Théâtre sacré des Cévennes, p
des paysans de ces qnartiers-lâ de faire un discours en français, qu'à un. Français qui ne ferait que d'arriver en Angleterre de parler anglais '. »
Déposition du même :
t fies diverses personnes que j'ai vues dans le saisissement (je ne sai.s comment exprimer cela), il n'y en a point eu. qui m'ait causé pliis d'étonnement qu'une certaine pauvre idiote de paysanne, fig-ée d'environ quarante ans : je la connaissais parce qu'elle avait élè en service ches un de mes amis. C'était assurément la plus simple et la plus ignorante créature que nos montagnes eussent jamais produite. Quand on me dît qu'elle prêchait, mais qu'elle prêchait à merveille, je n'en crus rien du tout. II ne pouvait p.is me tomber dans l'esprit qu'elle pût seulement joindre quatre mata du français ensemble (et f en aurais juré), ni même qu'elle eût la kardiesse de parler dans une compagnie. Cependant, j'ai été témoin plusieurs fois qu'elle s'acquittait de tout cela mira cul ou s r ut bien. Celte ànessc de Balaam avait une bouche
d'or quand l'intelligence céleste la faisait parler. Jamais orateur ne s'est fait écouler comme elle... C'était un torrent d'éloquence, c'était im prodige, et ce que je dis n'a rien d'exagéré. Une autre chose fort singulière, c'est que cette propbétesse prêchait sonvent, et qu'elle était eh quelque sorte maîtresse de ses enthousiasmes, c'est-à-dire qu'elle les obtenait quand elle les demandait °-... i
Dépositîoi de Claude Arnassan :
t II y avait chez mon père un berger, nommé Pierre Bernant), qui «lait un pauvre imbécile. Il me priait quelquefois de le mener aux assemblées; mais je n'osais pas le faire, me défiant de» Criblasse, cl par conséquent de son indiscrétion. Je me hasard»! pouriau! une fois, et je le menai à une assemblée qui se fit Je nuit. Etant là, je remarquai qu'il se mît à genoux, et qu'il y demeura environ deux heures. Incontinent après, il tomba comme mort; ensuite, tout son corps fut beaucoup agité. Le lendemain, il retomba, et ses agitations furent extraordinairement grandes.
t. Théâtre steré des Céveana, p. lit.
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Comme il était couché à la renverse, son corps se soulevait et sautait comme s'il avait été ainsi secoué par quelque homme fort. Nous eûmes peur qu'il ne se blessât, et trois d'entre nous voulurent le tenir; mais il fut impossible (F arrêter la violence de ses mouvements. 11 continua dans le même état, en se frappant, et il était tout trempé de sueur. Les mêmes accidents lui arrivèrent encore deux ou trois fois avant qu'il parlât. Mais enfin son grand maître lui ayant ouvert la bouche, la première chose qu'il dit fut qu'il avait été ainsi tourmenté à cause de ses péchés. Dans la suite, ses mouvements furent pins modérés, et les paroles qu'il prononça furent autant de sollicitations pressantes à l'amendement de vie, s' exprimant en français, chose fort notable en ce pauvre simple paysan. Ses discours étaient pathétiques, et il citait, à propos, des passages de l'Écriture comme .s'il avait su la Bible par cœur. Je suis assuré qu'il ne savait pas lire, et je puis bien répondre non-seulement de sa grande ignorance, mais de l'incapacité de son esprit pour recevoir, ni en peu de temps ni avec un long travail, la connaissance et l'idée des choses qu'il disait par ses inspirations *. *
Nous avons dit que nos inspirés, une fois sortis de leurs crises, ne se souvenaient pointou ne retraçaient qu'imparfaitement le sens des paroles qu'ils avaient proférées. C'est ce qui se passe dans la plupart des circonstances où, par un fait morbide, les facultés intellectuelles ont reçu une notable exaltation ; c'est encore le cas des magnétisés en proie au somnambulisme artificiel. Le Théâtre sacré des Cévennes va nous fournir diverses attestations de ce fait.
Déposition de Jacques Bresson :
c Quand je demandais aux personnes pins avancées en âge si elles se souvenaient de ce que leur bouche avait prononcé, pour le répéter, ou pour en faire entendre toute la substance, elles me répondaient qu'elles ne s'en souvenaient pas assez pour cela *. »