IV. —Il
mençait à pleuvoir, M. Ricard répond par son argument de la place du Peyrou.
« Nous descendîmes tous ensemble, dit-il, munis de grandes feuilles de papier, dans le jardin de M. Puycousin; la pluie avait humide généralement la terre et continuait de tomber. Je me plaçai à un bout de l'allée principale, ji^ priai un de ces messieurs de prendre sous son habit une feuille de papier, et de se rendre à l'autre bout. J'engageai une autre personne à se tenir près de moi, avec une feuille de papier mise aussi à l'abri, et il fut convenu que quand je frapperais du pied la terre, on étendrait le papier pour l'exposer. Je me mis à mii- (jnétiser; au bout de quelques minutes, je donnai le signal, le papier fut étendu en même temps par chacun de mes deux aides, et il demeura évident que la pluie, continuant au bout de l'allée opposée à celui où je me tenais, avait cessé complètement là où j'étais.
« Ne voilà-t-il pas encore un bien surprenant effet du hasard?»
Les manifestations de ce liasard intelligent et docile caractérisent suffisammenL et (lûturenl dignement riiistoire de ce magnétisme mystique dont nous avons tracé le tableau dans ces deux chapitres.
Sic volo, sic juheo.
Juvenal, satire VI, vers 2-23.
M. Philips a connaissance en Amérique de Véledro-biologie. — L'expérience de M. Philips, en Améi-ique. — M. Philips à Bruxelles, à Alger, à Genève. — Ouvrages de M. Philips sur l'électro-biologie. — M. Philips reconnaît l'identité de Véledro-biologie avec l'hypnotisme.
Des faits prétendus surnaturels que nous venons de raconter on peut rapprocher ceux qui ont été étudiés par un observateiu' exact, M. Philips, auteur d'un livre m[\[\\\Q Éleciro-dynamume vital'^.
11 s'agit du phénomène de la suggestion, de la biologie, ou de Vélectro-biologie , de la psychopathie , de la 'boulilodynamie, car les mots se multiplient et se combattent, pour exprimer une chose encore si mal expliquée, mais pourtant certaine. C'est un genre d'hallucination produite par la volonté d'un vigoureux magnétiseur sur un sujet soumis à sa puissance, devenu entièrement passil", dépouillé pour ainsi dire de sa personnalité propre, et réduit à l'état d'automate, par l'elîet de certaines drogues, ou par un procédé que les fascinateurs modernes appellent le plus ordinairement la biologisation.
Arrêtons-nous sur ce phénomène delà biologisation, que nous avons déjà entrevu en parlant de l'hypnotisme
1. Eleclro-Jijnamisme vital, ou Les relations physiologiques de l'esprit et de la matière, par A. J. P. Philips; in-8, Paris, 1855.
dans le volume précédent. Ce phénomène, dans lequel nous ne voyons qu'un effet de l'élat hypnotique des sujets, est à nos yeux capital ; car, toujours identique au fond, malgré les apparences fort diverses qu'il revêt dans ses manifestations, il donne la clef de la plupart des faits extraordinaires dont on se préoccupe depuis l'invasion des tables tournantes en Europe.
L'ouvrage de Braid que nous avons déjà cité dans le volume précédent, Neurijpnologi/, or tJic Rational of llie nervous Sleep {du Sommeil nerveux), publié par l'auteur en 184'^, a été le point de dé{)art des observations que nous allons rapporter. On trouve dans ce livre la plupart des phénomènes que les auteurs qui ont écrit postérieurement ont cru avoir observés les premiers. Le docteur Braid, mort au commencement de l'année 1860, au moment où ses travaux commençaient à être appréciés à leur véritable point de vue, était un observateur sérieux et patient. Les nombreux écrits qu'il a publiés, bien que déparés par certaines exagérations, auraient été certainement remarqués par les physiologistes, si on ne les eût confondus avec le déluge de productions indigestes et malsaines des magnétiseurs de son temps ^
1. Voici la liste des ouvrages on brochures juililiés par le docleur Rraid sur les matières qui nous occupent :
1" 18-43. Neurijpnologij, dont il est question plus liant;
2" Même année, Du pouvoir de l'esprit sur le corps, brochure relative à ce que M. Reinchembach a décrit sous le nom d'Od;
;>" 1852, De la magie, de la sorcellerie, du magnélisme, de l'tujptiolisme, de l'électro-biologie, avec des observations sur V Histoire de la magie de Colglioum;
1° 1855, Physiologie de la fascination, avec cette épigraphe : Possunt quia posse videntur ;
5° Même année, Observations sur la léthargie ou l'hibernation humaine, ouvrage extrêmement curieux et pres(iue inconnu en France.
Le fait des hallucinations spontanées, soit individuelles, soit collectives, nous semble devoir être mis hors de doute. Nous en avons cité de nombreux exemples, pris à toutes les époques, et bien authenliquement prouvés. Il n'est guère de médecins et de physiologistes qui ne déclarent en avoir observé quelques-uns, et en dehors de la classe des hommes de Fart, il y a bien peu de personnes qui ne puissent se souvenir d'avoir été le jouet de quelque illusion passagère provenant de cet état.
M. Littré, a dit en parlant de ces phénomènes, qu'il range dans la catégorie des troubles nerveux : « On les nomme hallucinations collectives, qui ont cela de spécial , qu'elles produisent chez les multitudes des phénomènes subjectifs très semblables. On les classe parmi les épidémies mentales, qui pareilles aux épidémies corporelles, impriment à l'esprit le cachet d'une perturbation uniforme'. »
Entre ce que chacun a éprouvé et ce qu'on propose de croire ici, il n'y a de différence que du plus au moins ; la nature du phénomène restant la môme. Le fait des hallucinations est donc incontestable ; c'est une vérité acquise. Maintenant, voici la question qui surgit.
Est-il au pouvoir de quelques hommes de produire artificiellement un pareil état chez d'autres hommes? La réponse semble ne pouvoir être qu'affirmative, par /^ cette seule considération qu'il y a des hallucinations collectives. Mais voici des faits précis qui déposent en faveur de la réalité de cette explication.
i. Introduction à Touvragc d'Eusciie Salveitc, intitulé : Des sciences occultes, 2« édition, Paris, 1856.
La puissance des philtres employés parles Orientaux produit des résultats qui ne sont ignorés de personne. Tout le monde sait par quelle hébétalion préparatoire Hassan, le fameux chef des Hassassim, soumettait ses disciples à son obéissance, et de quelles attrayantes visions il remplissait le cerveau des malheureux tombés, par l'effet du haschich, dans un état complet de passivité. Sur un ordre, sur un signe de lui, on vit de ses sectaires s'arracher volontairement la vie, se percer de leur yatagan, ou se précipiter du haut d'une tour. Il serait sans doute difficile défaire ici lajuste part de l'influence morale de Hassan et de celle du haschich. Mais il y a eu de tout temps, en Orient, des magnétiseurs qui n'ont eu recours ni au haschich, nia aucune autre substance intoxicante, pour produire cet état qui dispose l'esprit à recevoir les pensées et les visions suggérées par une volonté externe et dominatrice. Il leur suffit d'attirer et de concentrer l'altenlion de leur patient sur un même objet, jusqu'à l'épuisement du fluide cérébral.
Rappelons, à ce sujet ce que nous avons déjà dit dans le volume précédent, en parlant de l'hypnotisme. L'Inde montre encore tous les jours des fakirs et des bonzes qui, pour se procurer cet état, attachent leurs regards immobiles sur un point fixe de leur propre corps : leur récompense, s'ils persévèrent assez longtemps est de voir Brahma sortir de leur nombril. A la même catégorie de faits appartient cette recette que le comte de Laborde acheta au Caire d'un sorcier arabe , et qui consiste dans une concentration soutenue de la pensée et du regard sur un point noirci d'encre dans le creux de la main, où l'image évoquée doit apparaître. Nous avons dit encore, d'après la description des docteurs Rossi et de Pietra Santa, que la même
pratique persiste de nos jours chez les sorciers de l'I^gyple moderne et ceux de l'Algérie.
Au surplus, nous avons déjà dans l'Occident des professeurs qui ont réduit en théorie ces pratiques de l'empirisme oriental. Ecoutons la leçon qu'a publié sur ce point M. A. Debay dans son livre intitulé Les mystères du sommeil et du magnétisme.
« Les magnétiseurs praticiens, dit cet écrivain, ne tiennent généralement compte que de leur pouvoir émissif, et oublient le côté le plus important du rôle que joue le système nerveux du somnambule; je veux parler de la surexcitation et de l'épuisement nerveux. Ils ne se sont jamais douté, peut-être, que c'était répuiseraent du fluide nerveux cérébral qui livrait à leur merci le sujet magnétisé.
« Plusieurs expérimentateurs, entre autres M. Carpenter, ont eu l'idée de provoquer une sorte d'état magnétique en concenli'ant l'attention du sujet sur un morceau de zinc et -de cuivre, (ju'ils nomment pile. Un bouton, un anneau, une grosse tète d'épingle ou tout autre objet; le bout du doigt ou l'ombilic, à l'imitation des Om^i/i(/(«'sfes, donneraient les même résultats; car il ne s'agit, comme nous le verrons tout à l'heure, que d'épuiser le fluide céi'ébral d'un sujet et de lui substituer son propre fluide nerveux; là est toute la magie
« -\ous allons passer à la description des faits accomplis sous nos yeux et nous imliquerons la manière de les produire, afin que chacun puisse se convaincre en devenant soi-même opérateur.
« Six à huit jeunes sujets, d'un tempérament nerveux, impressionnable, d'une volonté faible, étant choisis parmi les deux sexes, on les fait asseoir commodément dans un fauteuil; puis, dans une de leurs mains, ouverte, on place un petit disijuc de zinc, ayant un noyau de cuivre à son centre. On fait aux sujets la recommandation expresse de tenir les yeux fixés sur le (liscjne, (le laisser leur esprit dans le repos le plus complet et de ne penser absolument qu'au disque, sur lequel toute leur allcntion doit être concentrée.
<r. Gela fait, on les laisse au milieu d'un profond silence, car le moindre bruit, la plus petite distraction ferait manquer l'opé-
ration. — Voici les phénomènes nerveux qui vont se succéder cliez les sujets aptes à subir l'influence.
« Les yeux fixés sur le disque et l'attention soutenue retiennent au cerveau une plus grande quantité Je fluide nerveux que dans l'état normal. Cette accumulation du fluide continuant toujours, il y a surexcitation de l'organe encéphalique : les oreilles tintent, la vue se trouhle, le disque parait illuminé et offre successivement diverses formes, diverses couleurs. Le pouls s'accélère, devient filiforme, des fourmillements se font sentir dans les membres; la tète devient lourde, pesante; une fatigue générale s'empare du sujet; c'est l'état d'épuisement qui est arrivé comme conséquence inévitable de la surexcitation.
«Mais tous les sujets soumis à l'expérience ne subissent pas l'influence; ceux dont l'attention n'a pas été invariablement sur le disque, ou qui ont été distraits par d'autres pensées, n'éprouvent que de l'ennui et de l'impatience. Vingt-cinq à trente minutes suffisent pour plonger les sujets dans l'état anévrosiqiie (biologique chez d'autres auteurs) ou d'épuisement nerveux, et lorsqu'ils y ont été plongés une première fois, huit à dix minutes sont ensuite suffisantes.
« Lorsque le temps nécessaire à la production de l'affaissement nerveux est écoulé, l'opérateur rentre seul dans la pièce où se trouvent les sujets soumis à l'expérience; il distingue au premier coup d'oeil ceux qui ont subi l'influence. Si le regard resie fixe, étonné, si les traits du visage offrent une certaine immobilité, le sujet est pris, c'est-à-dire apte aux expériences. Alors l'opérateur lui appuie fortement son pouce sur la racine du nez, afin de comprimer l'organe de l'individualité, qui correspond à ce point du crâne. Cette compression a, dit-on, pour but d'interrompre la circulation nerveuse et d'enlever au sujet son moi, en d'autres termes, le sentiment de son individualité. L'opérateur plonge ensuite ses regards dans les yeux du sujet et lui lance avec force le fluide de sa propre volonté. Ce fluide, vigoureusement propulsé, ne trouvant plus d'obstacle dans un cerveau épuisé, pénètre cet organe, se substitue au fluide du sujet et s'établit pour ainsi dire, en maître dans ce nouveau logis. De ce moment, le sujet ne seramù et n'agira que par l'impulsion du fluide ou de la volonté étrangère, qui a pris domicile dans son cerveau. C'est ce que nous allons démontrer par une séi'ie d'expériences.
« Ces préliminaires terminés, l'opérateur fait entrer les per-
LÉLECrnO-BIOLOGIE. 171
sonnes qui désirent être témoins des expériences, il s'avance vers l'un des sujets pris, lui lance sa volonté et lui adresse des questions, dont il dicte lui-même les réponses :
— Dormez-vous?
— Non.
— Levez-vous de votre siège. (7/ se lève.) Dites aux personnes présentes que vous ne dormez point!
— Non, je ne dors point, je suis bien éveillé.
« L'opérateur prend le sujet par la main, le condnil vers plusieurs personnes amies, et lui demande s'il les connaît.
— Mais certainement je les connais.
— î\ommez-les.
« Le sujet appelle aussitôt chaque personne par son nom.
— C'est très bien; allez vous asseoir. (Le sujet obéit).
— Maintenant, je vous défends de vous lever; cela vous est impossible, vous no pouvez pas vous lever.
« Le sujet s'agite, fait d'inutiles elforts et reste cloué sur son siègfr comme par une force invisible.
— Levez- vous à présent, je vous le permets : voyons, levezvous, je l'ordonne. {Le sujet se lève sans effort).
— Joignez les mains.
« L'opérateur décrit sur les mains jointes du sujet plusieurs circonvolutions , comme s'il les liait avec une corde par plusieurs tours.
— Vous ne pouvez plus séparer vos mains, cela vous est impossible, vous ne les séparerez point; je vous le défends.
« Tous les efforts que fait le sujet pour disjoindre ses mains sont superflus, elles restent comme garrottées. On s'aperçoit par la contraction des traits du visage que les efforts qu'il fait sont pénibles et lui occasionnent une dépense inutile de forces.
— Vous êtes libre maintenant, vous pouvez séparer vos rnains.
« Au même instant les mains se disjoignent.
— Placez une de vos mains dans la mienne Très bien!
Écoutez ce que je vous dis : votre main est désormais collée à la mienne, et il vous est impossible de la retirer. Essayez donc, je vous répète que cela vous est impossible.
c Le sujet se consume en vains eflorts; sa main est comme clouée sur celle de l'opérateur.
— Et comme preuve de l'atlaclie invincible de votre main à la mienne, je vais marcher et vous serez obligé de me suivre partout.
« Eu effet, l'opérateur luarche à droite et à gauche, en avant, en arrière, tourne autour d'une table, et le sujet le suit irrésistiblement.
— Retirez votre main, je vous le permets. — La main est aussitôt retirée sans la moindre peine.
— Asseyez-vous, fermez vos deux mains et rapprochez-les l'une de l'autre. — L'opérateur imprime aux deux poings un mouvement de rotation, et ordonne au sujet de continuer ainsi.
— Tournez, je le veux; tournez i)lns vite! — Et les poings tournent.
— Encore plus vite, je le veux !
(.( Le mouvement de rotation augmente de rapidité, malgré la résistance du sujet, qui en est visiblement fatigué.
— Assez! arrêtez-vous — Les deux poings cessent hrus-
({uement de tourner.
« Nous ferons observer ici que l'opérateur est souvent forcé de réitérer ses ordres trois ou quatre fois pour vaincre la résistance du sujet : il parle sur un ton impératif et fait usage d'un langage énergique, afin d'imprimer violemment sa volonté et faire mouvoir le sujet comme une machine. Nous ferons encore observer que, pendant l'exécution des ordres qu'on lui donne, le sujet a les yeux grands ouverts; il parle, il rit, il s'impatiente et cherche à opposer de la résistance à la volonté qui le domine, qui le fait agir,
— .Voici un morceau de bois, prenez-le dans vos mains; sentez-vous? il est glacé, il est glacé, vous dis-je.
— C'est vrai, il refroidit ma main.
— 3L\is vous vous trompez, c'est au contraire un charbon ardent qui va vous brûler. Prenez garde, il va vous brûler, il vous brûle.
« Le sujet rejette aussitôt le morceau de bois avec frayeur, en s'écriant : vous m'avez fait brûler!
« On peut varier à l'infini ces exercices, donner de l'eau [)0urdu vin, du sel pour du sucre, des fruits pour du pain, etc., etc., etc.
— Je ne doute pas quti vous ne sachiez votre nom?
— Vous auriez tort d'en douter.
— Nommez-vous donc. {Le sujet articule son nom).
— Maintenant vous ne savez plus votre nom, je vous défends de le dire ; vous ne le savez plus, vous ne pouvez le dire!
« On aperçoit les lèvres du sujet reniuer, trembler; mais il est impuissant de prononcer son nom.
— Êtes-vous homme ou femme? Voyons, répondez.
— Qelle singulière question vous m'adressez! vous savez bien que je suis femme.
— Vous vous trompez, vous n'êtes plus femme, dit l'opérateur d'une voix brève, en faisant quelques passes autour du corps; vous n'êtes plus femme, vous êtes homme à présent, à preuve, c'est que votre barbe est trop longue, laissez-moi vous la faire.
« Le sujet se prête aux mouvements simulés du rasoir.
— Mais qu'aperçois-je! Vos doigts sont armés d'ongles crochus, et vos mâchoires de crocs acérés ; vous voilà transformée eu loup; m'eiitendez-vous? t'/ansformée en loup-garou !
« Les traits du sujet indiquent la terreur, ses yeux annoncent l'égarement, il éprouve une pénible anxiété.
— Vous êtes loup-garou, vous dis-je; voyons, jetez-vous sur cet enfant, et dévorez-le! Pourquoi cette hésitation? .'e le veux, je vous l'ordonne : élancez-vous et dévorez cet enfant.
« Le sujet se jette sur un mannequin préalablement préparé pour cette expérience, »;t le déchire à belles dents.
— Que signifie ce manche à balai entre vos jambes ? Vous revenez du sabbat, il est inutile de le nier; je le vois, vous revenez du sabbat. Racontez-nous ce qui s'y est passé; je vous ordonne de nous raconter ce que vous y avez vu.
« Pour peu que le sujet ait lu ou entendu raconter les scènes monstrueuses des sorciers du sabbat, il se met à vous débiter les choses les plus étranges, les plus absurdes qui puissent se loger dans la cervelle humaine. »
Tous ces effets, que M. Debay i^aconte, sous sa seule garantie, se sont-ils positivement produits en sa présence, ou bien a-t-il seulement voulu présenter une éniimération complète de ceux qui peuvent se produire dans l'état particulier qu'il appelle Vanévrosie, et qui n'est autre chose que l'hypnotisme? C'est ce qui demeure équivoque d'après son exposé. Il ne faut pas oublier, en effet, que le passage qu'on vient de lire est une leçon. Le professeur a bien pu se croire fondé à nous donner comme réalisés dans sa pratique, toutes
17i HISTOIRE DU MERVEILLEUX.
les possibilités qu'il juj^e contenues dans sa théorie. On peut donc rabattre beaucoup, si l'on veut, de ces phénomènes étranges, mais il en restera toujours assez pour démontrer l'influence, matérielle et morale tout à la fois, qu'un homme exerce sur un autre par sa seule volonté.
Du reste, les phénomènes analogues abondent partout, un peu plus épars que dans l'exposé de M. Debay, mais mieux connus, et plus aulhentiquement établis. Nous allons parler seulement des plus éclatants. Ce sera continuer en même temps l'histoire du magnétisme mystique en France, et de ses manifestations les plus extraordinaires, parmi lesquelles celles des tables sont venues prendre place les dernières.
On a donné, en Amérique, le nom à'éledro-biolofiie aux phénomènes que le docteur Braid avait décrits en 184S et désignés sous le nom d'hypnotisme.
Parmi les partisans de Véledro-biologie, et on peut le dire, au premier rang des fauteurs de cette doctrine il faut placer M. Philips, auteur d'un livre*, dans lequel il s'efforce de tracer les lois précises auxquelles obéiraient ces phénomènes.
C'est en Amérique que M. Philips eut connaissance de ['électro-biologie. Les idées que M. Braid avait développées dans son ouvrage publié en 1843, Neiirypiwlogi/, après avoir fait quelque sensation en Angleterre, avaient franchi l'Atlantique, et trouvé dans le .nouveau monde une patrie nouvelle. Dans la citation d'un écrit d'un certain M. Grimes, mais surtout dans l'ouvrage d'un autre Américain, M. .1. B. Dods, T/ie
1. Électro-dynamisme vital, ou Les relations physiologiques de l'esprit et de la matière, par A. J. 1'. l'hilips ; in-8, Paris. 1855.
L'ÉLECTRO-BIOLOdlE. 175
Philosophy of electrical Psycology , publié à New- York et qui se compose de douze lectures faites par l'auteur devant le Congrès des Étals-Unis, sur une invitation semi-olTicielle signée de sept membres du Sénat, M. Philips trouva exposés les principes de Vélec- Iro-biologie. Cette nouvelle science était déjà, d'ailleurs vulgarisée dans les Etals-Unis. « Vélectro-hiolofjie, nous dit M, Philips, a été propagée aux États-Unis par une foule de professeurs, dont la plupart n'étaient pas à la hauteur d'une mission scientifique \ >> M. Philips était appelé à représenter plus dignement Vélectrohiologie.
Convaincu de l'importance de ce système nouveau, M. Philips, dansson ardeur impatiente de propagande, s'empressa de quitter l'Amérique, où, d'ailleurs, il n'avait plus à prêcher qu'à des convertis. Il débarqua, en 1853, sur le continent européen.
C'est à Bruxelles que M. Philips débute dans ce nouveau genre de professorat. Joignant la pratique à la théorie, il y forme, en peu de jours, des élèves qui pratiquent aussi bien, et même, nous dit-il, un peu mieux que le maître. Il traverse Paris, mais, dans cette cité si justement renommée pour sa science, comme aussi par son scepticisme à l'endroit des faits surnaturels, le prédicateur attitré de la science nouvelle ne daigna pas opérer. Il était pressé, nous assure-t-il, de satisfaire le désir qu'il nourrissait depuis longtemps, de visiter l'Afrique. Fâcheuse envie pour les progrès de la science, que ce désir, tout personnel à l'homme et peu digne d'un zélé propagandiste. Voir le nord de
1. Cours théorique et pratique de bradisme ou hijpnolisme nerveux 18G0, in-8. p. 16.
l'Afrique ! Belle raison, en vérité, de brûler l'étape de la capitale de la France! Mesmer ne fit ni une pareille faute, ni un pareil lazzi. Au reste, M. Philips paraît avoir senti lui-même ce que sa conduite, comme apôtre d'une science nouvelle, avait d'inexplicable, car, en quittant Paris, il lui dit : A bientôt! Et nous verrons que, plus tard, il tint sa parole.
A Alger, où M. Philips se transporta d'un seul bond, il se trouva, nous dit-il, entouré d'une société sympathique et intelligente au dernier point. Dans la capitale de la France africaine, il rencontra des agréments si variés et de si chaleureux enthousiasmes, qu'il se décida à y prolonger son séjour bien au delà du terme qu'il s'était assigné d'abord.
Voici quelques-unes des expériences qu'il exécuta à Alger, avec un succès complet, s'il faut l'en croire :
Une personne prend dans sa main un caillou qui se trouve à la température de l'air. Au commandement du professeur, ce caillou devient si chaud, qu'elle est obligée de le jeter, avec la pantomime et le jeu de physionomie de quelqu'im qui se brûle fortement. Un disque, placé dans la main de la même personne, lui occasionne la même impression de chaleur; mais cette fois, elle fait de vains efforts pour s'en débarrasser, l'expérimentateur ne voulant pas qu'elle puisse ouvrir la main.
S'il plaît à M. Philips qu'une personne perde la mémoire, elle oublie les lettres de l'alphabet, et même jusqu'à son propre nom.
Dans son numéro du 5 juin 1853, le journal semiofficiel du gouvernement VAkhhar, publiait les lignes suivantes, sous la signature de son rédacteur en chef, M. A. Bourget.
L'ÉLECTRU-BIOLOGIE. 177
« Une nouvelle séance a été donnée hier, par M. Philips, elle adonné des résultats tellement remarquahles, qu'il n'est plus possible de conserver aucun doute relativement à l'action extraordinaire que possède le professeur sur les sujets aptes à recevoir son influence. '
« La première personne sur laquelle M. Philips a expérimenté n'a rien présenté qui n'ait été déjà vu dans les séances précédentes.
t( Le deuxième sujet a offert les phénomènes suivants : Un caillou qu'il tenait dans la main, et qui était à une température très ordinaire, est devenu brûlant pour lui, à la volonté du professeur. Il l'a jeté avec la pantomime et le jeu de physionomie d'une personne qui se brûle fortement. Un disqueplacé dans sa main lui a procuré les mêmes sensations de brûlure, mais, en dépit de tous ses efforts, il n'a pas réussi à s'en débarrasser, M. Philips lui ayant déclaré qu'il ne pourrait ouvrir la main.
« Mais le sujet le plus remarquable a été le troisième. Il est devenu l'objet d'expériences qui n'avaient pas encore été tentées ; et les résultats obtenus sur lui démontrent que le professeur n'a rien avancé que de véritable, en faisant des promesses qui semblaient, au premier abord, d'une réalisation impossible.
« A la volonté de l'expérimentateur, le sujet a perdu la mémoire de son propre nom. Sous la même influence, il s'est trouvé en proie à des hallucinations étranges; les yeux tout grands ouverts et dans une maison de la rue Bacchus, il s'est cru à Mustapha; il voyait et désignait le fort Bab-Azoun, le château de l'Empereur et d'autres édifices publics ou privés.
« A un moment où M. Philips l'engageait à s'assoir, il a manifesté une sorte de crainte, parce que, dans la chaise qui s'offrait à lui, il voyait la fontaine de Mustapha. »
L'article suivant, du même journal, fournit des détails intéressants sur le mode d'expérimentation du professeur d'électro-biologie.
« La curiosité publique avait été vivement excitée par l'annonce des séances, que .M. Philips a commencées vendredi dernier dans la salle de la Boza. Aussi l'auditoire était nombreux,