‹ Histoire du merveilleux dans les temps modernesChapitre 13 sur 101 · Jurieu, Lettres prophétiques · texte numérisé non relu

Jurieu, Lettres prophétiques

pas aussi difficile à prendre que la vieille conseillère. Ses agents lui amenèrent cette fille.

« Après plusieurs questions, dit Fléchier, auxquelles elle satisfit, étant interrogée sur les discours qu'elle tenait, elle répondit avec' les apparences d'une grande simplicité qui ne laissait pas d'être affectée, qu'à la vérité elle avait ouï dire qu'elle prophétisait en dormant, mais qu'elle ne le croyait pas, ne pouvait pas le savoir, puisqu'on ignore ce qu'on fait en dormant. Quelque soin qu'on prît de s'éclairer sur ce point, on ne put tirer d'autre réponse d'elle *. »

Fléchier n'ajoute pas que, conduite en prison, Isabeau répondit fièrement aux juges qui la menaçaient du supplice : « Vous pouvez me faire mourir; Dieu saura bien susciter d'autres prophétesses qui diront de plus belles choses que moi \ »

Les juges du Dauphiné, plus humains que ne le seront plus tard ceux du Languedoc, n'eurent garde de faire mourir une si belle fille. Tout le monde s'intéressant à elle, on lui donna pour prison l'hôpital de la ville, avec autorisation à chacun d'aller la voir. Les dames de l'aristocratie de Grenoble ne se firent pas faute de profiter de la permission; elles se disputèrent le soin de l'instruire, de la soigner et de la faire jaser.

c Madame de Périssol, femme) du président de la chambre de l'éditdu parlement de cette province, dit Fléchier, a passé des nuits entières au chevet de cette fille 3 . »

Suivant Brueys, toutes les prophétesses emprisonnées avec Isabeau eurent le même bonheur.

« Les personnes pieuses, dit-il, qui avaient la charité de tra-

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