M. Hoefer, Histoire de la chimie, t. I, p
vriers mineurs portaient la baguette a à leur ceinture ou à leur chapeau * » .
Après Basile Valentih, la baguette divinatoire tombe quelque temps dans l'oubli; il faut aller jusqu'à la fin du xv e siècle pour trouver un autre écrivain qui lui accorde quelque mention.
Basile Valentin était alchimiste. Parmi les auteurs qui, après lui, s'occupèrent de la baguette, on trouve un grand nombre de philosophes hermétiques : tels sont Robert Fludd, Mayer, Paracelse et Agricola. Or, on ne peut s'empêcher de se poser, à ce propos, ce dilemme fort simple : si tous ces chercheurs d'or avaient su faire un bon usage de la baguette divinatoire, il est évident qu'ils auraient pu se passer de travailler à l'accomplissement du grand œuvre et de couver pendant de si longues années l' œuf philosophique ; il n'est pas moins certain, d'un autre côté, que s'ils avaient réussi à composer la pierre philosophale, la baguette divinatoire leur était superflue pour découvrir des trésors et des métaux précieux; il est donc bien étrange que la plupart d'entre eux, qui se vantent presque toujours de cumuler ces deux secrets, soient constamment demeurés en proie à la plus triste indigence.
C'est en vain que l'on chercherait dans les ouvrages des auteurs hermétiques qui ont écrit sur la baguette divinatoire quelques notions précises sur les propriétés de cet instrument et sur l'art de s'en servir. Ils ne sont pas plus clairs sur ce sujet que sur les opérations d'alchimie qu'ils prétendent décrire. Tout ce qu'a dit sur cette matière l'obscur Paracelse est lellement inconsistant, que l'on serait fort embarrassé de savoir à quelle
1. Testamentum novum lib. I, cap. xxv, (De virga tmnsçendatit).
opinion il s'arrête. Tantôt il approuve, tantôt il proscrit cette pratique. On ne peut douter pourtant qu'il n'en admette l'efficacité. Le jésuite Kircher attribue même à Paracelse d'avoir indiqué de quel bois il fallait se servir pour découvrir les différents métaux au moyen de la baguette. Pour donner une idée complète des incertitudes et des Variations de Paracelse sur ce point, nous devons ajouter qu'il se tenait quelquefois dans un prudent milieu entre le oui et le non. Dans son traité de la Philosophie occulte, il prescrit de distinguer entre les trésors cachés par les humains et ceux qui sont amassés et gardés par dçs gnomes. Mais comment faire cette distinction? C'est ce qu'il se garde bien de nous apprendre.
Tout ce que le jésuite Kircher assure avoir lu, de son temps, dans les écrits de Paracelse, ne se retrouve pas dans le volumineux recueil des œuvres du médecin suisse, qui a été publié à Genève en 1658. Mais il n'en est pas moins établi, et c'est 1^ ce qui jious intéresse, qu'à l'époque où vivait Paracelse, on croyait avec lui à la vertu de la baguette pour la découverte des métaux.
La coutume de chercher les métaux à l'aide de la baguette divinatoire, qui s'est montrée pour la première fois en Allemagne au xv* siècle avec Basile Valentin, et au commencement du siècle suivant avec Paracelse, passe bientôt en Flandre, et successivement en Angleterre, en Suède, en France et dans les contrées les plus méridionales de l'Europe.
Dans son admirable Traité des métaux (De rébus metallitis), le sage et savant Agricola nous fait connaître les pratiques ordinaires des hommes à baguette. Mais il se prononce contre cet usage, qu'il regarde comme un
souvenir des opérations des magiciens antiques. D'après lui , on ne voit que les petits ouvriers des mines, « gens sans religion » , employer la baguette pour chercher les métaux.
Un disciple de Paracelse, Goclénius, dont nous aurons à parler plus au long dans le volume suivant de cet ouvrage, à propos des antécédents historiques du magnétisme animal, a composé les traités De la vertu des plantes, et De V onguent aux armes, dans lesquels il admet l'efficacité et approuve l'emploi -de la baguette de coudrier pour découvrir les métaux.
L'opinion de ce Goclénius déplut au P. Roberti, jésuite flamand ; après l'avoir attaquée par le raisonnement, ensuite par l'injure, le P. Roberti passe du sévère au plaisant, et parodie, en guise d'épigramme contre son adversaire, deux vers des bucoliques de Virgile :
Goclen amat Corylos; illas dum Goclen amabit, Nec myrthus vincet corylos, nec laurea Phœbi.
Un autre paracelsiste, André Libavius, allègue les expériences qu'il a exécutées, pour se déclarer partisan de la baguette diviqatoire et trouver son usage fort licite. S'il ne s'agissait pas d'une question particulière et sans rapport avec un système quelconque de philosophie ? il serait peut-être rationnel de juger de l'opinion définitive de Paracelse par celle de ses disciples.
Mais l'opinion d'Agricola, qui attribuait à des enchantements et à des paroles magiques les effets de la baguette, ne manquait pas d'adhérents. Tels étaient, par exemple, le jésuite Gœsius, auteur d'une Minéralogie; le P. Forérus, autre jésuite, et surtout Kircher. Ce dernier, plus savant et bien meilleur physicien oue son
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confrère, fonde son sentiment sur l'expérience. Il a tout à fait le droit de déclarer chimérique la prétendue sympathie entre une baguette et les métaux, puisqu'il a., comme il nous le dit, « expérimenté plusieurs fois que les baguettes du bois que Ton déclarait être sympathique avec certains métaux, étant placées sur des pivots, en équilibre, auprès de ces métaux, ne remuaient en aucune manière». (De arte rnagnetica.) Dans son autre ouvrage, Mundus subterraneus, le P* Kircher, revenant sur cette question, déclare que le mouvement de la baguette ne pleut être qu'un effet surnaturel, si toutefois il n'est le résultat de l'adresse ou de la supercherie de celui qui la tient entre ses mains.
En 1659, le jésuite Gaspard Schott, contemporain et confrère de Kircher, dit que dans toutes les villes d'Allemagne où il a demeuré, l'emploi de la baguette était un moyen très-répandu, et qu'il a pu voir lui-même plusieurs personnes trouver par ce moyen l'or et l'argent cachés i
Gaspard Schott a eu le mérite d'entrevoir, dès son époque, la véritable cause des mouvements de la baguette, qu'il n'est pas très-éloigné d'attribuer à l'imagination de celui qui la fait mouvoir.
« J'ai cherché, dit-il, avec grand soin si la baguette de coudrier a réellement une sympathie avec l'or et l'argent, et si elle est mise en mouvement par une force naturelle. De même j'ai cherché si un anneau de métal -qu'on tient suspendu par un fil au milieu d'un vase de verre, et qui marque l'heure par les battements, est mû par une force semblable. J'ai trouvé que ces effets ne pouvaient avoir lieu que par la tromperie de ceux qui tiennent la baguette ou le pendule, ou peut-être par une secrète impulsion diabolique, ou peut-être encore parce que l'imagination met la main en mouvement. »
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Gaspard Peucer a publié, en 1584, un Trctitè des principaux genres de divinations dans lequel il attribue l'efficacité de la baguette divinatoire à la sympathie entre le bois du coudrier et les métaux, fidèle en cela à la doctrine si fort en faveur au moyen âge, qui établissait des relations secrètes d'attraction et de sympathie mutuelles entre certaines choses matérielles, et même entre celles-ci et les choses du monde moral.
Philippe Mélanchthon, dont Peucer était gendre, professe la même opinion dans le discours qu'il a composé sur la sympathie.
Porta, dans sa Magie naturelle, la partage encore, et tel est aussi l'avis de Keckermann, qui invoque à ce suj et l'autorité de Mélanchthon.
Michel Mayer, philosophe alchimiste, auteur d'un ouvrage intitulé Verum inventum, hoc est munera Germaniœ; n'accorde qu'à la baguette de coudrier des propriétés précieuses qui tiennent, selon lui, à la sympathie de ce bois pour les métaux. Il compare la baguette à une sage-femme aidant aux montagnes à accoucher des matières métalliques dont elles sont enceintes. Il attribue à l'Allemagne, ainsi que beaucoup d'autres inventions, la découverte des vertus de la baguette divinatoire.
Le témoignage de Mayer confirme donc l'opinion que nous avons émise plus haut, et qui considère l'Allemagne comme le pays où l'usage de la baguette a pris pour la première fois naissance en Occident. Les auteurs que nous avons cités depuis le commencement du xv e siècle jusqu'à la fin du xvi e sont Allemands pour la plupart. Un usage dont aucun antécédent ne se montre ailleurs ne doit-il pas être considéré comme une invention propre aux peuples qui l'ont les premiers mis
en pratique et l'ont ensuite communiqué aux autres nations ? Notre opinion sur l'origine de l'usage de la baguette au moyen âge pourra donc sembler acceptable, et nous pourrons répéter avec Michel Mayer : Mimera Germaniœ !
Les noms des différents écrivains ou philosophes célèbres que nous avons cités dans les pages qui précèdent montrent qu'aux xv e et xvi e siècles, la plupart des savants de cette période avaient adopté la croyance aux vertus de la baguette divinatoire. L'esprit de crédulité, l'amour du merveilleux, qui distinguent cette époque, ne pouvaient en effet manquer de s'emparer de ce nouvel et puissant aliment. Pendant que d'autres écrivains, plus ou moins illustres, tels que Robert Fludd, Rodolphe Glauber, Edo Néuhusius, Sylvester Rattray, Boyle, Mathias Villénius, etc., vont continuer, pendant le xvn e siècle, à disserter sur l'usage de la baguette appliquée à la découverte des métaux précieux et des trésors cachés, cet instrument va tout à coup acquérir une propriété nouvelle, celle de révéler l'existence des mines. C'est encore par l'Allemagne que nous arrivera cette addition de vertu miraculeuse. Entrons dans l'exposé de cette troisième phase de l'histoire de la baguette, qui va nous fournir l'occasion d'arracher à l'oubli le nom d'une femme digne de figurer avec lion neur dans nos fastes nationaux.