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IV. — U

194 HISTOIRE DU MEUVEILLEUX.

vers quatre ou cinq heures du soir. ]l ékiit alors midi. J'invitai les personnes curieuses de s'instruire à venir me trouver, et je leur promis de les dii'iger moi-même; j'avais à cœur qu'on

étudiât le fait pour le faire connaître à Paris

Je me lis médecin et voulus guérir l'enfant; j'envoyai une baignoire et lui fis prendre des bains et cesser tout travail à l'aiguille, et je la fis envoyer garder les vacbes dans les champs. Mais, le soir, les populations arrivaient, les gros scyis pleuvaient, et l'enfant travaillait de plus belle. Elle ne souffrait nullement, mangeait de bon appétit, et dormait d'un sommeil calme et profond.

» Eu renouvelant mes expériences, les pelles et chenets furent à leur tour projetés, et chose plus étonnante, qui ne peut laisser aucun soupçon de supercherie si jamais pareil bouchon en eût été capable, l'on fit travailler à part l'enfant sur une huche ou met, pesant au n)oins cent cinquante bvres. On avait enfoncé à l'extrémité une petite pointe à laquelle elle fixait sa soie; sitôt qu'elle travaillait et que sa jupe touchait la huche, celle-ci était instantanément enlevée à trois ou quatre pouces de terre, et cela se renouvelait de quatre à cinquante fois ci la minute. Elle se reposait ensuite. Je me plaçai sur la huche et fus enlevé avec la même violence et la même régularité; trois personnes se placèrent de même et furent enlevées, mais moins élevées, de terre. Moi, monsieur, et un fort de la halle n'aurions pu enlever cette huche avec les trois personnes; c'est tout au plus si mes forces suffisaient à la soulever seule par son extrémité. Va-t-on dire que les genoux de l'enfant pouvaient lu soulever? à peine si elle pouvait gHsser son pied entre la huche et la terre, et en outre je voyais ses pieds écartés de la huche et je tenais moi-même sa jupe sur les parois de ce meuble. Chose plus étonnante et que j'ai vue encore, les lits de campagne pèsent bien trois cents livres, au moyen de couchette grossière, coëtte, paillasses, etc. Là, l'enfant ne pouvant rester assise, puisque la chaise fuyait sous elle et qu'elle perdait à chaque instant son centre de gravité, s'approcha par hasard du lit pour se reposer debout. Elle était fortement chargée dans ce moment. Le lit s'ébranle et vacille d'uue manière incroyable; aucune autre iorce n'était capable de produire ce mouvement. Elle s'approche d'un autre monté sur des roub.'anx en bois de six pouces pour l'élever de terre, ce lit est renversé dessus les

rouleaux

» Un jour l'enfant était si chargée, qu'elle ne pouvait

rester assise; je Os tenir la chaise par une personne, elle allait

toujours Le lendemain, le phénomène était également fort.

Mais j'avais apporté un large carreau de verre et une toile cirée : je la fis asseoir sur la toile, je posai ses pieds sur le veri'e, un morceau de carton par-dessus, et tous les spectateurs furent stupéfaits de ce changement; je leur expliquai cette cause de la cessation des phénomènes. Je ne pouvais empêcher la jeune liile de travailler, parce qu'elle gagnait de l'argent. On voulait la faire coudre, elle se piquait ; découdre, elle se coupait; filer, la tète du rouet oîi est la hroclie de fer était lancée au milieu de la chamhre. Les parents eurent l'idée de lui faire écosser des haricots, on lui apporta un panier grossier tout rempli de ces légumes : à peine a-t-elle agi des mains que le panier est projeté au milieu de la- chambre, les haricots sont dispersés en l'air, et l'enfant instantanément poussée vers son panier, qui courait. Ce spectacle amusa beaucoup par la suite les spectateurs. Sur ces entrefaites, un médecin de Saint-Martin du vieux iJellesme était venu visiter l'enfant. Deux fois il l'examina avec soiu 11 en écrivit à Paris, à M. Hébert.... M. Hébert répondit en demandant l'enfant et sa tante à Paris. Les parents qui ne voulaient rien faire que par mon conseil, vu l'intérêt que je leur avais témoigné, m'apportèrent la lettre qui leur était écrite par M. Verger. Je fis lestement diner la tante et la nièce, et les dirigeai vers Deliesme, où elles arrivèrent assez à temps, le dimanche, pour donner une représentation à une partie des

notables de Bellesme

En palpant cette enfant dans tous les sens, on sentait une pulsation interne dans toutes les parties de son corps, depuis les pieds jusqu'à la tête. Le pouls n'était pas réglé; il suivait les impulsions nerveuses.

» Au moment de partir pour Paris, le père arriva, qui s'empara de sa fille, et qui dès ce moment en fit un sujet de spéculation. Il lut à Mortagne, où elle fut visitée partout le corps des médecins, qui curieux de la science, étudièrent avec soin les phénomènes et se trouvèrent heureux de pouvoir constater pareille chose. Toutes les autorités et personnes notables de la ville virent comme vous, monsieur, et croient, comme moi, une vérité qui fut pour nous si pal|)able.

» .\rrivé sur les lieux, M. Hébert fit sur l'enfant toutes

ses expériences à Mortagne, ne pouvant l'emmener à Paris avec lui. Il se présenta chez moi, conduit par notre pasteur, et nous fûmes tous les trois sur les lieux. Il «tudia le local, prit les

mesures et dimensions des meubles. Il n'y a eu (ju'à se louer de la sagesse et de l'instruction du curé.

» Antres obnervutions. — Lorsque j'emmenais l'enfant à Maniers et qu'elle rentrait le soir, tous ses meubles, qui étaient imprégnés de son tnèmc fluide, semblaient ne former qu'un avec elle; sitôt qu'elle les approchait et qu'elle les touchait, ils remuaient, frissonnaient presque de plaisir de lavoir ; pelles, jûncettes, partout le mouvement était plus vif et plus violent. Aussi, dans les renseignements qu'on m'avait demandés, j'avais conseillé de laisser quelque temps l'enfant an milieu des meubles grossiers de chêne, et de ne point la changer de toutes ses habitudes de vivre et de manger, et de lui donner un logement presque semblable au sien : c'était le moyen de procurer à la science tous les documents et toutes les occasions nécessaires pour étudier niieu.x ces phénomènes. Vous voyez, monsieur, que je n'épargne pas les détails. Quand toutes les académies du monde voudraient me prouver par A + B que je suis absurde, je ferais comme celui à qui on niait le mouvement, je marcherais. Je suis heureux d'avoir vu pareille torpille humaine, véritable gymnote terrestre. Honte à ceux qui n'ont pas voulu la voir })Our s'instruire ! »

L'auteiii^ de la relalion qui précède est un homme éclairé et consciencieux. Son témoignage est précieux à recueillir, puisqu'il a été témoin oculaire et acteur dans tout ce qu'il raconte.

Le témoignage de personnes, appartenant à la science par leur profession ou leurs études, n'est pas moins important à consigner ici. C'est à ce titre que nous devons citer les résultats des observations d'un ingénieur des ponts et chaussées résidant à Mortagne, M. Ollivier, qui raconte en ces termes ce qu'il a vu chez Angélique Cottin :

« Voici, dit M. Ollivier, ce que nous avons observé :

ï> La tille Cotlin causant avec lious, M. Vergei' fils s'approcha d'elle par derrière et présenta un bâton de chêne vers le pli du bras gauche : la malade éprouva une forte secousse.

j ['reliant ensuite la main île la fille Cottin, nous avons posé le doigt successivement depuis le poignet jusqu'au coude : la sensation qu'elle éprouvait était pénible, mais la commotion pouvait être supportée jusque là. Mais il n'en était pas de même en s'approcliant du coude : l'effet produit réagissait sur tout le corps de la jeune lille et lui faisait faire un brusque mouvement. En approcliant ainsi notre main du bras de la jeune fille Cotlin, il y avait liorripilation des poils qui s'y trouvaient. Après ce premier examen, nous avons fait l'expérience du guéridon : la fille Cottin a placé dessus son tablier, puis le bas de sa robe, mais le meuble n'a pas bougé'. Restait l'expérience de la cliaise, celle-ci a réussi : au moment où la malade se posait sur le siège, il était repoussé en arrière en tournant de gauche à droite, tandis que la fille Cottin semblait rejetée en avant. Cette expérience, répétée à plusieurs reprises, a constamment donné les mêmes résultats, et dans une des épreuves le mouvement d'Angélique a été si brusque, que sa tête est venue frapper contre ma main placée en garantie à trente centimètres du sol.

y> Bien que le témoignage des personnes honorables qui avaient examiné avant moi la fille Coliin et chez lesquelles je me Irouvais, bien ((ue la tenue de cette fille dans toutes les expériences ait complètement éloigné de mon esprit toute idée de charlatanisme, j'ai voulu essayer si, par un mouvement brusque du corps au moment où on se pose sur une chaise, on pourrait lui imprimer le mouvement que je voyais prendre à celle d'Angélique Cottin. .le n'ai pas pu y parvenir, et plusieurs personnes ont tait sans plus de succès les mêmes essais.

» On nous avait dit que les effets produits par la malade diminuaient lorsque les objets soumis à son action étaient placés sur un parquet ciré. Ou pouvait penser alors que les effets disparaîtraient en isolant la cliaise : les quatre pieds d'une chaise ont été placés dans des verres Inen séchés, et la fille Cottin a pu s'y asseoir sans éprouver la plus légère secousse et y rester 1res tranquille en posant S(!S pieds sur une bouteille couchée; après l'avoir laissée dans cette position quelque temps, nous avons approché la main de son coude et déterminé une secousse.

» l^a fille Cottin étant toujours sur la chaisi» isolée, on a mis devant elle un guéridon et tout ce qu'il fallait pour faire des gants de filet; on avait isolé le guéridon sur des verres : la

1. Ce phénomène a souvent manqué, o'insi que tous los antres.

malade a pu travailler, seulement le moule lui faisait éprouver une sensation pénible; elle ne s'en plaignait pas, mais elle le tenait romiiic nu frr tropcliaiul que l'on change à chai(ue instant (le position dans sa main. Ce moule était terminé par une pointe à chacune de ses extrémités, et celles-ci, en laissant échapper le lluide, pouvaient élaldir dans les doigts de la fille (lottin nn courant produisant luie sensation analogue à celle résultant d'une faible pile éleclrique.

» Pour placer Angéliriuc sur la chaise isolée, M. Deaumont l'avait prise dans ses bras et posée sur la chaise sans laisser les pieds loucher à terre. Nous avons voulu voir si, en agissant de même, la fille Cottin pouvait être maintenue sur une chaise non isolée : au moment où elle fut assise, elle éprouva une secousse; mais comme M. Reaumont la maintenait, elle resta sur la chaise assez tranquille pendant deux à trois minutes, puis l'effet habituel se reproduisit; mais de nouveau on força la malade à rester assise, elle redevint tranquille pendant quelques instants, et la répulsion eut encore lieu. Cette expérience a été continuée; les mêmes intermittences dans le repos et les répulsions se sont maintenues.

» D'après les idées que ces expériences nous donnaient, nous fûmes conduits à examiner la tète d'Angélique : lorsque nous touchions le front et les côtés de la tête jusqu'un peu en arrière des oreilles, elle n'éprouvait rien ; mais lorsque le doigt posait sur le sommet de la tête ou sur le cervelet, la commotion était aussi forte que lorsqu'on agissait sur le coude, seulement au lieu de tourner sur elle-même, elle était projetée en avant.

j Après avoir frotté un bâton de cire à cacheter, on le posa sur le bras d'Angélique, immédiatement elle ressentit une forte secousse; le bâton ayant ensuite été déséleclrisé, on toucha de nouveau son bras sans qu'elle ressentît la moindre action. Cette expérience a été répétée plusieurs fois, et les résultais ont toujours été les mêmes; nous prenions les plus grandes précautions pour que la malade ne put pas savoir si la cire était ou non électrisée, et cependant elle ne s'y est jamais trompée, et, pour mieux dire, elle n'a jamais bougé lorsque la cire n'était pas frottée, tandis qu'elle ressentait une vive douleur lorsqu'elle était électrisée. 11 en a été de même avec un tube de verre.

ï iM. Deaumont avait apporté une pelile boussole de poche sur laquelle nous avons voulu faire agir le bras d'Angélique.

mais nous n'avons rien remarqué; au contraire, lorsqu'elle présentait son coude contre une grande aiguille suspendue à uniil, celle-ci était déviée par répulsion de 90- environ. Voilà, monsieur, ce que j'ai vu; si vous désirez d'autres renseignements »

Ecoutons maintenant les médecins du pays qui ont vu et examiné la fille électrique. Le docteui^ Verger, le premier médecin qui ait observé Angélique Coltin, a écrit ce qui suit :

« Tout ce que j'ai vu a été vu par un grand nombre de personnes dignes de foi, par les notabilités du pays et plusieurs ecclésiastiques, et qui ont la conviction profonde d'avoir bien vu. Pou de jours après l'invasion de cette propriété singulière, j'étais avec M. Fromage, pharmacien, M. Vacher, M. le curé de la Perrière, quand on m'en parla. L'incrédulité fut ma première pensée, la négation ma première réponse: je ne supposais pas de mauvaise foi aux personnes qui me racontaient des effets aussi extraordinaires, mais je pensais qu'elles s'étaient trompées dans leur observation. Je me rendis donc à la Muzerie, avec une forte prévention contre tout ce que j'entendais dire d'Angélique Cotlin, que je connais d'ailleurs depuis longtemps, ainsi (jue toute sa famille; j'y trouvai beaucoup de monde, car ces événements faisaient déjà beaucoup de bruit Les choses se passèrent, comme on vous l'a dit, en notre présence. Nous prîmes toutes les précautions possibles pour n'être pas trompés : nous vîmes bien, très bien des effets à distance, c'est-à-dire par le simple contact soit d'un fil de soie ou du tablier d'Angéliqu',', soit du bas de sa jupe ; le guéridon auquel son fil était accroché a été brusquement renversé, malgré ma résistance. La jeune fille paraissait enti-a'inée irrésistiblement vers les objets qui fuyaient devant elle. Nous expérimentâmes sur la chaise, l'effet eut lieu. — Nous répétâmes deux fois l'expérience du panier avec succès. — J'appris de M. de Farémont tout ce qu'il avait observé chez la fille Cotlin; il la voit tous les jours; son humble chaumière est au pied de son château. Il donna beaucoup de soins et de consolations à celte famille pauvre et désolée, qui attribuait au sortilège la position •le la jeune fille, devenue incapabla de travailler.

-200 HlSTOir. E DU MERVEILLEUX.

» Je fis part de tous ces phénomènes à M. Hébert, dont on ne saurait trop louer la capacité et le zèle pour la science. »

Le docteur Lemoniei% médecin à Saint-Maurice (Orne), écrit ce qui suit:

« Je m'onipresse d'attester les phénomènes que vous avez observés chez la fille C-ottin ; ils ine sont parfaitement connus. J'ai vu un panier d'osier rempli de haricots qui furent dispersés dans la chambre au moment oit la jeune fille l'a tourne avec la main ganche. Tous les meubles, tal)les, chaises, coflVes, effleurés par la main d'Angélique, étaient repoussés violemment. M. le procureur du roi de Mortagne était présent; lui-même, assis sur une chaise, pria la fille Cottin de s'asseoir sur ses genoux : à l'instant, comme par un coup de foudre, il a été enlevé et repoussé avec la chaise. — Une autre chaise tenue par moi et deux de mes amis nous a échappé des mains, et un des bâtons de cette chaise a été brisé. — La jeune personne poussait un petit cri indiquant la souffrance quand on lui mettait un objet dans la main. — Placée sur une chaise isolée du sol par quatre verres, la jeune fille, en appuyant les pieds surles barreaux, ne produisait rien. — Mise en contact avec le réservoir commun, le phénomène recommençait, et toujours de gauche adroite. — Pendant le paroxysme, ce côté était }dus chaud que l'autre; de plus, il est agité d'un mouvement insolite qui s'observe aussi dans la circulation. »

Le docteur Beaumont-Cliardon, médecin à Mortagne, a consigné dans La lettre suivante le résultat de ses observations :

« Voici ce que j'ai vu, dit ce médecin :

» 1° Répulsion et aussi attraction, sautillement, déplacement d'une table assez massive, — ■ d'une autre table de trois mètres sur deux, montée sur roulettes, — d'une autre table carrée de un mètre et demi, en chêne, — d'un fauteuil en acajou, très massif. — Tous ces déplacements ont eu lieu par le contact volontaire ou involontaire des vêtements de la fille Cottin.

» 2° En la faisant asseoir : bouleversement, répulsion de la

LA FILLE ÉLECTRInUb;. 20l

fliaise et de la jeune fille forteiuent maintenues, ainsi que de la personne qui était assise sur le même siège; — une sorte d'ailhérence momentanée de la chaise aux jupes a été vu plusieurs fois; — cessation de ces effets en mettant la chaise et la jeune fille sur du verre ou de la toile cirée, ou bien en posant la jeune fille sur la chaise sans que ses pieds fussent en contact avec le sol; — effets généralement moindres sur les planches cirées ou des tapis.

» ?>" Commotion vive de la jeune fille, rappelant exactement celle qu'on éprouve par une décharge électrique, lorsqu'on approchait de la colonne vertébrale, à son insu ou non, soit un fragment de bois, soit un bàlon, une pelle, une pincette à feu; — le doigt porté vers le front, le sommet et surtout le derrière de la tète, ainsi qu'au pli du bras gauche, produisait le même effet, soit par contact, soit à la distance d'un ou de deux centimètres; — cessation de cet effet lors((u'on interposait une toile cirée entre le bras et l'objet.

» i' Sensations de violentes piqûres lorsqu'on mettait en contact avec le pli du bras gauche ou la tète, ou simplement qu'on approchait à petite distance, un bâton de cire à cacheter ou un tube de verre frottés convenablement; — lorsqu'on ne les avait pas frottés, ou lorsqu'on les essuyait on les mouillait, cessation d'effets. — Les poils du bras, couchés avec un peu de salive, se redressaient par l'approche du bras gauche de la jeune fdle.

> 5" Sensation pénible et insupportable de picotement lorsqu'on approchait, à plusieurs centimètres des doigts étendus de la main gauche, ainsi que de sa tète, l'un ou l'autre des pôles d'un fer fortement aimanté; le fer non aimanté ne produisait pas ces effets. -— Lue aiguille aimantée, suspendue au plafond horizontalement par un long fil, a été déviée de la direction de l'axe magnétique terrestre et oscillée par l'approche du bras gauche dtî la jeune fille.

» La jeune fille donnait généralement beaucoup, quand

j'étais près d'elle, parce que je n'excitais pas sa défiance et que je lui épargnais les souffrances; j'ai cru voir que pour bien donner, quoique sa volonté m'ait paru sans inlluence, il faut qu'elle ait l'esprit libre et qu'elle soit gaie. »

Enfin M. Cohu, phariTiacien à Mortagne, a écrit la lettre suivante, adressée, comme les précédentes, au

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docteur Tan chou, dans la brochure publiée par cet honorable médecin cl qui a pour titre : Enquêlc sur V mUhenticilé des phénomènes électriques cV Angélique Cottin^.

« Les effets signalés par M. Hébert, dit le pharmacien de Mortagne, sonl de la plus grande aulhenticité; je n'ai pas à m'expliquer sur la cause (jui les a fait cesser et méconnaître. Les efl'ets sont patents; il y en a d'étonnants; ils ont été constatés bien examinés par un grand nombre de personnes honorables; il n'y avait ni fraude, ni compère.

» Le phénomène de la chaise est à la connaissance de plus de mille personnes; ce meuble était quasi projeté par suite du contact de cette enfanl. J'ai vu trois hommes forts chercher à la maintenir sous elle, elle leur a échappé par un mouvement rapide; moi, monsieur, assis à côté d'elle, je n'ai pu rester malgré mes efforts et mes précautions.

» On donnera à cela le nom que l'on voudra; l'important est de constater cette faculté répulsive, elle est très marquée; il est impossible d'en nier les effets. Elle me paraît avoir son siège dans le cervelet ou dans le bassin, ou peut-être ailleurs; mais le fait est là, matériel, visible, incontestable. »

Nous avons cru devoir citer dans toule leur étendue les témoignages qui précèdent, parce qu'ils constatent la réalité des phénomènes physiologiques anormaux pi^ésentés par Angélique Cottin pendant tout le temps qu'elle résida dans son village natal ou à Mortagne. Nous allons avoir à reconnaître, en effet, que ces phénomènes perdent considéi\ablement de leur intensité, et finiront même par disparaître lorsqu'Angélique Cottin, quittant le département de l'Orne, viendra se montrer aux curieux et aux savants de Paris.

Les parents d'Angélique, gens pauvres et bornés,

1. Hrocluirc de 54. pages, Paris, chez Gcrnicr-Baillière, 1840.

eurent l'idée, pour tirer un lucre de la singulière l'acuité de leur nièce, de l'exposer, de vifle en ville, à la curiosité publique. Comme on l'a lu plus haut, ils commencèrent cette exhibition à Mortagne.

Le bruit de l'arrivée de la jeune fille s'étant bien vite répandu dans la ville, plus de cent cinquante personnes la visitèrent le soir même. Bien différents des médecins de Mamers, qui avaient refusé d'examiner Angélique Cottin, et de ceux de Bellesme qui ne vinrent pas la voir, bien qu'ils ne fussent éloignés d'elle que d'un kilomètre, les médecins de Mortagne mirent beaucoup d'empressement à examiner la fille électrique ou gi/>nnotique, comme on l'appela, pour rappeler le poisson qui porte le nom de c/ymnote, ou anguille électrique. Dans les lettres rapportées plus haut, on a vu le résultat des observations que les médecins de Mortagne firent sur Angélique Cottin.

C'est à leur sollicitation et sur leur désir que les parents d'Angélique prirent la résolution d'amener à Paris la fille électrique, pour la soumettre cà l'examen des corps académiques.

Elle arriva dans la capitale le 10 février 1846. Dès les premiers jours de son arrivée, plusieurs savants la visitèrent dans la rue des Deux-Ecus, à l'hôtel de Rennes où elle était descendue. Elle fut présentée à Arago et à un médecin , le docteur Tanchou , qui la soumit, le 12 février à une série d'expériences qui durèrent plus de deux heures.

Pendant la séance publique du 17 février de l'Académie des sciences, le secrétaire perpétuel, Arago, donna connaissance des essais auxquels le docteur Tanchou avait soumis cette jeune fdle, et lut à ce sujet une note que ce médecin lui- avait remise, et qv.i fut

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publiée dans les Comptes rendus officiels de celle séance. Voici celle noie :

« J'ai vu deux fois, dit le docteur Tancliou, la jeune fille électrique (Angélique Collin).

» Une chaise, que je tenais le plus fortement possible avec le pied et les deux mains, a été chassée au moment où elle s'y est assise.

)> (ne petite bande de papier que j'avais placée eu équilibre sur mon doigt, a été emportée plusieurs fois comme par \\\\ coup de vent.

5) Une table à manger, d'une moyenne grandeur et assez lourde, a été plusieurs fois poussée et déplacée par le seul fait du contact de ses vêtements.

» Une petite roue en papier, placée verticalement ou horizontalement sur son axe, reçoit un mouvement rapide par les émanations qui sortent du poignet et du pli du bras de cette enfant.

« Un canapé fort grand et fort lourd, sur lequel j'étais assis, a été poussée violemment jusqu'au mur au moment où celle jeune lille est venue se mettre à côté de moi.

» Une chaise fixée sur le sol par des personnes fortes, sur laquelle j'étais assis de manière à n'en occuper que la moitié, a été violemment arrachée de dessous moi, aussitôt que la jeune personne s'est mise sur l'autre moitié.

» Chose singulière, chaque fois que la chaise est enlevée, elle semble tenir aux vêtements de la jeune personne; elle la suit un instant et ne s'en détache qu'après.

» Deux petites boules de sureau ou de plume suspendues par un fil de soie, sont agitées, attirées, et parfois s'éloignent l'une de l'autre.

» Les émanations de cette jeune fille ne sont pas permanentes dans la journée; elles se montrent surtout le soir de sept à neuf heures : ce qui me fait penser que son dernier repas, qu'elle fait <à six heures, n'y est pas étranger.

« Elles oui lieu par la face antérieure du corps seulement, particulièrement au poignet et aa pli de la saignée.

» Elles n'ont lieu que du côté gauche; le bras de ce côté est plus chaud que l'autre; il s'en dégage une chaleur douce, haiitueuse, comme d'une partie où il se fait une vive réaction. Ce membre est tremblant et continuellement agité de contrac-

lions insolites et de frémissement qui semblent se communiquer à la main qui le touche.

» Pendant le temps que j'ai observé celte jeune personne, son pouls a varié de lO.j à lllO pulsations par minute, il m'a j)aru souvent irrégulier.

» Quand on éloigne cette jeune personne du réservoir commun, soit en l'asseyant sur une cliaise sans que ses pieds louchent par terre, soit qu'elle ait ses pieds sur ceux d'une personne placée devant elle, le phénomène n'a pas lieu; il cesse également quand on la fait asseoir sur ses deux mains. Un parquet ciré, un morceau de taffetas gommé, une lame de verre placée sous ses pieds ou sur sa chaise annihilent également sa propriété électrique.

» Pendant le paroxysme, la jeune pei'sonne ne peut presque rien toucher avec la main gauche, sans qu'elle le jetle au loin, comme si elle était brûlée; quand ses vêtements touchent les meubles, elle les attire, elle les déplace, elle les bouleverse. On le concevra d'autant plus facilement, quand on saura qu'à chaque décharge électrique, elle fuit pour éviter la douleur; elle dit qu'alors cfl la pique au poignet et au pli du coude; eu cherchant le pouls à l'artère temporale, ne pouvant l'apprécier au bras gauche, mes doigts touchèrent par mégarde la nuque; à l'instant la jeune personne jeta un cri, et s'éloigna vivement de moi. 11 y a dans la région du cervelet (je m'en suis assuré plusieurs fois), à l'endroit où les muscles de la partie supérieure du cou s'insèrent au crâne, un point tellement sensible, que la jeune personne ne permtît pas qu'on y touche, et auquel vont retentir toutes les sensations qu'elle ressent du bras gauche.

» Les émanations électriques de cette enfant semblent avoir lieu par ondées, d'une manière intermittente, et successivement par différents points de la partie antérieure de son corps et je ferai remarquer à cette occasion que le déplacement de la table, qui est l'effet de sa plus grande puissance, est à la hauteur de son bassin.

» (Juoi qu'il en soit, elles ont lieu par un courant gazeux qui produit la sensation du froid; j'ai senti manifestement sur la main un souffle instantané semblable à celui qu'on produirait avec les lèvres.

« Cette irrégularité dans l'émission du lluide jiarait résulh'r de plusieurs causes : d'abord des préoccupations continuelles de cette jeune fille, (|ui regarde toujours derrière elle si quel-

206 HISTOIIIE DU MERVEILLEUX.

qu'un ou quelque chose la touche; ensuite de rappréhension (ju'elle a elle-même du phénomène; car dès qu'il se produit elle fuit rapidement, comme si elle était repoussée par une force contraire, enfin de la fatigue et de l'attention. C'est quand elle ne pense à rien ou quand on la disirait, que le phénomène est le plus subit et le plus intense.

» Chaque phénomène chez cette jeune fille est manjué par la frayeur, la fuite et un air d'épouvante. Quand elle approche le bout du doigt du pôle nord d'un fer aimanté, elle reçoit une forte secousse ; le pôle sud ne produit aucun elfet. On a beau changer le fer de manière à ne pas reconnaître soi-même le {"Ole, la jeune fille sait fort bien l'indiquer.

» Cette enfant a treize ans; elle n'est pas encore nubile, et j'ai appris de sa mère que rien d'analogue à la menstruation n'a encore paru.

» Elle est très forte et bien portante.

» Son intelligence est peu développée, c'est une villageoise dans toute l'acception du mot; elle sait pourtant lire et écrire; elle était occupée à faire des gants en tilet pour les dames. Les premiers phénomènes datent d'un mois.

Paris, 15 février 1846. »

Après avoir donné lecture de la noie précédente, Arago raconta ce qu'il avait observé lui-même sur Angélique Cottin, que ses parents avaient conduite à l'Observatoire. En présence de iMM. Mathieu, Laugier et Goujon, il avait constaté les phénomènes suivants : Angélique Cottin ayant présenté sa main à une feuille de papier placée sur le bord d'une table, la feuille de papier avait été vivement attirée par sa main. — An* géliquc s'élant approchée du guéridon et l'ayant cfflcun; de son lalilier, ce guéridon avait été repoussé. — Angélique s'étant assise sur une chaise et ayant posé ses pieds par terre, la chaise fut projetée avec violence contre le mur, tandis que la jeune fille était jetée d'im autre côté.

Recommencée plusieurs fois, cette dernière expé-

LA FILLE ELECTIIIUUE. 207

lience réussit toujours. Ni Arago, ni MM. Goujon et LauL;ier, ne purent maintenir la chaise immobile. M. Goujon s'élant assis d'avance sur la moitié de la chaise qui allait être occupée par la jeune fdle, fut renversé au moment où celle-ci vint partager la chaise avec lui.

Après ce récit, Arago ayant demandé qu'une commission lut nommée pour examiner ces phénomènes, l'Académie des sciences institua, pour informer sur ces faits et lui en faire un rapport, une commission, composée de MM. Arago, Becquerel, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, Babinet, Rayer et Pariset.

Cette commission se réunit, dès le lendemain, au Jardin des plantes; mais ses expériences furent défavorables à la réalité des propriétés électriques d'Angélique Cottin. Préoccupée de constater, au moyen des appareils de physique, la présence de l'électricité dans le corps de la jeune fdle, la commission s'inquiéta peu de ces phénomènes de projection mécanique, de ces guéridons renversés, de ces chaises lancées contre le mur, accidents qui avaient exclusivement fixé l'attention dans le département de l'Orne. Or, les appareils de physique effrayèrent la jeune paysanne, et ne décelèrent point chez elle la présence d'une électricité libre analogue à celle de nos machines, ou à celle que l'on met si facilement en évidence chez les poissons électriques, tels que la torpille, le gymnote, le silure et la raie.

Ces phénomènes de projection mécanique perdaient d'ailleurs de jour en jour, de leur intensité primitive. Le docteur Tanchou, qui les avait constatés d'une manière très positive chez Angélique Cottin, dans les premiers jours de son arrivée, reconnaissait, avec sur-

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prise, qu'ils cessaient de se produire et tendaient même à disparaître complètement.

C'est ce que le docteur ïanchou s'empressa de déclarer lui-même, dans une lettre qui allait au-devant de contestations inévitables. Cette lettre, adressée au président de l'Académie des sciences, était ainsi conçue :

« Monsieur le président,

» Les phénomènes électriques que je crois pourtant avoir bien observés chez la lllli' Collin, les 13 et J-i février, ayant lait naître des contestations, j'ai voulu les constater de nouveau les 1!) et 24 du même mois, devant des personnes graves et éclairées. Je dois déclarer que toutes les tentatives faites à cet égard ont été nulles ou presque nulles. Je crois donc prudent de rentrer dans le doute et d'attendre de nouvelles épreuves pour me faire une opinion sur des effets d'ailleurs variables et si fugitifs de leur nature.

TANC.iior.

!'■'■ mars 18iG. »

L'aveu contenu dans cette letti^e faisait prévoir les conclusions du rapport de la commission de l'Académie des sciences chargée d'examiner Angélique Gottin, Deux séances avaient été consacrées par la conmiission académique à l'examen des phénomènes annoncés chez cette jeune hlle, et aucun résultat n'avait été constaté. Son rapport ne pouvait être qu'accablant pour les facultés anormales de la pauvre Angélique. On va du reste en juger.

« Dans la séance du 10 février dernier, est-il dit dans ce rapport, l'Académie reçut de M. Cholet ' et de M. le docteur

1. M. Cli()lt!t était un ami de la lamitlc Cuttiii, ((ui avait amené Angélique à Paris, pour la soumeLlre à l'examen des savants.

Taiiclioii deux notes relatives h des facultés extraordinaires, (|ui, (lisait-on, s'étaient développées, depuis environ un mois, chez une jeune fille du département de l'Orne, Angélique (jotlin, âgée de quatorze ans. L'Académie, conformément à ses usages, chargea une commissior/ d'examiner les faits énoncés et de lui rendre compte des résultats. Nous allons, en très peu de mots, nous acquitter de ce devoir.

» On avait assuré que Mlle Cottin exerçait une action répulsive très intense sur les corps de toute nature, au moment où une partie quelconque de ses vêtements venait à les toucher; on parlait même de guéridons renversés à l'aide du simple contact d'un fil de soie.

» Aucun effet appréciahle de ce genre ne s'est manifesté devant la commission.

-» Dans les relations communiquées à l'Académie, il est question à' une aiguille aimantée qui, sous l'influence du bras delà jeune lille, lit d'abord de rapides oscillations et se fixa ensuite assez loin du méridien magnétique.

1) Sous les yeux de la commission, une aiguille délicatement suspendue, n'a éprouvé, dans les mêmes circonstances, ni déplacement permanent, ni déplacement momentané.

» M. Tancliou croyait que Mlle Cottin avait la faculté de distinguer le pôle nord d'un aimant du pôle sud, en touchant simplement ces deux pôles avec les doigts.

» La commission s'est assurée, par des expériences variées et nombreuses, que la jeune fille ne possède pas la prétendue faculté qu'on lui avait attribuée de distinguer par le tact le pôle des aimants.

» La commission ne poussera pas plus loin l'énumération de ses tentatives avortées. Elle se contentera de déclarer, en terminant, que le seul fait annoncé qui se soit réalisé devant

elle EST CELUI DE MOUVEMENTS BRUSQUES ET VIOLENTS, éprOUvés

par les chaises sur lesquelles la jeune fille s'asseyait. Des soupçons sérieux s'étaient élevés sur la manière dont ces mouvements s'opéraient, la commission décida qu'elle les soumettrait à un examen attentif. Elle annonça sans détour que les recherches tendraient à découvrir la part ([ue certaines manœuvres habiles et cachées des pieds et mains pouvaient avoir eue dans le fait observé.

Ci A partir de ce moment, il nous fut déclaré {pav M. Gholet), que la jeune fille avait perdu ses facultés attractives et répulsives, et que nous serions prévenus aussitôt qu'elles se r. j'-ro-

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