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FRANCE

Dès le mois de mars, je voulais rentrer en campagne; il me fallait de nouveaux passeports, et je ne pouvais les obtenir. J'avais toujours près-

(i) Voir les détails de cet accident, p. 153.

senti cette difficulté, et c'était avec une répugnance extrême que je m'étais vu forcé de rentrer à Paris pour une station qu'il n'était plus possible de différer. Le Ministre de l'Intérieur consentit avec beaucoup de peine à me donner une lettre de recommandation pour la municipalité; il prévoyait sans doute cju'elle serait inutile. En effet, ma demande portée — c'était alors l'usage — à l'assemblée générale de la Commune, fut refusée d'une voix unanime. Pendant six semaines, je sollicitai inutilement : Chaumette, procureur de la Commune, consentit pourtant d'assez bonne grâce à reproduire ma pétition. Cousin, de l'Académie des Sciences, qui tenait à la Commune comme membre du comité des subsistances, se trouva, par hasard^ à l'assemblée ce jour-là, et dit quelques mots en ma faveur : les passeports furent accordés aussi unanimement qu'ils avaient été refusés d'abord. Le conseil exécutif provisoire me remit une nouvelle proclamation toute conforme à l'ancienne, à l'exception du préambule. Je ne pus obtenir ces différentes pièces que le 3 mai à midi : je partis le même jour à deux heures pour Dunkerque.

Cette obligation d'avoir des passeports, qu'il fallait montrer à chaque pas^, était une des choses les plus contraires à la célérité de nos opérations : elle rendait plus difficile la communication d'une station à l'autre; elle nous forçait à être plus

réservés sur les courses, que nous n'osions plus hasarder, à moins qu'elles ne fussent de la plus indispensable nécessité; elle attirait sur nous la méfiance, en nous soumettant aux recherches de tous les postes armés, et nous mettait dans la nécessité d'obtenir l'agrément, non seulement des magistrats ou des citoyens au milieu desquels nous devions opérer, mais aussi de tous ceux que nous rencontrions sur la route. Outre mes passeports, j'avais pris, cette fois, une lettre de recommandations pour le général en chef de l'armée du nord, parce que le théâtre de la guerre n'était pas fort éloigné de celui de mes opérations.

Nous avions une petite armée à pied à Mont- Cassel ; les avant-postes ennemis étaient près de la montagne des Chats, où j'avais une station, à laquelle je fus obligé de renoncer. En substituant Casse], Watten et Fiefs au moulin des Chats, à Hondschote et Belle-Zèle,j'évitai les deux armées et n'eus pas besoin d'importuner le général, avec lequel je me trouvai pourtant un jour logé à Béthune. C'était Custine, qui commandait alors l'armée du nord.

Cette campagne fut très heureuse. J'observai à Dunkerque, dès le i8 mai; les stations de Watten, Cassel, Fiefs, Béthune, Mesnil, Bonnières, Sauti, Beauquêne, Mailli, Vignacourt, Amiens, Villers-Bretonneux, Bayonvillers, Sourdon, Arvillers, Noyers, Coivrel, et la partie qui restait

de celle de Jonquières, étaient terminées le 6 octobre. Nous trouvions partout des signaux tout prêts dans les clochers dont tout le pays était si bien garni. Il est vrai que cet avantage est acheté par quelques inconvénients; la nécessité de s'échafauder, la difficulté de se placer convenablement dans des flèches étroites, embarrassées de charpentes; tout cela prend au moins autant de temps que la recherche des stations et la construction des signaux dans les pays montueux. Nos cercles étaient de dimensions commodes pour entrer dans les clochers ; mais leur construction a pourtant, en certains cas, un désavantage^ quand on les compare aux quarts de cercles. Dans ces derniers instruments, l'intersection des deux axes optiques se fait en avant du pied; c'est là qu'est véritablement le centre. On peut le placer dans les fenêtres ou les ouvertures des clochers; à défaut d'ouvertures naturelles, il suffît d'ôter une ou deux ardoises, et l'on peut observer les plus grands angles. Dans les cercles, au contraire, l'intersection se fait au centre de l'instrument; ce centre est toujours à une distance du toit ou du mur égale à la moitié de la longueur de la lunette : la divergence est considérable; ce n'est plus assez d'une seule ouverture, il en faut autant qu'on a d'objets à observer. Ajoutez la difficulté de lire les alidades faiblement ou obliquement éclairées, celle de trouver le centre de la station, la position souvent très gênée de l'ob-

servateur^ et parfois rimpossibilité de faire pour lui et pour son instrument deux échafauds assez indépendants l'un de l'autre pour que les mouv^nents du premier ne se communiquent pas au second. Tant d'inconvénients, sans parler encore des erreurs auxquelles expose très souvent l'observation des flèches très aigties, me faisaient préférer les signaux, malgré plusieurs avantages qu'on trouve dans les clochers, tel que celuî d'être au milieu d'un endroit habité et d'oftrir un abri contre la pluie et les grands vents ; encore, combien avons-nous trouvé de clochers, où ce dernier avantage était nul ! comme ceux de Dammar-Fortou, Chapelle, Pithiviers, Châteauneuf, Orléans ; mais aussi tout se réunit pour la sûreté et la facilité, quand la tour finit par une plate-forme où Ton peut placer un signal, comme à Dunkerque, Watten et Béthune.

Cette partie septentrionale de l'arc fut la plus agréable de toutes à mesurer, et cependant tout n'y fut pas heureux. Généralement tous les centres de stations furent les mêmes qu'en 1740; il en faut pourtant excepter Watten, où nous mîmes notre signal sur un petit clocher, au lieu de prendre le milieu de la tour; le signal du Mesnil, que je fus obligé de substituer à celui de Rébreuve, et le clocher de Noyers, rebâti depuis 1740 à six toises de distance de l'ancien. Villers-Bretonneux ne se voyait plus de Beauquène, quoique de Villers-Bretonneux Beauquène se vît parfaite-

ment; ce qui peut s'expliquer par les réfractions terrestres. Forcé de conclure deux angles qui avaient leurs sommets à ce point, pour vérification, je ne pus trouver que des triangles d'une disposition assez peu avantageuse. A la vérité, les clochers sont en grand nombre, mais les arbres dont ils sont presque tous entourés ne laissent pas toujours la liberté du choix.

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