IV
relativement au chiffre des personnes qui peuvent s'intéresser ici a des expériences de ce genre... Arrivons à la partie essentielle de la séance. Dix-huit spectateurs de honne volonté ont pris place sur des bancs disposés autour de l'estrade, tournant le dos à la salle pour éviter les distractions. Chacun a reçu de M. Philips un disque fait de zinc et d'un autre métal, qu'il devait tenir dans la main, et regarder avec une attention exclusive. Un silence absolu de vingt à vingt-cinq minutes devait être observé par les spectateurs, et les acteurs à qui l'on imposait, en outre, l'immobilité la plus complète. C'était beaucoup demander à un auditoire français; aussi la condition ne fut pas rigoureusement remplie. Les bruits du dehors parveuaient, d'ailleurs, dans la salle, et la musique de la place y versait les flots d'une harmonie intempestive.
« Et puis il y avait le contingent obligé des farceurs, qui faisaient de l'esprit selon leur pouvoir, les uns avec des foulards, en se mouchant le plus bruyamment possible, les autres avec leur canne, en battant sur le plancher la mesure des quadrilles, qui s'exécutaient devant le cavalier de bronze. Aux esprits facétieux se joignaient les esprits forts, qui affirmaient l'impossibilité des résultats, avant même que l'expérience proprement dite fût entamée. Pour mieux assurer l'avenir de leurs prophéties, ces messsieurs ne dédaignaient pas même de détruire les conditions de silence réclamées par l'expérimentateur.
« Ajoutons, pour être juste, que la masse du public est demeurée étrangère à ces manifestations.
« Au bout des vingt-cinq minutes indiquées, M. Philips a fait successivement à chacun des sujets des attouchements sur la tête. Il n'a laissé de côté que ceux qui n'avaient point rempli les conditions de silence et d'immobilité, c'est-à-dire, la moitié environ. Cette opération terminée, il a amené un des sujets sur le devant de l'estrade. C'était précisément uae personne honorable de cette ville, M. N..., connue de beaucoup de spectateurs. Nous insistons sur ce point, parce qu'un doute injurieux et très injuste a été émis par un des assistants.
« Voici la série des expériences qui ont été faites, soit sur M. N....soit sur M. Ch..., autres personnes également conaues.
« M. Philips regardant fixement le sujet, lui fermait les yeux, et, après quelques attouchements, retirait ses mains. Vous ne pouvez pas ouvrir les yeux, I^ù disait-il d'une voix impérieuse, et, en effet, le sujet ne pouvait pas les ouvrir, malgré des efforts parfaitement indiqués par de fortes contractions musculaires.
« L'opération contraire a réussi également bien, et l'impossibilité de fermer les yeux était si évidente, que le patient n'a pu y réussir, quoiqu'on lui tint une bougie allumée à quelques mètres de ces organes si sensibles. Xous ajouterons ici, qu'après la séance, et lorsqu'il n'était plus sous l'influence, M. N. a essayé de tenir les yeux ouverts devant une bougie, dans les mêmes conditions, et qu'il ne l'a pas pu.
« Des expériences analogues à celles que nous venons de décrire ont été faites, soit sur M. N..., soit sur M. Ghodon..., la volonté s'est toujours trouvée exactement subordonnée à celle de 31. Philips, qui était, par le fait, devenu maître de leurs propres mouvements. Selon la volonté de M. Philips, le bras tendu du sujet ne pouvait se plier, ne pouvait se tendre. La bouche ouverte restait dans cette po.-^ition, quelque incommode qu'elle fût pour son propriétaire, qui faisait de vains efforts pour lui eu rendre une moins fatigante. Placé debout, le sujet s'est trouvé dans l'impossibilité de s'asseoir, et, une fois assis, il s'est trouvé dans l'impossibilité de se lever. Après la suppression du mouvement, des effets de mouvement forcé ont eu lieu. M. N., ayant imprimé une certaine impulsion à ses bras, l'intervention de .M. Philips a été nécessaire pour le faire cesser. La même personne s'est vue entraînée vers l'expérimentateur par une force irrésistible, qui semblait agir à la manière d'un aimant.
« L'auditoire a regretté que les mauvaises conditions dans lesquelles l'opération s'est faite n'aient pas permis d'essayer les plus curieuses opérations, celles qui, ayant l'imagination pour objets substituent une personnalité étrangère à celle du patient... »
Ce dernier phénomène, M. Philips paraît l'avoir produit à Marseihe, où il donna quelques séances, à son retour d'Afrique. C'est du moins ce qui résulte du passage suivant, que nous trouvons dans la Gazette du Midi, du 25 novembre 1853 :
«Des effets d'une nature encore bien plus étrange ont été obtenus. Le professeur, dirigé par ses connaissances phrénologiques qui paraissent fort étendues, a cherché et réussi à provoquer l'exercice de certaines facultés intellectuelles et de certains sentiments, en dirigeant l'action électrique sur tels ou tels
organes cérébraux, considérés par lui comme le siège de ses facultés et de ses sentiments. »
Le même jouunal, dans son numéro du î" décembre, revient encore sur les séances de M. Philips. Mais l'auteur de ce nouvel article, M. Henry Patot, déclare ne pouvoir admettre des laits semblables.
« M. Philips, dit-il, prétend agir sur l'intelligence comme sur la matière... 11 prétend se donner le pouvoir de modilier le caractère, les tendances de l'individu en portant son fluide sur telle ou telle partie de l'enveloppe du cerveau. Ainsi, M Philips produira la colère, l'entèlement, la bienveillance, et ce, à un instant donné. Nous l'avouons sans détour, à ceci notre raison se révolte, nous ne pouvons concevoir une si effrayante puissance accordée à l'homme. Quoi! je serai maître, avec la nouvelle théorie, d'agir sur un sujet au point de pétrir son caractère à ma volonté? De le rendre intelligent on idiot, s'il me plait, de lui enlever telle faculté, la mémoire par e.\emple, et de surexciter telle autre, l'aptitude musicale?...
« S'ensuit-il qu'il n'y ait rien dans le nouveau système? Nous ne le disons pas : nous croyons, au contraire, qu'il y a quelque chose, que Vélectro-biologie, comme le magnétisme animal, est appelée à produire certains effets. Il y a du reste plus d'uu point d'accointance entre les deux sciences. M. Philips le reconnaît lui-même, et si l'état de veille, qui caractérise la position du sujet électro-bioiogisé, le met en opposition avec le sujet magnétique soumis ausommeil, quelques résultats, la catalepsie partielle entre autres, s'obtiennent indifféremment par les deux moyens. Nous avons assisté d'abord à une séance publique ; nous y avons vu des faits, que nous ne prenons pas, on le conçoit, sous notre responsabilité, mais qui ont fi'appé des personnes sérieuses. Nous avons vu un docteur bien connu, attaché, c'est le mot, à la main d'un enfant, l'entraîner avec lui autour d'une table sans pouvoir briser l'adhérence. Nous ne nions donc pas absolument l'éleclro-biologie, mais on nous permettra de faire nos réserves pour ses dernières conséquences, et d'attendre que le temps et la pratique nous aient donné tort. Et, franchement, nous ne savons si nous devons, ou non, le désirer. »
L'ÉLECTRO-BIOLUGIE. I8l
11 nous semble que la pratique a déjà un peu donné tort à M. Henry Patot. En ce qui concerne la mémoire, on a vu des biologisés perdre jusqu'au souvenir de leur nom par la volonté du magnétiseur. Du reste, après ce que M. Henry Patot concède à la biologie, ce qu'il lui refuse est une inconséquence. Les phénomènes propres à l'état biologique étant, comme le déclare M. Philips, tout subjectifs dans ses hallucinés, c'est dans une modification des facultés morales qu'ils ont leur cause, et dès lors on doit reconnaître que ce magnétiseur peut agir sur l'intelligence des sujets qui se soumettent à son action.
M. Philips opéra également à Genève, où il improvisa des adeptes qui l'égalèrent par leur puissance et par leuj-s talents. Le procès-verbal de leur séance tenue au Casino témoigne que le succès de ces habiles disciples fut complet.
Voici un extrait de cette pièce que la Revue de Genève inséra dans son numéro du 29 octobre 1853 :
« Toutes les expériences d'illusion ont réussi, dit la Revue de Genève; une canne a été prise pour un serpent, un foulard a pris l'apparence d'un corbeau, la salle de réunion s'est transi'ormée en perspectives de paysages, un verre d'eau a été bu pour du vin et a produit l'ivresse. La production du mutisme, de la claudication et des diverses variétés de la paralysie a encore eu lieu; la suppression locale de la mémoire du nom propre et de la première lettre de l'alphabet a été pleinement elTectuée. Ces expériences ont été faites, sans l'intervention active de M. IMiilips, sur des personnes inconnues du professeur et amenées par les élèves. >
En s'éloignant de Genève, M. Philips retourna passer quelques jours à Bruxelles, laissant à la France, pour toute prédication, son livre imprimé à Paris,
lequel, soit dit sans offenser l'auteur, est bien moins amusant que ses miracles. C'est ce livre que l'auteur a intitulé, on no sait pour quelle raison : Electrodynamisme vital, au lieu d' Électro-biologie, puisque ce dernier nom est celui qu'il donne constamment à la science dont il est l'apôtre et le dévoué prédicant.
Postérieurement à ce dont on vient de parler, c'està-dire en 1860, M. Philips donna enfin à Paris des représentations publiques de l'électro-biologie. Seulement, les choses avaient alors changé de nom. L'hypnotisme venait tout récemment d'être accepté par la science académique elle-même, et accueilli par beaucoup d'esprits sérieux. M. Philips appella donc hypnotisme ce qu'il avait désigné jusque-là sous le nom d'électrobiologie.
Que ce soit une concession faite à la mode régnante, ou le résultat d'une conviction, nous croyons que l'auteur est dans le vrai par cette voie nouvelle. Cette transformation dans les idées de M. Philips est, d'ailleurs, pour nous précieuse à enregistrer. Les phénomènes dits électro-biologiques n'étant dus qu'à l'hypnotisme, c'est-à-dire au magnétisme animal (deux états dont nous avons établi l'identité), on voit que ces phénomènes, de l'aveu même de leurs partisans les plus déclarés et des professeurs de la doctrine, s'expliquent facilement par les observations de la physiologie moderne.
Au mois de juillet 1860, M. Philips consigna dans une intéressante brochure* le résultat des expériences qu'il avait faites publiquement à Paris. Ce petit travail est bien supérieur, suivant nous, à son traité sur