XXI. — Une lettre de jNIéchain
JMéchain était encore dans une situation plus fâcheuse. Voici ce qu'il me mandait le 12 vendémiaire, an 4 :
(( Vous ne pouvez vous faire une idée des difficultés que nous éprouvons pour avoir du bois et des ouvriers, pour le transport et l'établissement des signaux sur le sommet des montagnes ; nous sommes obligés d'aller à pied presque partout; d'ailleurs impossibilité physique de faire autrement pour certaines stations, telle, par exemple,
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Ce moyen parut satisfaire tout le monde, (page 108)
que celle de Bugarach, où l'on ne peut arriver qu'en s'ccrochant aux buis, aux broussailles, et en gravissant les rochers. Cette marche est de quatre à cinq heures. La descente est encore plus pénible et plus scabreuse. Vous pouvez juger de la commodité du séjour, à plus de 600 toises de hauteur, sur un pic qui n'a pas deux toises d'étendue, et bordé de précipices. Les autres stations sont moins élevées, mais toujours d'un
accès difficile et, pour la plupart, éloignées de
trois ou quatre lieues de toute habitation. Nuit et jour, on y est exposé aux orages, ayant pour lit un peu de paille et pour abri une simple tente, souvent interrompu et tourmenté par les nuages qui enveloppent une des stations et y restent accrochés des journées entières; puis, quand l'une se découvre, l'autre s'ensevelit. La station
de Forcerai exige six signaux à la fois J'ai été
presque découragé, quand j'ai vu celui de Bugarach, qui avait tant coûté de peines, abattu par un ouragan furieux. La tramontane est terrible dans ces régions; rien ne résiste à sa violence; il faut abattre les tentes et les descendre en rempant sur la terre, si l'on ne veut être enlevé comme une plume. J'ai fait dix voyages à Forcerai ; j'y ai couché plusieurs nuits presque à la belle étoile, pour observer quatre angles. Nous avons commencé beaucoup trop tard dans ce pays. Les signaux vont être placés jusqu'à Carcassonne et Alaric; il faut marcher J'espère que nos
angles seront mesurés jusqu'à Carcassonne dans les premiers jours de novembre, et je compte revenir ensuite à Perpignan , pour chercher une base. »
Il réussit dans tous ses projets; ses triangles formèrent alors une chaîne non interrompue depuis Montjouy jusqu'à Carcassonne. Il trouva sur la route de Perpignan à Narbonne une base de 6,000 toises ; il en fixa les termes par des pieux enfoncés dans un massif de maçonnerie et recouverts d'une plaque de cuivre au milieu de laquelle le point de centre était marqué par l'intersection de deuxdiamètres d'un cercle,et il joignit ces deux points aux triangles principaux par la station subsidiaire d'Espira. L'hiver de l'an 4 fut employé tout entier à ces opérations et à celles par lesquelles il détermina la latitude de Perpignan et la position de cette ville par rapport aux signaux voisins.