Histoire des pasteurs du désert, t. H, p
puissances protestantes, vers lesquelles les malheureux Cévenols avaient sans cesse les yeux tournés, et qui ne répondirent jamais à V attente de leurs coreligionnaires, se seraient sans doute alors décidées, en présence de la possibilité du succès, à sortir de leur égoïste abstention. Mais tout devait échapper aux soldats de la foi protestante.
Villars, obligé de courir à d'autres combats, fut rappelé du Languedoc avant d'avoir pu terminer son œuvre pacificatrice. Il fut remplacé par. le général Berwick, qui, prêtant l'oreille à Bâville, abandonna la voie conciliatrice suivie par Villars, et qui avait déjà porté de précieux fruits. On recommença dès lors à traquer, à prendre et à exterminer tout ce qui était suspect de tenir à l'insurrection.
Le 48 avril 1705, Ravanël, Castanet et plusieurs autres furent surpris et arrêtés à Nîmes au moment où allait éclater une conjuration formidable, ourdie à Genève par les anciens Gamisards revenus exprès dans le Languedoc, et qui comptait dix mille affiliés. Bâville et Berwick prononcèrent leur arrêt. Castanet, Jonquet v Catinat et Ravanel furent suppliciés à Nîmes. Castanet et Ravanel étaient attachés dos à dos sur le même bûcher : Ravenel ne cessa de chanter des psaumes pendant que la flamme dévorait ses ipembres ; Castanet gardait le silence et se tordait douloureusement pendant que le feu, contrarié par une pluie tombée la veille, le gagnant peu à peu, lui faisait souffrir mille morts.
Les restes de l'insurrection s'éteignirent dans le sang de ces dernières victimes, et le triomphe fut acquis aux. ordres impitoyables de la cour. C'était là ce supplément de forces vengeresses demandé, vingt ans auparavant, en faveur de l'Église romaine, par Y aigle de
Meaux, et que devait si amplement fournir Baville, le vautour du Languedoc.