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LES PÔLES

La grandeur de la Terre étant ainsi passablement déterminée parles astronomes français, on commença tout aussitôt à disputer sur la figure des méridiens.

Huygens et Newton avaient trouvé par la théorie que la terre devait être aplatie vers les pôles. La mesure des 8 degrés 1/2 de Dunkerque à Collioure, indiquait un allongement : ce résul-

lat n'était pas moins contraire à celui qu'on tirait de la diminution du pendule, près de l'équateur, observée par Richer, qu'il n'était opposé aux démonstrations d'Huygens et de Newton. Mairan* dans les mémoires de 1720, fit tous ses efforts pour concilier les observations du pendule et celles des degrés, et prouver que les unes et les autres pouvaient être également bonnes. Desaguliers, dans les Transactions philosophiques, soutint que l'hypothèse de Mairan était inadmissible. La dispute ne finissait pas : divers auteurs proposaient des moyens plus ou moins faciles pour décider la question; le plus sûr était, sans contredit, celui de mesurer deux degrés, l'un vers l'équateur, et l'autre vers le pôle. Ces opérations démontrèrent l'aplatissement. On n'avait pas attendu ces mesures pour élever des doutes sur re:^actitude de celles qui avaient été exécutées en France; on sentit la nécessité de les vérifier. Cassini de Thuri s'en chargea, conjointement avec Lacaille, en 1739. Leur travail parut sous le titre de Méridienne vérifiée en 1744, comme suite aux Mémoires de V Académie : et il ne resta plus de doutes sur l'allongement des degrés en allant de l'équateur au pôle. Cette conclusion était encore confirmée par la mesure d'un degré de longitude^ exécutée par les deux mêmes astronomes ; tout conspirait donc pour prouver l'aplatissement : la quantité seule laissait matière à de nouvelles recherches, plus difficiles encore

et plus délicates que toutes celles qu'on avait déjà faites.

Depuis ce temps, plusieurs degrés ont été mesurés en différents pays. Lacaille, au cap de Bonne-Espérance; Boscowich, dans les Etats du Pape; Beccaria, dans le Piémont; Liesganig, en Autriche et en Hongrie, suivirent avec plus ou moins de succès les exemples donnés en France ; enfin, Mason et Dixon mesurèrent un degré en Pensylvanie, sans employer aucun triangle, et en portant la toise sur l'arc terrestre tout entier. Loin de fixer l'incertitude qui restait sur la quantité de l'aplatissement, la comparaison de tous ces degrés était plus propre à faire douter de la similitude des méridiens ou de la régularité de leur courbure. Ces soupçons ont acquis de nouvelles forces par les dernières opérations. On finira peut-être par reconnaître que les parallèles ne s'éloignent pas moins que les méridiens de la figure circulaire, et que la terre n'est pas exactement un solide de révolution; mais, si l'on acquiert la preuve que toutes les parties de la terre sont irrégulières, on saura, du moins à peu près, dans quelles limites ces irrégularités seront renfermées, et l'on resserera de plus en plus ces limites : déjà même il est démontré que, si l'on peut commettre quelque erreur en donnant à la terre la figure d'un sphéroïde elliptique, cette erreur est du moins absolument indifférente pour la pratique.

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