‹ Histoire du merveilleux dans les temps modernes (volume 2)Chapitre 60 sur 68 · IV · texte numérisé non relu

IV

37(1 HISTOIRE DU M I. R VE l L J. EUX.

causer Ul'i'cinent avec toules les âmes de mes amis, mais ce jour-là seulement, dès le lendemain il était revenu. Il ne faudrait pas croire, d'ailleurs, qu'il me fût possihle de recevoir des réponses exactes de l'ange gardien, sans la prière à Dieu, et la prière faite avec persévérance; et sans une volonté forte après la prière. L'ange noir ne peut, à la vérité, avoir d'action sur l'ange de lumière ; mais il dirige à faux le mouvement de ma main.

« J'avais essayé une fois, soit par inspiration, soit de moimême, do frapper l'air devant moi et autour de moi, avec une pointe acérée, d'après l'ancienne croyance du pouvoir du glaive contre les mauvais esprits. Mon amie (la sainte Vierge) écrivit par ma main : // est frappé. Ce moyen après la prière me réussit longtemps et l'ange gardien l'a approuvé; mais Sessement s'y était en quelque sorte habitué, il s'éloignait, mais revenait presque à l'instant et j'ai cru comprendre que la force de la volonté agissait seule sur lui en pareil cas. J'ai donc cessé l'emploi du glaive, et la puissance d'une prière fervente pour un objet bien déterminé et de nature à être approuvé par Dieu, suivie d'un acte impératif delà volonté, est le seul moyen toujours efficace.

« Cette confiance trop grande dans le pouvoir du glaive avait entraîné de nouvelles erreurs dans des choses qui avaient pour moi un intérêt immédiat. L'écriture de ma céleste amie les avait pourtant tracées et confirmées, mais l'ange gardien, énergiquement prié par moi de manifester la vérité, écrivit :

« Le tout est faux. »

« Je suppUai de nouveau mou amie de me dire si c'était d'elle que me venait un conseil qui m'était donné.

— Fortement.

— Est-ce vous qui me ditescela ?

— Non.

— Ce n'est donc pas Vange gardien non plus qui l'a écrit?

— Non. (L'ange gardien n'est donc pas le seul maître.)

— Est-ce vous mon amie qui écrirez cetal

— Non.

— /'.' supplie mon bon ange de prendre la parole.

— Le Sessement a menti.

— Ce n'est donc pas vous qui avez approuvé mon projet de publication ? (11 s'agissait d'aperçus anticipés sur la matière de cet écrit.)

— Non,

— Qitcl est donc votre avis?

— Xe pas publier.

« Peu après, mon amie, après m'avoir demandé de faire la prière, écrivait :

« Le Sessement est parti, et je puis vous dire que je suis sensible à tout ce qu'il me fait dire de faux et que je le regrette amèrement.

— Mais je ne puis comprendre que vous soyez ainsi soumise à un esprit de ténèbres ?

— Pour comprendre, il faut savoir que Sessement est le sup-' pot de Satan, et qu'il a sa ruse et sa force. »

Ainsi, ce que nous appelons dans la langue judiciaire, \e faux par supposilion depersonne, a son analogue dans le monde spirituel : c'est le faux par supposition cV esprit.

Nous ne pousserons pas plus loin ces citations de l'ouvrage de Girard de Gaudemberg. Quand ou se rappelle que ce spirite était un savant, qui n'avait même rien oublié de sa science lorsqu'il s'agissait de combattre le système des fhiidistes, on demeure frappé d'étonnement.

Il est impossible de mettre en suspicion la sincérité de Girard de Gaudemberg; mais quand il nous parle de \3i jmssivité complète de sa volonté comme d'une condition nécessaire pour entrer en conversation avec la sainte Vierge, nous ne pouvons nous empêcher de reconnaître là le caractère essentiel de Fétat hypnotique, et de constater que Girard de Gaudemberg était halluciné par cet état. Si, lorsqu'il jouait son rôle de médium, il obtenait des réponses lisiblement écrites par une plume qu'il laissait aller toute seule, c'est que la plume n'allait réellement pas toute|seule, c'est qu'il la manœuvrait, sans en avoir conscience. L'individu en proie à l'état hypnotique est, au sommeil près, un

véritable somnambule. Tous deux jouissent accidentellemenl de facullés anormales; ils font, Tun en veillant, l'autre en dormant, des choses qui leur seraient impossibles dans l'état ordinaire, et une fois revenus à la vie réelle, ils ont tous les deux perdu le souvenir de ce qu'ils ont fait ou dit pendant cet état extraordinaire de l'organisme.

Après ces derniers thaumaturges, le baron de Guldenstubbé a fait un certain bruit, non dans le public, mais dans le cercle des spirites, avec sa prétendue découverte de l'écriture directe des esprits. Compatriote de Swedenborg, M. de Guldenstubbé avait voulu apporter le dernier perfectionnement aux prodiges accomplis par les esprits évoqués. Avec lui, l'intervention matérielle d'un médium n'était plus nécessaire pour obtenir les révélations des êtres supérieurs ou des morts illustres. 11 assurait qu'à son évocation, ils traçaient eux-mêmes, en écriture ordinaire, les réponses aux questions qui leur étaient adressées.

M. de Guldenstubbé a publié, en 1857, un livre spécial sur ce nouveau phénomène ' .

M de Guldenstubbé était un spirite très ardent et très convaincu, et sa sœur, Mlle de Guldenstubbé, un médium. Nous aurions cru à peine nécessaire de mentionner son étrange prétention, quant à l'écriture directe des esprits , si nous n'avions vu .plusieurs spirites ajouter foi à cet absurde miracle. G' est ce qui nous engage à reproduire ici un passage

1. La réalité des esprits et le phénomène merveilleux de leur écriture directe démontré, par le baron L. de Guldenstubbé, 1 vol. in-8, Paris, 1857.

du livre de M. A. Morin, qui a voulu s'édifier sur ce phénomène. M. A. Morin a pu reconnaître ainsi par lui-même^ qu'il ne s'agit ici que d'un cas nouveau de ces actes inconscients qui s'accomplissent chez le médium quand il est en proie à l'hypnotisme, cette espèce de sommeil nerveux, ce rêve éveillé par lequel nous croyons pouvoir expliquer tous les phénomènes prétendus surnaturels que nous avons rapportés dans ce volume.

Voici donc ce que nous dit, à propos de l'écriture directe des esprits, M. A. Morin, témoin et acteur de ce qu'il raconte :

« En ISÔG, dit M. Morin, j entendis parler de l'écriture directe des esprits, obtenue par M. le baron de Guldenstubbé. Voici quel est son mode de procéder : 11 pose des papiers l)lancs sous les socles des statues ou sur les pierres des tombeaux; peu 'de temps après, il retire ces papiers, oîi se trouve lie l'écriture qui n'est l'œuvre d'aucune main humaine et qui est ttribuée aux personnages auxquels sont consacrés ces nionuiiients. Désireux d'être témoin de phénomènes aussi extraordinaires, je priai M. le baron de vouloir bien m'admettre à quelques séances. 11 y consentit volontiers, et me donna rendez-vous au Louvre, dans une des galeries du rez-de-chaussée. Il me fit voir les écritares qu'il avait obtenues de divers personnages et qui étaient en grec, en latin et en plusieurs autres langues. On se mit à l'œuvre. J'avais apporté un cahier de papier blanc. On posa des feuilles sur divers monuments; puis nous passâmes dans la salle voisine où nous iînies de même, et ainsi de suite, de sorte qu'après avoir parcouru toutes les salles du rez-dechaussée, nous nous retrouvâmes au point de départ. Avant de continuer, je fis observer que ce mode de procéder était défectueux; qu'en effet, pendant notre circuit, il pouvait se faire qu'une personne retirât nos papiers, profitât de notre absence pour les couvrir d'écriture, puis les remît en place; que, pour plus de garantie, il serait nécessaire de ne poser qu'un papier et de ne pas le perdre de vue. L'initiateur me répondit que, pour avoir plus de chance d'obtenir des réponses, il fallait

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s'adresser à un plus granJ nombre d'esprits. Mou objection n'en subsistait pas moins.

» Ces réserves étant faites, on reprit successivement les papiers qui se trouvèrent dans le même état qu'on les avait mis. M. le baron me fit observer que, comme c'était la première fois que j'assistais à ces expériences, il n'était pas étonnant que ma présence augmentât la difficulté, qu'il fallait un certain nombre de séances pour réussir. Je répondis que j'étais disposé à suivre les épreuves, si multipliées qu'elles fussent, et que j'y mettrais toute la persévérance désirable. Le lendemain, nous recommençâmes en opérant de même, et cette fois un seul des papiers portait des traits d'écriture ;iu crayon; c'étaient deux lignes droites formant ensemble un angle de prés de 180 degrés. M. le baron prétendit que ce résultat, bien qu'inférieur à ceux qu'il avait riiabitude d'obtenir, était probant, et que deux traits de crayon, tracés sans aucun agent visible, prouvaient l'intervention des esprits tout aussi bien iju'un long discours. Ce raisonnement aurait été juste si le papier fût resté constamment sous nos yeux; mais depuis le moment où nous avions posé ce papier, il s'était écoulé environ une heure pendant laquelle nous avions parcouru toutes les salles, et il aurait été très facile à une personne quelconque de tracer sur le papier tout ce qu'elle aurait voulu. Avec la meilleure volonté du monde, on ne pouvait voir là rien de merveilleux, rien qui autorisât à proclamer l'action des esprits.

» Je proposai de nouvelles séances, et comme M. le baron m'assurait que, quand il était seul avec mademoiselle sa sœur, il obtenait des effets bien plus considérables, je l'avais prié de consulter les esprits sur les meilleurs moyens de me rendre témoin de quelques faits significatifs. Il me dit qu'il était autorisé à m'annoncer pour le lendemain un fait d'écriture directe par l'esprit de Pascal, et il me donna rendez -vous au tombeau de ce grand homme, à l'église de Saint-Étienne-du-Mont.

» Je fus exact au rendez-vous, mais mon nécromancien n'y vint pas. Après avoir attendu une heure en vain, comptant sur la parole de Pascal, je posai moi-même un papier sous la pierre tumulaire; j'attendis une demi-heure, ayant constamment l'œil fixé sur le monument, puis je.relirai le papier..., que je trouvai vierge de toute écriture. C'était une déception de plus; il faut en prendre l'habitude quand on s'adresse aux thaumaturges.

» Ouelques mois après ces malheureux essais, M. de Guldenstubbé publie son livre intitulé : La réalité des esprita et le

phénomène merveilleux de leur écriture directe démontrés par le baron de Guldenstubbé. 11 donne le fac-similé d'une foule d'écritures obtenues par le moyen que je viens de décrire. Je remarquai dans riutroduction ce passage : « La découverte de l'écriture directement surnaturelle est d'autant plus précieuse, qu'elle peut être constatée par des expériences réputées à volonté par l'auteur, en présence des incrédules, qui doivent fournir eux-mêmes le papier. î En lisant une pareille offre, comment ne pas croire que le premier venu n'a qu'à se présenter pour être témoin du phénomène? Comment les étrangers ne se ligureraient-iis pas qu'à Paris tout le monde peut voir l'écriture des esprits? Comment n'envieraient-ils pas le bonheur de cette ville privilégiée, où de si grandes merveilles sont à la disposition de tout le monde?... Prenant au sérieu.\ les paroles de l'auteur, je lui écrivis pour lui rappeler nos épreuves interrompues, et lui demander si, conformément à l'engagement qu'il avait pris envers le public, il voudrait bien m'admetlre à quelque manifestation. 11 me répondit qu'il avait reçu plus de deu.x cents demandes pareilles à la mienne, qu'il était impossible de démontrer le phénomène à tout le monde, qu'il fallait désormais se contenter du témoignage de deu.v cent cinquante personnes dont les attestations avaient été publiées... C'est bien là une reculade. Quand on promet de répéter à volonté des expériences devant les incrédules, on ne peut s'acquitter en offrant des attestations.

» Nous ne savons, du reste, de (|uelles attestations a

voulu parler M. de Guldenstubbé : son livre n'en contient aucune; il cite une douzaine de personnes comme ayant assisté à ses séances; mais il ne donne pas de relation certifiée par elles. 11 suffirait que ces personnes eussent assisté à un essai quelconque, pour qu'elles ne jugent pas à propos de réclamer. Nous ne savons au juste ce qu'elles ont vu, ni comment on a opéré en leur présence. Si, par exemple, elles n'ont vu obtenir des écritures que comme je suis censé avoir vu obtenir deux traits de crayon, leur témoignage ne nous apprendrait rien, et tout ce qui se fait dans de telles conditions n'a pas de valeur, •hi'on nous montre des relations constatant que les papiers sont demeurés constamment surveillés par les opérateurs. .Mais de pareilles attestations se feront encore longtemps attendre, et, en tout cas, elles ne dispenseraient pas de la reproduction des faits qu'on se vante d'avoir à sa disposilioa.et que ne peuveiil jamais obtenir c<,'ux qui les d-mantlent.

î L'écriture directe des esprits n'est donc qu'une mystification de la compétence du Charivari, qui a eu raison d'en égayer ses lecteurs. »

J'ai connu les Giildenstubbé à Paris, eu 1860. Us habitaient dans la rue du Chemin de Versailles (aujourd'hui i^ue Galilée) un petit appartement, dans une pauvre maison, qui existe encore. J'avais été conduit chez eux par un de mes amis, l'ingénieur Tessié du Motay (mort en 1880), qui donnait alors dans le spiritisme, comme Girard de Caudemberg et autres, bien revenus aujoui^d'hui de cette entorse au bon sens.

Le baron de Guldenstubbé et sa sœui' n'étaient, à vrai dire, que deux honnêtes maniaques. Quand je fus mis en rapport avec eux, ils avaient la singulière idée de faire écrire les esprits dans les caveaux de Téglise Saint-Denis. On posait un billet sous la statue d'un de nos rois, et on se retirait. Au bout d'une demiheure on trouvait sous le même piédestal un billet, qui était censé être la réponse directe de l'esprit.

« Il faut voir cela, pour croire », me disait la demoiselle spirite. Malgré tout le désir que j'avais de vériher par moi-même tous les faits dont j'avais à parler dans le présent ouvrage, je ne voulus ni croire ni aller voir dans les caveaux de Saint-Denis la petit).' poste d'outre-tombe.

Unautr€ spirite qu'il faut rapporter à l'école de ceux que nous avons appelés les magnéliseurs mystique!^ et qui pourrait également prendre place à côté de M. Philips, comme produisant les elfets de Vélectrobiulogie, c'est le docteur Teste. Ses expériences consistent, soit dans l'invisibilité complète de personnes ou d'objets magnétisés, soit dans la liansmutation ap-

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parente des substances alimentaires, jusqu'à faire croire, par exemple, à ceux qui boivent un veiTe d'eau, qu'ils boivent un verre d'orgeat, à ceux qui ne tiemicnl qu'une tasse vide, qu'ils prennent une glace à l'ananas; soit dans la soustraction imaginaire des marches d'un escalier, soustraction qui ne permet pas au malheureux somnambule de descendre plus bas ; soit dans l'interposition de ces barrières imaginaires, qu'il refuse de franchir et contre lesquelles il se plaint qu'on lui brise l'estomac.

M. de Mirville (nous ne voulons plus parler ici de son histoire la plus surprenante, celle du transport d'une personne dans les airs, opéré, en plein midi, aux portes de Paris, par un médium de sa connaissance, miracle visible seulement pour les initiés au milieu desquels la transportée venait de tomber), M. de 3Iirville se fait l'éditeur et le garant d'un autre miracle, extrait d'un manuscrit qu'il tient « d'un saint et respectable prêtre, longtemps professeur de philosophie chez les jésuites, et regardé pendant cinquante ans par ceux-ci comme un de leurs théologiens les plus sages et les plus habiles. » Ce prêtre jésuite, non désigné, mais bien recommandé, comme on le voit, a consigné dans son manuscrit les deux expériences dont suit le récit :

« Voulant un jour prouver à plusieurs prêtres, mais surtout à un magnétiseur, que le fluide dont celui-ci se croyait le détenteur exclusif, écoutait aussi d'autres ordres, il s'en empare mentalement et se propose de se faire obéir, contrairement à la pensée de son somnambule et de son maître. Comment s'y prend-il? .Auprès de lui se trouvait en ce moment un pan de rideau garni de ses auneau.\ ; à l'insu de ses deux magiciens, il détache donc et serre fortement ceux-ci de ses deux mains,

suspend sa pensée; puis, au moment où on y pense le moins, il émet une simple intention, et voilà que, malgré ses efforts, les anneaux lui sont violemment arrachés et lancés à l'autre

extrémité de la chambre 11 émet une autre intention, et

voilà (|ue le fauteuil, auquel il commande, se met à tourner, à rouler tout seul sur le parquet et à parcourir l'appartement, à la grande stupéfaction des témoins du somnambule, et surtout du magnétiseur, qui se trouvent dépossédés subitement de leur fluide et dos théories qui faisaient leur orgueil; et dépossédés par qui? par un profane, par un philosophe ennemi du magnétisme, qui ne s'était pas même mis en rapport avec eux, et qui, depuis, ne s'est jamais retrouvé la moindre puissance magnétique. »

Voilà la pi^emièi'e fois que le fluide magnétique, toujours mis en jeu par le diable, suivant M. de Mirville, se sera mis au service d'un jésuite. M. le marquis veutil nous faii'e entendre par là que diable et jésuite c'est tout un? Mais non, quand il parle des jésuites, M. de Mirville est trop séiieux pour faire des épiprammes.

Enfin, voulant éviter le reprocbe de ne choisir ses autorités que parmi des médiums et des jésuites anonymes, le même auteur se résout à nous donner un miracle de sa façon :

« Peut-être, dit-il, serons-nous un peu moins embarrassé pour vous affirmer (jue nous-méme, sur un simple signe que nous transmettions à un magnétiseur, son somnambule, porté sur nos propres épaules, devenait, à notre volonté, infiniment plus léger ou nous écrasait de tout son poids; si nous affirmons encore que, sur un simple signe de nous à son magnétiseur, placé à l'autre extrémité de la chambre, ce somnambule, dont les yeux étaient hermétiquement bandés, se laissait rapidement entraîner, ou bien, obéissant à notre nouvelle intention, demeurait tout à coup si bien cloué sur le parquet, que courbé horizontalement, et ne reposant plus que sur la plante des pieds, tous nos efforts (et nous étions quatre) ne le faisaient plus avancer d'une seule ligne. « Vous attelleriez six chevaux dessus, nous disait le magnétiseur, que vous ne le feriez pas bouger da-

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vaiitage. » Et vraiment, c'était bien, là aussi, le premier pas ijui coûtait. Enfin, à notre volonté encore, nous le rendions ou L-omplètement sourd, ou complètement aveugle, ou complèteiiient insensible. »

Les lauriers de M. de Mirville empêchaient de dormir plus d'un adepte. Sa place, longtemps convoitée fut emportée par Allan Kardec.

AllanKardec (un nom de fantaisie) devint, vers 1850, le chef de la secte, en détrônant le marquis de Mirville. Il fut le pontife du spiritisme. Allan Kardec, ne se borna pas, en- effet, à propager la doctrine par le secours de la plume, par ses livres et par sa Revue spirile; il éclipsa l'ancien chef du spiritisme par la puissance de l'enseignement oral. Dans ses conférences hebdomadaires, Allan Kardec prêchait régulièrement sur les principes de l'art, et il était écouté religieusement par des auditeurs qui n'étaient pas admis à entrer en controverse avec le maître.

Allan Kardec publia, en 1<S60, la seconde édition de son Livre des esprits, véritable manifeste du spiritisme français, destiné' à continuer l'œuvre du marquis de Mirville, qui, sous un titre presque identique, avait obtenu un si grand succès en 185i.

Le Livre des esprits d'AUan Kardec s'est vendu, diton, à plus de cent mille exemplaires.

Cet ouvrage contient l'exposé de la philosophie spirite. Comme l'indique un long sous-titre, il développe les principes delà doctrine sur l'immortalité de l'àme, la nature des esprits et leurs i^apports avec les hommes, les lois morales, la vie présente, la vie future et l'avenir de l'humanité.

Vous saurez quec'estici une œu.\rerévétée. L'auteur déclare, en effet, que les principes contenus dans son

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livre « résultent, solides réponses faites par les esprits aux questions directes qui leur ont été proposées à diverses époques et par l'entremise d'un grand nombre de médiums, soit des instructions données par eux spontanément à l'auteur ou à d'autres personnes, sur les matières qu'il renferme. Le tout a été coordonné de manière à présenter un ensemble régulier et méthodique, et n'a été livré à la publicité qu'après avoir été soigneusement revu à plusieurs reprises et corrigé par les esprits eux-mêmes. Cette seconde édition a formellement été de leur part l'objet d'un nouvel et minutieux examen. >>

Ainsi, les esprits, non seulement ont composé ce livre, mais ils en ont corrigé les épreuves !

Cette production ne trahit guère pourtant une inspiration supérieure. C'est une œuvre de métaphysique banale, mise sous l'égide et l'étiquette des esprits : la philosophie en est surannée, et la morale endormante.

Allen Kardec est mort en 1876. Sa veuve continue son commerce.

Les phénomènes réalisés dans les expériences de M. deMirville, du docteur Teste et de quelques autres, rentrent tous, selon nous, dans cet hypnotisme, ou sommeil nerveux, découvert en 18-41 par Braid, et qui, partant d'Angleterre, traversa les mers, pour fleurir en Amérique, et revenir définitivement en Europe, déguisé sous divers noms, mais toujours identique, malgré la plus singulière diversité de noms et de fortune. L'état hypnotique qui nous a servi à expliquer le phénomène des tables tournantes nous donnera encore la clef physiologique de l'extase des médiums. C'est ce qui sera développé dans le chapitre suivant.

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