‹ Histoire du merveilleux dans les temps modernes (volume 2)Chapitre 36 sur 68 · I. Cours de bradisme nu d'hypnotisme, Paris, in · texte numérisé non relu

I. Cours de bradisme nu d'hypnotisme, Paris, in

V Électro-dynamis)ne vital. M. Philips s'est débarrassé ici de ces formes pseudo-philosophiques, et de cette métaphysique ininteUigible, bonnes seulement à obscurcir un sujet qui est tout physiologique, et qui, par conséquent, ne comporte que les formes d'exposition propres aux sciences d'observation.

Nous n'insisterons pas phis longtemps sur l'électrobiologie, dont l'identité avec l'hypnotisme est suffisamment démontrée, tant par les faits en eux-mêmes, que par les déclarations contenues dans le dernier ouvrage du propagateur de cette doctrine.

Latet anqicis

Manifestations électriques chez Angcîlique Cnttin, dans le villag:e de Bouvigny (Orne). — Observation faite par M. de Farérnont, établissant la nature électrique des iiliénomènes propres à cette torpille humaine. — Expériences Hes médecins de Morlagne. — Angélique Coltin à Paris. — Expériences devant la commission de l'Académie des sciences. — Conclusion. — Une nouvelle fille électrique au Canada, en 1880.

Les faits qui se rapportent à Vélectro-biologie se passaient en 1850. Revenons de quelques années en arrière, c'est-à-dire k l'année 1846, pour raconter l'histoire d'Angélique Gottin, la fille électrique, qui occupa assez sérieusement les savants de Paris, après avoir occupé ceux de sa province. L'Académie des sciences daigna examiner cette jeune fille et nous verrons comment cette docte compagnie sut exorciser Angélique Gottin, ce qu'un curé normand n'avait pas osé faire.

Angélique Gottin était une fille de quatorze ans, qui habitait le village de Bouvigny, près la Perrière (Orne). Petite de taille, mais assez robuste de corps, elle était d'une apathie extrême au physique et au moral. D'habitude, elle parlait à peine. Voici les effets singuliers qui se manifestèrent subitement chez cette demi-idiote, d'après le récit qu'en a donné M. Hébert, grand partisan du magnétisme, il est vrai, mais qui a l'avantage de parler de visu, car il fit tout exprès le voyage de Mortagne, pour recueillir, dans ce village et dans les

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environs, des renseignements exacts sur Angélique Cottin.

Le 15 janvier IS^ô, cette jeune fille était occupée, avec trois autres de ses compagnes, à son travail habituel, qui consistait à tisser des gants de filet de soie. Il était huit heures du soir, lorsque le guéridon en chêne brut qui servait à fixer l'extrémité de la trame du tissu qu'elle était occupée à filer, vint à s'agiter et à se déplacer, sans qu'on pût le maintenir dans sa position ordinaire. Effrayées de cet accident, nos trois tisseuses s'éloignèrent en poussant des cris de surprise ; mais elles ne purent persuader de la réalité de ce qui s'était passé les voisins que leurs cris avaient attirés.

Sur les représentations des assistants, trois de ces ouvrières reprirent, non sans trembler, leur besogne. Le phénomène ne se reproduisit pas ; mais quand Angélique Cottin, imitant ses compagnes, eut repris la trame du tissu, le guéridon s'agita de nouveau, fut violemment repoussé, et, en définitive renversé. En même temps la jeune fille était comme entraînée irrésistiblement à sa suite; mais dès qu'elle le louchait, le guéridon était lancé plus loin.

Les témoins de cette scène étrange ne mirent pas en doute qu'Angélique Cottin ne lût ensorcelée.

La jeune fille passa la nuit paisiblement, et reprit son ouvrage le lendemain matin. Les mêmes effets recommencèrent, faibles d'abord; mais, de huit à neuf heures, ilsaugmentèi'enl considérablementd'intensité. On fut obligé de mettre à part des autres ouvrières la pauvre enfant, qui travaillait d'ordinaire avec elles sur un petit guéridon commun, qu'elle bouleversait en ce moment, en dépit de ses propres efforts pour l'assujet-

tir. Pour éviter le relour de cet accident, l'extrémité du gant auquel Angélique travaillait, fut attachée, au moyen d'un petit clou, à une huche du poids d'environ soixante-quinze kilogrammes. Mais cet obstacle opposé à l'action de la mystérieuse force ne résista pas longtemps : la huche fut soulevée et déplacée à plusieurs reprises, bien qu'elle ne communiquât avec la jeune tille que par un til de soie.

A partir de ce moment, l'opinion du village de Bouvigny fut bien fixée : il déclara, tout d'une voix, que la jeune fille était possédée du diable. On désignait même nominativement les personnes qui lui avaient jeté le sort. Il fut décidé qu'Angélique Cottin serait conduite au presbytère, pour y être exorcisée.

Le curé du lieu, homme de bon sens, se refusa à ce désir. Il voulut avant de rien entreprendre , être témoin lui-même des faits annoncés. La demande était trop légitime pour ne pas être satisfaite sur l'heure. La jeune ouvrière fut donc mise, en présence du curé, dans des conditions analogues à celles où le phénomène s'était manifesté pour la première fois.

Le phénomène se produisit de nouveau, mais avec moins d'intensité. Le guéridon fut repoussé, mais non renversé, pendant que la chaise sur laquelle la jeune fille était assise, était entraînée dans une direction opposée, en exécutant des oscillations qui obligeaient Angélique à de grands elforls pour s'y maintenir assise.

Tout convaincu qu'il était de la réalité du fait dont il venait d'être témoin, le curé ne crut pas à l'efficacité d'un exorcisme religieux pour guérir ce qu'il considérait, avec raison, comme une maladie physique, réclamant le secours d'un traitement médical.

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Il calma l'inquiétude des parents et la panique du village, en déclarant que la jeune fille était en proie à une maladie, rare, sans doute, inconnue peut-être, mais qui, dans tous les cas, devait être soumise sans retard aux observations des médecins.

C'est le 16 janvier qu'avait eu lieu cette séance de vérification devant le curé de Bouvigny.

« Le lendemain malin 17, est-il dit dans la relation que Ton doit à M. Hébert, les mêmes effets continuèrent à se manifester chez Angélique Cottin, en prenant même plus de généralité. Par le contact fortuit de ses vêtements, les chenets, pelles, pincettes sont renversés dans l'àtre et les tisons éparpillés, au grand étonnement, à la stupeur de celle qui est la cause involontaire de si prodigieux effets ; des brosses, des livres et autres objets d'un petit volume sont violcnmient repoussés en les touchant avec les vêtements, mais plus particulièrement par l'extrémité inférieure des jupes.

« Des ciseaux, suspendus à sa ceinture au moyen d'un ruban de fil, ont été lancés sans que le cordon fût brisé, ni qu'on pût savoir comment il avait été dénoué. Ce fait le plus incroyable, par son analogie avec les effets de la foudre, a fait tout de suite penser que l'électricité devait jouer un grand rôle dans la production de ces étonnants effets. 31ais cette voie d'observation fut de courte durée : ce fait ne se produisit que deux fois, dont l'une en présence de M. le curé, qui, sur son honneur, m'en a garanti la réalité.

« Les effets, nuls ou presque nuls dans le milieu du jour, redoi'blèrent le soir à l'heure ordinaire, il y eut alors action sans contact, et sur les corps organisés vivants, action débutant par de violentes secousses ressenties dans les jarrets par l'une des ouvrières placées en face d'Angélique; la pointe de leurs sabots était distante d'un décimètre environ ; les mêmes objets, repoussés le matin par le contact, le sont alors par la seule approche des vêtements; mais comme les jours précédents, l'effet cesse pour ne plus reparaître que trois jours et demi après.

« Le mercredi 21, réapparition des effets ; tout s'agite autour d'Angélique, qui ne peut même plus s'asseoir : sa chaise, maintenue par trois hommes forts, est repoussée, malgré leur résistance, à plusieurs mètres avec une rapidité prodigieuse.

Toute occupation lui devient impossible : si elle veut coudre, elle s'enfonce l'aiguille dans les chairs; le mouvement qu'elle imprime aux objets qu'elle touclie et surtout la répulsion de sa chaise l'obliarent à rester à ç^enoux au milieu de la maison. »

Pour occuper les loisirs d'une personne si désagréablement tourmentée, on la chai^gea de tiier un panier de haricots secs. Mais à peine y avait-elle plongé la main, que tous les haricots de sautiller et de se mettre en danse, ce qui força la pauvre fille à cesser ce genre de travail.

Gomme ces singuliers effets étaient continus, tous les habitants du village affluaient chez les parents d'Angélique, pour en êti^e témoins.

Les médecins de Mamers, petite ville voisine du village de Bouvigny, avaient été prévenus, mais ils n'arrivaient pas. Un homme instruit et respecté dans le pays, M. de Farémont, prit alors le parti de conduire hii-mème Angélique aux médecins de Mamers. Mais ils ne se rendirent point au rendez-vous que M. de Farémont leur avait assigné.

L'enfant fut donc conduite chez une dame de la ville, madame Devilliers, où. les phénomènes ordinaires se produisirent. Une heui^e après, deux médecins sensii)les aux reproches qu'on leur avait adressés, firent déclarer qu'ils consentaient à voir Angélique. L'expérience eut lieu chez un pharmacien, M. Fromage; mais elle tourna assez mal pourn'entraîner aucunement la conviction des hommes de l'art.

M. de Farémont se livra alors à plusieurs essais tendant àconfirmei^ l'opinion qu'il s'était formée touchant la cause de ces phénomènes, qu'il n'hésitait pas à rapporter à l'électricité. Cet observateur a consigné les ré-

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sultats de ses remarques dans une lettre qu'il ne sera pas sans intérêt de reproduire.

« La fille Cotlin dont il est question, dit M. de Farémonl, demeurait chez sa tante, la femme Loisnard, au pied, pour ainsi dire, de mon Iiabitalion. Cette enfant, qui devait faire sa première communion, se trouvait plus forte en matière qu'en intelligence; tout son individu annonçait une force extraordinaire au physique. De 15 janvier, à huit heures du soir, quatre tilles travaillaient comme d'habitude, à la veillée, chez la femme Loisnard. Depuis huit jours le temps était lourd, orageux; des éclairs, des coups de tonnerre, l'électricité régnait autour de nous. Les jeunes tilles faisaient des ganis de soie en filet autour d'un grossier guéridon en chêne pesant bien vingt-cinq livres : tout d'un coup la lumière est jetée au milieu de la chambre, le guéridon est renversé; ces jeunes filles se querellent, on replace la chandelle, on travaille, et même projection. Cette fois, chacune se lève, tremble, et pense au sortilège; la petite Cottin impassible, continue seule à travailler, ses mouvements de répulsion sont jilus vifs, sa chaise est rudement ébranlée. La frayeur s'empare de la tante, qui conduit sa nièce chez M. le curé delà Perrière; quoi de plus naturel à ces pauvres gens! ils sont loin d'être académiciens : dans leur raisonnement, ils attribuent à Dieu ou au diable tout ce qu'ils ne comprennent pas, M. le curé, homme éclairé, sage et instruit, commence par rire au nez de la bonne femme en écoutant son récit; mais l'enfant avait apporté son gant; elle le fixe à une chaise de la cuisine, et le mouvement se fait sentir activement : M. le curé la saisit à deux mains, la résistance augmente l'action ; il s'assied dessus la chaise, il est bouleversé; à son tour il devient sérieux, il voit ce phénomène sans le comprendre, rassure la tante, lui dit que c'est une maladie extraordinaire, et qu'il faut consulter les médecins et non les pasteurs. Je suis prévenu le lendemain; ce phénomène avait cessé. Trois jours après, ses parents me font prévenir à neuf heures du soir. J'y vais avec ma famille ; plusieurs personnes s'y trouvaient rassemblées. Convaincu que l'électricité jouait le principal rôle dans ces phénomènes, j'avais apporté avec moi un pendule de moelle de sureau, un tube de verre et un bàlon de cire à cacheter. Je vis l'effet du guéridon, et la chandelle jetée au loin, j'examinai les pieds de l'enfant, ils ne le touchaient pas; je plaçai moi-même sa jupe

sur le bord du guéridon, et ;\ son simple contact il était bouleversé instantanément; un mouvement nerveux, dont l'enfont n'était pas maître, précipitait ses bras vers l'objet qu'elle repoussait. Je m'emparai du guéridon à deux mains; la force était étonnante, et le guéridon opérait un mouvement de rotation; j'approchai mon pendule de toutes les parties du corps; chose étonnante, il ne fut ni attiré ni repoussé. J'eus beau frotter mon tube et mon bâton de cire, rien; je trouvais opposition électrique dans certains moments, les bons conducteurs n'éprouvaient rien ; je mis mon doigt sur l'enfant, en même temps un autre sur la pointe qui fixait la soie du gant ; nulle commotion : je fis lever l'enfant, le phénomène cessa. J'en restai là pour le premier soir.

» Je suivis ensuite l'enfant avec soin, môme avec humanité. La population criait aux sorciers; on désignait même l'individu qui avait jeté le sort; je m'attachai à rassurer la famille et à éclairer les masses. Je lis de nouvelles expériences : l'enfant recevait toute sa charge de la terre. H n'y avait pas de pavé dans la chaumière ; le réservoir commun était toute sa force. Le phénomène se montrait d'abord de huit à onze heures du malin; ensuite, il ne se fit voir qu'au soleil couchant; d'autres fois seulement dans la soirée. Les parents étaient reconnaissants de ce que je faisais pour les rassurer. Je leur dis que j'allais consulter les médecins pour elle : effectivement, j'écrivis, à l\lamers, à mon pharmacien, en le prévenant de ce qui se passait sous mes yeux, et je le priai de convoquer pour le samedi suivant toute la Faculté pour examiner ce phénomène; effectivement je conduisis dans ma voiture la tante et l'enfant. La renommée m'avait devancé : l'on sortait aux portes pour voir la fille ensorcelée que je conduisais. En arrivant j'appris que MM. les médecins, traitant la chose de chimère, n'avaient pas voulu se réunir. Étonné d'une pareille conduite de la part de ceux qui seuls pouvaient être appelés à faire connaître le subterfuge s'il existait je me permis de les traiter d'une manière

énergique

Le phénomène eut lieu pour la chaise : un domestique vigoureux s'assit et fut bouleversé. (>ependant deux médecins, honteux sans doute, me prièrent de faire venir l'enfant chez le pharmacien ; il y avait des dames et des messieurs. Gomme l'heure n'était pas propice, l'oscillation de la chaise fut faible. C'était sur des tapis, des meubles cirés, et j'assurai qu'on n'aurait rien; qu'au l'esle le phénomène ne se montrait bien (pie

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