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XVIII. — Delambre et Méchain attachés au

SERVICE GÉODÉSIQ.UE DU DÉPÔT DE LA GuERRE

En France, on ne paraissait pas fort empressé de lui voir reprendre ses opérations, on ne songeait qu'à me donner un successeur : la commission temporaire des poids et mesures ne s'occupait guère que des détails administratifs pour l'établissement du nouveau système métrique. Un de ses membres faisait paraître une instruction où toutes les parties de ce système étaient expliquées avec une netteté propre à en faire saisir parfaitement l'esprit et sentir tous les avantages. C'est à cela que se bornèrent les travaux de la commission temporaire, qui même cessa bientôt de s'assembler. La mesure de la méridienne surtout paraissait abandonnée. Legénéral Galon, membre de la Convention et directeur du dépôt de la guerre, conçut l'idée d'une opération géodésique qui devait servir de fondement à une carte des nouveaux départements de la France, qu'il voulait faire placer en continuation de la carte de Cassini, et sur la même échelle. Il nous engagea, Méchain et moi, à nous charger des triangles principaux, en attendant que nous pussions continuer ceux de la méridienne. Il voulait attacher au dépôt tous les savants dont les travaux pouvaient avancer la géographie, et que la sup-

pression des académies avait dispersés : il écrivit à Méchain, me fit chercher, et nous donna le titre d'astronomes du dépôt de la Guerre. Il désirait que les opérations trigonometriques commençassent au printemps del'an 3. Nousobtîmmes de lui de reprendre d'abord nos triangles interrompus aux Pyrénées et à la Loire : dans cette vue, il sollicita pour nous un arrêté du Comité du Salut public, et c'est lui, tant qu'il fut à la tête du dépôt général de la Guerre, qui nous procura les fonds et tous les secours nécessaires.

XIX. — Nouvelle commission pour l'établissement DU système xMÉTRIQ.UE

La loi du 18 germinal, an 3, rendue sur le rapport de C. A. Prieur, vint bientôt après ranimer toutes les parties de l'entreprise ; elle apporta quelques modifications au pian de l'Académie des sciences, à la loi du 31 mars 1791, et changea presque entièrement la nomenclature des mesures et des poids.

Cette partie, qui paraîtrait la plus simple et la plus facile de tout le nouveau système, était, au contraire, celle qui devait éprouver le plus de critiques. L'Académie l'avait bien prévu; mais, forcée à plusieurs époques de s'occuper de ce travail, elle avait proposé deux nomenclatures différentes : l'une, dans laquelle on donnait avix

subdivisions des mesures des noms composés qui indiquaient le rapport décimal qu'elles avaient entre elles; et l'autre, dont les noms étaient simples, monosyllabiques et indépendants les uns des autres. La commission temporaire en avait fait une troisième. Un arrêté du 18 brumaire a depuis permis d'employer, au lieu des noms systématiques, des mots plus courts et plus familiers.

Chacune de ces nomenclatures a ses inconvénients et ses avantages. Ce qui a pu nuire à celle de la dernière loi, c'est la longueur des noms, ce sont les rimes fréquentes^ qui souvent importunent l'oreille, c'est l'affectation maladroitd'énoncer les sous-divisions de différents ordre, de dire par exemple, 57 mètres 4 décimètres 8 centimètres, au lieu de 57 mètres 48 centimètres, ou même 57 mètres 48; mais l'usage rendra ces invénients moins sensibles , ou fera trouver des moyens pour les éviter. Quant au reproche de barbarie qu'on a fait à plusieurs de ces mots, il n'est pas d'une grande importance.

L'article iode l'arrêté du 18 brumaire porte que (( les opérations relatives à la détermination de » l'unité des mesures de longueur et de poids » déduites de la grandeur de la terre, commen- » cées par l'Académie des sciences et suivies par » la commission temporaire, seront continuées » jusqu'à leur entier achèvement par les coin- » missaires particuliers, choisis principalement

» parmi les savants qui y ont concouru jusqu'à » présent, et dont la liste sera arrêtée par le » comité d'Instruction publique. » Le reste ne contient que des dispositions administratives.

En exécution de cet article; le comité d'Instruction publique, par un arrêté du 28 germinal, nomma les douze commissaires suivants :

Berthollet, Borda, Brisson, Coulomb, Delambre, Haliy, Lagrange, Laplace, Méchain, Monge, Prony, Vandermonde.

Ces commissaires réunis au lieu des séances du comité d'Instruction publique, le 21 floréal, convinrent des articles suivants :

Art. i'\ — Il sera procédé sans délai à la fabrication d'un mètre en cuivre de la plus grande exactitude possible, et qui sera remis au comité d'Instruction, pour pouvoir servir d'étalon provisoire et légal.

Art. 2. — Les citoyens Borda et Brisson sont nommés commissaires particuliers pour diriger et surveiller la fabrication de cet étalon provisoire. Ils feront en sorte que sa confection soit achevée dans une décade. Ils présenteront le résultat avec un procès-verbal de la vérification qu'ils en auront faite, aux autres commissaires pour les poids et mesures, qui seront convoqués à cet effet, et qui remettront au comité d'Instruction publique Tétalon accompagné du procèsverbal et des calculs nécessaires, après les avoir evêtus de leurs signatures.

Art. 3. — Les citoyens Méchain et Delambre sont les commissaires chargés spécialement de la mesure des angles, des observations astronomiques et de la mesure des bases dépendantes de la méridienne.

Art. 4. — Les citoyens Delambre Laplace et Prony iront incessamment déterminer sur les lieux l'emplacement le plus convenable pour la base près Paris, et en indiqueront les extrémités; ils feront en outre le projet des édifices à construire à chacune de ces extrémités. Ils présenteront le résultat de tout à l'assemblée des commissaires réunis, qui statuera sur ce qui sera le mieux à faire.

Le comité d'instruction sera invité à ordonner sans délai la construction des édifices des extrémités de la base, d'après les plans qui auront été adoptés.

Art. 5. — Le citoyen Delambre partira le plus tôt possible pour la continuation de la détermination des triangles, en allant vers le midi.

Le citoyen Méchain fera les mêmes opérations en partant des Pyrénées, et venant à la rencontre du citoyen Delambre.

Cependant le citoyen Méchain se rendra préalablement à Paris, et ce ne sera qu'après avoir conféré avec lui que l'assemblée des commissaires réunis prendra un parti définitif, relativement aux observations de la hauteur du pôle et à la

mesure des bases. Ce sera alors que l'Assemblée pourra informer le comité d'Instruction publique de la durée probable de ces opérations, ainsi que de ce qui sera le plus propre à les rendre plus parfaites.

Art. 6. — Les commissaires chargés de la détermination de l'étalon des poids seront les citoyens Borda, HaùyetProny. Ilsy emploieront la méthode la plus susceptible d'exactitude. Néanmoins ils feront fabriquer, sous le délai de deux ou trois mois, un poids pour servir d'étalon provisoire, et avec une précision suffisante. Ce poids^ ainsi que le procès-verbal de vérification et les calculs de sa détermination, sera remis au comité d'Instruction publique, après avoir été adopté par l'assemblée des commissaires qui se trouveront alors à Paris.

Art. 7. — Enfin, les citoyens Berthollet, jMonge et Vandermonde dirigeront le travail du platine pourformernonseulement l'étalon du mètredela République, mais encore d'autres étalons d'une similitude parfaite, que l'on pourra envoyer, soit aux compagnies savantes, soit aux divers gouvernements du monde policé.

Art. 8. — Les divers commissariats désignés par les articles précédents se hâteront de proposer à l'assemblée générale des commissaires leurs vues générales sur les différentes branches de travail qu'ils ont à suivre, afin que l'assemblée puisse bientôt fixer ce qu'il est important

d'arrêter concernant les dites opérations. Les commissariats feront d'ailleurs leurs dispositions particulières et se pourvoieront des objets dont ils auront besoin, conformément à l'arrêté du i8 du comité d'Instruction.

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