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VIII. — MÉCHAIN en ESPAGNE

Méchaiii partit le 25 avec les deux premiers cercles qui furent achevés. Il était chargé spécialement de la partie méridionale de l'arc à mesurer. Nous étions convenus qu'il aurait dans son lot les 170,000 toises qui mesurent la distance de Barcelone à Rodez. Le mien était composé de 380,000 toises que l'on compte de Rodez à Dunkerque. La raison de cette répartition inégale fat que la partie espagnole était absolument neuve, tandis que le reste avait été déjà mesuré deux fois; nous étions persuadés qu'elle devait offrir bien de difficultés; nous ignorions que les plus grandes se trouveraient pour nous aux portes mêmes de Paris. Méchain en fit bientôt la triste expérience: arrêté dès la troisième poste par des citoj^ens inquiets, qui ne voyaient partout que complots et projets de contre-révolution, il eut beaucoup de peine à se tirer de leurs mains; les magistrats et les officiers municipaux n'avaient pas encore perdu tout crédit sur l'esprit du peuple; ils firent respecter la loi, et Méchain eut la permission de continuer sa route. A mesure qu'il avançait, il trouvait moins d'obstacles; cependant la présence de deux commissaires espagnols,

qui l'accompagnaient dans ses courses sur les limites des deux Etats, jetèrent l'alarme dans les villages français : il se vit obligé de remettre à un autre temps deux stations qu'il avait établies sur les frontières; et, dès qu'il eut passé les Pyrénées, il ne rencontra plus d'opposition. Aidé par M. Tranchot, ingénieur géographe, avantageusement connu par la carte de Corse, et qu'il avait pris pour adjoint, il eut bientôt reconnu toutes les stations propres à être les sommets de ses triangles; ses signaux furent bientôt placés : dès le 13. septembre, il put commencer la mesure des angles à la station de N.-D.-du-Mont. Celles de Puig-se-Calm, Roca-Corba, Rodos, Mont-Serrat, Valvidrera, se suivirent avec rapidité. Il s'était reposé sur MM. Tranchot, Planez et Alvarez du soin de prendre les angles à Matas et Matagalls. Enfin, le 29 octobre, il termina la station du fort de Mont-Jouy, au sud de Barcelone, la dernière et la plus australe de toute la méridienne. C'était là qu'il avait résolu d'employer tout son hiver à la détermination de la latitude et de l'azimut.

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