‹ Histoire du merveilleux dans les temps modernesChapitre 24 sur 101 · Peyrat, ouvrage cité, t. I · texte numérisé non relu

Peyrat, ouvrage cité, t. I

persécuteurs des religionnaires. Il tua le curé de Conquérac de sa propre main. Quant au capitaine Séverac, coupable à ses yeux d'avoir arrêté un prédicant qui avait été envoyé aux galères, il fixa sur son cadavre un billet contenant ces lignes :

« Passants, ne soyez pas surpris de sa mort ! Dieu l'a permise parce que cet impie a vendu le sang innocent. J'en appelle à votre justice. Ce misérable aurait, pour de l'argent, trahi les puissances, comme il a trahi un membre du Seigneur. Nous l'avons tué pour prévenir le retour d'un tel désordre envers la société, et d'un scandale envers l'Église; et nous avons résolu que tout autant qu'il paraîtra de pareils traîtres, nous les saisirons avec l'aide de Dieu, s'enfermassent-ils dans la plus grande forteresse de France. >

Et Vivens était homme à tenir parole. Jamais les agents exécuteurs des sentences des francs-juges n'avaient frappé d'une manière plus foudroyante et plus mystérieuse. « Ce Cévenol, dit M. Peyrat, avait dans l'âme quelque chose du Tisbite qui, dans un torrent du Garmel, égorgea les quatre cent cinquante prophètes de BaaL »

En même temps qu'il faisait ou ordonnait ces sanglantes exécutions à l'intérieur, Vivens entretenait des correspondances avec l'étranger. Il avait fait passer un plan de campagne au duc de Schomberg, maréchal da Frande exilé après la révocation de l'Édit de Nantes, et qui commandait alors en Savoie un régiment de protestants réfugiés. Schomberg avait même approuvé ce plan, qui consistait à faire débarquer entre Aigues- Mortes et Montpellier un corps de quelques mille hommes, qui, marchant la nuit, auraient traversé une plaine inhabitée, et seraient venus donner la main aux Cévenols insurgés dans les montagnes sous le corn-

mandement de Yivens. Malheureusement pour eux, l'émissaire qui portait à Genève, pour le remettre à un correspondant de Schomberg, un écrit où ce projet était tracé dans tous ses détails, fut arrêté et fouillé aux portes de la ville. Quoique la lettre fût chiffrée, le résident de France à Genève, à qui on la livra, y reconnut l'œuvre de Vivens, et la renvoya à Bâville avec le malheureux messager, qui fut pendu à Montpellier. Vivens lui-même ne survécut pas longtemps à cet échec.

Un prédicant nommé Languedoc, compagnon de Yivens, s'étant laissé prendre, fut enfermé au fort d'Alais. Ayant été interrogé par M. de Mandagors, subdélégué de l'intendant dans cette ville, il fit des révélations. Entre autres choses il avoua que quatre dragons de la compagnie, qui était alors à Anduze, avaient été séduits par Yivens. Arrêtés aussitôt, ces soldats déclarent qu'ils ont, en effet, rendez-vous le soir même avec Yivens, près d'une caverne située au milieu d'un vallon entre Alais et Anduze. Le commandant d'Alais, M. de Ghanteraine, escorté d'une compagnie du régiment de Vieilleville et d'un détachement de l'infanterie qui était dans le fort d'Alais, partit pendant la nuit, guidé par un pâtre du Languedoc, et arriva au point du jour près de la caverne. D'épaisses broussailles en masquaient l'entrée, qui était surmontée d'une roche, sur laquelle il fallait monter d'abord, puis descendre, et qui formait à la caverne une sorte de toit ou de parapet. Yivens s'y trouvait avec deux de ses lieutenants, Carrière et Gapieu. Les troupes commencèrent par investir la caverne, en resserrant leur cercle peu à peu. Mais, quelque silencieuse que fût leur marche, Yivens l'avait entendue ; il se hâta de

brûler ses papiers, prit son fusil et se posta à l'entrée. Le premier assaillant qui se montra lut un sergent, que Yivens tua sur le coup. Comme il avait plusieurs fusils, que ses compagnons lui passaient tout chargés, il abattit encore deux soldats, et d'un quatrième coup blessa un lieutenant. Alors un apostat, nommé Jourdan, lieutenant des milices, fit le tour de la caverne, grimpa par derrière sur le rocher et se trouva, sans être vu lui-même, en position de voir, de haut en bas, tout ce qui en sortait. Presque aussitôt il aperçut Yivens, qui, allongeant la tête hors de sa grotte, comme une tortue hors de son écaille, couchait en joue le commandant d'Alais, M. de Chanteraine ; il lui lâcha son feu à bout portant, et le jeta par terre roide mort. Après ce coup, on ne craignit plus d'entrer dans la caverne; les soldats s'y précipitèrent et y saisirent les deux compagnons du prophète, qu'on amena triomphalement dans Alais avec le corps de Vivens. Ils y furent pendus, ce qui était le moindre des supplices en usage contre les prédicants. Mais cela ne pouvait suffire à Bâville, qui accourut sur les lieux pour faire le procès au cadavre du fameux chef des rebelles, « dont la mort même, dit Brueys, n'avait pu effacer la foreur et la rage, qu'on voyait encore peintes sur son visage lorsqu'on le jeta dans le feu, où il aurait bien mieux mérité d'être jeté tout vivant ». La foule se pressait autour du bûcher, pour contempler les traits du fameux prophète de Valleraugue, qui, surpris par la mort dans l'attitude du combat, semblait encore, au milieu des flammes, menacer de son regard les bourreaux.

Carrière et Capieu moururent sur le gibet, près du bûcher qui consumait le cadavre de Vivens. Neuf de ses

compagnons avaient déjà subi le même sort à Montpellier, à Saint-Hippolyte et à Nîmes.

Ceci se passait en 1692. Brousson, qui n'avait pas, quoi qu'en dise Brueys, trempé dans la tentative faite par Vivens pour amener dans les Cévennes les soldats de Schomberg, donna des larmes au martyre de tant d'intrépides défenseurs de son Église. Il adressa à la cour sa Confession de foi des prédicateurs du désert, comme un apologétique contre ceux qui l'accusaient de prêcher la révolte. Il ne cessait d'envoyer à Versailles des écrits dans lesquels il pressait le roi de se convertir avec tout son peuple, ef, il poursuivait, au milieu de ces travaux, son aventureux apostolat.

Délivré de Vivens, l'intendant Bâviile commença à s'occuper sérieusement de Brousson. Dans une ordonnance, lancée le 26 juin, il mit sa tête à prix.

Quoique Louvois fût mort, qu'un nouveau ministère composé d'hommes tolérants, soutenus alors par madame de Maintenon, permît de donner quelque relâche à la persécution des calvinistes, et que l'intendant du Languedoc n'eût plus véritablement à compter qu'avec le confesseur du roi, on voit cependant Bâviile redoubler de rigueurs et multiplier les supplices. Son acharnement contre un homme aussi doux que le pauvre Brousson peut à peine se concevoir de la part d'un sceptique, qui, même d'après ses propres aveux, avait conscience de travailler à une œuvre funeste 1 .

1. « J'ai toujours condamné la révocation de l'Édit de Nantes, écrivait Bâviile aux ministres : c'est une faute énorme ; elle a précipité le royaume dans une crise dangereuse; mais revenir sur ses pas, c'est s'enfoncer plus avant dans l'abîme. On avilirait le roi, sans apaiser les protestants. Ils ont le cœur profondément irrité. Leur seule faiblesse empêche et dissimule la rébellion. Us ne sont d'ailleurs pas dignes de tant de sympathies, ces misérables qui, généralement, ont sacrifié

Brousson, qui, après quatre ans d'une vie si tourmentée, sentait le besoin de quelque repos et aspirait surtout à revoir sa famille, qu'il avait laissée dans l'exil, quitta pour un moment les églises du désert. Au mois de décembre 4693, il passa en Suisse, et son premier soin fut d'y faire confirmer, dans une assemblée ecclésiastique, le ministère qui lui avait été conféré par le prophète Yivens. Il prêcha à Berne, à Lauzanne et à Zurich. S'étant établi à la Haye avec sa famille, il prêcha encore dans les principales villes de la Hollande. Mais, au bout de deux ans d'un pareil repos, il s'inquiéta de ce qui se passait en France. Il ne pouvait penser sans remords aux malheureux frères qu'il y avait laissés aux prises avec la persécution et la tyrannie. Il y rentra donc à travers mille dangers, puis en sortit encore, pour y revenir de nouveau, et trouver enfin le martyre inévitable auquel son zèle l'avait prédestiné.

Brousson rentra cette fois par la Franche-Comté. Curieux de connaître par lui-même les merveilles qu'il avait entendu raconter des petits prophètes du Yivarais et du Dauphiné, il s'achemina par ces provinces. Depuis la mort de Gabriel Astier et le mariage de la belle Isabeau, on n'y prophétisait plus en assemblées publiques, mais on n'y prophétisait que mieux dans des réunions secrètes. L'arrivée d'un prédicant aussi célèbre que Claude Brousson, exaltant les esprits, suscita de nou-

leur religion à leur fortune. C'est pourquoi il faut marcher en avant, achever rapidement les conversions, fermer son cœur à la pitié, la booche à l'humanité et à la religion, et sauver l'État. C'est la suprême loi. Vous craignez, dites-vous, de rendre ainsi le roi odieux! mais les monarques chrétiens ne se sont-ils pas toujours glorifiés du titre d'exterminateurs des hérétiques? » (Rulhières, Eclaircissements sur la révocation de VÉdii de Nantes. Paris, 1788.)

veaux prodiges. Le ministre proscrit allait de village en village, suivi d'une troupe d'illuminés, qui voyaient pour lui des miracles quand il n'en voyait pas assez de ses propres yeux. Tout ce qu'il rencontrait était merveilleux; les prophètes petits et grands renaissaient sous ses pas. Il fit là une ample moisson de signes, qui lui semblaient reproduire, de la manière la plus exacte, toutes les visions de Jurieu sur l'Apocalypse. De ce qu'il vit et de ce qu'on lui raconta, Brousson compos un livre en six cahiers, sous le titre de Relation des prodiges du Vivarais, où il est écrit :

« On a entendu des concerts mélodieux dans les airs ; on a ni dans le ciel un feu lumineux ; une voix céleste a été ouïe sur un coteau pendant une journée entière ; une fille de sept mois a prophétisé et chanté des psaumes jusqu'à ce qu'elle eût été sevrée : autant de signes infaillibles de la délivrance d'Israël. »

Ainsi retrempé dans les premières sources de l'esprit prophétique, Brousson résolut d'entreprendre une grande mission, qui, partant des frontières orientales du royaume, ne devait s'arrêter qu'à l'Océan. Dans cette entreprise l'infatigable prédicant allait trouver sa fin, et cette pérégrination apostolique fut pour lui la dernière. Au printemps de 4698, Brousson, ayant passé le Rhône et traversé le Vivarais, descendit dans les Cévennes. Il y était à peine arrivé, que Bàville, informé de son retour, mit de nouveau sa tête à prix pour sept cents louis d'or de quatorze francs pièce. Brousson, du resle, aidait à retrouver sa trace par la constante manie qu'il avait d'écrire à Louis XIV requêtes sur requêtes. Trois de ses lettres au roi, mises à la poste à Nîmes, faillirent le faire prendre dans cette ville. Dans une autre ville du Languedoc, trahi par un faux frère, il n'eut que le temps de s'enfuir. A peine sorti de ce danger, il tomba

LES PROPHÈTES PROTESTANTS. f 79 .»

dans un autre, auquel il sut pourtant encore échapper. Poursuivi dans un bourg, il vit, en fuyant à travers la montagne, la paroisse d'où il sortait investie par cent vingt dragons. Quelques jours après, il fut cerné dans une maison où il s'était caché. Son hôte le fit descendre au fond d'un puits, dans lequel était ménagée, comme dans beaucoup de citernes cévenoles, une excavation latérale destinée à cacher les ministres fugitifs. Un soldat qui connaissait cette cachette y descendit et toucha presque Brousson; mais ses yeux, passant subitement de la lumière du jour à ces ténèbres glaciales, n'aperçurent pas celui qu'ils cherchaient.

Serré de si près, Brousson dut interrompre sa mission et se réfugier pour quelque temps à Orange. Cette petite principauté élait enclavée de tous côtés dans le Comtat-Venaissin. Avant d'être réunie à la France, elle offrit souvent un refuge aux Vaudois et aux protestants persécutés. Par le traité qui venait de suivre la paix récente de Ryswick, Guillaume avait rouvert cet asile aux religionnaires, et y avait fait établir les églises de leur culte : c'était donc là une sorte de lieu d'asile pour les protestants trop vivement poursuivis. Après un court séjour à Orange, Brousson se dirigea vers Béziers, et gagna le pays de Castres, en passant par la montagnp Noire. Il visita le Rouergue, le comté de Foix, le Bigorrfc, le Béarn. Il voulait terminer sa mission par la Guyenne, le Périgord et le Poitou, lorsqu'il fut reconnu à Oléron d'après son portrait, qui avait été envoyé partout, et qui se trouvait à l'hôtel de la poste, où il descendit Arrêté, Brousson avoua son nom, et lut conduit, les fers aux mains, à Lescar, où résidait alors Pinon, l'intendant du Béarn, qui le fit transférer

au château de Pau, le berceau d'Henri IV, et autrefois la citadelle du protestantisme dans la Navarre.

On lit dans Y Annuaire ecclésiastique de Rabaut le jeune, que le dénonciateur de Brousson s'étant présenté devant l'intendant Pinon pour réclamer les trois mille livres accordées, en Béarn, pour la capture d'un ministre du désert : t Misérable ! s'écria l'honnête magistrat, ne rougis-tu pas de voir les hommes, toi qui trafiques de leur sang ? Retire-toi, je ne puis supporter ta présence ! »

Bâville réclama le prisonnier, comme appartenant au Languedoc par son origine et surtout par ses œuvres ; Brousson lui fut donc envoyé à Montpellier.

L'intendant Pinon, qui avait conçu pour lui une véritable amitié, l'avait recommandé à ses gardiens, qui, dans la route, ne l'enchaînèrent pas et se contentèrent de le surveiller des yeux, et même assez négligemment, À Villefranche, au passage d'une écluse sur le canal du Midi, le captif aurait pu aisément s'échapper et gagner la montagne Noire, car la barque qui le portait était arrêtée et ses gardiens endormis. Brousson ne songea pas à fuir ; il regardait comme une lâcheté de reculer la fin qui était marquée à sa mission. Arrivé à Montpellier le 30 octobre 1698, on l'enferma dans la citadelle que Louis XIII avait fait construire aux portes de cette ville pour contenir les réformés.

Pendant la détention de Brousson à la citadelle de Montpellier, Bâville, contrairement à ce qu'il avait coutume de faire pour les autres prédicants, le traita avec douceur et courtoisie ; il lui envoya même des mets de sa table. Ce fut le 4* novembre qu'il le fit asseoir sur la sellette; mais le procès était déjà instruit sur tous les chefs, et sur un principalement que l'accusé ne parais-

sait pas soupçonner, Pour donner une sorte de publia cité aux débats, Bâville, qui Jes dirigeait, assisté des officiers du présidial, avait ouvert à tous les curieux, contre les habitudes judiciaires de dette époque, la porte de la citadelle, et la salle s'était remplie de gens d'église, de robe et d'épée. Brousson trompa peut-être les espérances de ceux qui attendaient de l'ancien avocat une plaidoirie émouvante ; il se borna à la simple déclaration des faits. Dans un discours qui ne dura qu'un quart d'heure, il avoua qu'il avait exercé les fonctions de ministre du saint Évangile en France, et s'attacha à faire valoir sa réputation d'homme d'honneur et d'homme de bien.

« Puisque vous êtçs ministre, lui dit Bâville, quels étaient les motifs de votre conduite dans Jes Cévennes et ailleurs?

— La prédication de l'Évangile, à l'exemple des apôtres.

— Les apôtres prêchaient-ils la révolte contre les puissances établies de Dieu?

— Je ne l'ai jamais fait. »

Sur cette réponse, Bâville lui mit sous les yeux l'original du projet d'invasion concerté entre Vivens el Schomberg, en lui disant : « Connaissez-vous cette écriture? Les apôtres conspiraient-ils ainsi?

— Ce n'est pas là mon écriture, et je n'ai été d'aucune conspiration ? »

Brueys, qui était présent à l'interrogatoire, ajoute qu'en ce moment l'accusé pâlit, se déconcerta, et que l'intendant, ayant remarqué le trouble où il était, se contenta de lui dire « qu'au moins alors il n'imitait pas les apôtres, qui ne mentaient point, et qu'on avait en main de quoi le convaincre qu'il ne disait pas la vç-

rite, quoique, la main levée devant Dieu, il eût juré de la dire ».

L'autorité de Brueys, écrivain si partial et si injuste envers les protestants, est bien insuffisante pour faire admettre que l'honnête Brousson ait trempé dans les projets de Vivens et de Schomberg. M. Peyrat maintient T innocence de Brousson sur ce fait. Mais ce qui est certain, c'est que rien ne ressemble moins à la justice, comme nous la comprenons aujourd'hui, qu'un procès où l'on met un accusé en présence de ses juges sans lui avoir notifié d'avance les faits qu'on lui impute. Dans cette affaire, on produisit contre Brousson une charge qui remontait à quinze ans, et qui seule eût suffi à déterminer sa condamnation.

Brousson, c convaincu, dit la sentence, d'être le principal auteur de la délibération de Toulouse (4683), qui avait excité tant de troubles et fait répandre tant de sang dans le Languedoc et dans le Dauphiné; d'avoir, de concert avec Vivens, tenté d'introduire en France le duc de Schomberg et une armée étrangère » , fut condamné à subir, après la question ordinaire et extraordinaire, le supplice de la roue et l'opprobre du gibet. Par une sorte d'adoucissement, ou retentum, qu'on laissait alors à la discrétion des juges, Bâville, après avoir eu un long entretien avec le condamné, ordonna qu'on le présenterait seulement à la torture pour la forme, que le bourreau ne le toucherait que sur Téchafaud, et que le gibet précéderait la roue, e'est-à-dire qu'il ne serait rompu qu'après sa mort.

La sentence fut exécutée le soir du même jour, à Montpellier, sur cette vaste place du Peyrou, devenue, à la fin du siècle suivant, une des plus belles promenades de. l'Europe, et qui n'était alors qu'un plateau

désert et un lieu infamant, car il ne servait qu'à l'exécution des calvinistes. Les fourches patibulaires s'y dressaient, et les vents y agitaient sans cesse, avec un horrible murmure, les cadavres de quelques malheureux Cévenols. Les hideux instruments de mort s'élevaient en face de l'une des plus belles vues qui soient au monde, au milieu d'un horizon magnifique, bordé par la ligne de la Méditerranée, et inondé de soleil, comme une sphère radieuse ouverte aux âmes qui venaient y subir leur douloureux martyre.

? Arrivé sur Féchafaud, Brousson voulut parler au peuple, mais sa voix fut à l'instant couverte par le roulement de dix-huit tambours. Qu'aurait-il pu dire qui valût cet éloge sorti de la bouche même de son bourreau !

« J'ai exécuté plus de deux cents condamnés, disait, quelques jours -après, le bourreau de Montpellier, en achetant chez un orfèvre une tasse d'argent ; mais aucun ne m'a fait trembler comme M. Brousson. Quand on le présenta à la question, le commissaire et les juges étaient' plus pâles et plus tremblants que lui, qui levait les yeux au ciel en priant Dieu. Je me serais enfui si je l'avais pu, pour ne pas mettre à mort un si honnête homme. Si j'osais parler, j'aurais bien des choses à dire sur lui ! Certainement il est mort comme un saint. *

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