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SES OPÉRATIONS EN ESPAGNE, OU IL EST ENSUITE RETENU CAPTIF

Depuis longtemps, on n'avait reçu des nouvelles de Méchain; nous en verrons bientôt la raison. On répandait le bruit qu'il ne voulait plus rentrer en France, et c'est à cette circonstance peut-être qu'il a dû de n'être pas compris dans la sLippression par laquelle on avait, disaiton, épuré la commission des poids et mesures. On craignait sans doute de lui fournir un prétexte pour se fixer en pays étranger avec ses instruments et ce qui pouvait lui rester de fonds pour la méridienne. On lui a réellement fait en divers temps des offres avantageuses, qui, venant après la suppression des académies et le renver-

yS HISTOIRE DU MÈTRE

sèment de toutes ses espérances, auraient pu le tenter; mais il était trop attaché à ses devoirs pour rien écouter avant d'avoir rempli tous les engagements qu'il avait contractés en se chargeant de la mesure de la méridienne.

Aussitôt après la saison des eaux, et quoiqu'elles ne lui eussent pas rendu l'usage du bras droit, qu'il n'a entièrement recouvré que deux ans après son accident, il se rapprocha des Pyrénées pour y faire les stations de Puy-Camellas et de Puy de la Estella, par lesquelles il devait opérer la jonction des triangles espagnols aux triangles français.

En 1792, on lui avait conseillé de remettre ces stations à des temps plus tranquilles. Ces temps n'étaient point arrivés ; la guerre était même ouvertement déclarée. Cette partie de sa mission était donc plus difficile que jamais. Pour ces deux stations, il avait besoin de deux signaux, l'un sur Forcerai, l'autre surBugarach. Ces deux montagnes sont sur le territoire français. Heureusement, Méchain était également connu et estimé de l'administration départementale de Perpignan et du général espagnol; il en obtint toutes les facilités que permettaient les circonstances. Avec l'aide de M. Bueno, capitaine du génie militaire, et l'un des deux commissaires espagnols qui devaient l'accompagner partout, il fit lui-même la station de Camélias en septembre et octobre 1793, c'est-à-dire dans les premiers

jours de Tan 2. Son adjoint Tranchot, d'une meilleure santé et d'un caractère plus hardi, plus entreprenant, se chargea de la station de Estella. Des miquelets vinrent Tenlever et le conduisirent garrotté à la ville voisine, d'où il fut envoyé d'une manière un peu plus convenable à Perpignan.

Le président du département lui donna les moyens de retourner à Estella et ensuite en Espagne, après qu'il eut placé les signaux de Forcerai et de Bugarach. Les deux stations de Camélias et de Estella furent terminées le même jour, 13 frimaire an 2 (3 novembre 1793), celle-ci par Tranchot, celle-là par Méchain.

«Il ne restait plus qu'à mesurer les angles à Perpignan, à Forcerai et Bugarach : la jonction était complète. Je comptais (c'est Méchain qui parle) la terminer dans le courant de novembre, et me rendre à Evaux pour y observer pendant rhiver les distances des étoiles au zénith... on était bien éloigné de soupçonner qu'on ne pourrait aller sous peu de jours aux stations sur le territoire de France; mais si nous obtenons la liberté de passer dans le courant du mois prochain, tout sera réparé en mars (1794), et, pourvu qu'on nous accueille en France, nous arriverons encore à Evaux ou Sermur, et même plus près de Bourges, dans le courant de juillet... et cette grande opération se trouverait terminée en deux années, après tous mes retards et mes accidents. »

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C'est ainsi que Méchain s'exprimait dans une lettre datée de Barcelone le 21 nivôse, an 2. On y voit qu'on lui avait refusé la permission de rentrer en France, et qu'il ne désespérait pas encore de l'obtenir en pluviôse; mais le général espa- <]fnol la refusa constamment, et sa raison était que les connaissances acquises par Méchain et ses adjoints pendant leur séjour aux diverses stations des Pyrénées, pourraient devenir préjudiciables à l'Espagne. Il voulut donc que Méchain fût retenu jusqu'à la paix, mais il lui laissait le choixdu lieu qu'il voulait habiter. Méchain choisit Barcelone , pour se rapprocher autant qu'il le pourrait du fort de Mont-Jouy , dont Ventrée ne lui était plus permise, et où il avait, Tannée précédente, observé la hauteur du pôle avec tant de succès.

Pour rendre sa détention utile, sinon à sa mission principale, du moins à l'astronomie, il se mit à observer avec soin la hauteur solsticiale du •soleil, pour en déduire l'obliquité de l'éclipti que: comme il avait besoin pour cela de la latitude de son nouvel observatoire, il y répéta toutes les observations qu'il avait faites à Montjouy, et, pour les comparer les unes aux autres, il détermina trigonométriquement la différence de latitude entre le centre de la tour de Mont-Jouy et le point qu'il venait d'observer à Barcelone.

Tous ces détails sont tirés de la lettre dont on a vu ci-dessus un fragment, et qu'il adressait à

En s'accrocliant aux buis, aux broussailles... (page 99)

Borda, qu'il croyait encore président de la commission ; il lui donnait, en outre, la carte de tous ses triangles en Espagne, avec le tableau de tous les angles qu'il avait observés, et tout ce qu'il avait fait pour l'altitude de Mont-Jouy.

L'arrêté du 3 nivôse, qui nous destituait, nous ordonnait de remettre à la commission tous nos mémoires, notes ou calculs. Borda se crut obligé de rendre aussi cette lettre: mais, avant de s'en dessaisir, il désira que j'en prisse copie, et j'ai regretté longtemps de n'avoir pas gardé la lettre même : mais cette perte est plus que réparée par les registres originaux et les copies au net qui m'ont été remis par madame Méchain ou par Méchain lui-même, à son départ pour l'Espagne en 1802. Malheureusement ces registres ne contiennent que les observations et les calculs; dans le plus bel ordre, à la vérité, mais sans le moindre avertissement, sans la plus petite note historique. Pour tout ce qui concerne Méchain, je n'ai, pour me guider, que mes souvenirs, les dates des observations et un assez grand nombre iJ de lettres qu'il m'a écrites; mais notre correspon- Ldance n'a commencé qu'après sa rentrée en ^ France, et M. Tranchot, qui pourrait me fournir des renseignements curieux et utiles, est maintenant occupé, loin deParis, à lever la carte des quatre départements de la rive gauche du Rhin.

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