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V. — Mesures dérivées du mètre

Nous venons de parler de l'unité des mesures de longueur : celles des mesures de surface et de capacité se déduisent naturellement du mètre, et ne présentent rien qui doive fixer l'attention de l'assemblée. Celle de poids mérite de nous arrêter un moment. C'est encore dans la Nature qu'on en a pris le type, puisque, d'une part, il dépend de la grandeur du mètre, et que, de l'autre, on emploie l'eau, fluide que l'on trouve partout, et qu'on peut toujours se procurer dans le même degré de pureté par la distillation. En efî"et, c'est

]a quantité d'eau distillée, contenue dans un cube dont le côté est la dixième partie du mètre, ou, ce qui revient au même, contenue dans un décimètre cube, qui fait, sous le nom de Izilogramine^ la nouvelle unité de poids. Mais qu'il en a coûté de peines et d'expériences pour le déterminer! Il a fallu des instruments d'une perfection rare, et on les doit au citoyen Fortin ;.il a fallu déterminer, avec la plus grande précision, la grandeur du volume employé dans les expériences; il a fallu faire les pesées avec une exactitude scrupuleuse; il a fallu faire des recherches nouvelles pour déterminer le point où l'eau parvient à un état constant et uniqi. , celui de sa plus grande densité. Le citoyen Lefèvre-Gineau, que l'Institut a chargé de cette importante opération, a obtenu par ses soins , par sa dextérité , par sa patience, par un travail assidu, et au-dessus de tout éloge, des résultats, à la précision desquels il serait difficile de rien ajouter. Nous regrettons de ne pouvoir entrer dans les détails qui vous prouveraient combien la détermination de l'unité de poids a été difficile et délijate, et combien l'excellent physicien auquel nous la devons a des droits à notre reconnaissance. Il résulte de ces travaux que le poids d'un décimètre cube d'eau distillée, ou du kilogramme, nouvelle unité de poids, vaut 32 onces, 5 gros, 3'^ grains, ou 18, 827 grains, ancien poids de marc.

Les deux poids fondamentaux du système

Le levier vient le frapper et le lance contre 1q mur. (p^ige 153)

métrique, le mètre et le kilogramme, ont donc été déterminés avec le plus grand soin : les types en sont pris dans la Nature même; ils tiennent à la grandeur du globe que nous habitons, et au fluide le plus simple de tous les fluides palpables que nous connaissons : et cela même nous procure un nouvel avantage, un avantage infiniment précieux; c'est qu'ils sont, dans le sens le plus strict, invariables, inaltérables.

Pour savoir dans les siècles futurs ce qu'ils doivent être, il n'est pas besoin que les étalons qu'on en a fait faire, avec un soin proportionné à l'importance de l'objet, soient conservés : quand ils viendraient à être perdus, détruits, anéantis, si le nom seul en restait, et le souvenir que l'un d'eux, le mètre, était la dix-millionième partie du quart du méridien terrestre, et l'autre la quantité d'eau distillée contenus dans le cube du décimètre, il serait aisé de les rétablir, puisque le mètre, étant une partie connue de la circonférence de la terre, est aussi invariable qu'elle, et que l'eau, qui sert de base au kilogramme, est inaltérable. Il ne serait pas même nécessaire, pour restituer le mètre, de répéter une opération aussi longue, aussi pénible, aussi difficile que celle qu'ont faite les citoyens Méchain et Delambre. La Nature nous présente elle-même un moyen de vérification , une unité secondaire , dans la longueur du pendule simple qui bat les secondes^ et qui est, pour chaque lieu, aussi in-

lariabîe que la force de gravité qui l'anime. L'Académie des Sciences, à laquelle rien de ce qui a rapport à cette matière n'avait échappé, avait chargé quelques-uns de ses membres de faire de nouvelles expériences sur ce sujet, et elles ont été faites à l'Observatoire national par les citoyens Borda, Cassini et Méchain; ils ont trouvé par des méthodes, lesquelles admettent un degré de précision bien remarquable, que la longueur du pendule simple qui bat les secondes à Paris, à l'Observatoire national, est de 9938/loooo parties du mètre. D'où il résulte que si, dans d'autres temps^ on répétait la même expérience, il suffirait de diviser la longueur du pendule trouvé en 9938 parties, et d'y en ajouter 62, pour avoir exactement le mètre tel qu'il a été déterminé.

Voilà donc l'invariabilité, et s'il était permis de s'exprimer ainsi, l'inaltérabilité des types de nos nouvelles mesures, avantage précieux et pour la génération présente, et pour la postérité.

Ces mesures une fois fixées, une fois arrêtées, ne dépendent plus de la volonté des hommes; elles sont à l'abri de leur puissance et des dévastations qu'ils pourraient faire ; elles tiennent intimement à ce qui constitue la nature et l'essence du globe que nous habitons.

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