‹ Histoire du merveilleux dans les temps modernesChapitre 56 sur 101 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

reçu les grâces.... J'ai connu à Uzés un nommé G... qui avait un petit garçon de 'cinq ans qui prophétisait. Il est tombé plusieurs fois en ma présence par le saisissement de l'Esprit, avec des agitations de la tête et de tout le corps. Après cela, il parlait, il pi'éiiisait des malheurs àBabyloneet des bénédictions à l'Église, et il faisait de grandes exhortations à la repentance. Hais le pauvre petit était quelquefois si agité, que ses paroles étaient alors luit entrecoupées, n parlait toujours français, et il se servait de ces expressions : Je te dis, mon enfant; mon enfant, je t'ai'

Déposition de Sarra Dalgone :

c Un de mes voisins avait une petite fille de huit à neuf ans qu'il avait plu à Dieu de mettre dans cet état, et je l'ai vue plusieurs luis pendant qu'elle avalises inspirations. Une fois, comme je la vis chancelante, je la mis sur mes genoux, et tout son accès s'y passa. Elle ne respirait que par soupirs, sa poitrine était agitée et tout s i)ii corps était tremblotant. Quelques minutes après qu'elle BUl été saisie de celte manière, elle parla comme cela lui arrivait d'ordinaire, toujours en bon français... Je suis très-assurée qu'il lui aurait été impossible de parler à l'ordinaire comme elle parlai! dans l'inspiration, et il est même très-constant qu'elle ne se serait jamais avisée de. s'exprimer autrement que dans le patois du pays; car on ne parlait pas plus français dans notre petit bourg i|ue si nous n'eussions pas fait partie du royaume de

Celle circonstance que les inspirés dans leur délire s'exprimaient toujours en français, langue inusitée dans leurs campagnes, est bien remarquable. Elle était le résultat de cette exaltation momentanée des facultés intellectuelles qui forme l'un des caractères de la malmtiedes trembleurs des Cévennes. Les prédications et les cérémonies du culte du désert se faisaient toujours en français, car celle langue est celle de l'Église

réformée, comme le latin est la langue de l'Église catholique. Bien que fort peu familiarisés avec le français, ces bonnes gens se rappelaient merveilleusement dans leurs extases les expressions et les tournures de cette langue qu'ils avaient retenues de la bouche des prédicants du désert, et ils les reproduisaient de manière à atteindre quelquefois à une certaine éloquence. Il arrivait souvent aussi que des personnes à facultés intellectuelles très-bornées parlaient, dans le cours de cette extase, avecune étonnante facilité. Ce sont là d'ailleurs deux phénomènes qui s'observent dans beaucoup d'affections cérébrales.

Marie Chauvain, dans sa déposition rapportée dans le Théâtre sacré des Cévennes, parle en ces termes d'une jeune fille de dix-huit ans qui louait ses bras aux agriculteurs pour la récolte des fruits :

c Pendant qu'elle était chez ses maîtres, ceux-ci étaient dans une surprise extrême, non-seulement d'entendre dire des choses admirables, avec tant de facilité, à cette jeune fille qui ne savait ni A ni B; mais ce qui nous étonnait encore, c'était sa hardiesse et son courage, elle qui était fort timide en toute autre occasion... Mais il est évident que c'était une cause surnaturelle qui la faisait parler, puisqu'elle n'avait jamais fait que garder des brebis, et que, dans le temps de son inspiration, elle prononçait avec liberté et rapidité mille belles choses qui auparavant n'avaient jamais été dans son esprit 1 . »

. Déposition de Caladon :

« J'ai vu un grand nombre de ces inspirés, de tout âge et des deux sexes... C'étaient tous des gens sans malice, et en qui je n'apercevais rien que je pusse soupçonner être de leur invention. Us faisaient de fort belles exhortations, parlant français pendant la révélation. On doit remarquer qu'il n'est pas moins difficile à

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