‹ Histoire du merveilleux dans les temps modernesChapitre 73 sur 101 · Ézéchiel, xxi · texte numérisé non relu

Ézéchiel, xxi

262 HISTÔIftE DU MEftVElLLEtîX.

Tu ne me donneras rien, mais si tu fais ceci, je paîtrai encore tes troupeaux, et je les garderai.

32. Je passerai aujourd'hui parmi les troupeaux, et je mettrai à part toutes les brebis picotées et tachetées, et tous les agneaux roux, et les chèvres tachetées et picotées entre les chèvres, et ce sera là mon salaire.

33. Et à l'avenir, ta justice me rëndm témoignage, quand tu viendras reconnaître mon salaire* Tdut ce qui ne sera point picoté ou tacheté entre les chèvres, et tout ce qui ne sera point roux entre les agneaux, sera tenu comme un larcin s'il s'est trouvé chez moi.

&4. Alors* Laban lui dit ? Je lé Veux, je le souhaite ; qne la chose soit comme tu Tas dit.

35. Et en ce jour-là, il sépara les boucs marquetés et tachetés, et toutes les chèvres picotées et tachetées, toutes celles où il y avait du blanc et tous les agneaux roux; et il les mit entre les mains de ses fils.

30i Et il mit l'espace de trois journées de chemin entre lui, et Jacob paissait les troupeaux de Laban;

37. Mais Jacob prit des verges vertes de peuplier, de coudrier, de châtaignier, et il en ôta de place en* place les écorces, en découvrant le blanc qui était aux verges.

38. Et iî mit les verges qu'il avait jetées de place en place, audevant des troupeaux, dans les auges et les abreuvoirs tfù les brebis venaient boire ; et elles entraient en chaleur quand elles venaient boire.

39. Et les brebis donc entraient en chaleur à la vue des verges, et elles faisaient des brebis* marquetées, picotées et tachetées.

M. Et il arrivait que toutes leg foi» que les brebis hâtives venaient en chaleur, Jacob mettait les verges dans les abreuvoirs devant les yeux du troupeau, afin qu'elles entrassent en chaleur en regardant les verges.

42. Mais quand les brebis étaient tardives, il ne les mettait point. Et les tardives appartenaient à Laban, mais les hâtives étaient pour Jacob.

Comme il n'y a rien dans ce texte qui se rapporte à la baguette employée pour la divination, nous ne

l'aurions pas cité, si nous n'avions considéré que la science divinatoire s'est approprié le nom de Jacob et de sort bâtdn par une fausse interprétation des paroles de la Oenèse. 11 existe, eii effet, un traité fort connu des adeptes des sciences occultes, qui a pour titre : la Verge de Jacob ou Vart de trouver des trésors. Mais on voit que le nom de Jacob était invoqué ifei foW gratuitement.

Plusieurs peuplés de l'antiquité, notafrirtient les Scythes, les Perses et les Mèdes, ont pratiqué la divination au moyen de la baguette. Hérodote dit t[ue les Scythes en usaient pour reconnaître les parjures. On sait par Strabon que leé prêtres des Indiens la pratiquaient aussi. On a déjà vu qile le roi de Babylone avait consulté des fléchés et des baguettes ferrées pour savoir s'il devait porter ses armes contre Àmmon ou contre Jérusalem.

Cet ttsage peut avoir été introduit chez les Babyloniens, et de là chez d'autres peuples de l'Orient, par l'Egyptien Bélus, s'il est vrai, comme quelques éruditsle prétendent, que ce prince conduisit une colonie d'Égyptiens sur le borcl de l'Ëuphrate, et qu'il y institua les prêtres qu'on appela Chaldéens. Les Juifs, amenés en captivité à Babylone, auraient donc pu apprendre en ce pays cette pratique, si les passages de la Bible cités plus haut n'établissaient pas suffisamment qu'ils la connaissaient déjà avant l'époque de leur captivité.

Philostrate dit que l'usage de deviner au moyen de la baguette était connu et pratiqué chez les peuples de Mytilène (Motelin, île de Lesbos). Tout le monde connaît le rôle merveilleux que jouent, dans la mythologie grecque, leg baguettes de Minerve, de Circé, de Médée,

264 ISÏOIRE DU MERVEILLEUX.

et le bâton ou caducée de Mercure. A la vérité, la baguette, entre les mains de ces divers personnages, est le symbole plutôt que l'agent de leur puissance; mais un indice positif que la baguette servait à la divination chez les Grecs, c'est le terme de rabdomancie qui se trouve dans leur langue : un peuple ne crée pas un mot pour exprimer une chose dont il n'a aucune idée. Enfin, à cet indice on peut ajouter le témoignage de saint Chrysostome, qui, dans la Chaîne des Pères grecs, mentionne plusieurs sortes de divinations en usage chez ses compatriotes, et notamment celle qui se pratiquait avec des baguettes.

Chez les Romains, le bâton augurai appelé lituus, qui n'était, selon Macrobe et Aulu-Gelle, qu'une baguette recourbée dans l'endroit le plus fort, passait our l'instrument le plus auguste de la divination. Les augures l'employaient dans les circonstances les plus solennelles. Romulus s'en était servi pour la description des régions célestes, ou pour l'orientation de sa ville naissante. C'est ce lituus qui, après le pillage et l'incendie de Rome par les barbares, fut retrouvé intact dans un temple, et devint, depuis ce moment, un objet sacré que ne devait toucher aucune main profane.

Le lituus intervint dans la consécration du successeur de Romulus :

« Numa Pompilius, élu roi par les sénateurs et le peuple, voulut faire consulter les dieux, nous dit Tite-Live, comme l'avait fait soi} prédécesseur. Il fit donc venir un augure qui le conduisit sur une montagne fort élevée. Là, cet augurç, ayant à sa main droite le bâton recourbé, se plaça à gauche du prince, s'y tint couvert, observa Paspect de la ville et du champ, et, ayant marqué l'orient et l'occident, il se tourna vers l'orient, pour avoir le midi à sa droite et le septentrion à sa gauche, sans se prescrire d'autres bornes que les endroits où la vue ne pouvait

s'étendre. Gela fait, il prit le lituus à sa main gauche, mit sa droite sur la tête du prince désigné, et fit cette prière : Père Jupiter, si l'équité demande que Numa, dont je touche la tête, soit le roi des Romains, fais que nous en ayons des signes évidents dans la division que je viens de tracer. »

Quels devaient être et que furent ces signes demandés à Jupiter par l'augure sacré? C'est ce que l'historien oublie dtf nous dire. Peut-être l'ignorait-il luimême, les signes manifestés en ce moment solennel étant restés un secret entre le roi élu et le prêtre païen.

Mais les Romains avaient la connaissance d'une baguette divinatoire toute profane, et dont les propriétés étaient aussi merveilleuses qu'utiles. L'usage de cette baguette devait même être fort vulgaire à Rome, puisqu'il y avait donné lieu à un proverbe. On lit, en effet, dans le P r livre des Offices de Cicéron le passage suivant :

€ Si tout ce qui est nécessaire à notre nourriture et à notre entretien nous arrivait par la vertu de quelque baguette divine, comme on dit, chacun de nous, libre de tout soin et de toute affaire, pourrait s'adonner entièrement à l'étude de la science. »

A cette allusion près, Cicéron ne croyait ni à la baguette divinatoire, ni probablement à aucune sorte de divination. Personne n'ignore que Cicéron, ayant été augure lui-même, disait qu'il ne concevait pas que deux augures pussent se regarder sans rire. Il nous a laissé, il est vrai, un traité sur la divination; mais à la fin du I 6 * livre de cet ouvrage, il cite les vers suivants d'Ennius, où le poète se moque des gens qui offrent d'enseigner, moyennant une drachme, l'art de trouver des trésors :

* Je vous la donne de bon cœur, mais ce sera à prendre sur les trésors que vous nous aurez fait trouver. >

Suivant le catalogue que Vétranius Maurus nous a laissé des ouvrages de Vairon, cet écrivain aurait composé une satire ayant pour titre : Virgula divina. Mais si Varron avait ajouté foi à la vertu de la baguette, il avait une belle occasion d'en parler dans un autre de ses écrits où il enseigne la manière de trouveras sources. Or il n'en parle nullement, non plus que Columelle, Pline, Vitruve, Pallade et plusieurs autres écrivains latins qui ont traité de la même matière.

Concluons de tout ce qui précède que, le lituus excepté, la baguette divinatoire n'a jamais été prise au sérieux chez les Romains.

Pour continuer ce précis rapide, nous suivrons la baguette chez des peuples plus modernes.

Gonzalès de Mendoza rapporte, dans son Histoire <fe la Chine, qu'il a observé avec soin les pratiques employées par les Chinois dans leurs divinations, et il nous apprend que la plupart d'entre eux se servaient pour cet objet de morceaux de bois disposés de différentes manières.

Si les Chinois n'ont pas reçu des Babyloniens cette pratique superstitieuse, tout porte du moins à croire qu'elle a passé des Babyloniens aux Turcs et aux Scythes* et de ceux-ci aux Illyriens, aux Allemands et à la plupart des nations du Nord.

Le Vénitien Marco Polo assure que la coutume de deviner avec des flèches régnait encore dans tout l'Orient au moment où il exécuta de ce côté le fameux voyage dans lequel il fut sur le point de découvrir l'Amérique parla route de l'Asie.

Un autre voyageur d'une époque plus rapprochée de la nôtre, Thévenot, nous a laissé une très-curieuse relation où Ton trouve ce qui suit :.

c II y a parmi les Turcs plusieurs personnes qui se mêlent de deviner, et elles réussissent fort bien. On voit de ces gens-là eu plusieurs coins des rues, assis à terre sur un petit tapis, avec une quantité de livres étalés à terre à l'entour d'eux. Or ils devinent de trois façons : la première se fait ordinairement pour la guerre, quoiqu'elle se fasse aussi pour toute autre chose; comme pour savoir si un homme doit entreprendre un voyage, acheter telle marchandise ou autre chose semblable. Ils prennent quatre flèches qu'ils dressent en pointe, l'une contre l'autre, et les font tenir à deux personnes ; puis ils mettent sur un coussin une épée nue devant eux, et lisent un chapitre de l'Alcoran; et alors ces flèches se battent pendant quelque temps, et enfin les unes montent sur les autres. Si les victorieuses ont été nommées chrétiennes (car ils en appellent deux les turques, et donnent aux autres le nom de leur ennemi), c'esl signe que les chrétiens vaincront; si autrement, c'est signe du contraire. Ils ne vont jamais à la guerre qu'auparavant ils ne fassent cette expérience, ce qu'ils appellent faire le livre. »

N'est-ce pas là une reproduction exacte du procède divinatoire du roi de Babylone, se tenant, avec ses flèches, à l'angle de deux chemins? Ne semble-t-il pas aussi qu'il existe une certaine communauté d'origine entre tes pratiques et celles des anciens Germains, qui faisaient le livre, ainsi que le rapporte Tacite dans le passage suivant :

« Les anciens Germains croient aux auspices et à la divination plus que nation au monde. Pour la divination, leur méthode est simple. Ils coupent en plusieurs morceaux une baguette d'arbre fruitier, et après les avoir distingués par différentes marques, ils les jettent au hasard et pêle-inèle sur une étoffe blanche... et le prêtre prend trois fois chaque morceau, et selon les marques qui se présentent, il donne l'explication. »

D'après Ammien Marcellin, la divination se pratiquait chez les Alains au moyen d'une baguette d'osier. 11 est probable qu'ils avaient puisé cet usage dans la Scythie, dont ils occupaient une contrée. Ils le communiquèrent sans doute aux Illyriens, leurs voisins, puisque, d'après le témoignage d'un auteur cité par le savant Drusios, les Illyriens devinaient l'avenir au moyen de quelques morceaux de bois. Enfin la même induction porte à penser que cette coutume passa des Illyriens aux Esclavons, qui vinrent s'établir dans une de leurs contrées, et de ceux-ci à différents peuples de la Germanie. On la rencontre chez les Frisons et chez les Moscovites, qui, en se convertissant au christianisme, ne firent guère d'abord qu'ajouter les cérémonies de leur religion nouvelle à leurs anciennes coutumes de divination.

« Le titre ii dé la loi des Frisons portait, dit le P. Lebrun, que, pour découvrir les homicides, l'épreuve des baguettes se ferait dans l'église, et que, auprès même de l'autel et des saintes reliques, on demanderait à Dieu un signe évident qui ferait discerner le vrai coupable d'avec ceux qu'on accuserait faussement. Gela s'appelait le sort des baguettes, ou d'un seul mot, tan, teen, la baguette, les baguettes. »

En résumé, si l'on met de côté l'allusion faite par Cicéron, dans un texte trop peu explicite, à la baguette divinatoire, il est certain que dans toute l'antiquité, et même plusieurs siècles après l'époque que l'on désigne ainsi, on ne trouve aucun indice que les bâtons, flèches ou baguettes aient été employés comme moyen de découvrir des objets matériels. On ne les voit servir que dans des cérémonies superstitieuses ou sacrées, comme un signe, un moyen de divination appliqué aux choses morales.

C'est au moyen âge, époque où les croyances au surnaturel occupaient l'universalité des esprits, que Ton vit apparaître l'idée de consacrer la baguette à la découverte d'objets matériels dérobés aux yeux. C'est aux alchimistes, particulièrement à la secte des alchimistes mystiques, que nous avons essayé de caractériser dans un précédent ouvrage 1 , qu'appartient l'initiative de cette pensée, bien en harmonie avec leurs élucubrations habituelles.

Le premier écrivain qui parle de l'emploi de la baguette pour découvrir les métaux cachés au sein &e la terre et certaines choses matérielles autres que les eaux, est, en effet, un écrivain hermétique : c'est Basile Valentin. Le Novum Testamentum de Basile Valentin, moine bénédictin et alchimiste célèbre, qui florissait au xv° siècle, est un témoignage certain que l'on avait alors connaissance de cette pratique superstitieuse, à moins qu'on ne veuille, avec un écrivain moderne, éle-. ver des doutes sur l'authenticité des écrits de cet auteur et même sur son existence propre * .

Basile Valentin nous apprend, dans son Novum Testanientum, que, de son temps, la magique baguette portait sept noms différents, outre ceux qu'elle avait reçus de l'antiquité : verge divine, verge luisante, verge saillante, verge transcendante, verge tremblante, verge tombante, verge supérieure. Sept chapitres du Novum Testamentum répondent à ces sept noms pompeux, qui sont destinés à indiquer, par eux-mêmes, tous les caractères ouïes mouvements qu'on a donnés à la baguette divinatoire. Suivant Basile Valentin, les ou-

1. L'Alchimie et les alchimistes, essai historique et critique sur la philosophie hermétique, 3 e édition. Paris, 1860.

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