CHAPITRE II
Le presbytère de Cideville. — C'est la flmte à Voltaire.
Lorsque Voltaire, étant allé voir un de ses amis, dans un village de Normandie, où l'onjetait alors les fonda-
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lions d'une église, accepta l'honneur de poser la première pierre de Tédifice, personne n'eul le moindre soupçon du principe que l'immortel philosophe cachait sous cette pierre. Or, cette scène avait lieu dans la paroisse de Gideville. On ne peut douler aujourd'hui que ce ne soit là le point de départ des tribulations effroyables que devait essuyer, un siècle après, non pas celte église elle-même, mais son curé. Au simple récit des infernales tribulations auxquelles cet ecclésiastique fut en proie, tout le monde comprendra que l'esprit de l'auteur de Candide et de la Vision de Babouc n'y était pas étranger.
Tout le monde, disons-nous! Il faut pourtant en excepter M. le marquis de Mirville. Oui, ce spirite expert, qui voit des démons partout, et qui a même, fait preuve d'une grande sagacité pour les découvrir où ils ne sont pas, a laissé échapper celui-ci.
On ne s'attendait guère.
A voir Voltaire en cette affaire,
nous dit, cavalièrement, M. de Mirville, après avoir rappelé la cérémonie de la pierre posée. — Pardon, monsieur le marquis, on devait s'y attendre; et votre distraction , véritablement inexplicable , nous semble d'une nature aussi suspecte que les diableries du presbytère de Gideville. Quel autre esprit que celui de Voltaire pouvait revenir dans cette église bâtie sous les auspices de l'homme qui fut le plus spirituel de tout son siècle?
Ces prétendues diableries méritent une attention toute particulière puiqu'elles ont abouti à un procès. Ces faits sont consignes au greffe de la justice de paix
LES ESPRITS FRAPPEURS. iî57
du canton d'Yervillc, où rauteur du livre des Esprits assure n'avoir eu que la peine de les relever. On ne court donc aucun risque en les transcrivant d'après lui. Ces phénomènes de Cideville étant d'ailleurs l'argument capital des spiritistes et le grand cheval de bataille de M. le marquis de Mirville, c'est encore une considération qui doit nous obliger à lui laisser ici la parole. Nous ne retrancherons de son récit que les réflexions dont il l'entrecoupe trop fréquemment, et qui préjugent la question posée dans cette affaire entre les esprits et une cause naturelle.
« Commençons, dit notre auteur, par rapporter à l'avance, seulement pour mémoire et sans en garantir la teneur, les bruits vagues qui, dit-on, avaient cours avant l'apparition des premiers phénomènes, et semblaient en fsire présager les approches.
« Selon ces bruits, vers les premiers jours du mois de mars de l'année 1849, M. le curé de Cideville aurait rencontré chez un de ses paroissiens malades un individu nommé G..., auquel tout le pays accordait depuis longtemps une réputation de guérisseur émérite et de docteur es sorcellerie. Un premier malade paraissant s'être assez mal trouvé du traitement mystérieux (il en était mort), M. le curé aurait cru devoir cette fois formuler un blâme énergique en renvoyant le guérisseur. Tout en serait resté là, mais comme de son côté dame justice se mêle de beaucoup de choses en ce pays. G... se voit un jour appréhendé au corps et condamné, pour méfaits du même ordre, à une ou deux années de prison. Il rapprocha aussitôt le blàrae du curé de la correction de la justice, prononce, dit-on encore, quehjues menaces contre l'ennemi qu'il soupçonne, et plus tard, lorsque l'heure de la vengeance est arrivée, le berger Thorel, son disciple et ami, fait entendre à son tour que M. le curé pourra bien s'en repentir, et que lui, Thorel, ne sera dans tout cela que le mandataire de son maître et l'exécuteur de ses hautes œuvres.
4 Deux enfants sont élevés au presi)ytère de Cideville, l'un a douze ans, l'autre quatorze; tous deux se destinent au sacer-