‹ Histoire du merveilleux dans les temps modernes (volume 2)Chapitre 23 sur 68 · Vie de Cagliostro, cli. ni, p. 131-13Ô · texte numérisé non relu

Vie de Cagliostro, cli. ni, p. 131-13Ô

core comment les choses se pratiquaient pour les réceptions maçonniques dans les loges du rile égyptien.

« La colombe, dit-il, est conduite devant le vénérable; les membres de la loge adressent une prière à Dieu, pour qu'il daigne permettre l'exercice du pouvoir qu'il a accordé au grand cophte. La j^iipillc ou colombe prie pour obtenir la grâce d'opérer suivant les ordres du grand maître, et de servir de médiatrice entre lui et les esprits s>

Après quelques détails sur le costume des opérateurs et l'ornement du temple, le môme historien ajoute :

« Le vénérable répète sa prière, et commence à exercer ce pouvoir qu'il dit avoir reçu du grand cophte, et par lequel il avertit les sept anges de comparaître aux yeux de la pupille.

» Quand elle annonce qu'ils paraissent il la charge, en vertu du pouvoir que Dieu a donné au grand cophte et que le grand

cophte lui a accordé, de demander à l'ange N si le.candidat

a le mérite et les qualités requises pour monter au grade de maître? Après avoir recula réponse affirmative, il passe à d'autres cérémonies pour achever la réception du sujet. »

Ces intermédiaires par lesquels les consultants interrogent les anges ne sont-ils pas les mêmes que, d'après les Améi^icains, nous nommons aujourd'hui médiums? Au siècle dernier on les appelait colombes ou pupilles, mais, sous leur nom moderne, leurs fonctions n'ont aucunement chanué, et la seule invention qui appartienne en propice à l'Amérique, c'est d'avoir fait transmettre la réponse des esprits par le trépignement des tables, auxquelles on a renoncé.

LES l>PtODlGES DE CAGLIOSTKO. 121

du reste, pour s'en tenir aux réponses directes des médiums.

Dans quelques expériences de Cagliostro, notamment dans celles qu'il fit à Bordeaux, les pHp///t^s ne voyaient pas simplement les anges; pendant qu'elles étaient derrière le paravent, elles disaient souvent qu'elles toucJiaient l'objet angélique : et effectivement on entendait un bruit au dehors, comme s'il y eût eu derrière le paravent une autre personne avec la pupille. Nous retrouverons quelque chose d'analogue à ces bruits dans les coups mystérieux frappés par les esprits, en Amérique et plus tard en France.

Sans doute la supercherie vint souvent en aide, chez Cagliostro, au procédé de fascination qu'il savait habilement dissimuler. Sa femme a déclaré devant les juges de l'inquisition que plusieurs de ses colombes avaient été prévenues par son mari sur tout ce qu'elles avaient à répondre, et cela est arrivé au moins une fois, à Saint-Pétersbourg, où la nièce d'une comédienne, faisant fonction de pupille, vit exactement tout ce que Cagliostro lui avait commandé de voir. Cette jeune fille avoua, le soir même, qu'elle n'avait rien vu et que son rôle était préparé. Mais Lorenza a aussi déclaré devant le même tribunal, que son mari avait également réussi avec d'autres sujets qui, clioisis et amenés à V improviste, n'avaient pu opérer que par un art diabolique. Nous avons vu effectivement que, dansplusieurs expériences de Cagliostro, des sceptiques s'étaient chargés de fournir eux-mêmes les colombes, ce qui n'avait pas empêché le succès, et comme nous ne pouvons admettre Vart diabolique, il nous reste à supposer que Cagliostro possédait à un suprême degré le pouvoir de produire dans ses sujets ces perceptions

illusoires qui renlrenl dans le phénomène connu sous le nom ûliallucination.

Selon nous, l'état que nous avons décrit dans le volume précédent sous le nom d' hypnotisme, était la cause productrice des hallucinations des colombes de Gaglioslro. L'hypnotisme, qui fait naître le somnam- Inilisme artificiel et l'état désigné par M, Pliilips sous le nom d'état biologique, peut déterminer, en même temps, des hallucinations.

« Il n'y a rien de merveilleux, dit un critique moderne, dans l'état biologique, quel(iue extraordinaire que puissent paraître les effets qu'il produit. Ce n'est pas autre chose que l'étal de passivité ou d'enthousiasme dans lequel nos facultés, soustraites à l'empire de la volonté, subissent une domination étrangère, obéissent aux suggestions et reçoivent une série d'impressions dépourvues de toute réalité objective; c'est, en d'autres

termes, un état hallucinatoire Il y a nombre de prodiges

qui s'expliquent par celte simple loi de notre nature morale. Dans ces séances, dont l'appareil magique exerce une puissante influence sur l'imagination et sur le système nerveux des spectateurs il suffit que quelques personnes crient : « Voyez! entendez! » pour que chacun croie aussi voir et entendre quelque chose, et M. Gasparin a bien raison de dire que les médiums eux-mêmes sont les premiers à subir l'impression qu'ils imposent à la foule. Leur attention, dirigée exclusivement vers la contemplation d'un fantôme, d'une image, d'un spectre qu'ils attendent avec une foi vive, ou vers l'audition de certains bruits annoncés à l'avance, fait naître en eux l'illusion qui bientôt se communiquera à tous les assistants par une inévitable contagion. Ainsi, le médium se trompe lui-même, en même temps qu'il trompe les autres, et il se trompe d'autant plus facilement qu'il a une foi plus grande dans la réalité des phénomènes attendus, et que son organisation physique se prête davantage à l'illusion i. »

Cela est fort bien dit; pour notre part, nous accep-

1. .\drieii Dcloiulrc, Revue contemporaine, numéro du 30 juia 1857.

tons volontiers une explication qui appuie la conjecture la plus raisonnable. Il reste seulement à rendre compte des hallucinations collectives déterminées à grande distance, par un individu qui peut môme conférer à d'autres le pouvoir de les déterminer en son nom et en son absence. Rien de plus authentique et de plus spontané et ces relations saisies dans les papiers de Gagliostro, et où les maçons lyonnais le remercient, dans les termes qu'on a lus, de son apparition dans leur temple. Or, au moment où ils le voyaient et l'entendaient ainsi, le grand cophte, magnétiseur et ventriloque, était à Londres; son buste seul, un beau buste en marbre, le représentait dans ce temple magnifique érigé pour l'exercice de la maçonnerie égyptienne. Les hallucinations étaient produites dans ce cas par la seule concentration de la pensée chez ces individus, contention morale qui, selon nous suffisait à produire l'état hypnotique et les hallucinations qui accompagnent cet état.

Pour compléter cette grande figure de Gagliostro, quelques-uns ont voulu voir en lui un homme politique faisant une active propagande en faveur de la révolution française, qu'il aurait prédite. Ils basent cette opinion sur ce que Barrère, Joseph d'Orléans et plusieurs autres qui devinrent plus tard membres du club des jacobins, étaient des frères de la loge mère que Gagliostro avaient fondée à Paris. Ils veulent encore que le monogrammeL.P.D.,quiétaitson symbole maçonnique, signifie Liliapedibus destrue (Joule auxpieds les lis). G'est comme un des précurseurs de la révolution française que Gagliostro est représenté dans la pièce d'Alexandre Dumas, Joseph Balsamo, jouée au théâtre de l'Odéon en 1877.

121 inSTOIllE DU MERVEILLEUX.

Il est certain que dans un passage de sa Lettre au peuple anglais, où il parle de sa Lettre au peuple français, Cagliostro dit avoir écrit cette lettre « avec une franchise un peu républicaine. » Il est certain encore qu'après la prise de la Bastille, il écrivit et adressa de Rome aux états généraux une lettre où, en leur demandant Tautorisalion de retourner en France, il dit, entre autres choses,((qu'ilest celui qui a pris tant d'intérêt à la liberté'.)) Mais ces mots ne sont peut-être qu'une allusion à sa. Lettre aupeuple français. Du. reste, sa pétition aux états généraux de France ne parvint jamais à son adresse, et comme le peu que nous venons de citer de son contejiu est emprunté à son biographe romain, nous devons croire qu'elle avait été interceptée parla police pontificale, ce qui ne dut pas mettre Cagliostro en odeur de sainteté devant l'inquisition.

Il fit une grande faute en quittant l'Angleterre pour aller se fixer à Rome. Malgré Tassurance que lui avaient donnée à cet égard les paroles du nègre, gardien de son enfance, il avait plus à se méfier de Rome que de Trébizonde. 11 aggrava cette faute, s'il est vrai qu'il s'y occupa de politique révolutionnaire. Mais la véritable témérité qui le perdit, ce fut d'oser propager les principes de la franc-maçonnerie dans la capitale du monde catholique. Malgré les prudents conseils de Lorenza, qui l'avait rejoint à Rome, il s'obstina dans son dessein, et fonda une loge du rite égyptien. Il n'y eut que trois réceptions de faites, et parmi ces trois adeptes il se trouva un faux frère.

Dénoncé par cet espion, Cagliostro fut arrêté, dans

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