I. Lelties sur i'écocatio'.i (/es esprits
Le mode d'évocation des esprits enseigné par Henri Carion ne comporte aucun appareil. Il consiste tout simplement à appeler mentalement l'âme que Ton veut consulter, et « à lui abandonner sa main, armée d'un crayon et mieux encore d'une plume ».
C'est le moyen dont nous avons déjà parlé et qui est aujourd'hui le seul employé. Cependant, il a eu besoin d'être perfectionné par Girard de Caudemberg, qui croit devoir nous avertir que « ce genre d'évocation est toute une science, dont le mouvement des tables n'a été que le prologue ».
Quant aux succès que, pour sa part, Girard de Caudemberg a obtenus, on en jugera par quelques expériences où nous allons le voir à l'œuvre.
« D'abord, nous dit-il, j'abandonne la plume à l'inipulsion sans la regarder jamais ; mais ce serait là, j'en conviens, une faible garantie de la passivité de ma volonté ou de ma pensée dans l'écriture : ce qui est |.lus significatif, c'est que cette écriture n'est pas du tout la mienne. Il y a mieux, c'est qu'un assez grand nombre d'écritures essentiellement différentes, se sont ainsi tracées sous ma main, selon les esprits quej'interrogeais. Je place donc ceUe spécialité et cette diversité d'écritures comnu» une preuve qu'elles se produisent dans une absolue indépendance dénia propre action. Ce qui complète ce genre de preuve, ce sont les signatures a\ec parafe des es]m[s évoqués, et reconnues par leurfamille ou leui'S amis. La première a été, pour moi, celle de mon père, signature compliquée, à cause des trois initiales de ses prénoms, et que j'aurais vainement cberché à imiter; elle s'est développée sous ma main avec rapidité, et comparée depuis avec celles qu'il avait tracées pendant sa vie, dans des papiers conservés par ma sœur, elle a élé trouvée conforme. Voici à ce sujet une circonstance encore plus frappante: une personne de Ja famille du célèbre Arago, et qu'il affectionnait particulièrement, ayant désiré (jue j'évoquasse son âme, je l'ai fait en sa présence, et pour le tracé de sa signature, ma main a été entraînée avec une grande vélocité ; le nom avec un parafe remarquable s'est trouvé reproduit avec tant de vraisemblance,
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que les personnes de la famille auxquelles il a été montré, ont toutes reconnu la signature ordinaire du savant. Je n'avais jamais eu occasion de la voir. Feu le respectable général Wagner qui aimait le merveilleux, m'ayant proposé de procéder, chez lui, à quelques évocations, j'y consentis volontiers (je ne le ferais pas aujourd'hui), etc. Dés l'abord, il me demanda d'appeler l'àme de sa preraièi'e femme; comme j'en étais encore aux essais, je le priai de ne pas m'en dire le nom, que j'ignorais entièrement. Or, une main a parfaitement tracé ce nom pour moi inconnu, et la signature d'icelle. »
Le grand écueil de l'évocation des esprits par l'écriture n'est pas, ajoute Girard deCaudemberg, qu'un médium, volontairement ou à son insu, intervienne par sa pensée personnelle, et réponde à la place de l'àme interi^ogée. Il peut arriver aussi, cause d'en^eur beaucoup plus grave et plus dificile à prévenir, qu'un esprit espiègle ou mal intentionné se substitue à celui qu'on évoque, et réponde à sa place, en affectant d'imiter son écriture. On doit toujours craindre d'être dupe de ce genre de contrefaçon, très usité, à ce qu'il paraît, dans le monde spirituel. Toici, à cet égard, l'avertissement que Girard de Gaudemberg déclare lui avoir été donné par un excellent esprit : v Le parler est DE MOI, mais souvent le langage est cVun autre, qui ne mérite aucune attention, d Le parler est mis là pour Vécriture, car de Gaudemberg nous apprend qu'en écrivant les esprits seinblenl croire parler; de sorte que la phrase doit être traduite ainsi : « Uécriture est de moi, mais souvent les mois sont d'un autre, qui ne mérite aucune attention. »
A présent que, d'après l'oracle de Girard de Gaudemberg, il n'est plus permis de révoquer en doute le fait de cette perfidie dans les mœurs et pratiques des esprits, il reste à la bien reconnaître, à l'occasion,
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pour la confondre au moyen d'une confrontation ordon née en temps utile. Pour cela, Girard de Caudemberii ne nous fournit aucune recette d'un eflet sur. Telle est la rouerie de ces mystificateurs spirituels, que lui-même, malgré toute son expérience, y était souvent pris.
C'estque la falsification des écritures, eliez les esprits, est autrement difficile à reconnaître que chez les simples mortels. On argue de faux un teslamentoù, malgré l'écriture et la signature du testateur, on ne retrouve pas son style habituel. Mais il n'y a point de styles distinctifs parmi les esprits. Une manière d'écrire, qui leur est commune à tous, a pour caractère l'emploi abusif d'un des quatre adverbes, positivement, fortement, fermement, siYrement, qui sont répétés presque à chaque phrase. Le premier de ces mots procède ordinairement les monosyllabes oui ou non. Et puis, c'est partout le même système d'inversions pénibles, de tournures incorrectes, d'expressions détournées de leur sens naturel, de phrases à ellipses forcées, de mots outrageusement tronqués, tantôt à la tète, tantôt à la queue. Quand les esprits veulent accentuer une idée avec énergie, faute de trouver l'expression nécessaire, ils marquent leur intention en donnant aux mots des dimensions fabuleuses. « Quelquefois, dit de Caudemberg, ja page entière est couverte par un de ces mots, et la main, pour le tracer, se trouve entraînée sans qu'on puisse prévoir où elle va s'arrêler. » Il est bien surprenant que ces êtres, à qui il serait si facile de s'exprimer dans toutes les langues, dédaignent d'apprendre à en parler une seule congrùment.
Le mauvais esprit qui se plaisait à lutincr Girard de Gaudemberg, avait nom Sessement. C'était un démon haut placé dans la hiérarchie infernale. Nous allons
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voir de ses tours dans les révélations qui vont suivre. L'auteur s'adresse à la sainte Vierge, avec laquelle il a le bonheur d'être en communication spirituelle.
« — Mon ange gardien a-t-il un nom?
— Son seul nom est celui d'ange gardien.
— Me parlerait-il si je le lui demandais ?
— Oui.
« D'après ceUe assurance, je me hasardai, non sans Iiésitation. à m'adresser à cet être supérieur; dont je redoutais un peu les réponses.
— Mon bon ange gardien, quand je vous consultais sur le mouxement du bras, était-ce vous qui me répondiez.
— Xoii.
« Apres un moment d'attente, pour tracer ce monosyllabe, ma main fui entraînée par un pouvoir énergique. Le trait fut rapide et fortement accusé. Cette particularité remarquable s'est également présentée dans les réponses suivantes :
— Daignerez-vous me dire si je dois faire quelque chose pour être digne de vous ? ^
— Tu dois faire ta confession.
« 11 est nécessaire d'expliquer ici que ma confession générale avait déjà eu lieu; et qu'il s'agissait d'une seconde confession devenue, en eff-'t, nécessaire, avant la communion que je désirais recevoir le jeudi saint: nous étions alors dans l'avantdernière semaine de carême de 1854. Ceci servira à faire comprendre les réponses suivantes, après que l'absolution définitirt; m'eût été donnée.
— Maintenant êtcs-vous content de moi Y
— Très content.
— 3/o* bon ange ne pourriez-vous pas chasser ce mauvais esprit, ce Sessement qui me poursuit ?
— Je le ferai jeudi saint.
4 Ce jour venu, après avoir pieusement accompli l'acte religieux si important qui devait placer, entre ma vie à venir et ma vie passée une séparation définitive :
— .1/0» bon ange a-t-il tenu la promesse quil avait faite ?
— Tenue.
— Sessement est-il parti f
— Parti.
1 Ce jour-là en effet, le mauvais ange était parti, et je pus