argens, mais qu'il était persuadé que cette adresse n'était qu'une mystification.

75 [page 363]. C'est seulement quand on sépare certains passages de de la Meltrie du milieu auquel il appartient que l'on peut y trouver l'apparence d'un éloge du vice ; par contre chez Mandeville, le vice est justifié précisément par la liaison logique des idées, par la pensée principale d'une conception du monde énoncée en quelques lignes, mais très nette et fort répandue aujourd'hui, sans qu'on y mette de l'ostentation. Ce que de la Mettrie a dit de plus énergique dans ce sens est sans doute le passage du Discours sur le bonheur, pages 176 et suiv. que l'on peut résumer ainsi : « Si la nature t'a fait pourceau, vautre-toi dans la fange, comme les pourceaux ; car tu es incapable de jouir d'un bonheur plus relevé et en tout cas tes remords ne feraient que diminuer le seul bonheur, dont tu sois capable, sans faire de bien à personne ». Mais l'hypothèse veut précisément que l'on soit un porc sous forme humaine, ce qui ne peut guère être appelé une idée attrayante. Que l'on compare avec cela le passage suivant, cité par Heltner (a) et emprunté à la morale de la fable des abeilles : « Des fous peuvent seuls se flatter de jouir des charmes de la terre, de devenir des guerriers renommés, de vivre au milieu des douceurs de l'existence tout en restant vertueux. Renoncez à ces rêveries vides de sens. Il faut de l'astuce, du libertinage, de la vanité, pour que nous puissions en retirer des fruits savoureux... La vie est aussi nécessaire pour la prosi>érité d'un Etat que la faim pour l'entretien de la vie de l'homme ». ^ Je me rappelle avoir lu dans un journal, qui depuis a cessé de paraître (5), un essai ayant pour but de réhabiliter Mandeville et se rattachant expressément à ce passage de mon Histoire du matérialisme. Cet essai, en donnant le sommaire de la fable des abeilles, veut prouver qu'il ne contient rien qui soit de nature à faire pousser les hauts cris aujourd'hui. Or je n'ai jamais affirmé cela. Je crois au contraire que la théorie de l'école extrême de Manchester et la morale pratique de ses fondateurs et d'autres cercles très honorables de la société actuelle non seulement s'accordent, sans qu'il y ait hasard, avec la fable des abeilles de Mandeville, mais encore découlent de la même source historiquement et logiquement. Si l'on

(a) Literalurgesch., I, p. 210.

(b) Internalionale Revue, "Vienne, librairie d'Arnold Hilberg.

veut faire de Mandeville le représentant d'une grande pensée historique et le donner comme étant du moins pour lui-même et pcrsonncllemeot étranger au goût du vice, je n'ai rien à objecter à cette manière de voir. Je ne maintiens qu'une chose : Mandeville a recommandé le vico, de la Mettrie, non.

75 bis [page 366]. Literalurgesch. d. 18 Jahrh., II, p. 388 et suiv.

76 [page 366]. Kant, Kritik d. Urtheilskralt, § 54 ; V, p. 346, éd. Hartenstein.

77 [page 367]. « Toutes choses égales, n'est-il pas vrai que le savant. avec plus de lumières, sera plus heureux que l'ignorant ? » p. 112 et 113, éd. d'Amsterd., 1774.

78 [page 367]. Le Discours sur le bonheur ou V Anti-Sénèquc servit primitivement d'introduction à une traduction, faite par de la Mettrie, du traité de Sénèque de Vila beaia. — Quant à la sympathie des Français pour Sénèque, voir Rosenkranz, Diderot, II, p. 352 et suiv.

79 [page 367]. Voir la fin de la dissertation, p. 188, éd. d'Amsterd. 1774, de la Mettrie affirme n'avoir rien emprunté ni à Hobbes, ni ;i milord S... (Shaftesbury ?). J'ai, dit-il, tout puisé dans Ja nature. Mai^ il est clair que, tout en admettant sa bonne foi, on ne peut éliminer l'influence de ses prédécesseurs sur l'origine de ses théories.

80 [page 373]. Voir Schiller, über naive und sentimentalische Dichtung, X, p. 480 et suiv. de l'édition historique-critique ; XII, p. 219 cl suiv. de la petite et plus ancienne édition. — Ueberweg, Grundriss, 3' édit., III, p. 143.

81 [page 375]. Cette lettre, dans laquelle se trouve aussi le jugement précité, défavorable à de la Mettrie considéré comme écrivain : (.< II était gai, bon diable, bon médecin et très mauvais auteur ; mais en ne lisant pas ses livres, il y avait moyen d'en être très content »), porte la date du 21 nov. 1751 ; on en donne un extrait dans la Nouv. biogr. génér., art. Lamettrie.

82 [page 379]. Voir Hcttner, II, p. 364. — Sur Naigeon, le « calotin de l'athéisme », voir Rosenkranz, Diderot, II, p. 288 et suiv.

83 [page 380]. Voir Rosenkranz, Diderot, II, p. 78 et suiv.

84 [page 384]. La définilion, uu commencement du n" chapitre, esl ainsi conçue : « Le mouvement est un effort par lequel un corps change ou tend à changer de place ». Dans cette définition, on présupf)ose déjà l'identité du mouvement avec le nisus ou conatus des théoriciens d'alors, que d'Holbach cherche à démontrer dans le courant du chapitre, ce qui conduit à établir une idée supérieure (« e[[orl », « Anstrengung » dans la traduction allemande, Leij)zig, 1814) ; cet effdil implique au fond l'idée du mouvement ; il a en outre une couleur anthropomorphiquc dont est exemple l'idée plus simple de mouvement. Voir aussi la note suivante.

85 [page 385]. Dans ce passage (a) l'auteur cite les Lettres à Sére-na,

(a) P. 17 et suiv. de l'éd. A Londres, 1780.

de Toland ; cependant il n'adopte pas dans toute sa rigueur la théorie de Toland sur le mouvement. Celui-ci montre que le « repos » non seulement doit être compris toujours dans un sens relatif, mais encore n'est au fond qu'un cas spécial du mouvement, attendu qu'il faut exactement autant d'activité et de passivité pour qu'un corps, en conflit avec les forces, garde quelque temps sa position, que pour qu'il en change. D'Holbach n'approche de ce but que par un détour, et n'atteint nulle part avec précision le point décisif, soit qu'il n'ait pas compris la théorie de Toland dans toute sa force, soit qu'il regarde comme plus populaire„sa manière personnelle de traiter ce sujet.

86 [page 386]. 1, ch. m, p. 38 de l'édit. de 1780.

87 [page 337]. I, ch. iv, p. 52 de l'édit. de 1780.

88 [page 388]. Voir l'article Dieu, Dieux dans le Dictionnaire philos., publié dans la collection des Œuvres complètes de Voltaire, cl sous le titre de « Sentiment de Voltaire sur le Système de la nature », avec une modification de l'ordre des chapitres, dans l'édition de 1780 du Système de la nature.

89 [page 394]. Essai sur la peinture, / : « Si les causes et les effet» nous étaient évidents, nous n'aurions rien de mieux à faire que ac représenter les êtres tels qu'ils sont. Plus l'imitation serait parfaite et analogue aux causes, plus nous en serions satisfaits ». Œuvres compl. de Denis Diderot, IV, 1" part., Paris, 1818, p. 479. — Rosenkranz, qui renvoie avec tant d'énergie à l'idéalisme de Diderot (o), n'a sans doute pas suffisamment approfondi cet important passage, dans son compte rendu de la marche des idées dans YEssai sur la peinture (b). Il ne nous reste qu'à admettre simplement une contradiction de Diderot avec lui-même ou à rattacher à la théorie de la « vraie ligne », suivant le m.ode adopté dans le texte, la supériorité, affirmée par Diderot, de la vérité naturelle sur la beauté.

90 [page 398]. Système de la nature, I, ch. x, p. 158 et suiv.. de l'édition de 1780 . — Remarquons ici d'ailleurs formellement, à propos de l'éloge démesuré qui a été fait récemment du mérite de Berkeley, que son système n'est « irréfutable » qu'en tant qu'il se born<» siu'.plemcnt à la négation d'un monde corporel, différent de nos représentations. Conclure ensuite à une substance spirituelle, incorporelle et active, comme cause de nos idées, c'est ouvrir la porte aux absurdités les plus plates et les plus palpables qu'un système métaphysique (piclconque puisse produire.

91 [page 399]. I, ch. ix ; dans l'édition de 1780 : I, p. 123.

92 [page 411]. Zeller, Gesch. d. deutschen Phil., Munich, 1873, discute, p. 99 et suiv. l'influence de l'atomistique sur Leibnitz, et ajoute en-

(a) Voir en particulier Diderot, H, p. 132 et suiv., les pass*ages pri.-^ dans la lettre à Grim.m, sur le Salon- de 1767, Œuvres, JV, i, p. 170 ri suiv.

{b) Diderot, II, p. 137.

suite : « Il revint des atomes aux formes substantielles d'Arislole pour faire avec les unes et les autres ses monades » ; cl ibid., p. 107 : « Ainsi, à la place des atomes matériels, viennent des individualités intellectuelle? ,et, à la place des points physiques, des « points métaphysiques ». — Leibnitz lui-même nomme aussi ses monades des « atomes formels ». Voir Kuno Fischer, Gesch. d. n. Phii, 2' éd., II, p. 319 et suiv.

93 [page 412]. Suivant l'opinion générale, la théologie de Leibnitz était inconciliable avec les principes philosophiques de son système ; telle n'était donc pas l'opinion du seul Erdmann (a) Kuno Fischer le constate formellement (b), mais tout en déclarant que cette opinion était fort répandue, Kuno Fischer la combat énergiquemenl. Pour démontrer le contraire, il s'appuie sur la nécessité d'une monade suprême qui est alors nommée « absolue » ou « Dieu ». On peut accorder que le système présuppose une monade suprême, mais non que celleci, tant est qu'on l'imagine d'après les principes de la théorie des monades, puisse prendra la place d'un dieu qui conserve et gouverne le monde. Les monades se développent, d'après les forces qui sont en elles, avec une rigoureuse nécessité. Aucune d'elles ne peut, ni dans le sens de la causalité ordinaire ni dans le sens de « l'harmonie préétablie », être la cause productrice des autres. L'harmonie préétable elle-même ne produit non plus les monades, mais elles en déterîiiine seulement l'état, d'une manière absolument semblable à celle qui, dans le système du maforialisme, fait déterminer par les lois ifcnérales du mouvement l'état des atomes dans l'espace. Or il est aisé de voir que c'est une simple conséquence logique du déterminisme de Leibnitz d'interrompre ici la série des causes, au lieu de poser encore une « base sufTîsante » aux monades et à l'harmonie préétablie, laquelle base n'aurait autre chose à faire que d'être précisément la base suffisante à elle-même. Du moins Newton donnait à son dieu quelque chose à pousser et à ravauder ; mais une base, qui n'a d'autre but que d'être la base du fondement dernier du monde, est aussi inutile que la tortue qui supporte la terre ; aussi se demande-t-on immédiatement quelle est donc la base suffisante de ce dieu. Kuno Fischer tâche de se soustraire à cette conséquence inévitable en faisant dériver non l'état des monades de l'harmonie préétablie, mais celle-ci des monades. « Elle provient nécessairement des monades, parce qu'elle s'y trouve primitivement (c). » Ce n'est qu'une simple interversion de la thèse identique : l'harmonie préétablie est l'ordre déterminé à l'avance dans l'état des monades. Il ne s'ensuit nullement la nécessité que toutes les autres monades soient sorties de

(a) Vc (6) Ge

Gesch. d. neueren Phil., 2' éd., II, p. 627 et suiv. (c) Ibid., p. 629.

la plus parfaite. Celle-ci, dit-on, est la cause explicative de l'état des autres (pensée qui du reste n'est pas incontestable) ; mais cotte circonstance ne fait pas de la monade la plus parfaite le fondement réel, ot quand même elle le serait, il en résulterait sans doute, en un certain sens, un dieu supra-cosmique, mars ce ne serait pas encore un dieu qui pût s'adapter aux besoins religieux du théiste. Zeller (a) a fait une remarque très judicieuse : « Il ne serait pas très difficile de démontrer à rencontre du déterminisme de Leibnitz, comme de tout autre déterminisme théologique, que développé d'une manière logique, i> conduirait au delà du pomt de vue théiste de son auteur et nous forcerait à reconnaître en Dieu non seulement le créateur, mais encore la substance de tous les êtres périssables ». Or cette démonstration, qui n'est pas très difficile, rentre d'autant plus dans la critique inévitable du système de Leibnitz, qu'un génie tel que Leibnitz devait luimême ausi ''aire cette découverte après Descartes, Hobbes et Spinoza. — Le seul point, qui paraisse rattacher nécessairement Dieu à l'univers, est la théorie du choix du meilleur monde parmi un nombre infini (le mondes possibles. Ici nous pouvons renvoyer au traité de Baumann (6), traité savant, puisant à toutes les sources importantes. Il y est démontré que les essences éternelles des choses, auxquelles Dieu ne peut rien changer, peuvent aussi bien être regardées comme des forces éternelles, par la lutte réelle desquelles on obtient ce minimum de contrainte réciproque que Leibnitz fait réaliser par le choix (nécessaire !) de Dieu. Les conséquences logiques de sa conception au monde basée sur les mathématiques aboutissent à l'éternelle prédestination de toutes choses « par un fait simple », « tout se résume en un fait simple et nu ; rattacher les choses à Dieu, c'est aboutir à une vaine ombre » (p. 285).

94 [page 412]. De l'inutilité de l'idée de Dieu dans la métaphysique de Leibnitz, logiquement démontrée dans la note précédente, il ne s'ensuit pas encore, il est vrai, que subjectivement Leibnitz pût se passer de cette idée et la nature de la question empêche d'apporter ici un argument irrésistible. Il n'est pas toujours facile de distinguer entre le besoin religieux que Leibnitz éprouvait d'après Zeller (p. 103) et son besoin de vivre en paix avec le sentiment religieux de son entourage. Toutefois, sous ce rapport, nous ne mettrions pas absolument Leibnitz au même rang que Descaries. Non seulement chez ce dernier maint passage dénote un prudent calcul, tandis que chez Leibnitz on remarque plutôt la sympathique adhésion d'une âme impressionnable, mais encore on peut trouver chez le philosophe allemand une teinte de mysticisme qui fait complètement défaut à Descartes (c).

(a) Gesch. d. deutschen Phil., p. 176 et suiv.

(b) Die Lehren von Raum, Zeit und Malhcmalik. Berlin, 1869, II, p. 280 et suiv.

(c) Voir Zeller, p. 103.

En cela il n'y a ni une contradiclion psychologique avec le clair et inflexible déterminisme de son système, ni un argument en faveur de la sincérité de ses tours d'adresse théologiques. — La citation de Lichtenberg, mentionnée dans le texte, est prise dans le premier volume de ses Vermischle Schrillen, à l'article « Observations sur l'homme ». Voici le passage complet : « Leibnilz a défendu la religion chrétienne. Conclure directement de là, comme le font les théologiens, qu'il était bon chrétien, dénote une médiocre connaissance des hommes. La vanité de parler un peu mieux que les gens de métier est, chez un homme comme Leibnilz, qui avait peu de solidité, un mobile par lequel il fut poussé plutôt que par la religion. Sondons un peu mieux notre propre for intérieur, et nous verrons combien peu il est possible d'afïirmer quelque chose sur le compte d'autrui. Je me flatte même de prouver que parfois on se figure croire à quelque chose et qu'en réalité on n'y croit pas. Rien n'est plus difficile à approfondir que le système des mobiles de nos actions. »

95 [page 412]. Un portrait caractéristique de Leibnilz, avec des considérations spéciales sur les influences qui déterminèrent sa théologie, nous a été donné par Biedermann (a). — Biedermann a complètement raison de déclarer insuffisante notamment la célèbre apologie de Lessing défendant le point de vue adopté par Leibnitz. Lessing y parle des doctrines ésotériques et exotériques d'un ton qui nous paraît luimême peu exotérique.

96 [page 415]. Voir I, 2" partie, p. 223, et la note 63, page 482. — Hennings (b) fait des partisans de cette opinion une classe particulière d'idéalistes qu'il appelle « égoïstes » par opposition aux et pluralistes ».

97 [page 417]. Du Bois-Reymond (c) dit fort judicieusement : « On sait que la théorie des maxima et des minima des fonctions, par la découverte des tangentes, lui dut un progrès notable. Or il se figure Dieu, au moment de la création, comme un métaphysicien qui résout un problème minimum ou plutôt, suivant l'expression actuelle, un problème de calcul des variations : le problème consistant à déterminer, dans un nombre infini de mondes possibles, qui lui apparaissent encore incréés, celui qui présente la somme minimum de maux nécessaires ». En cela ,Dieu doit compter avec des facteurs donnés (les possibilités ou les « essences »), comme l'a très bien fait ressortir Baumann (d). — Il est bien entendu que l'intelligence parfaite de Dieu

(a) Deulschland iin xviii Jahrhundert, II, chap. 5 ; voir en particulier les p. 242 et suiv.

(b) Gesch. von d. Seelen der Menschen und Thicrc, Halle, 1774, p.

(c) Leibnilz'sche Gedanken in der modernen Nalurwissenschalt (zwei Festreden), Berlin, 1871, p. 17.

(d) Lehren von Raum, Zeil und Mathematik, II, p. 127-129.

suit impcrlurbablemcnt les mêmes règles que noire inlelligence reconnaît pour les plus exactes (a), c'est-à-dire que l'activité de Dieu fait précisément que tout s'opère conformément aux lois de la métaphysique et de la mécanique. — Voir plus haut, note 93.

98 [page 421]. Dans ma 1" édition, c'est à tort que Baier et Thomasius sont appelés « médecins de l'université de Nuremberg ». Jenkin Thomasius était un médecin anglais, qui séjournait alors en Allemagne et qui s'était probablement mis en rapport avec l'université d'Altdorf ; du moins le professeur Baier termine sa préface par ces mots : « cujus proinde laborem et studia, académies nostrœ quam maxime probata, cunctis bonarum litterarum fautoribus meliorem in modumcommendo». (« dont je recommande expressément à tous les amis de la science le travail et les études, favorablement appréciées par notre académie. ») Or le Baier qui écrivit cette préface n'était pas le médecin Jean-Jacques Baier qui demeurait alors à Nuremberg, mais le théologien Jean- Guillaume Baier. — Un court extrait de l'opuscule de Kohlesius, que publia, en 1713, l'imprimerie de l'université, se trouve dans Scheitlin, Thicrseelenkunde, Stuttg. et Tub., 1840, I, p. 184 et suiv.

99 [page 421]. Je n'ai pu trouver de plus amples renseignements sur cette société dans les travaux préparatoires à ma 1" édition. Je renvoie donc, comme pièce justificative, à la Bibl. psychologica de Grsesse, Leipzig, 1845, où, sous le nom de Winkler, sont communiqués les titres des dissertations dont il s'agit. l 'une d'elles, publiée en 1743, traite la question : « Les âmes des bêtes meurent-elles avec leurs corps ? ». — Dans Hennings (i»), le titre de ce recueil de dissertations est indiqué d'une manière un peu plus complète que chez Grœsse. Le voici : Philosophische. Untersuchungen von dem Seyn und Wesen der Seelen der Thiere, exposées dans six dissertations différentes par quelques amateurs de philosophie, avec une préface sur l'organisation de la société de ces personnes, publiées par Jean-Henri VMnkler, professeur des langues grecque et latine à Leipzig. Leipzig, 1745.

100 [page 422]. On trouvera d'autres détails sur l'ouvrage ici mentionné de Knutzen chez Jürgen Bona Meyer, Kants Psychologie, Berlin, 1870, p. 225 et suiv. — Meyer se proposait de rechercher où Kant avait trouvé sa théorie de la « psychologie rationnelle » qui sert de base à la réfutation contenue dans la Kritik d. r. Vern. Le résultat est que, suivant toutes les probabilités, trois ouvrages jouent ici le rôle principal : Knutzen, Philos. Abhandl. von der immoler. Natur der Seele, etc., dans laquelle on prouve que la matière ne peut pas penser que l'âme est incorporelle, et où l'on réfute clairement les principales objections des matérialistes (1774) ; Reimarus, vornhemste Wahrheiten der naluerl. Religion (1744) ,et Mendelsohn, Phœdon (1767). Knutzen

(a) Baumann, ibid., p. 115.

(b) Hennings, Gesch. v. d. Seel&n der Menschen u. Thiere, Halle,

NOTES DE LA QUATRIÈME PARTIE. ü?)

déduit la nature de l'âme de l'unité de la conscience du moi ; c'esl précisément le point contre lequel Kant dirigea plus tard toute la rigueur de sa critique.

101 [page 422]. Frantzen, Widerlegung des L Homme-machine, Leipzig, 1749. C'esl un livre de 320 pages.

102 [page 423]. Voici le titre de son ouvrage : De machina cl anima hiimana prorsus a se invicem dislinctis, commentalio, libello latere amanlis auloris gallico « Homo machina » inseriplo opposila et ad iluslrissimum virum Alberlum Haller, phil. et n\éd., Doct. exarata a D. Balthas. Ludovico Traites, medico Vrastil. — Lipsiœ et Vratislaviœ apud Michel Huberlum, 1749.

103 [page 423]. Inutile de rappeler ici que la théorie de Leibnitz relative au monde réel comme étant le meilleur, si elle est bien comprise, n'e.xclut aucune espèce de développement et de commencement.

104 [page 424]. Hollmann, savant d'une réputation étendue mais éphémère, était alors (depuis 1737) professeur à Gœttingue. D'après Zimmermann (a), Hollmann rédigea la Lettre d'un anonyme pour servir de critique ou de ré[utation au livre intitulé L' Homme-machine, laquelle parut d'abord en allemand dans les journaux de Gœttingune, puis fut traduite à Berlin. Hollnjann n'aurait donc pas le mérite d'avoir écrit en français.

105 [page 428]. Voir Biedermann, Deutschland im 18 Jahrhundert, Leipzig, 1858, II, p. 392 et suiv.

106 [page 429]. Voir Justi, Winkelmann, I. p. 25 ; ibid., p. 23 et suiv., se trouvent d'intéressants détails sur l'état des écoles vers la fin du xvui' siècle. Nous ferons seulement remarquer que le professeur de VVinkelmann, Tappert, quoique connaissant peu la langue grecque, était évidemment du nombre des novateurs qui, d'un côté, en introduisant de nouvelles branches d'enseignement, tenaient compte des besoins de la vie et mettaient fin à la domination exclusive de la langue latine, mais d'un autre côté rendaient à l'étude du latin une direction humaniste au lieu de la méthode routinière du xvii* siècle. Ce ne fut par l'effet du hasard si, au commencement du xvii' siècle, on se rattacha, sur bien des points, aux traditions de Sturm dans les gymnases, et par conséquent si on redoubla d'ardeur pour imiter Cicéron, non par un respect traditionnel envers le latin, mais grâce au goût qui venait de renaître pour la beauté et l'élégance du style. — Comme exemple des plus marquants de réforme scolaire dans ce sens, nous nous contenterons de rappeler l'activité de l'inspecteur de Nuremberg Feuerlein (ö) ; nous regrettons seulement que l'auteur n'ait pas assez mis en relief les efforts de Feuerlein pour l'amélioration de l'enseignement des langues latine et grecque, ainsi que pour l'étude de l'allemand et des sciences positives. Feuerlein avait été poussé principale-

Leben des Herrn von Haller.

Voir de Raumer, Gesch. d. Pœd. 3* éd., p. 101 et suiv,

menl par Morhof, bien coiiiui coaune érudit, et par le savant recteur d'Ansbach, Köhler, de l'école duquel sortit Jean-Mathias Gesner, qui compléta la victoire de la nouvelle réforme en publiant ses Instituliones rei scholaslicœ (.Hlô) et sa Griechische Chrestomathie (1731). Voir Sauppe, Weimarische Schulreden, VIII, Johann-Matthias Gesner. (Weimar, 1856).

107 [page 429]. Üz, que ses contemporains admirèrent plus tard comme 1 Horace allemand, fit ses éludes au gymnase d'Ansbach, d'où était sorti J.-M. Gesner (voir la note précédente). Gleim vint de Wernigerode, où, à la vérité, on était arriéré en fait de grec, mais où l'on faisait avec une ardeur d'autant plus grande des vers latins et allemands (a). A Halle, où ces jeunes gens formèrent la société anacréontique, ils commencèrent à lire Anacréon en grec. Les dfux Hagedorn, lun poète et l'autre critique d'art, vinrent de Hambourg, où le célèbre érudit Jean Alb. Fabricius faisait de bons livres et de « mauvais vers », dit Gervinus.

108 [page 430]. Sur Thomasius et son influence, voir particulièrement Biedermann, Deutschland im xvni Jahrhundert, II, p. 358 et suiv.

1Û9 [page 430]. Un exemple particulièrement caractéristique nous est fourni à ce propos par Justi (b), dans l'excellent portrait du professeur Damm de Berlin, qui exerça une influence considérable sur l'élude du grec et notamment d'Homère.

110 [page 432]. Lichtenberg, Vermischte Schrillen, publiés par Kries, II, p. 27.

111 [page 432]. Voir la lettre de Gœlhe, publiée par Antoine Dohrn dans les Westermanns Monatshe(te, réimprimée dans les Philos. Monalshe'ite de Bergmann, IV, p. 516, mars 1870.

112 [page 433]. Dans les Annales, 1811, à propos du livre de Jacobi : Von den gœlllichen Dingen.

113 [page 434]. V\''ahrheil und Dichtung, dans le XP livre.

(a) Voir Prœhle, Gleim auf der Schule, Progr. Berlin, 1857.

(b) Winkelmann, I, p. 34 et suiv.

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