‹ Histoire du merveilleux dans les temps modernesChapitre 53 sur 101 · Histoire de la guerre des Camisards, t I, p · texte numérisé non relu

Histoire de la guerre des Camisards, t I, p

comme l'ancien peuple d'IsraëL Les Anglais s'inquiétèrent de cette propagande mystique, et ces étrangers furent expulsés, malgré les réclamations de bien des fidèles.

Dans sa froide Lettresttr l'enthousiasme, Shaftesbury parle des prophètes protestants réfugiés qui abondaient en Angleterre vers 1709. Il trouve leurs contorsions fort ridicules, et applaudit à l'invention d'un bouffon qui avait mis en scène des pantins gambadant au moyen de ficelles : le ridicule était, selon Shaftesbury, le meilleur moyen de ramener ces fanatiques à la raison. Ce dédain de l'écrivain anglais prouve du moins que sur la terre étrangère les Cévenols étaient demeurés en proie à leur flluminisme extatique.

Cependant, par le changement d'existence et par l'adoption d'un genre de vie régulier, l'inspiration finit par s'évanouir chez nos prophètes. Ils se montrèrent d'ailleurs très-affectés d'être dépossédés de ce don. Tel était, par exemple, un prédîcant nommé Compan, qui était allé servir en Espagne dans le régiment de Cavalier.

c Lorsque j'étais* dit Matthieu Boissier, à Amersfort, j'eus occasion de converser avec un brave garçon des Cévennes nommé Compan. D avait reçu de grands dons, et aussi était-il bien pénétré de reconnaissance pour toutes les grâces que Dieu lui avait faites. Mais le souvenir hii en était doux et amer tout ensemble ; car il était grandement affligé de ce que Dieu ne se communiquait plus tant à lui depuis qu'il était sorti des Cévennes, et il disait que c'étaient ses péchés qui l'avaient reudu indigne des fréquentes visites du Saint-Esprit. Je lui dis tout ce que je pas pour le consoler, et, entre autres choses, je lui représentai que Dieu agissait selon les temps et les occasions, ou, pour mieux dire, selon sa sagesse, laquelle nous devions toujours adorer» kirs même qu'elle nous est le plus incompréhensible. Comme nous ; parlions ainsi, la bonté paternelle de Dieu lui fut soudainement

Manifestée par un saisissement de l'Esprit, qui lui donna de secrètes consolations l . »

Cavalier fut aussi profondément attristé de la disparition de ses extases. Quand il fut présenté à la cour d'Angleterre, on dit que, la rçine Anne lui ayant demandé si Dieu continuait à le visiter, Cavalier, ému, pencha la tête en pleurant et ne répondit pas.

Avec leurs derniers prophètes tombèrent les derniers restes de la résistance des Camisards, et ce n'est qu'ainsi que pouvait se terminer cette guerre, si remarquable au point de vue de sa liaison étroite et constante avec Tilluminisme religieux.

Ces phénomènes d'inspiration, nous avons à en rechercher la véritable nature, à essayer d'en fournir l'explication physiologique.

L'illummisme extatique des prophètes cévenols, que les écrivains catholiques, ne pouvant le nier, vu son évidence historique, prennent le parti d'attribuer au diable , et que les écrivains protestants rapportent à l'intervention directe du Saint-Esprit, conformément aux dires des inspirés eux-mêmes, était, selon nous, le résultat d'une affection pathologique ayant son siège soit dans le cerveau, soit dans les autres centres nerveux. Essentiellement épidémique par sa nature, cette affection, poussée à un degré extrême, pouvait amener un véritable état de démence ; mais dans le plus grand nombre des cas, elle se traduisait seulement par des attaques intermittentes qui, hors de l'état de crise, n'altéraient que faiblement, malgré leurs fréquentes répétitions, l'intelligence ou la santé de l'individu. M. Calmeil, qui, dans son ouvrage sur la Folie, a soumis les

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