I. M. Clausel de Montais
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muni des pouvoirs nécessaires pour exorciser; la déconvenue que lui fit éprouver le malin peut donc passer pour la punition de sa témérité.
Voilà déjà bien des jeunes lillcs électriques. Ajoutons-en une dernière, qui eut le désagrément d'être renvoyée à cause de ses vertus attractives, comme Adolphine Benoît, mais que le diable ne se soucia pas de venger sur la personne de ses maîtres. La Gazette des TrihunaiLc du 20 décembre 181-9 racontait les faits en ces termes :
« La curiosité publique a été trop longtemps et trop vivement tenue en haleine à Saint-Quentin, pour qu'il nous soit possible de ne pas lui donner complète satisfaction.
» Il se passait, en eiïet, des choses bien' étranges, en apparence, chez un honorable négociant de Saint-Quentin, Sans parler des bruits de l'autre monde, que les domestiques prétendaient entendre chaque nuit, le diable faisait des siennes en plein jour avec une dextérité et une audace de nature à confondre les plus incrédules. Pendant plus de trois semaines, il arriva que les sonneltes allaient toutes seules, faiblement d'abord, et tour à tour, puis simultanément, à tout briser. On courait aux cordons, on suivait le (il, on guettait... peines perdues! Tandis que l'effroi régnait parmi les ouvrières, et que les maîtres attendaient patiemment que l'auteur de cette mauvaise plaisanterie leur fut révélé, la situation se compliqua. Non content de déplacer les casserolles et la vaisselle, de faire voyager des grils d'un bout à l'autre de la cuisine, de tourmenter de mille manières les malheureuses domestiques, qui dépérissaient à vue d'oeil et parlaient sérieusement de déguerpir, le lutin se mit en devoir de frapper à coups redoublés contre les murs.
» Les recherches impatientes des maîtres étaient toujours vaines, et les détonations infernales, alternaient peu agréablement avec les sonneries fantastiques, lorsqu'il se produisit un troisième phénomène bien plus étonnant quetout le reste. Ln carreau se brisa spontanément, puis un second, j)uis un troisième, jusqu'à cinq dans le même journée, à deux pas, et sous les yeux de cin(| ou six personnes rassemblées autoui' d'une table, sur laquelle tombaient les éclats de vitres, sans (ju'on
tronvùl trace du moindre projectile. Le plus surprenant, c'est que les vitres étaient, pour la plupart, non pas brisées, mais trouées comme par Velfct cl une bulle! Bref, jamais prodige ne fut mieux conditionné pour dérouter le bon sens des uns et troubler la cervelle des autres. Il fallut bien, néanmoins, que le sortilège prit (in. Toutes les suppositions autorisées par la saine logique étaient épuisées, il en restait une qui semblait devoir éloigner la frayeur réelle ou admirablement feinte des domestiques. Comment croire qu'une servante s'amuserait et parviendrait à se multiplier, avec une adresse digne des prestidigitateurs les plus consommés, pour bouleverser ainsi toute une maison? Ce (ju'il y a de certain, c'est que le congé donné, le chai'me a disparu. »
Cette fin des pi'odiges de Saint-Ouentin empoiHe avec elle leur explication. Elle mérite qu'on en garde bonne note, car elle prouve que les faits les plus surpi^enanlseten apparence les plus contraires aux lois de la nature, n'accusent pas nécessairement une cause supernatui^elle.
La malice et l'adresse de quelque personne restée inconnue, expliquent les divers faits que nous avons rapportés dans ce chapiti^e, et qui ne méritent pas de nous arrêter davantage.
A l'époque où nous voici arrivés, la danse des tables a commencé en Amérique. Mais le m'onde ancien a eu ses prodiges, indépendants de ceux du nouveau. Ces derniers n'étaient pas connus en France lors des manifestations que nous venons de signaler, et par conséquent, ils n'ont pu les influencer en aucune inanière.
Tandis qu'au delà de l'Atlantique le supernaturalisme, suivant l'expression d'une feuille anglaise, «fonctionnait comme institution nationale, » tandis que les journaux des États-Unis étaient remplis des récits de
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ses merveilles, la presse française, en proie à d'aiiti'es soucis, gardait un silence absolu, et en quelque sorte systématique sur ces étranges nouveautés. C'est seulement vers la fin de 4 852 qu'on signale l'arrivée de quelques médiums américains dans le nord de l'Ecosse, d'où leur pratique passa bientôt à Londres et un peu plus tard en Allemagne. Mais en France, rien encore de provenance américaine. Aussi M. de Mirville soutientil, avec raison, la spontanéité des phénomènes français. Il ne nous paraît pas aussi bien fondé quand il réclame la priorité pour ses phénomènes normands, notamment pour celui du presbytère de Cideville, sur les manifestations transatlantiques. Mais, la question de priorité écartée, il reste ici poumons une question d'ordre et deméthode qui nous commande d'ajourner encore, malgré la chronologie, le chapitre des tables tournantes. Nous allons donc, pour n'être pas obligé de revenir sur nos pas, couronner par l'histoire merveilleuse du presbytère de Cideville le récit des prodiges que notre pays a vus s'accomplir, avant d'être envahi à son tour par l'épidémie des tables tournantes et parlantes.