‹ Histoire du merveilleux dans les temps modernes (volume 2)Chapitre 58 sur 68 · I. Psoii<l(invmo de M. Alolionsc-Lon;.* Cons'a'U · texte numérisé non relu

I. Psoii<l(invmo de M. Alolionsc-Lon;.* Cons'a'U

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comment, par sa propre critique, il dégrade lui-même son prodige.

« Conclurai-je de ceci que j'ai réellement évoqué, vu et touché le grand Apollonius de Tyane? Je ne suis pas assez halluciné pour le croire, ni assez peu sérieux pour l'aflirmer. L'effet des préparations, des parfums, des miroirs, des pardades, est une vérilahle ivresse de l'imagination, qui doit agir vivement sur une personne déjà impressionnable et nerveuse. Je n'explique pas par quelles lois physiologiques j'ai vu et touché; j'aflirme seulement que j'ai vu et touché: ({ue j'ai vu clairement et distinctement, sans rêves, et cela suffit pour croire à l'efficacité réelie des cérémonies magiques. »

Éliphas Lévi croit à une lumière astrale, à un feu vivant, à un agent universel de la vie, à un fluide magnétique, car il n'a pas moins de mots que les autres pour désigner la matièi^e subtile et invisible qui joue le principal rôle dans ces phénomènes. Mais, pour metti^e la dite matière en jeu, il attribue à l'art magique, au trident de Paracelse, au nombre ternaire, aux mystèi^es du tarot, aux pantades, en un mot à tous les signes cabalistiques, une puissance, dont les magnétiseurs, en général, tiennent peu compte, et que la plupart semblent même ignorer. Eliphas Lévi est un magicien achevai sur les formules. Du reste, il affirme que les morts, ou plutôt les images des morts qui appai^aissent par la puissance des évocations, ne révèlent jamais rien des mystères de l'autre vie. Si ces spectres répondent à ceux qui les interrogent, ce n'est jamais par une voix qui frappe véritablement les oreilles, mais bien par des impressions imaginaires et toutes subjectives. Que si quelquefois on se sent affecté par un contact qui semble produit par le fantôme même,

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celte sensation n'accuse aucune cause exteine et doit être rapportée à l'imagination seule.

Eliphas Lévi est tellement éloigné de faire inlervenir le surnaturel dans la production des phénomènes qu'il opère, lui ou les autres tascinateurs, magiciens et magnétiseurs, qu'à ses yeux, le surnaturel n'existe pas, ou n'est, suivant son expression, que le naturel exalté. Il est impossible de rencontrer un homme plus positif dans un faiseur de prodiges !

Le comte de Szapari, qui voit aussi la magie dans le magnétisme, et qui attache, comme Éliphas Lévi, une certaine importance aux formules, fait, au contraire, intervenir dans le magnétisme animal, le spiritisme, ou. pourmieux dire, il n'y voit pas autre chose. Avec lui, point d'action physique véritable, point de fluide ou autre agent matériel entre le magnétiseur et le magnétisé. L'acte magique de la magnétisation consiste dans une action spirituelle, cachée sous les dehors d'une action physique. L'homme manifeste son influence spirituelle par un signe approprié à l'effet qu'il veut produire, et cet effet est obtenu d'autant plus sûrement que « les hommes étant de petites spiritualités qui se meuvent à la surface du globe, » rien n'est plus facile que de les mettre en communication et de les faire agir les unes sur les autres. Il ne s'agit que de bien connaître les signes et les gestes; mais c'est précisément dans cette connaissance que consiste la magie. Du reste, l'action spirituelle vient de Dieu môme, et l'on ne peut, conséquemment, assigner aucune borne à ses effets.

De la magie magnétique entenduede cette façon, il serait facile de tirer des révélations, et ces révélations

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enfanleraienl la question sociale et religieuse, aussi bien que les cinquante mille trépieds américains. Depuis que les esprits parlent et écrivent en France, ils ont, d'ailleurs, souvent abordé ce genre de prédication, soit pour annoncer des évangiles et des constitutions nouvellea, soit pour confirmer par des avertissements d'outre-tombe l'ordre établi en religion et en politique. Victor Hennequin, dont nous venons de rappeler la lin déplorable, ce fidèle scribe de Vâme de la terre, n'eut pas plus lot achevé sa tâche, qu'il s'adressa à l'Empereur des Français, et c'est cà lui qu'il cria, dans une lettre qui fut rendue publique, en l85o : Sauvons le genre humain.

Ordre de Dieu d'ériger le temple du royaume du Christ prédit par Salomon, manifesté en vision à Vriès, et devant être érigé à Paris, comme gage de la réconciliation entre Dieu et les hommes; tel est le long titre d'une sorte de prospectus, qui parut en 1855. Dieu lui-même, en ordonnant la construction de son temple, en a tracé le dessin et donné les devis. Ce temple de marbre sera élevé aux Champs-Elysées, à Paris. Toutes les religions de l'univers doivent venir s'y confondre dans un seul et unique culte. L'auteur de ce prospectus représenteun apôtre de Xunitarianisme, religion philosophique, qui a déjà de nombreux disciples en Amérique et. en Angleterre, comme Victor Hennequin nous figurait un prédicant du socialisme fouriéristc.

L'auteur du prospectus dont il vientd'ètre question, était ce Docteur noir, ce prétendu guérisseur de cancers, qui, après avoir occupé tout Paris, échoua, en 1850, sur les bancs de la police correctionnelle, et qui.

s'étaDt retiré à Nantes, y est mort obscurément, en

Passons à ceux qui, zélés catholiques, croient l'avenir de leur religion intéressé dans la question des esprits.^ Après ce que nous avons déjà dit de M- de Mirville, il suffira de le nommer ici, et nous n'accorderons pas une mention plus longue à son acolyte, le chevalier Gougenot des Mousseaux \ Aux yeux de ces deux spirites, tous les esprits sont des démons et tous les fluides sont leurs complices. Ce sont les démons et les esprits qui font tourner les tables, et qui répondent aux évocations des croyants, mais c'est pour montrer chaque jour plus clairement dans leurs manifestations,' les signes avant-coureurs de l'avènement de l'Antéchrist, et faire mieux sentir à l'Église catholique l'urgente nécessité de faire emploi de ses exorcismes.

D'autres spirites ne voient pas les choses sous un aspect aussi désolant. Non seulementils prétendent que les révélations des esprits peuvent être fort innocentes, mais ils assurent en avoir été souvent édifiés dans leur foi catholique, et ils les estiment capables de déterminer les conversions les plus miraculeuses dans ce monde de corruption et d'incrédulité. Parmi ces pieuses personnes il s'en est trouvé de fort éclairées et d'un caractère très honorable. Tel fut, par exemple, Girard de Caudemberg, ancien ingénieur des ponts et chaussées, homme positif par son éducation, très versé dans la mécanique, un véritable savant, en un mol,

1. Mœurs et pratiques des démons ou des Esprits visiteurs, d'après les autorités de l'Église, les auteurs paijens, les faits contemporains,etc. 1. vol. i 11-1 8. Paris, 185-i,

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et qui pendant plus de cinquante années de sa vie ne s'occupa que des travaux pratiques de l'art de l'in- •i^énieur.

Girard de Caudemberg, que nous avons connu à Paris, pendant qu'il rédigeait le bulletin scientifique du journal V Assemblée nationale, s'était retiré à Dijon à la fin de sa carrière. Dans les loisirs que lui faisait cette retraite, il s'adonna au spiritisme. Il est mort en 1858, peu de temps après la publication du livre dont nous allons parler, victime, comme tant d'autres, de la triste passion des tables tournantes.

Dans le livre qu'il a publié ', Girard de Caudemberg raconte qu'ayant, dans le principe, essayé comme tout le monde de faire tourner des tables, et n'ayant obtenu que des effets insignifiants, il douta de sa puissance personnelle, et chercha cà voir quelque chose de plus caractéristique. Un mot d'introduction qu'un ami lui procura, le fit admettre dans une réunion où l'on annonçait des effets très extraordinaires, et c'est là qu'il put reconnaître, dans ce qui amusait les salons de Paris, une cause surnaturelle, pouvant devenir redoutable.

« .l'i'tais complèlement inconnu, dit-il, aux personnes chez qui je me trouvais, elles savaient à peine mon nom; d'ailleurs elles étudiaient comme moi les phénomènes, et ne pouvaient avoir par conséquent la pensée d'en altérer la portée quand elles l'auraient pu. Or, je posai successivement à la table les questions suivantes, qui ont toutes été répondues avec une parfaite exactitude. — Combien ai-je d'enfants? Combien de garçons ? — Combien d'enfanls mariés? — Combien chacun a-t-il d'enfants ? — A quel âge est morte la personneà laijuelle je pense?

I. Le monde spirituel, ou Science chrétienne de communiquer intimement avec les puissances célestes et les âmes heuremes, t vul. in-18, Paris, 18.57,

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« Je fis après la question suivante, et j'appelle sur la réponse l'attention de tous ceux qui cherchent, sans idée préconçue, la raison des phénomènes. — (Juelle a été la cause de la mort de mon père? La table a dicté — feu. — Mon père était effectivement mort brûlé, il y avait de cela vingt ans. — Évidemment la réponse dans son ensemble n'avait pu être lue dans ma pensée, — mais le choix précis du mot, et du mot le plus court dont on pouvait se servir, et eu supprimant Varticle, avait sans doute été fait par un autre esprit que le mien.

« Mais lùentôt, et à plusieurs reprises, je tentai de laisser à la table toute initiative en la priant seulement deme dire quelque chose. Un jour il arriva qu'à cette invitation elle répondit en nous dictant les quatre mots suivants, incompréhensibles pour nous : Cap, sol, blepax, inogilié, toutes ces lettres avaient été dictées de suite et paraissaient un pur galimatias. 3Ime P... (le médium principal de la réunion) prétendait que l'esprit se moquait de nous; mais après avoir fait diviser les mots par la table elle même, comme je viens de les écrire. 11 me restait à iui demander dans quelle langue elle nous parlait et elle a répondu: slave, au grand ébahissement du médium qui n'avait jamais entendu dire que ce fût une langue. L'esprit (car il n'y avait plus à douter de son évidente- initiative), nous devait une traduction; mais il nous la donna, d'après l'expression consacrée, et comme je l'ai su depuis, excessivement libre, et, comme elle a un sens politique très spécial, je ne la rapporterai pas ici ; par la même raison, je ne crois pas pouvoir publier le sens littéral, qui contient une prophétie dont je ne garantis pas tout l'accomplissement, maiscpii pourrait donner lieu à des interprétations fâcheuses et diverses.

« L'esprit de cette table prenait le nom de Quccla,i\ était féminin, et. sur la demande quej'en lis le premier, il donna à sa mort la date d'une des années du quatorzième siècle. Je dois insister fortement ici sur h preuve évidente d'initiative, qui résulte de ces noms, la plupart du temps assez bizarres, que prennent les esprits et dont on s'est tant moqué, comme des diverses circonstances de leur vie4errestre. On ne saurait prétendre sans^tomber dans l'absurde, que tout cela est écrit d'avance dans 'la tète des médiums. »

Cependant, il résulte d'autres expériences rapportées par Girard de Caudemberg, que les réponses de

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l'esprit peuvent être intïuencées, ou même faussées par les idées qui sont dans la tèle du médium. On était chez madame B..., autre médium énergique, et qui s'occupait de magnétisme et de magie bien avant qu'il fût question des manifestations américaines.

« Tous les esprits invoqués dans celte maison dit-il, m'ont paru entachés d'une cause d'erreur involontaire de la part de ceux qui y présidaient, puisqu'ils étaient croyants et de très bonne foi. Mme B..., se formait évidemment, à part elle, un avis sur les questions qui lui étaient posées et iniluençait ainsi les réponses de la table. J'en ai acquis la preuve par moi-même. Ayant demandé à l'esprit de dire mon âge, il se trompa deux fois, et quand je l'eus fait connaître, iilme F!... me lit observer, pour excuser l'infaillibilité de son oracle, 7M6' jt' ne paraissais pas avoir cet (hje. Elle montra par là que c'était son propre jugement que la table avait adopté... .le dois dii'e que, quand celte cause d'erreur se trouvait forcément écartée, l'oracle répondait juste, .\yant demandé l'âge de la mort d'une personne que je ne nommais pas, le nombre frappé se trouva exact, et pour une fraction d'année, le pied de la table ajouta même un coup très léger. »

Girard de Caudemberg n'étant néanmoins qu'à demi satisfait du mode vulgaire de communication avec les esprits, par l'intemnédiaire des meubles, cherchait un moyen plus sûr, moins équivoque, et qui, écartant toute chance d'erreurs, ne laissât plus subsister aucun doute sur la présence réelle des âmes qu'on évoquait. Ce moyen, il le trouva dans un livre', publié par Henri Carion, rédacteur en chef d'un journal k Cambrai, et de plus, fort bon catholique, comme nous le verrons plus bas.

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