VII. — Remerciments et félicitations adressés
A LA France
Pénétrés, comme nous le sommes, de l'accueil que nous avons reçu, permettez, citoyens membres de l'Institut, et vous surtout, citoyens français, membres de la Commission des poids et mesures, avec lesquels nous avons eu des relations plus étroites et plus multipliées; permettez que je sois dans ce moment, auprès de vous, l'organe de mes confrères, étrangers comme moi à la France, L'Institut etle Gouvernement français ont donné un grand et bel exemple à l'univers, en désirant qu'un congrès de Savants de différents pays s'assemblât pour discuter des objets, purement scientifiques, il est vrai, mais dont l'importance est la même pour toutes les Nations. Vous avez secondé leurs vues, en nous traitant comme des amis et comme des frères; vous avez désiré qu'il n'y eût entre des membres de la République des Lettres aucune distinction de pays ni de patrie, et que l'égalité la plus parfaite
régnât entre nous: elle a eu lieu sans interruption; la concorde, la fraternité, Testime, l'amitié ont bientôt resserré nos liens. Il n'est pas de détails d'observations ou d'expériences dont vous ne nous ayez fait part; tous les registres des observateurs nous ont été ouverts; vous nous avez donné tous les éclaircissements que nous pouvions désirer; vous avez même prévenu nos désirs : la communication de vos lumières a été franche, amicale et sans réserve. Le travail qui a été fait est devenu un travail commun à tous, et vous nous avez donné des preuves de votre satisfaction. Agréez l'assurance des sentiments les plus distingués que nous vous avons voués. Vos écrits et la réputation dont vous jouissez dans le monde savant, nous avaient depuis longtemps mis en état d'apprécier votre mérite : aujourd'hui nous connaissons de près les qualités qui en rehaussent l'éclat et qui rendent votre commerce si doux, votre conversation si instructive, votre société si précieuse. De retour chez nous, nous nous en rappellerons souvent le souvenir avec délices, et, en nous retraçant ce que vous avez fait pour les sciences, nous sentirons s'échauffer notre zèle, une noble émulation s'emparer de nos cœurs, et nous ferons sans cesse des vœux sincères pour votre conservation et pour votre bonheur !
Que ne pouvons nous en faire encore de pareils pour l'illustre Borda, que nos j^eux cherchent en
vain parmi vous! Et nous aussi, nous avons eu l'avantage de connaître cet homme rare, mais nou§ avons eu la douleur de voir la mort l'enlever du milieu de nous. Nous savons combien cette grande opération , dont l'examen a fait l'objet de notre mission parmi vous, doit à son vaste génie, qui semblait en vivifier toutes les parties : aussi nous avons pleuré sa perte comme on pleure une perte irréparable; et la voix de riiomme célèbre qui nous retraça le mérite et les vertus de son digne ami, au moment même où nous allions faire descendre sa dépouille mortelle dans un hideux sépulcre, semble retentir encore à nos oreilles, et retentira toujours au fond de nos cœurs. Les douces jouissances que nous goûtions parmi vous ont été troublées par la douleur : mais c'est le sort de Thumanité; cessons de nous plaindre. Le génie tutélaire de la France, qui s'est toujours plu à lui procurer de grands hommes, fermera quelque jour cette plaie profonde, et même il sourit encore, au milieu de sa douleur, en tournant ses yeux avec complaisance vers les hommes illustres qui lui restent, et dont la vue est si propre à adoucir ses regrets.
Et vous tous, citoyens français, soyez les premiers à jouir du grand bienfait de mesures uniformes, invariables, universelles. Hâtez-vous d'adopter le nouveau système métrique, dont la simplicité réelle, bien entendue, est si propre à
faciliter toutes les opérations de commerce. Songez qu'il intéresse votre bien-être, qu'il tient de près à la gloire de votre Nation. Etrangers comme nous le sommes à la France, sans doute nos patries occupent la première place dans nos cœurs, comme la France Toccupe dans les vôtres; sans doute nos premiers vœux sont pour leur gloire et pour leur prospérité, comme les vôtres sont pour la prospérité et pour la gloire de la France : mais nous n'en sommes pas moins sensibles aux différents genres de gloire dont la Nation française peut s'illustrer, et nous prenons une vive part et sincère à son bonheur. Puisse celui dont vous jouirez pleinement lorsque le calme aura succédé à l'orage, faire le sujet éternel de vos chants d'allégresse, comme il fait aujourd'hui celui de vos vœux! Puisse une paix aussi glorieuse qu'elle est ardemment désirée, hâter ce moment fortuné, et accorder à l'Europe entière un état stable, heureux et tranquille!